mardi, 31 mai 2011
Les déportés du Cambrien (Hawksbill Station) – Robert Silverberg – 1968
Durant les années 2020 le gouvernement américain a trouvé un moyen tout à fait original pour se débarrasser de ses opposants politiques. Ils les déportent loin, très loin de chez eux, mais non pas géographiquement, mais dans le passé. Le Marteau, ce gigantesque piston à refouler dans le temps , dépose tous les prisonniers politiques dans le Cambrien, à des centaines de millions d’années d’ici. De là-bas ils ne pourront plus revenir et de plus ils ne pourront avoir d’influence sur l’avenir. Mais comment survivre dans un monde où la vie n’a pas encore quittée les océans et surtout un monde dans lequel ces survivants n’ont à jamais plus aucun avenir. Hawksbill Station, tel est le nom de ce campement cambrien, est gouverné par un roi sans couronne, Jim Barrett, qui tente tant bien que mal de gérer cette communauté d’un peu plus d’une centaine de personnes en proie à la folie et au désespoir tout en accueillant du mieux qu’il peut les nouveaux venus. Une drôle de routine s’est mise en place dans cette drôle de prison jusqu’au jour où est déporté parmi eux le dénommé Lew Hahn, un jeune homme taciturne et peu bavard et qui ne ressemble en rien à prisonnier politique. Pourquoi a-t-il été condamné ? Le gouvernement commencerait-il à envoyer d’autres types de prisonniers ? Des plus dangereux ? Ou alors et-il là dans un tout autre but ?
Tout en observant ce nouveau venu Jim Barrett repense à son passé d’activiste tantôt révolutionnaire, tantôt contre révolutionnaire, son cheminement qui l’a conduit jusqu’à Hawksbill Station et s’interroge sur le châtiment cruel dont lui et ses camarades ont été victimes. Tout cela valait-il réellement la peine ? Et que reste-t-il comme avenir pour ces déportés du Cambrien ?
Paru en 1968 et traduit en français dix années plus tard le court roman Les déportés du Cambrien de la part du très prolifique auteur américain de science-fiction Robert Silverberg nous fait vivre une belle histoire, bien poignante, d’un jeune activiste à travers le temps jusqu’à son châtiment qui donne lieu à une belle réflexion sur la survie d’une société totalement isolée dans un environnement hostile. Bref, y sont traités à la fois des aspects sociologiques et psychologiques, que ce soit par l’isolement et la lente déchéance des prisonniers condamnés à perpétuité ou par les souvenirs et désillusions du révolutionnaire Jim Barrett qui malgré les causes communes fortes a vu les individualismes ronger le tout jusqu’à conduire à la trahison. Silverberg y livre aussi une belle réflexion assez cynique sur le militantisme et son évolution dans le temps, en effet Jim Barrett, même lorsque son camp l’emporte se sent obligé de se remettre dans l’opposition, un peu comme si l’ordre établi constituait un problème rien que par sa présence et non pas par sa nature. Et peut-être qu’un personnage comme Jim Barrett trouvera sa satisfaction là où on l’attend le moins. Finalement le sujet de ce roman n’est pas tant que ça cette société du futur, ses activités politiques et ses méthodes de répression mais plus la psychologie et l’évolution de ce Jim Barrett dans les aspirations révolutionnaires duquel tout le monde se retrouvera quelque peu.
Le tout est bien mené, sans superflus ni temps morts et Silverberg réussit à bien nous emporter dans son histoire. Quelques erreurs scientifiques existent quant à la description de l’ère cambrienne, mais s’agît-il de raccourcis pris par l’auteur ou alors de méconnaissances répandues à l’époque de l’écriture ?
Bref Les déportés du Cambrien de Robert Silverberg est un roman de science-fiction bien mené, assez poignant et riche en réflexions mais peut-être pas non plus un grand chef-d’œuvre.
Pour commander ce livre :
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Présente édition : traduit de l’anglais par Guy Abadia, éditions Le Livre de Poche, 17 avril 2002, 192 pages
Voir également:
- The Thirteenth Immortal - Robert Silverberg (1956), présentation
- Au temps pour l'espace (Starman's Quest) - Robert Silverberg (1956), présentation
- Stepsons of Terra (aka. Shadow on The Stars) - Robert Silverberg (1958), présentation
- Regan's Planet - Robert Silverberg (1964), présentation
- Ceux qui veillent (Those Who Watch) - Robert Silverberg (1967), présentation
- L'oreille interne (Dying Inside) - Robert Silverberg (1972), présentation
- En un autre pays (In another Country) - Robert Silverberg (1988), présentation et extrait
- Le retour des ténèbres (Nightfall) - Isaac Asimov et Robert Silverberg (1990), présentation
19:02 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Silverberg, Robert | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : robert silverberg, litterature americaine, science-fiction, voyages dans le temps |
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jeudi, 28 janvier 2010
Les vaisseaux du temps (The Time Ships) - Stephen Baxter - 1995

L’auteur de ce livre retrouve chez un bouquiniste un manuscrit des plus étonnants. Il décide de le publier tel quel, et l’histoire qui suit semble dévoiler la suite des aventures de l’Explorateur du temps, dont les premiers voyages ont été décrits par H. G. Wells un siècle plus tôt dans son roman La machine à explorer le temps (The Time Machine, 1895).
L’Explorateur s’apprête à repartir dans le futur pour retrouver Weena, la charmante Eloï, menacée par les cruels Morlocks, des monstres vivant sous terre qui semblent avoir évolués à partir de l’être humain d’aujourd’hui.
Mais quelle n’est pas sa surprise lorsqu’arrivé à la bonne époque il constate que ce même futur, exploré auparavant a complètement changé. Les Morlocks n’ont plus rien en commun avec les horribles cannibales rencontrés précédemment. Ceux-ci se sont développés en une civilisation hautement scientifique ayant quitté la Terre pour se réfugier sur une sphère de Dyson autour du Soleil.
Nebogipfel, un chercheur morlock particulièrement curieux, s'agrippe à la Machine de l'Explorateur lorsque celui-ci décide de remonter le temps jusqu'à son passé victorien, afin d'y corriger l'erreur qui a abouti à l'annulation de l'univers de Weena. Pour l’Explorateur, ravi de cette nouvelle, cela va s’avérer cependant d’une difficulté extrême tant le futur est malléable, et que le moindre incident, aussi infime qu’il soit, du passé peut avoir une conséquence immense et imprévisible.
L’Explorateur sera ainsi mené aux confins de l’espace, du temps et des univers parallèles, pour pouvoir enfin retrouver ce qu’il a laissé.
Les vaisseaux du temps de l’écrivain de science-fiction britannique Stephen Baxter paraît en 1995, pile un siècle après l’immense chef-d’œuvre de Herbert George Wells La machine à explorer le temps (The Time Machine, 1895), roman fondamental de la science-fiction moderne. Stephen Baxter essaie d’y apporter une suite directe, en effet le roman commence exactement au même instant que se termine celui de Wells, tout en développant de façon bien plus importante le thème du voyage dans le temps tout en y intégrant de nombreux autres éléments qui font la science-fiction contemporaine (sphère de Dyson, voyages spatiaux-temporels, …). Il n’est pas nécessaire pour le lecteur d’avoir lu La machine à explorer le temps pour pouvoir se lancer dans ce roman, Baxter rappelant à tout moment les éléments essentiels du premier roman pour parfaitement comprendre celui-ci. Et Baxter dans son exploration du temps et des possibles pousse les choses très loin, en en analysant toutes les variantes imaginables du sujet, bien au-delà de ce que l’on pourrait imaginer. De ce point de vue le roman est tout simplement exceptionnel et ravira tous les amateurs de science-fiction.
Hélas le roman souffre d’une grande inégalité en ses différentes parties : certaines sont très réussis, d’autres longues et prévisibles. Le tout manque aussi quelque peu de dynamisme et d’unité. Alors que les textes de Wells marquent par leur concision, on en est bien loin avec Stephen Baxter. Cela ne nuira toutefois pas trop à ce roman qui ne peut être que conseillé à tous les amateurs.
Les vaisseaux du temps de Stephen Baxter est un roman exceptionnel sur le voyage dans le temps, ainsi qu’un bel hommage à l’une des œuvres fondatrices de la science-fiction contemporaine.
Un roman à découvrir !
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Présente édition : traduit de l'anglais par Bernard Sigaud, Editions Livre de Poche, 19 novembre 2003, 633 pages
18:49 Écrit par Marc dans Baxter, Stephen | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : litterature britannique, stephen baxter, science-fiction, voyages dans le temps |
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jeudi, 12 mars 2009
Quinze minutes (A Shortcut in Time) - Charles Dickinson - 2003

Josh Winkler est un peintre au succès très relatif qui vit avec son épouse, médecin, et sa fille dans à Euclid Heights, une petite ville de l'Illinois. Lors d'une de ses promenades dans la « parallée » derrière sa maison il croise une fille mystérieuse, vêtue d'une longue robe vieillotte et totalement mouillée, qui disparaît tout aussi tôt. Plus tard le soir, surprise par un orage sa fille l'appelle depuis chez un voisin et lui demande de venir la chercher. Josh s'y précipite pour se rendre compte que sa fille n'est pas encore arrivée chez lui. Très vite il se convainc d'une chose terriblement étrange: Josh Winkler a voyagé dans le temps, d'environ quinze minutes seulement, mais quand même. D'ailleurs il découvrira vite que la mystérieuse fille rencontrée plus tôt a également fait un voyage dans le temps...
Quinze minutes de l'écrivain américain Charles Dickinson est un roman remarquable qui fait revivre de façon originale le thème pourtant bien usé dans le domaine de la science-fiction qu'est le voyage dans le temps. Ici il n'y a guère d'explications scientifiques mais juste un fait: à chaque fois que l'orage gronde de voyages dans le temps peuvent se faire dans la « parallée » derrière la maison du protagoniste principal. Et la question évidente vient à se poser à Josh Winkler : pourquoi ne pas tenter de modifier le passé pour améliorer le présent? La vie de Josh Winkler se base en effet sur un certain nombre d'échecs, notamment un accident arrivé à son frère durant lequel Josh n'était intervenu que trop tardivement. Le lecteur suit ainsi plusieurs allers et retours dans le temps dans cette même ville où tout se modifie subtilement en fonction des actions du héros. Tout se fait avec beaucoup de finesse en sa basant sur des personnages très attachants et fort crédibles pour donner une belle réflexion sur finalement la vie en général avec ses échecs et ses succès que tout le monde souhaite voir modifier. Certains lecteurs, notamment les amateurs du genre, risquent cependant d'être déçus par le manque d'action et de spectaculaire dans ce roman tout de même fort lent et hélas bien souvent ennuyeux.
Quinze minutes de Charles Dickinson est un beau petit roman traitant de façon plutôt originale le thème du voyage dans le temps.
12:41 Écrit par Marc dans Dickinson, Charles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, voyages dans le temps, litterature americaine, charles dickinson |
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lundi, 15 octobre 2007
La Machine à explorer le temps (The Time Machine) - Herbert George Wells - 1895

Londres, au XIXe siècle. Un groupe d'amis se retrouve dans la maison d'un savant afin d'écouter l'incroyable récit de celui qui prétend être le premier voyageur dans le temps. L'explorateur du temps, c'est ainsi qu'il sera appelé, commence à expliquer l'extraordinaire découverte qu'il a faite et qui l'amènera à voyager dans le futur. Alors qu'il traverse les temps, l'explorateur voit les nombreux changements dans le monde se dérouler sous ses yeux à vitesse accélérée. Mais il verra également la fin de l'humanité, avant que celle-ci renaisse sous une forme légèrement différente.
C'est ainsi qu'il s'arrête en l'an 802701 alors que la Terre est habitée par les descendants de l'Homme, les Eloïs. Androgynes, simplets et doux, ils passent leur temps à jouer tels des enfants et à manger des fruits dans le grand jardin qu'est devenue la Terre, sans plus aucune mauvaise herbe ni animal sauvage. Un véritable paradis où l'Homme a enfin réussi à vivre en une harmonie totale avec lui-même et son environnement. Mais très vite l'explorateur se rend compte de l'immense bêtise de ces êtres le conduisant à ne pouvant pas comprendre comment ceux-ci réussissent à maintenir cette société. De plus il sent que le tout cache un secret des plus terribles. En explorant ce monde, l'explorateur se fait rapidement voler sa machine, qui disparaît mystérieusement derrière une étrange bâtisse. De plus il trouve de nombreux puits sans fonds répartis un peu partout, desquels s'échappe un bruit continuel de machines. Il comprend vite que sous terre vit une seconde espèce, les Morlocks, aussi descendante des humains qui travaille sans cesse pour que ceux du dessus puissent vivre comme dans un paradis. Mais quel est le prix à payer pour les Eloïs pour pouvoir vivre dans ce paradis alors que les Morlocks s'acharnent au boulot dans ce qui semble être les Enfers. Et ce prix s'avérera bien vite beaucoup plus élevé que l'explorateur aurait pu se l'imaginer dans le pire de ses cauchemars...
La Machine à explorer le temps est un roman de science-fiction, écrit en 1895 par Herbert George, dit H. G., Wells. Il est depuis considéré comme un classique du genre sur le voyage dans le temps, et d'ailleurs toujours le roman le plus célèbre traitant de ce sujet. Ce roman est souvent considéré comme le premier de H. G. Wells, car se base sur une première ébauche écrite en 1888 intitulée The Chronic Argonauts qu'il avait écrite alors qu'il était en convalescence chez un ami. L'idée lui est certainement venu d'un étudiant, E. A. Hamilton-Gordon, qui avait fait le 14 janvier 1887 un exposé consacré à la "Quatrième Dimension". Wells raconte son histoire en effet sur le principe théorique que l'espace serait un bloc dont le temps est la quatrième dimension. Le roman sera acheté pour la modique somme de £100 pour être publié par les éditions Heinemann, d'abord en feuilleton entre 1894 et 1895 dans New Review, puis en livre. Wells, ainsi que ses éditeurs, remodifieront encore plusieurs fois le texte jusqu'en 1924, date de la dernière révision. Ceci explique aujourd'hui l'existence de plusieurs versions intégrant parfois des éléments forts différents par rapport à la version la plus répandue.
La Machine à explorer le temps est un très bon roman de science-fiction, mais est aussi une dure satire de la société britannique, surtout d'un point de vue social. On y voit en effet une critique de la situation que déplorait l'élite littéraire de gauche de l'époque dans une ANgleterre en plein essor alors qu'augmentaient en même temps les inégalités sociales, l'entassement des ouvriers dans des cités, apparition de villes quasi souterraines, etc. Les Eloïs sont en effet les descendants de l'élite de la société, qui à force de ne rien faire ne peut que dégénérer, alors que les Morlocks sont les descendants de la classe inférieure qui à force d'un labeur insensé se sont transformés en monstres. La logique de ceux qui vivent en haut et ceux qui vivent en bas est également respectée. Dans les deux cas l'Homme est a subi une décadence extrême démontrée par le fait que les uns ne savent plus travailler et les autres ne savent plus faire que cela. La décadence de la civilisation est symbolisée par la ruine des somptueux édifices publics et l'analphabétisme des Eloïs. Ces idées ne sont plus tellement d'actualité aujourd'hui, du moins pas sous la même forme, ce qui toutefois n'enlève en rien au charme du roman et à l'interpellation qu'il fait au public sur certains possibles imaginables.
La plus célèbre adaptation cinématographique du roman de Wells est le film du même nom réalisé en 1960 par George Pal. En 2002, le réalisateur Simon Wells, qui n'est autre que l'arrière petit-fils de H. G. Wells, adaptera aussi le roman au cinéma, mais avec bien moins de succès.
Depuis 1924, date de la dernière version, le roman n'a pas trop vieilli et reste toujours passionnant. Il y a eu évidemment de nombreux romans et films qui se sont inspirés de ce roman sans toutefois sans jamais réellement l'égaler.
La machine à explorer le temps est un grand classique de la littérature, une oeuvre phare dans le genre de la science-fiction.
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Extrait :
Chapitre IV : Le voyage
« J'ai déjà exposé, jeudi dernier, à quelques-uns d'entre vous, les principes de ma machine pour voyager dans le Temps, et je vous l'ai montrée telle qu'elle était, mais inachevée et sur le métier. Elle y est encore maintenant, quelque peu fatiguée par le voyage, à vrai dire ; l'une des barres d'ivoire est fendue, et une traverse de cuivre est faussée ; mais le reste est encore assez solide. Je pensais l'avoir terminée le vendredi ; mais vendredi, quand le montage fut presque fini, je m'aperçus qu'un des barreaux de nickel était trop court de deux centimètres et demi exactement, et je dus le refaire, de sorte que la machine ne fut entièrement achevée que ce matin. C'est donc aujourd'hui à dix heures que la première de toutes les machines de ce genre commença sa carrière. Je l'examinai une dernière fois, m'assurai de la solidité des écrous, mis encore une goutte d'huile à la tringle de quartz et m'installai sur la selle. Je suppose que celui qui va se suicider et qui tient contre son crâne un pistolet doit éprouver le même sentiment que j'éprouvai alors de curiosité pour ce qui va se passer immédiatement après. Je pris dans une main le levier de mise en marche et dans l'autre le levier d'arrêt - j'appuyai sur le premier et presque immédiatement sur le second. Je crus chanceler, puis j'eus une sensation de chute comme dans un cauchemar. Alors, regardant autour de moi, je vis mon laboratoire tel qu'à l'ordinaire. S'était-il passé quelque chose ? Un moment je soupçonnai mon intellect de m'avoir joué quelque tour. Je remarquai alors la pendule ; le moment d'avant elle marquait, m'avait-il semblé, une minute ou deux après dix heures ; maintenant il était presque trois heures et demie !
« Je respirai, serrai les dents, empoignai des deux mains le levier de mise en train et partis d'un seul coup. Le laboratoire devint brumeux, puis sombre. La servante entra, et se dirigea, sans paraître me voir, vers la porte donnant sur le jardin. Je suppose qu'il lui fallut une minute ou deux pour traverser la pièce, mais il me sembla qu'elle était lancée d'une porte à l'autre comme une fusée. J'appuyai sur le levier jusqu'à sa position extrême. La nuit vint comme on éteint une lampe ; et un moment après, demain était là. Le laboratoire devint confus et brumeux, et à chaque moment de plus en plus confus. Demain soir arriva tout obscur, puis le jour encore, puis une nuit, puis des jours et des nuits de plus en plus précipités ! Un murmure vertigineux emplissait mes oreilles, une mystérieuse confusion descendait sur mon esprit.
« Je crains de ne pouvoir exprimer les singulières sensations d'un voyage à travers le Temps. Elles sont excessivement déplaisantes. On éprouve exactement la même chose que sur les montagnes russes, dans les foires : un irrésistible élan, tête baissée ! J'éprouvais aussi l'horrible pressentiment d'un écrasement inévitable et imminent. Pendant cette course, la nuit suivait le jour comme le battement d'une grande aile noire. L'obscure perception du laboratoire disparut bientôt et je vis le soleil sauter précipitamment à travers le ciel, bondissant à chaque minute, et chaque minute marquant un jour. Je pensai que le laboratoire avait dû être détruit et que j'étais maintenant en plein air. J'eus la vague impression d'escalader des échafaudages, mais j'allais déjà beaucoup trop vite pour avoir conscience des mouvements qui m'entouraient. L'escargot le plus lent qui rampa jamais bondissait trop vite pour que je le visse. La scintillante succession de la clarté et des ténèbres était extrêmement pénible à l'œil. Puis, dans les ténèbres intermittentes, je voyais la lune parcourir rapidement ses phases et j'entrevoyais faiblement les révolutions des étoiles. Bientôt, tandis que j'avançais avec une vélocité croissante, la palpitation du jour et de la nuit se fondit en une teinte grise continue. Le ciel revêtit une admirable profondeur bleue, une splendide nuance lumineuse comme celle des premières lueurs du crépuscule ; le soleil bondissant devint une traînée de feu, un arc lumineux dans l'espace ; la lune, une bande ondoyante et plus faible, et je ne voyais plus rien des étoiles, sinon de temps en temps un cercle brillant qui tremblotait.
« Le paysage était brumeux et vague ; j'étais toujours au flanc de la colline sur laquelle est bâtie cette maison, et la pente s'élevait au-dessus de moi, grise et confuse. Je vis des arbres croître et changer comme des bouffées de vapeur ; tantôt roux, tantôt verts ; ils croissaient, s'étendaient, se brisaient et disparaissaient. Je vis d'immenses édifices s'élever, vagues et splendides, et passer comme des rêves. Toute la surface de la terre semblait changée, ondoyant et s'évanouissant sous mes yeux. Les petites aiguilles, sur les cadrans qui enregistraient ma vitesse, couraient de plus en plus vite. Bientôt je remarquai que le cercle lumineux du soleil montait et descendait, d'un solstice à l'autre, en moins d'une minute, et que par conséquent j'allais à une vitesse de plus d'une année par minute ; et de minute en minute la neige blanche apparaissait sur le monde et s'évanouissait pour être suivie par la verdure brillante et courte du printemps.
« Les sensations désagréables du départ étaient maintenant moins poignantes. Elles se fondirent bientôt en une sorte d'euphorie nerveuse. Je remarquai cependant un balancement lourd de la machine, dont je ne pouvais m'expliquer la cause. Mais mon esprit était trop confus pour y faire grande attention. Si bien que je me lançais dans l'avenir avec une sorte de folie croissante. D'abord, à peine pensai-je à m'arrêter, à peine pensai-je à autre chose qu'à ces sensations nouvelles. Mais bientôt une autre série d'impressions me vint à l'esprit - une certaine curiosité et avec elle une certaine crainte -, jusqu'à ce qu'enfin elles se fussent complètement emparées de moi. Quels étranges développements de l'humanité, quelles merveilleuses avances sur notre civilisation rudimentaire n'allais-je pas apercevoir quand j'en arriverais à regarder de près ce monde vague et illusoire qui se déroulait et ondoyait devant mes yeux ! Je voyais des monuments d'une grande et splendide architecture s'élever autour de moi, plus massifs qu'aucun des édifices de notre époque, et cependant, me semblait-il, bâtis de brume et de faible clarté. Je vis un vert plus riche s'étendre sur la colline et demeurer là sans aucun intervalle d'hiver. Même à travers le voile qui noyait les choses, la terre semblait très belle. C'est alors que l'idée me vint d'arrêter la machine.
« Le risque que je courais était de trouver quelque nouvel objet à la place que la machine et moi occupions. Aussi longtemps que je voyageais à toute vitesse, cela importait fort peu. J'étais pour ainsi dire désintégré - je glissais comme un éther à travers les interstices des substances interposées ! Mais s'arrêter impliquait peut-être mon écrasement, molécule par molécule, dans ce qui pouvait se trouver sur mon passage, comportait un contact si intime de mes atomes avec ceux de l'obstacle qu'il en résulterait une profonde réaction chimique - peut-être une explosion formidable, qui m'enverrait, mon appareil et moi, hors de toute dimension possible… dans l'Inconnu. Cette possibilité s'était bien souvent présentée à mon esprit pendant que je construisais la machine ; mais alors je l'avais de bon cœur envisagée comme un risque nécessaire un de ces risques qu'un homme doit toujours accepter. Maintenant qu'il était inévitable, je ne le voyais plus du tout sous le même jour. Le fait est que, insensiblement, l'absolue étrangeté de toute chose, le balancement ou l'ébranlement écœurant de la machine, par-dessus tout la sensation de chute prolongée, avait absolument bouleversé mes nerfs. Je me disais que je ne pouvais plus m'arrêter et, dans un sursaut nerveux, je résolus de m'arrêter sur le champ. Avec une impatience d'insensé, je tirai sur le levier : aussitôt la machine se mit à ballotter, et je dégringolai la tête la première dans le vide.
« Il y eut un bruit de tonnerre dans mes oreilles ; je dus rester étourdi un moment. Une grêle impitoyable sifflait autour de moi, et je me trouvai assis, sur un sol mou, devant la machine renversée. Toutes choses me paraissaient encore grises, mais je remarquai bientôt que le bruit confus dans mes oreilles s'était tu. Je regardai autour de moi. J'étais sur ce qui pouvait sembler une petite pelouse, dans un jardin, entouré de massifs de rhododendrons dont les pétales mauves et pourpres tombaient en pluie sous les volées de grêlons. La grêle dansante et rebondissante s'abattait sur la machine et descendait sur le sol comme une fumée. En un instant, je fus trempé jusqu'aux os.
« Excellente hospitalité, dis-je, envers un homme qui vient de parcourir d'innombrables années pour vous voir ! »
« Enfin je songeai qu'il était stupide de se laisser tremper ; je me levai et je cherchai des yeux où me réfugier. Une figure colossale, taillée apparemment dans quelque pierre blanche, apparaissait, incertaine, au-delà des rhododendrons, à travers l'averse brumeuse. Mais le reste du monde était invisible.
« Il serait malaisé de décrire mes sensations. Comme la grêle s'éclaircissait, j'aperçus plus distinctement la figure blanche. Elle devait être fort grande, car un bouleau ne lui allait qu'à l'épaule. Elle était de marbre blanc, et rappelait par sa forme quelque sphinx ailé, mais les ailes, au lieu d'être repliées verticalement, étaient étendues de sorte qu'elle semblait planer. Le piédestal, me sembla-t-il, était de bronze et couvert d'une épaisse couche de vert-de-gris. Il se trouva que la face était de mon côté, les yeux sans regard paraissaient m'épier ; il y avait sur les lèvres l'ombre affaiblie d'un sourire. L'ensemble était détérioré par les intempéries et donnait l'idée désagréable d'être rongé par une maladie. Je restai là à l'examiner pendant un certain temps - une demi-minute peut-être ou une demi-heure. Elle semblait reculer ou avancer suivant que la grêle tombait entre elle et moi plus ou moins dense. À la fin, je détournai mes yeux, et je vis que les nuages s'éclaircissaient et que le ciel s'éclairait de la promesse du soleil.
« Je reportai mes yeux vers la forme blanche accroupie, et toute la témérité de mon voyage m'apparut subitement. Qu'allait-il survenir lorsque le rideau brumeux qui m'avait dissimulé jusque-là serait entièrement dissipé ?
Qu'avait-il pu arriver aux hommes ? Que faire si la cruauté était devenue une passion commune ? Que faire si, dans cet intervalle, la race avait perdu son humanité, et s'était développée dans la malfaisance, la haine et une volonté farouche de puissance ? Je pourrais sembler quelque animal sauvage du vieux monde, d'autant plus horrible et dégoûtant que j'avais déjà leur conformation - un être mauvais qu'il fallait immédiatement supprimer.
« Déjà j'apercevais d'autres vastes formes, d'immenses édifices avec des parapets compliqués et de hautes colonnes, au flanc d'une colline boisée qui descendait doucement jusqu'à moi à travers l'orage apaisé. Je fus saisi d'une terreur panique. Je courus éperdument jusqu'à la machine et fis de violents efforts pour la remettre debout. Pendant ce temps, les rayons du soleil percèrent l'amoncellement des nuages. La pluie torrentielle passa et s'évanouit comme le vêtement traînant d'un fantôme. Au-dessus de moi, dans le bleu intense du ciel d'été, quelques légers et sombres lambeaux de nuages tourbillonnaient en se désagrégeant. Les grands édifices qui m'entouraient s'élevaient clairs et distincts, brillant sous l'éclat de l'averse récente, et ressortant en blanc avec des grêlons non fondus, amoncelés au long de leurs assises. Je me sentais comme nu dans un monde étrange. J'éprouvais ce que, peut-être, ressent l'oiseau dans l'air clair, lorsqu'il sait que le vautour plane et va s'abattre sur lui. Ma peur devenait de la frénésie. Je respirai fortement, serrai les dents, et en vint aux prises, furieusement, des poignets et des genoux, avec la machine : à mon effort désespéré, elle céda et se redressa, en venant me frapper violemment au menton. Une main sur la selle, l'autre sur le levier, je restai là, haletant sourdement, prêt à repartir.
« Mais avec l'espoir d'une prompte retraite, le courage me revint. Je considérai plus curieusement, et avec moins de crainte, ce monde d'un avenir éloigné. Dans une fenêtre ronde, très haut dans le mur du plus proche édifice, je vis un groupe d'êtres revêtus de riches et souples robes. Ils m'avaient vu, car leurs visages étaient tournés vers moi.
« J'entendis alors des voix qui approchaient. Venant à travers les massifs qui entouraient le Sphinx Blanc, je voyais les têtes et les épaules d'hommes qui couraient. L'un d'eux déboucha d'un sentier qui menait droit à la petite pelouse sur laquelle je me trouvais avec ma machine. C'était une délicate créature, haute d'environ un mètre vingt, vêtue d'une tunique de pourpre retenue à la taille par une ceinture de cuir. Des sandales ou des brodequins (je ne pus voir distinctement) recouvraient ses pieds ; ses jambes étaient nues depuis les genoux ; elle ne portait aucune coiffure. En faisant ces remarques, je m'aperçus pour la première fois de la douceur extrême de l'air.
« Je fus frappé par l'aspect de cette créature très belle et gracieuse, mais étonnamment frêle. Ses joues roses me rappelaient ces beaux visages de phtisiques - cette beauté hectique dont ou nous a tant parlé. À sa vue, je repris soudainement confiance, et mes mains abandonnèrent la machine. »
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Voir également :
- La guerre des mondes (The War of the Worlds) - Herbert George Wells (1898), présentation et extrait
14:50 Écrit par Marc dans Wells, Herbert George | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, voyages dans le temps, herbert george wells, h g wells, litterature britannique |
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dimanche, 26 novembre 2006
En un autre pays (In another Country) - Robert Silverberg - 1988

"Pour l'été, ils s'étaient rendus à Capri, à la villa d'Auguste qui était alors à l'apogée de son règne; pour l'automne, ils avaient effectué un pèlerinage à Canterbury. Ils comptaient passer Noël à Rome, afin d'assister au sacre de Charlemagne. Mais c'était pour l'instant le printemps de leur merveilleux voyage, ce magnifique mois de mai de la fin du XXe siècle qui s'achèverait dans le fracas d'une hécatombe et le rougeoiement d'un ciel enfumé. Emerveillé, presque en extase, Thimiroi voyait la brume effacer de son esprit les murs de pierre de Canterbury et une ville bien différente se matérialiser autour de lui. Une vision à même de réveiller le poète qui sommeillait toujours en lui. Une vision à même de réveiller le poète qui sommeillait toujours en lui. il se sentait très jeune, débordant de vie, ouvert... vulnérable."
Dans un futur lointain les voyages dans le temps ont été rendus possibles. Et leur but est avant tout touristique. On suit ainsi un groupe de touristes en voyage organisé qui se retrouvent à la fin du XXe siècle dans la ville de Canterbury. Le but de leur voyage est d'assister au grand cataclysme qui mettra fin à la civilisation si brouillonnante e ce siècle. En effet, un météorite va atterrir à Canterbury changeant le monde à jamais. Thimiroi, l'un des ces touristes temporels, compte bien profiter de son voyage. Il est impressionné par la vie du XXe siècle. Mais les choses vont tourner mal. En effet, peu de temps avant la cataclysme, Thimiroi tombe amoureux d'une femme de cette époque. Dans le désespoir de la savoir mourir il va tout faire pour empêcher les choses d'arriver. Mais a-t-il un quelconque pouvoir là-dessus.
Robert Silverberg a écrit ce court roman (novella en anglais) à la demande de l'éditeur Martin H. Greenberg. Ce dernier édite en effet une collection dans laquelle il republie des grands classiques de la littérature de science-fiction en leur joignant un roman contemporain se basant sur la même histoire et complétât celle-ci. Pour Robert Silverberg le modèle choisi a été La saison des vendanges (Vintage Season, 1946) de Catherine Lucille Moore. Dans ce roman de C.L. Moore le lecteur suit l'histoire de Oliver Wilson, un propriétaire d'immeuble, qui voit son bien loué par de bien étranges personnages. Silverberg, dans ce roman complémentaire, nous décrit la même histoire en se palçant du point de vue de l'un de ces voyageurs. Le personnage de Oliver Wilson apparaît donc bien évidemment aussi dans En un autre pays. Robert Silverberg est en effet un grand admirateur de C.L. Moore, de plus on connaît son penchant pour les histoires traitant du sujet des voyages dans le temps avec l'éternel dilemme de ce voyageur d'agir ou non sur les événements qui se déroulent sous ses yeux.
En un autre pays présente une lecture très agréable, légèrement, mais volontairement, vieillotte pour le genre afin de rejoindre l'oeuvre de C.L. Moore. D'ailleurs les deux romans en question valent amplement la peine d'être lus.
Il est à noter que cette novella appraît en France publié dans un recueil (voir couverture ci-dessus) contenant également les novellas suivantes: Cache-cache (They Hide, We Seek, 1990), Ça chauffe à Magma City (Hot Times in Magma City, 1995) et L'arbre dans le ciel (The Tree that Grew From the Sky, 1991).
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Voir également:
- The Thirteenth Immortal - Robert Silverberg (1956), présentation
- Au temps pour l'espace (Starman's Quest) - Robert Silverberg (1956), présentation
- Stepsons of Terra (aka. Shadow on The Stars) - Robert Silverberg (1958), présentation
- Regan's Planet - Robert Silverberg (1964), présentation
- Ceux qui veillent (Those Who Watch) - Robert Silverberg (1967), présentation
- Les déportés du Cambrien (Hawksbill Station) - Robert Silverberg (1968), présentation
- L'oreille interne (Dying Inside) - Robert Silverberg (1972), présentation
- Le retour des ténèbres (Nightfall) - Isaac Asimov et Robert Silverberg (1990), présentation
22:07 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Silverberg, Robert | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, voyages dans le temps, robert silverberg, litterature americaine |
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vendredi, 02 juin 2006
Stepsons of Terra - Robert Silverberg - 1958
Cela fait maintenant plus de 500 ans que le monde colonial de Corwin n'a plus eu de contact avec la Terre-mère. Mais Corwin est menacé par l'attaque d'une horde d'extra-terrestres sans merci venant d'une autre galaxie. Corwin décide de demander de l'aide à la Terre. Mais celle-ci ne répond pas aux appels à l'aide. Ewing, habitant de Corwin est alors envoyé en tant qu'ambassadeur vers la Terre pour trouver de l'aide coûte que coûte. Mais la Terre, qui pourtant a colonisé plus d'un millier de mondes à travers l'univers, n'est plus ce qu'elle était. Ewing se rend vite compte que la Terre est dans l'incapacité la plus totale d'aider son monde, de plus il semble que la Terre soit de plus en plus sous contrôle d'une autre planète, une ancienne colonie du nom de Sirius IV. Ceux-ci voient d'un mauvais oeil l'arrivée d'un ambassadeur venant du monde de Corwin et vont tout faire pour se débarrasser de lui. Ewing finalement espérera trouver de l'aide auprès d'une société secrète de Terriens qui aurait développé une machine à voyager dans le temps.
Shadows on the Stars (ou Stepsons of Terra) est déjà le sixième roman de l'auteur Robert Silverberg encore peu connu à cette époque qu'il écrira en octobre 1957. Ce roman, il va l'écrire pour le magazine Science Fiction Adventures qui lui demande un pur space-opera, mais Silverberg va essayer de subtilement modifier le genre. Plus question de belles princesses à sauver, ni terribles méchants, ni maîtres féodaux qui croisent entre les étoiles, etc. Non, Robert Silverberg a écrit un petit roman dans un cadre bien établi sur le paradoxe temporel. Il est à noter que l'élément de la flotte Klodni de 775 vaisseaux, qui peut paraître aujourd'hui comme n'ayant rien à faire là, était une demande de l'éditeur qui voulait un roman mettant en scène une terrible menace extra-terrestre. Silverberg a donc intégré cet élément dans son histoire, sans toutefois y mettre trop d'accent. Le combat final contre cette terrible flotte n'est d'ailleurs pas la fin en soi, Silverberg préférant se concentrer sur le paradoxe temporel que va subir son héros. Le roman a été publié en 1958 dans le magazine Science Fiction Adventures et fut un plutôt grand succès, et Silverberg a vite été classé dans la lignée d'écrivains comme Robert A. Heinlein et E. E. Smith, même si lui-même avouera s'être plus inspiré d'A.E. Van Vogt. Le livre a ensuite été racheté par Donald A. Wollheim et a été republié sous le titre Stepsons of Terra. Aujourd'hui le roman est surtout connu sous ce titre là.
Stepsons of Terra (ou Shadow on the Stars) est donc un plutôt habile roman de space-opera, l'un des premiers de Robert Silverberg qui est devenu l'un des tous grands du genre. Le style est habile et on y reconnaît la grande capacité de narration de l'auteur, et qui réussit en se basant sur des règles d'un genre un peu vieillot à écrire un petit roman certes sans trop de profondeur mais plutôt original et très prenant.
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Voir également:
- The Thirteenth Immortal - Robert Silverberg (1956), présentation
- Au temps pour l'espace (Starman's Quest) - Robert Silverberg (1956), présentation
- Regan's Planet - Robert Silverberg (1964), présentation
- Ceux qui veillent (Those Who Watch) - Robert Silverberg (1967), présentation
- Les déportés du Cambrien (Hawksbill Station) - Robert Silverberg (1968), présentation
- L'oreille interne (Dying Inside) - Robert Silverberg (1972), présentation
- En un autre pays (In another Country) - Robert Silverberg (1988), présentation et extrait
- Le retour des ténèbres (Nightfall) - Isaac Asimov et Robert Silverberg (1990), présentation
13:01 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Silverberg, Robert | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : robert silverberg, science-fiction, space-opera, voyages dans le temps, litterature americaine |
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dimanche, 19 février 2006
Le voyageur imprudent - René Barjavel - 1944
« En deux mois de notre temps ordinaire, j'ai traversé trente fois mille siècles, et suis trente fois revenu de cet avenir. [...] J'ai accumulé les observations. Il me convient aujourd'hui d'en faire la synthèse. »
Pierre Saint-Menoux, mathématicien mobilisé dans pendant la Première Guerre Mondiale, est invité par un mystérieux infirme, Noël Essaillon, à prendre part à ses travaux scientifiques secrets. Le savant a en effet découvert comment voyager dans le temps par l'intermédiaire de pilules et d'un scaphandre spécial, et veut étudier la destinée de l'humanité par une série d'explorations de plus en plus avancées dans le futur. Saint-Menoux, qui deviendra l'assistant d'Essaillon, se rend en l'an 100 000 et rapporte ses observations d'un monde totalement transfiguré, où la notion d'individu est balayée au profit d'une société où chaque être œuvre pour le bien collectif. Annette, la fille d'Essaillon, seconde les travaux des deux hommes. Un incident coûte la vie au savant, mais des acrobaties temporelles permettent de l'éviter. Le ressuscité perturbé par cette vie usurpée au Créateur décide de mourir néanmoins en laissant à Saint-Menoux la responsabilité de poursuivre les recherches seul. En pleine guerre, sans le savant, Saint-Menoux n'utilise plus le scaphandre que pour son confort personnel ainsi que celui d'Annette, devenue sa compagne. En s'approvisionnant dans les années prospères du passé, Saint-Menoux cause plusieurs incidents dont un sérieux qui le livrera même prisonnier au siècle passé, jusqu'à ce que sa campagne viendra le sauver. En revenant au présent, il découvre que ses exploits, relatés dans les journaux d'avant 1914, entraînent l'apparition en 1942 d'ouvrages scientifiques et de romans populaires le mettant en scène et qui n'existaient pas avant que Saint-Menoux n'eût entrepris son voyage. Bien plus, le contenu de ces documents se modifie à mesure que de nouvelles intrusions dans le passé sont effectuées. Il lui semble donc que le temps soit susceptible de plasticité et que tout soit possible. De plus en plus, il va essaye de changer le passé pour influer sur le présent, afin d'étudier ses nouveaux pouvoirs.
Le voyageur imprudent est un grand classique de science-fiction, surtout de tout ce sous-genre qui traite du voyage dans le temps. René Barjavel y étudie parfaitement tous les tenants et aboutissants du voyage dans le temps, faisant de ce roman une certaine référence dans ce qui est du voyage temporel, et du paradox qui s'ensuit. Le personnage de Saint-Menoux est particulièrement réussi, un anti-héros, qui sans trop de scrupules va détourner ses découverts à ses propres fins. Hélas le roman a un peu vieilli aujourd'hui, de plus que depuis, le même sujet a été fortement traité par d'autres, et parfois avec plus de talent.
Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !
Voir également:
- Le grand secret - René Barjavel (1973), présentation
18:43 Écrit par Marc dans Barjavel, René | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : rene barjavel, science-fiction, voyages dans le temps, litterature francaise |
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mercredi, 21 décembre 2005
Jésus vidéo (Das Jesus Video) - Andreas Eschbach - 1998
Un groupe d'archéologues fait une découverte inouïe lors de fouilles en Israël. Une cave inviolée depuis 2000 ans, révèle des ossements très particuliers. Un squelette semble avoir une fracture reparée par des techniques au titan tout à fait moderne. De plus, à côté du squelette est retrouvé un manuel d'utilisation d'une caméra numérique non encore sortie sur le marché. Les organisateurs de la fouille, avec derrière un grand magnat de la presse imaginent l'impossible: serait-il possible qu'un homme du futur serait remonté dans le temps pour se retrouver aux environs de l'an 0 en Palestine, et si oui, qu'a-t-il pu filmer avec sa caméra? L'équipe va alors se mettre à la recherche d'une éventuelle cassette. Cependant d'autres personnes sont également intéressé par ce que ce mystérieux voyageur aurait pu filmer, dont le Vatican et une bande d'étudiants, exclus du site d'archéologie. Commence alors une cours-poursuite pleine d'aventures et de rebondissements.
Le style d'Andreas Eschbach est très bon, bien rythmé, même l'exposition des théories sur le voyage dans le temps se lisent avec beaucoup de plaisir. Eschbach réussit admirablement à manipuler le lecteur dans son opinion sur ce qui se serait passé. Au bout de quelques pages, le lecteur est persuadé de savoir ce qui s'est passé. Quelques pages plus tard, ce même lecteur est convaincu d'autre chose; et cela jusqu'au bout du roman. Cependant Eschbach se concentre également beaucoup , voir parfois trop, sur les scènes d'action. De plus les personnages ne sont pas très recherchés, sauf peut-être celui de l'auteur de science-fiction, double d'Eschbach lui-même, qui amené sur les lieux de l'action, remet en doute toute son oeuvre, voir son métier.
Ce roman fut un immense succés populaire en Allemagne. Il s'agit en effet d'un bon roman de divertissement, un thriller efficace, mais sans plus. Eschbach nous a déjà offert beaucoup mieux.
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Voir également:
- Andreas Eschbach - site officiel
- Des milliards de tapis de cheveux (Die Haarteppichknüpfer) - Andreas Eschbach (1995), présentation
- Station solaire (Solarstation) - Andreas Eschbach (1996), présentation
- Kwest (Quest) - Andreas Eschbach (2001), présentation
- Eine Billion Dollar - Andreas Eschbach (2001), présentation
- Exponential Drift - Andreas Eschbach (2003), présentation
- Le dernier de son espèce (Der Letzte seiner Art) - Andreas Eschbach (2003), présentation
00:13 Écrit par Marc dans Eschbach, Andreas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : litterature allemande, archeo-thrillers, voyages dans le temps, andreas eschbach, thrillers, science-fiction |
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