lundi, 01 mars 2010

Babylon Babies - Maurice G. Dantec - 1999

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2013. Le monde est en feu et en flammes, rongés par de multiples conflits hors contrôles, les nationalismes qui ravagent les états, les mafias, les sectes, les sciences sans consciences.
Dans ce monde en plein chaos, le mercenaire Hugo Cornelius Toorop essaie de survivre comme il peut en acceptant des missions de tout genre pour à peu près n'importe qui. il accepte notamment de travailler pour les mafias sibériennes. Sa mission : escorter Marie, une jeune femme à priori quelconque, de Sibérie au Québec. Pour un vétéran de Bosnie, et de multiples autres conflits, cette mission paraît assez simple à Toorop. Mais son expérience l'avertit dès le départ. Quelque chose se cache derrière cela. Il découvrira assez vite que Marie est en fait une arme biologique très puissante, de plus atteinte de schizophrénie. En effet elle porte en elle la prochaine mutation de l’Humanité, la synthèse de l’Homme et de la neuromatrice crées par Darquandier dans les Racines du Mal (1999), et qu'elle est donc recherchée par tout ce que compte le monde en sectes, mafias et pouvoirs en tout genre qui ont le plus vif intérêt à mettre la main sur elle.

Babylon Babies est le troisième roman de l'écrivain français naturalisé canadien Maurice Georges Dantec, dit Maurice G. Dantec, qui fait donc suite à La Sirène rouge (1994) et Les Racines du Mal (1996) en y intégrant le même personnage de Toorop dans un monde à l'aube de l'apocalypse. Certains liens existent entre les différents romans, mieux vaut-il aussi les avoir lu dans leur ordre, mais ce n'est guère une obligation dans la mesure où les trois histoires restent bien distinctes.
On retrouve donc ici le mercenaire Toorop, guerrier avisé pour toutes les causes et grand amateur de philosophie guerrière, dans une nouvelle traque qui cette fois va donner naissance de l'homme, un homme supérieur, à un monde nouveau totalement éclaté par la cybernétique. Et cela dans un roman empruntant à la fois du polar et de la science-fiction pour donner un techno-thriller hors normes. Et au-delà de cela, ni polar ni roman SF, on a l'impression que Dantec tente de nous dévoiler un futur immédiat, déjà amorcé, et dont ce roman serait une sorte de guide. Ambitieux donc ! Pas toujours réussi mais ambitieux.
L'histoire de base, c.à.d. le convoyage de Marie donne lieu à des scène d'action époustouflantes, et sert de prétexte à ce sujet plus complexe et dense qu'est cette évolution humaine, et qui se raconte par de multiples détails et, entre par des rêves hallucinés très marquants. Peu à peu l'action laisse d'ailleurs sa place au côté plus métaphysique du livre, et cela dans un rythme plus lent mais tout en devenant plus marquant. Et Dantec réussit à parfaitement convaincre tant le roman est dense, le monde recréé savamment détaillé et maîtrisé. L'action est haletante et le lecteur ne s'ennuiera guère. Comme souvent chez Dantec certains propos sont énervants, polémiques, mais le texte en son ensemble ne laissera personne indifférent.

Babylon Babies a été adapté au cinéma en 2008 sous le titre de Babylon A.D. par le réalisateur français Mathieu Kassovitz dans une production internationale avec l'acteur américain Vin Diesel dans le rôle de Toorop.

Maurice G. Dantec propose ici un roman hors normes, entre le polar et la science-fiction, un thriller haletant qui ne laissera guère indifférent.

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Extrait : premières pages

Vivre était donc une expérience incroyable, où le plus beau jour de votre existence pouvait s'avérer le dernier, où coucher avec la mort vous garantissait de voir le matin suivant, et où quelques règles d'or s'imposaient avec constance: ne jamais marcher dans le sens du vent, ne jamais tourner le dos à une fenêtre, ne jamais dormir deux fois de suite au même endroit, rester toujours dans l'axe du soleil, n'avoir confiance en rien ni en personne, suspendre son souffle avec la perfection du mort vivant à l'instant de libérer le métal salvateur. Quelques variables pouvaient à l'occasion s'y glisser, la position du soleil dans le ciel, le temps qu'il faisait, et à qui on avait affaire.

De là où il se trouvait, accroupi au sommet du talus qui longeait le sentier, Toorop surplombait sa victime. A l'ouest, le soleil baissait sur l'horizon, laquant d'un jaune orange volcanique la terre ocre du haut Sin-kiang. L'air était sec, encore vibrant de la chaleur accumulée pendant toute la journée, et d'une pureté irréelle. C'était le temps idéal pour tuer quelqu'un.

Un vent frais soufflait de l'est, en provenance des terres basses, le grand désert du Takla-Makan, un mot ouïgour qui signifie «le lieu où vous entrez mais d'où vous ne sortez pas». Torride à l'origine, ici, à deux mille mètres d'altitude, l'air était coupant comme la lame d'une baïonnette. Quand le soleil aurait disparu derrière les sommets blindés à la neige éternelle, il deviendrait glacial en moins de temps qu'il n'en faut pour prendre une inspiration, ou relâcher son dernier souffle.

L'homme était allongé sur le dos. Un bras tendu à la perpendiculaire était venu s'échouer sur un petit massif de chardons, l'autre était replié sous lui. Il était encore vivant, ce n'était pas son jour de chance. Chacune de ses respirations produisait un tressaillement réflexe de ses muscles, et un râle épuisé sortait par intermittence de sa bouche pleine de sang. Toorop lui donnait quelques minutes de sursis, tout au plus, des minutes qui lui paraîtraient des heures. La balle de 12,7 mm avait pénétré la structure biologique en diagonale, à la hauteur du foie, mais Toorop savait qu'elle avait pu se loger jusque dans le cervelet, l'artère fémorale, ou un organe bien plus sensible encore.

Le visage du jeune mec exposait comme un révélateur chimique l'étonnement de cette vie tranchée vicieusement par un projectile fou qui s'était retourné sur lui-même à l'impact, avant de zigzaguer en tous sens à l'intérieur du corps; l'énergie de ce genre de munitions se diffuse avec une telle intensité qu'en plus des traumatismes physiologiques l'onde de choc provoque de graves commotions nerveuses. Un beau visage mandchou, vingt ans, pas plus, les yeux vitreux s'interrogeant pour toujours sur la fragilité de l'existence face au métal de la douleur.

Toorop se souvint de l'aphorisme du Yi-qing servant de référence au quatorzième des Trente-Six Stratagèmes: «Ce n'est pas moi qui réclame le concours du naïf, c'est lui qui se livre à moi.» Le stratagème n° 14 s'intitulait curieusement «Redonner vie à un cadavre» et disait ceci:

Celui qui peut encore agir pour son propre compte ne se laisse pas utiliser.
Celui qui ne peut plus rien faire suppliera qu'on l'utilise.
Se servir de celui qui ne sert plus à rien pour servir nos fins.

Un sermon pas plus obscur qu'un autre vu les circonstances. Et l'homme qui agonisait avait bien servi ses fins. Toorop descendit du talus en sachant déjà ce qu'il convenait de faire.

Trois jeunes busards venaient de se poser en croassant près du corps, et sans lui prêter la moindre attention entreprirent de fourrager dans la vareuse vert olive, forant le tissu d'un seul coup acéré pour remonter un morceau de viande sanguinolente qu'ils engloutissaient d'un mouvement saccadé de la tête. Toorop vit nettement le geste réflexe, ultime, de l'homme condamné qui tentait de reculer l'échéance. Un frémissement de sa carcasse, une main tremblante qui chercha en vain à se soulever de terre et qui y griffonna comme un message illisible. Toorop put détailler un instant le processus naturel à l'œuvre, son regard ne cherchait même pas à éviter la rosace de sang qui s'étoilait sur l'abdomen du soldat, là où les oiseaux accomplissaient leur besogne, et sur la terre jaune orange tout autour de lui, une flaque noire aux contours pourpres que la lande rocailleuse buvait avec avidité.

A son approche, un des busards émit un croassement de mécontentement en battant des ailes, et se raidit dans une posture de parade agressive. Les deux autres continuaient leur festin sur le ventre de l'homme, imperturbables, pataugeant dans une moquette de sang, de tissu spongieux et de morceaux d'intestins.

Une odeur de tripaille et de merde lui chatouillait les narines au gré des souffles du vent. Le parfum de l'homme mort, ou en train de mourir, une fragrance qui lui laissa comme un arrière-goût de bière rance dans la bouche. Toorop venait d'extirper le «schiskov» de son étui dorsal, un Aurora, une arme polyvalente capable de faire face à toutes les situations d'urgence, et tout bonnement le meilleur fusil d'assaut au monde. Toorop arma la culasse d'un coup sec, mit en joue et logea une balle en plein dans la tête du soldat.

Le coup de feu résonna longuement dans la chambre d'écho naturelle des hautes montagnes. Toorop y entendit le soupir de soulagement de l'homme enfin délivré de ce monde de chair et d'acier, enfin libéré de la vie, et des trois busards.

A l'instant où les rapaces fusaient vers le ciel écorché du crépuscule, les ailes pleines de sang, alors que l'écho du coup de feu résonnait encore dans l'espace immense qui s'étendait devant lui, Toorop s'était dit que la situation réclamait sans doute un passage de Rûmî, ou bien un couplet de Dead Man Walking, mais il sentit une douce vibration se propager le long de sa cuisse, interrompant net le flux de ses pensées. Sa main plongea dans la poche de son battle-dress et en ressortit armée d'un petit cellulaire Motorola GPS. L'écran à cristaux liquides affichait un message du commandement général l'informant de la présence de drones chinois dans le secteur. De l'alphanumérique, crypté par un programme spécial CIA que les tronches du chiffre de l'APL pouvaient toujours essayer de décoder, y compris avec leurs Fujitsu hautement parallèles, développés grâce aux fonds yakuzas dans leurs usines souterraines du Sichuan. D'après les trafiquants russes qui avaient fourni le logiciel, le cryptage était incassable, la somme des ressources informatiques de la planète n'y suffirait pas, même au bout de cinquante ans de travail ininterrompu. Réencodage Transfini sur Modélisation Chaotique, avait dit le binoclard à l'accent british chargé de faire la démo aux guérilleros ouïgours, qui avaient mollement apprécié en dodelinant de la tête. Pour les Ouïgours, ça signifiait simplement qu'Allah ne voulait pas que l'APL puisse décoder leurs communications. Ce qui était la moindre des choses.
 

Toorop se tourna vers l'ouest, là où le ciel combinait des fulgurances azurées avec des machines laiteuses aux reflets de napalm, puis s'agenouilla à côté du cadavre pour commencer le pillage. Un automatique de fabrication locale, copie conforme de l'indémodable Colt modèle 1911. Deux chargeurs pleins en sus. Une grenade à main de fabrication française accrochée à l'autre bout. Dans la poche de la vareuse, il dénicha un paquet de Kool fabriquées à Pékin. Il détestait les Kool mais il pourrait les échanger contre des Marlboro russes ou des Camel indiennes.

Il retourna le cadavre du pied en le faisant rouler sur la terre rocailleuse. L'AK-74 était sanglé crosse en l'air en travers de son dos. Intact, un chargeur de trente balles enclenché, flambant neuf, tout frais sorti des chaînes de montage robotisées du ministère de la Planification militaire. Toorop préleva le butin d'une main expérimentée. C'était la loi des montagnes, le secret transparent de la nature, le code de la chasse, l'étrange rituel de la vie et de la mort et sa fétichisation par le trophée, toutes ces conneries, une simple habitude. Remontant aux origines du monde.

D'un geste sûr, Toorop releva les manches de la vareuse de montagne; le biobippeur GPS formait une petite boursouflure de carbone noir courant juste sous la peau au niveau du poignet gauche, au-dessus d'une très jolie montre en or. Le biobippeur avait pour principale fonction d'envoyer régulièrement un signal radio digital donnant la position et l'état métabolique de son porteur, une technologie copiée sur celle de l'US Army. Pour l'heure, une petite diode rouge y pulsait en silence, l'air de dire que son porteur n'était pas au mieux de sa forme, et qu'il resterait sûrement un bon moment à cette position.

Toorop perça l'épiderme de la pointe de son couteau de combat, y désincrusta le petit composant, le jeta au fond du ravin, et la montre en or au fond d'une de ses poches.

Il retourna une nouvelle fois le corps, et acheva la fouille en prélevant sa plaque d'identification magnétique et quelques biftons chiffonnés, en diverses monnaies locales. La plaque militaire, c'était juste pour donner un peu de boulot aux bureaucrates de l'APL. La caillasse, ce serait pour plus tard, les bars à putes d'Almaty, quelques ecstas new-look achetés à des dealers kazakhs, éventuellement un film de Taiwan en version russe dans une salle de cinéma datant de l'époque soviétique, constructivisme pompier et sièges rapiécés ayant vu passer les culs de toutes les générations depuis Khrouchtchev au moins.

Toorop sortit de sa rêverie pour marcher jusqu'au cheval kirghize, une belle jument grise pommelée de noir, qui se laissa monter sans résistance. Sa propre monture avait succombé trois jours auparavant à une mauvaise chute; cette jument était une pure bonté d'Allah, auraient dit les Ouïgours, elle était à la fois robuste et peu farouche, jeune et expérimentée, une vraie canasse de montagnard. Il lui flatta le museau, la prit par la bride, grimpa sur la selle réglementaire de l'APL, avec ses boucles de laiton frappées de l'étoile rouge, puis redescendit le sentier jusqu'au cadavre, lui jeta un dernier coup d'œil, accrocha le Barrett à la selle, plaça son Aurora dans l'étui dorsal, l'AK-74 chinois en bandoulière sur sa poitrine, et d'un petit jappement accompagnant le coup de talon fit avancer l'animal à la rencontre de l'adret, tournant le dos aux blanches hauteurs du Turugart Shanku.

Son ombre évoquait celle d'un don Quichotte harnaché pour une guerre oubliée, dans le silence élémentaire de la nature.

Le bruit des sabots sur la rocaille couvrit le croassement des busards qui venaient tournoyer de nouveau au-dessus du cadavre derrière lui, puis plus tard, alors qu'il atteignait le fond de la passe, une rafale de vent froid lui fit prendre conscience que le soleil venait de disparaître derrière les montagnes, une ombre bleu ardoise s'abattait sur les roches d'un gris lunaire, le ciel virait à un violet abyssal, les premières étoiles étaient visibles, un croissant de lune apparaissait entre deux sommets neigeux, masses de cendres piégées dans un faisceau de lumière noire et laquées de vif-argent, l'astre nocturne serait au zénith au cœur de la nuit.
C'était d'une beauté à couper le souffle.
 

Tuer son couple d'hommes par semaine, au bas mot. Vivre sur la bête en prélevant armes, munitions, nourriture, drogues, argent liquide - ou plastique -, vêtements, chevaux. Traquer sans relâche les communications ennemies afin de prévoir le mouvement des patrouilles de gardes-frontières, se déplacer constamment, de nuit, en évitant les drones de recherche et de destruction, attendre parfois des jours entiers avant de voir une silhouette apparaître dans l'œilleton de la lunette, tenter d'engager comme un dialogue silencieux avec la cible, juste avant de presser la détente, puis s'enfoncer à nouveau dans les ténèbres afin de s'y fondre, et y dormir un peu, dans l'attente d'un autre matin, d'un nouvel homme à tuer.

Telle était désormais sa vie, et Toorop n'y trouvait rien à redire. Comme il l'avait fait remarquer très longtemps auparavant à une correspondante de guerre en quête de «personnages pittoresques», il fallait bien que quelqu'un s'en charge. Il fallait bien qu'une poignée d'hommes mauvais se battent au bout du monde, pour des causes perdues, et parfois pour bien pire. Il fallait bien que la roue de l'histoire continue de broyer des existences, si le reste du monde voulait continuer à se nourrir d'images de télévision.

Sur le moment la fille de la BBC n'avait rien répondu, son caméscope numérique braqué sur lui comme l'œil noir et globuleux d'une machine vampire. Mais Toorop avait su d'instinct qu'elle l'avait pris pour un fou. Avant de se demander comment elle s'y était prise pour le deviner aussi vite. Seul un dingue, en effet, pouvait passer son temps dans les montagnes et les steppes d'Asie centrale avec deux ou trois livres chinois de stratégie en poche, une couverture de survie arctique de l'armée russe capable d'endurer des températures inférieures à moins 50 degrés centigrades, une trousse médicale de l'US Air Force comprenant tout le kit d'urgence, plus des boîtes entières de méta-amphétamines de pointe, sous toutes les formes possibles, patches transcutanés, capsules auto-injectables, comprimés, chacune d'entre elles répondant à une fonction bien précise, renforcement de l'activité sensorielle, ou motrice, lutte contre la fatigue, oxygénation, taux de globules rouges, tonus mémoriel, capacité de traitement de l'information. Plus fort qu'un peloton cycliste du Tour de France, avait-il dit en souriant, la pharmacopée du chasseur d'hommes moderne. Sur le moment il n'avait pu en dresser la liste complète à la fille. Il avait juste marmonné un truc comme: «La guerre est une science qui ne permet aucune erreur.»

Les journalistes, occidentaux surtout, étaient de ceux à qui il fallait sans cesse rappeler les évidences.

Toorop s'était toujours demandé pourquoi le don s'était révélé à lui durant les derniers mois de la guerre en Croatie et en Bosnie.

Il faut dire que pendant la première partie du conflit bosniaque, l'armée gouvernementale fut incapable de réagir de façon coordonnée face aux assauts conjugués de l'armée yougoslave et des milices de Karadzic, d'Arkan ou de Seselj. Mettons à sa décharge que, pendant les premiers mois de la guerre, l'armée gouvernementale bosniaque n'existait tout bonnement pas, l'Etat lui-même venant à peine d'être créé et reconnu par les Nations unies. C'est pourquoi, durant cette période, les combattants bosniaques formèrent une cohorte hétéroclite de bandits, aventuriers, mercenaires, têtes brûlées et soldats perdus encadrant des recrues qui venaient tout juste de lâcher leur guitare électrique pour tenir un AK-47.

C'est en participant à l'offensive de l'été 95 au sein d'une unité des forces spéciales bosniaques qu'il fut comme saisi par un état de grâce. Rien de l'exaltation religieuse, ou mystique, ni de cette cocaïne naturelle qui irrigue le cerveau lorsque l'excitation du danger est à son comble, non, juste comme si une vieille équation acariâtre, qui résistait depuis un bon moment, venait d'être matée; la guerre était sans nul doute la chose la plus simple à faire, mais c'était surtout la plus difficile à réussir. La seule règle étant qu'il n'y en a aucune, ou plutôt que chaque guerre invente les siennes propres, dans le chaos créateur de la violence. Et que ce sont ceux qui prononcent ces règles qui finalement l'emportent. Dans l'ex-Yougoslavie, comme dans tous les territoires dévastés que Toorop avait depuis traversés, ces règles échappaient pour une bonne part aux belligérants eux-mêmes, ceux qui les édictaient se réunissaient dans de vastes salles de conférences internationales pour décider du sort des armes en lieu et place des hommes qui mouraient sur le terrain. Cela devait désormais être intégré comme une de ces nouvelles lois de la guerre que chaque époque emporte avec elle, une fois morte, et Toorop s'était dit qu'il mourrait probablement avec elle.

Début novembre, de retour à Sarajevo dans l'attente des accords de Dayton, Toorop élut domicile dans un faubourg de la ville, Hrasnica, situé juste en contrebas du mont Ingman, le verrou stratégique qui était resté tout le temps de la guerre l'unique cordon ombilical reliant la capitale de l'Etat bosniaque au petit territoire qu'il contrôlait.

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Présente édition : Editions Folio, 4 avril 2001, 719 pages

dimanche, 31 août 2008

Abysses (Der Schwarm) - Frank Schätzing - 2004

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Plus rien ne semble aller, les catastrophes s'accumulent de partout dans le monde : des bancs de méduses extrêmement toxiques envahissent les plages de l’Europe, des millions de vers étranges s’agglutinent au large de la Norvège, des baleines et orques attaquent les touristes sur la côte canadienne, des crabes toxiques enhaissent la terre à plusieurs endroits, ... et cela jusqu'à un immense tsunami qui ravage une bonne partie de l'Europe. C'est un peu comme si la mer se révoltait. Et lorsque la nature devient violente c'est l'humanié toute entière qui est menacée. Mais qui est à l'origine de ce cataclysme et comment faire pour l'arrêter.
Des scientifiques du monde entier sont vite réunis sur une base militaire américaine afin de comprendre ce qui se passe, et trouver des solutions pour sauver l'humanité.

Abysses de l'écrivain allemand Frank Schätzing est un excellent thriller écologique, à deux pas du genre de la science-fiction, qui depuis sa parution en 2004 a connu un succès commercial à travers le monde entier. En près de 900 pages, Frank Schätzing livre ici un roman doté d'une documententation hors norme sur l'évolution de la faune marine et qui passionne d'un bout à l'autre. L'intrigue est solide, bien montée, et toujours prenante. La mer devient un personnage à part entière au fil des pages et le lecteur suit avecbeaucoup d'intérêt son évolution ainsi que les conséquences de cette évolution sur l'être humain. D'autre part il suit le parcours d'une multitude de scientifiques aux prises avec la survie de l'humanité et qui doit en même temps se battre contre des ennemis bien plus humains que ceux venus des fonds des océans. Et si ce danger des fonds des mers semblent plus sortir du domaine de la science-fiction, Frank Schätzing lui donne cependant une véritable crédibilité. Mais outre la parfaite documentation et l'habile intrigue données au roman, on ressent une volonté réelle de l'auteur éveiller les consciences sur le drame écologique qui est en train de se produire actuellement tout en donnant une réflexion plus profonde sur la place de l'être humain dans son environnement.

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Extrait : premières pages

14 janvier

À Huanchaco, sur la côte péruvienne

C'est en ce mercredi que se scella le destin de Juan Narciso Ucañian, mais le monde n'en fut pas informé.

Quelques semaines plus tard, l'information fut diffusée sur une vaste échelle, mais le nom d'Ucañian ne fut jamais prononcé. Car des noms, alors, il y en avait trop, et il faisait simplement partie du lot. S'il avait été possible de l'interroger immédiatement après et de lui demander ce qui s'était passé à l'aube de ce mercredi, la similitude avec des événements qui s'étaient produits au même moment tout autour du globe aurait sauté aux yeux. Et sans doute son avis, parce qu'il émanait d'un simple pêcheur, aurait-il mis en évidence une série de corrélations complexes qui ne sont devenues apparentes que plus tard. Mais Juan Narciso Ucañian ne dit mot, et le Pacifique, au large de Huanchaco, dans le nord du Pérou, ne révéla rien, lui non plus. Ucañian resta muet, comme les poissons qu'il avait pêchés toute sa vie durant. Lorsque, finalement, on le retrouva dans une statistique, l'affaire était déjà passée au stade supérieur et les détails le concernant personnellement ne présentaient plus qu'un intérêt mineur.

De la même manière, avant cette date fatidique du 14 janvier, il ne se serait trouvé personne pour lui accorder la moindre importance ou défendre ses intérêts.

Cette indifférence à son égard n'aurait pas étonné Ucañian.

Il ne se réjouissait pas du tout de l'évolution qui s'était opérée. Au fil du temps, le village de Huanchaco avait gagné ses galons de plage paradisiaque et était devenu un haut lieu du tourisme international. Les étrangers affluaient, enchantés par cet endroit où les autochtones sortaient en mer sur d'archaïques barques en jonc, mais lui, ça lui faisait une belle jambe. Ce qui était vraiment archaïque, c'était que certains continuent encore à sortir. Car la majeure partie de ses concitoyens gagnaient leur vie sur les chalutiers-usines et dans les usines de farine et d'huile de poisson, grâce auxquels le Pérou, en dépit de la raréfaction dudit poisson, continuait à figurer en tête des pays producteurs de pêche, avec le Chili, la Russie, les Etats-Unis et les grands pays asiatiques. En dépit d'El Niñio, Huanchaco s'étendait de tous côtés, les hôtels étaient à touche-touche, les dernières réserves de la nature étaient pillées sans vergogne. Tout le monde se débrouillait pour en tirer profit d'une façon ou d'une autre. Tout le monde, sauf Ucañian, à qui il ne restait pratiquement plus que sa petite barque si pittoresque, un caballito, un « petit cheval », nom qui leur avait été donné autrefois par les conquistadores, charmés. Mais, tel que c'était parti, les caballitos allaient bientôt disparaître à leur tour.

Le millénaire commençant avait visiblement décidé de se séparer d'Ucañian et de ses semblables.

Il ne savait plus où il en était. D'un côté, il avait le sentiment d'être puni. Par El Niñio, qui visitait le Pérou depuis la nuit des temps et dont il n'était pas responsable. Par les écologistes, qui dans leurs congrès discutaient surexploitation des océans et réduction des quotas, au point qu'on voyait littéralement les yeux accusateurs de ces politiciens se tourner vers les patrons de pêche, pour s'apercevoir soudain que c'était leur propre image qui leur était renvoyée comme par un miroir. Ensuite, leurs regards allaient se poser sur Ucañian, qui n'était pas plus responsable du désastre écologique que d'El Niñio. Ce n'était pas lui qui avait demandé la présence des usines flottantes, ni celle des chalutiers japonais et coréens tapis dans la zone des deux cents milles en attendant de pouvoir se ruer sur le poisson local. Ucañian n'était responsable de rien de tout cela, mais il finissait par en douter lui-même, commençait à se sentir vaguement coupable. Comme si c'était lui qui remontait de la mer les thons et les maquereaux par millions de tonnes.

Il avait vingt-huit ans et il était l'un des derniers de son espèce.

Ses cinq frères aînés travaillaient à Lima. Ils le prenaient pour un demeuré parce qu'il acceptait de sortir en mer, à bord d'une barque qui était pour ainsi dire l'ancêtre de la planche à voile, et d'attendre dans les eaux désertées de la côte que les bonites et les maquereaux veuillent bien mordre. Ils lui répétaient que c'était inutile, qu'on ne pouvait pas redonner du souffle aux morts. Or, c'était du souffle de son père qu'il s'agissait, son père qui, malgré ses soixante-dix ans tout proches, avait continué à sortir tous les jours. Sauf que depuis quelques semaines, c'était fini. Maintenant, le vieil Ucañian ne sortait plus. Il restait couché, avec une toux bizarre et des taches sur la figure, et il était en train de perdre la tête. Et Juan Narciso se cramponnait à l'idée qu'il pourrait garder le vieil homme en vie tant qu'il continuerait à maintenir la tradition.

Mille ans auparavant, bien avant l'arrivée des Espagnols, les ancêtres d'Ucañian, les Yunga et les Moche, utilisaient déjà ces barques en jonc. Ils peuplaient la côte tout du long, du Nord au Sud, jusqu'à la région de la ville actuelle de Pisco, et livraient leur poisson à la puissante métropole de Chan Chan. À l'époque, la région était riche en wachaques, des marais proches de la côte, alimentés par des sources d'eau douce souterraines. C'était là que poussaient en quantité les roseaux avec lesquels Ucañian et les survivants de son peuple continuaient à fabriquer leurs caballitos, exactement comme le faisaient les anciens. Pour construire un caballito, il fallait de l'adresse et la paix de l'âme. Le résultat était exceptionnel. Longue de trois à quatre mètres, avec une proue pointue qui s'arrondissait en montant très haut, légère comme une plume, cette barque de roseaux tressés était pratiquement insubmersible. Dans les temps anciens, c'était par milliers qu'elles fendaient les flots en sillonnant cette côte appelée « le Poisson d'Or » car, même les mauvais jours, on rentrait chargé d'un butin plus important que celui qu'Ucañian et ses pareils osaient à peine imaginer, à présent, dans leurs rêves les plus fous.

Mais les marais disparurent, et avec eux les joncs.

Au moins, El Niñio était prévisible. Tous les ans, autour de Noël, le courant de Humboldt, un courant d'ordinaire froid, était réchauffé par les alizés, appauvrissant la chaîne alimentaire, et les maquereaux, les bonites et les sardines restaient absents parce qu'ils ne trouvaient pas de quoi se nourrir. C'est pour cette raison que les ancêtres d'Ucañian avaient donné à ce phénomène le nom d' « El Niñio », autrement dit « l'Enfant Jésus ». Parfois l'Enfant Jésus se contentait de chambouler un peu la nature, mais, tous les quatre ou cinq ans, il faisait fondre le châtiment du Ciel sur les pauvres humains, comme s'il voulait les rayer de la surface terrestre. Tornades, pluies diluviennes et torrents de boue emportaient les gens par centaines. ElNiñio venait, puis repartait, c'était comme ça depuis toujours. Si on n'allait pas jusqu'à faire ami-ami, on s'en accommodait, plus ou moins. Mais, depuis que les trésors du Pacifique échouaient dans des chaluts aux ouvertures assez larges pour y faire entrer une dizaine d'avions gros porteurs côte à côte, il n'y avait plus rien à faire, la prière elle-même ne servait plus à rien.

C'est peut-être vrai, pensa Ucañian dans son caballito bercé par la houle, peut-être que je suis bête. Je suis bête et c'est de ma faute. C'est de notre faute à tous, parce que nous nous sommes acoquinés avec un saint patron chrétien qui ne fait rien contre ElNiñio, ni contre les sociétés de pêche, ni contre les accords gouvernementaux. Avant, nous avions des chamans, au Pérou.

Ucañian connaissait par des récits les découvertes faites par les archéologues dans les temples précolombiens près de la ville de Trujillo, juste derrière le Temple de la Lune. Ils avaient trouvé quatre-vingt-dix squelettes allongés, des hommes, des femmes et des enfants, la plupart poignardés. En 560, dans une tentative désespérée d'arrêter la montée des eaux, les grands prêtres avaient sacrifié la vie de quatre-vingt-dix victimes, et El Niñio était parti.

Qui fallait-il sacrifier pour interrompre la surexploitation de l'océan ?

Ucañian frissonna devant ses propres pensées. Il était bon chrétien. Il aimait le Christ et il aimait aussi san Pedro, le saint patron des pêcheurs. Jamais il n'avait laissé passer une fête de san Pedro, quand on transportait sa statue de bois de village en village à bord d'une barque, sans y participer avec ferveur. Et pourtant... Le matin, ils se précipitaient tous à l'église, mais c'était la nuit que brûlait la véritable ardeur. La nuit, sans retenue, on s'adonnait au chamanisme.

Mais y avait-il un dieu capable de venir à leur secours si l'Enfant Jésus lui-même affirmait qu'il n'avait rien à voir avec le nouveau fléau qui s'était abattu sur les pêcheurs, que son influence se limitait aux dérèglements des forces de la nature et que, pour le reste, il convenait de s'adresser aux politiciens et aux lobbies.

Ucañian leva la tête vers le ciel et cligna des yeux.

La journée s'annonçait belle.

Bien loin de la tourmente d'El Niñio, le nord-ouest du Pérou offrait pour l'instant une image idyllique. Depuis des jours entiers, le ciel était bleu et pur. À cette heure matinale, les surfeurs étaient encore au lit. Il y avait une bonne demi-heure, dès avant le lever du soleil, qu'Ucañian était sorti en compagnie d'une dizaine de pêcheurs, fendant les vagues qui roulaient doucement à leur rencontre. À présent, le soleil montait lentement derrière la brume des montagnes et plongeait la mer dans une lumière pastel. L'immensité infinie, qui, l'instant précédent, était encore couleur d'argent, se teintait de bleu tendre. On devinait à l'horizon les silhouettes de quelques énormes cargos qui avaient mis le cap sur Lima.

Ucañian, indifférent à la beauté du jour naissant, attrapa son calcal derrière lui. C'était le traditionnel filet rouge des pêcheurs en caballito, long de plusieurs mètres et sur lequel était accrochée toute une série d'hameçons de différentes tailles.

Assis sur ses talons dans sa petite embarcation de jonc, le dos bien droit, il inspecta les mailles fines d'un œil critique. On ne pouvait pas s'asseoir à l'intérieur d'un caballito, mais, en revanche, une place généreuse était prévue à l'avant pour le matériel et le filet. La pagaie fabriquée dans un bambou de canne de Guayaquil coupé en deux, comme personne n'en utilisait plus au Pérou, était posée en travers devant lui. Elle appartenait à son père. Il l'avait prise pour que le vieil homme puisse sentir la force avec laquelle lui, son fils, l'enfonçait dans l'eau. Depuis sa maladie, Juan posait la pagaie contre son flanc, et sa main droite par-dessus, afin qu'il la sente - la perpétuation de la tradition, le sens de sa vie.

Il espérait que son père reconnaissait ce qu'il touchait ainsi. Car son fils, il ne le reconnaissait plus.

Ucañian acheva l'inspection du calcal. Il l'avait déjà vérifié à terre, mais les filets étaient une chose précieuse et on ne leur accordait jamais trop d'attention. La perte d'un filet signait votre fin. Ucañian pouvait bien se trouver du côté des perdants dans la partie pipée où se jouaient les dernières ressources du Pacifique, il n'avait pas l'intention de s'abandonner à la moindre négligence, pas plus que de se mettre à boire. Rien ne lui était plus insupportable que la vue de ceux qui avaient perdu l'espoir, qui laissaient pourrir leurs barques et leurs filets. Il savait que si son miroir devait un jour lui renvoyer une image pareille, ça le tuerait.

Il scruta les environs. Le territoire de pêche de la petite flotte des caballitos qui fendaient les flots comme lui, à un bon kilomètre de la plage, s'étendait loin de part et d'autre. Aujourd'hui, les «petits chevaux » ne dansaient pas au gré des vagues comme d'habitude. Il n'y avait que très peu de houle. Les pêcheurs allaient passer les prochaines heures à attendre, patiemment, presque avec fatalisme. À présent, des barques en bois plus grandes s'étaient jointes à eux, un chalutier passa, cap au large.

Indécis, Ucañian regarda ses compagnons, hommes et femmes, jeter à l'eau leurs calcals les uns après les autres en prenant bien soin de les amarrer à leur barque. Des bouées rondes, rouges et brillantes, apparurent bientôt à la surface de l'eau. C'était le moment d'y aller à son tour, mais Ucañian, songeant aux jours précédents, n'arrivait pas à se décider.

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Voir également :
- Tod und Teufel - Frank Schätzing (1996), présentation

mercredi, 09 juillet 2008

Graine d'immortels - Pierre Bordage - 1999

bibliotheca graine d immortels

Mark Sidzik est un astrophysicien qui travaille au WER (World Ethics and Research), le comité international d'éthique et de recherche qui a pour but de traquer et de dénoncer tous les abus et perversions de la science. Un jour il se fait appeler de la part du brillant biologiste Jean Hébert lui demandant de venir le plus rapidement possible en Inde afin de lui remettre au plus vite quelque chose de très précieux et aussi de très convoité, vraisemblablement une banque de gènes qui mériterait d'être mis à l'abri. Mais lorsque, accompagné de son meilleur ami, le chasseur de scoops Fred Cailloux, Mark accède à la demande du vieil homme, c'est pour le trouver assassiné, lui et les cent autres personnes qui vivaient dans son ashram. Qu'est-ce qui aurait pu justifier un tel massacre ? Mark Sidzik est encore loin d'être au bout de ses peines, car il s'agît pour lui maintenant de récupérer deux DVD contenant la description génétique de gènes pouvant anéantir à jamais le système mondial tel qu'il est connu aujourd'hui. Mais ces DVD sont également convoités par les grosses sociétés biogénétiques, des fanatiques religieux et de nombreux autres partis qui sont prêts à tout pour mettre la main sur ce qui pourrait leur donner un contrôle extrême sur le monde. Commence alors pour Mark Sidzik une longue et tumultueuse course-poursuite à travers l'Inde pour mettre la main en premier sur les données de Jean Hébert avant que celles-ci ne tombent entre de mauvaises mains.

Le roman Graine d'immortels de l'écrivain français de science-fiction Pierre Bordage est un volume de la série du Quark noir, une série lancée par l'éditeur Flammarion et qui a pour but de joindre via le personnage récurrent de Mark Sidzik le genre du polar à la science anticipative.
Pierre Bordage donne à ce roman la forme d'un thriller scientifique sur fond de brevets génétiques dans lequel les lecteur suit les nombreuses aventures du personnage de Mark Sidzik à travers une Inde presque contemporaine dont le tableau dressé vaut amplement le détour. S'il s'agît aussi d'un roman de science-fiction, le tout semble pourtant très contemporain et ne se démarque de la réalité actuelle que par quelques détails, trop peu mêmes. Si les idées sont bonnes le roman n'est cependant guère une réussite. Outre le prenant portrait de l'Inde et certaines réflexions pertinentes sur la question génétique et son évolution dans les années à venir, le tout est hélas noyé dans une trop importante succession de scènes d'action qui finissent par lasser et qui ne laissent guère de place à une quelconque réflexion approfondie sur les différents sujets traités. De plus de nombreuses péripéties vécues par le héros de l'histoire paraissent tout simplement improbables et enlèvent de la crédibilité au roman. Pour le reste le roman est également truffé de nombreux clichés pris dans le genre du roman d'aventures et qui n'aident guère au résultat final du roman. Ce roman donne même l'impression d'avoir été écrit à la va-vite de par certaines scènes qui semblent un peu bâclées.

Malgré de plutôt bonnes idées de départ et un talent indéniable pour divertir son lecteur, Pierre Bordage ne livre ici qu'une œuvre à peine réussie, un roman de série qui ne marquera guère les esprits.

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samedi, 07 juin 2008

Relic - Douglas J. Preston et Lincoln Child - 1995

bibliotheca relic

1988, une expedition d’archéologues à la recherche de traces d’une légende presque oubliée, les Kothogas, se fait mystérieusement tuer en pleine jungle amazonienne. Cependant avant de mourir, les archéologues réussissent à faire parvenir leurs découvertes au Muséum d’histoire naturelle de New York, où elles seront oubliées pendant des années faute de quelqu’un pour les étudier.
En 1995, juste avant l’ouverture d’une très importante exposition consacrée aux superstitions et croyances mystérieuses des peuples primitifs, deux enfants sont retrouvés morts, atrocement mutilés. La direction du musée préfère garder l’affaire sous silence de peur de perturber l’ouverture de leur exposition et demandent donc aux enquêteurs de procéder en toute discrétion. Mais ces meurtres intriguent et ne trouvent guère d’explication. Le criminel ne peut être qu’un homme extrêmement puissant, ou alors une entité maléfique encore inconnue, un monstre. Aloysius Pendergast, un agent du FBI expert en crimes rituels, flaire immédiatement quelque chose de peu naturel et va tout mettre en œuvre pour démasquer le tueur.
Alors que l’enquête peine à avancer, le musée s’apprête à inaugurer son exposition en accueillant un nombre impressionnant de personnalités en ses locaux. Mais ils ignorent encore l’immense catastrophe qui les attend. Tout va très vite tourner au carnage, à moins que Pendergast ne réussisse à temps à mettre un terme à toute cette horreur.

Relic
, paru en 1995, est un excellent thriller fantastique écrit par les auteurs américains Douglas J. Preston et Lincoln Child, mettant en scène pour la première fois le personnage de l’enquêteur du FBI expert en crimes rituels Aloysius Pendergast qui deviendra ensuite le héros de nombreux autres romans de ces deux auteurs. Le lecteur comprend dès les premières pages qu’il s’agît ici d’un roman d’horreur et d’épouvante. Le suspense tient admirablement et le lecteur mettra du temps à comprendre la nature du meurtrier. Aidé par une bonne documentation scientifique les deux auteurs réussissent à rendre cette histoire parfaitement crédible tout en rendant parfaitement l’ambiance de ce grand musée, version fictive du New York City's American Museum of Natural History. De nombreux personnages interviennent tout au long de l’histoire et les auteurs multiplient les points de vue afin de raconter cette histoire sous tous ses angles. Même si tout est écrit et monté de façon très efficace, il subsiste cependant certains passages inutiles. Pour Preston et Child ce roman vaut également comme critique envers les manipulations génétiques et contre les musées, tiraillés entre leur côté scientifique et financier.

Relic
a été adapté au cinéma en 1997 par le réalisateur américain Peter Hyams avec Tom Sizemore, Penelope Ann Miller et Linda Hunt dans les rôles principaux.

En bref, Relic est un thriller fantastique très prenant et divertissant qui plaira à de nombreux lecteurs.

Extrait : les deux premiers chapitres

1

Bassin de l’Amazone,

Septembre 1987

Il était midi. Les nuages accrochés au sommet du Cerro Gordo se détachèrent avant de se disperser. Là-haut, très loin au-dessus de sa tête, entre les branches les plus élevées de la forêt, Whittlesey distinguait les éclats d’un soleil doré. Des animaux, sans doute des singes araignées, se disputaient sous la voûte en poussant des hurlements, et un macaque descendit en piqué vers lui en gloussant des obscénités. Whittlesey s’arrêta à côté d’un jacaranda déraciné. Il jeta un oeil sur Carlos, son aide de camp, qui le rattrapait tout en sueur et lui dit en espagnol :

- Baja la caja, on va se poser ici.

Whittlesey s’assit sur le tronc couché et entreprit de retirer sa botte droite et sa chaussette. Il alluma une cigarette dont il appliqua l’extrémité brûlante sur la grappe de sangsues qui avaient envahi son tibia et sa cheville. Carlos se délesta d’un vieux paquetage de l’armée sur lequel avait été attachée à la hâte une caisse en bois.

- Ouvre-la, veux-tu ? demanda Whittlesey.

Carlos défit les liens, il releva une série de petits fermoirs en cuivre et souleva le couvercle. Le contenu de la caisse était enveloppé soigneusement dans les fibres tressées d’une plante locale. Whittlesey en écarta quelques-unes et découvrit les objets d’artisanat qu’elle contenait : un herbier en bois et un carnet de cuir à la couverture tachée. Après un moment d’hésitation, il tira de la poche de sa chemise une petite figurine en bois sculptée de manière délicate, qui représentait un animal. Il la manipula, admirant une fois de plus la qualité du travail ; elle était étonnamment lourde. Après quoi, il la déposa comme à regret dans la caisse, replaça le filet végétal et reficela le paquet. Ensuite, il tira de son sac à dos une feuille de papier blanc qu’il déplia sur ses genoux. De sa poche il sortit un stylo en or tout cabossé et écrivit :

Haut bassin du Xingu

17 septembre 1987

Montague,

J’ai décidé de renvoyer Carlos avec la dernière caisse, moi je vais continuer seul à chercher Crocker. On peut faire confiance à Carlos, et je ne veux pas prendre le risque de perdre cette caisse au cas où il m’arriverait quelque chose. Tu remarqueras qu’elle contient une crécelle de chaman et divers autres objets rituels qui semblent uniques. Mais la figurine qui les accompagne et que nous avons trouvée dans une hutte vide constitue la preuve que je cherchais. Observe ces greffes de taille exagérée, ce côté reptilien, cette allure de bipède. Les Kothogas existent bel et bien, et la légende du Mbwun n’est pas une simple vue de l’esprit. Toutes les notes que j’ai prises sur les lieux sont dans le carnet qui contient aussi un récit complet des circonstances dans lesquelles l’équipe s’est séparée ; mais tu l’auras déjà appris quand ces lignes te parviendront.

Whittlesey secoua la tête à la mémoire de ce qui s’était passé la veille. Ce salopard de Maxwell. Son seul souci, c’était de ramener intacts au musée les spécimens sur lesquels il était tombé. Whittlesey se prit à rire. Des œufs fossiles. Rien d’autre que des coquilles inutiles, stériles. Maxwell aurait dû être paléobiologiste et non anthropologue. Quelle ironie du destin ! Maxwell et les autres avaient quitté l’expédition à peine un kilomètre avant l’endroit de sa propre découverte. Mais peu importait. Il n’était resté que Carlos, Crocker et les deux guides. Enfin, maintenant il se retrouvait seul avec Carlos.

Whittlesey recommença à écrire.

Sers-toi de mes notes et des objets que tu trouveras pour m’aider à me remettre en bons termes avec le musée. Mais, pardessus tout, prends grand soin de cette figurine. Je suis convaincu qu’elle est d’une valeur incalculable pour un anthropologue. Nous sommes tombés dessus hier par hasard. Il semblerait qu’il s’agisse de l’élément central dans le rituel du Mbwun. Toutefois il n’y a pas d’autre trace d’habitation dans les parages, ce qui me paraît bizarre.

Whittlesey fit une pause. Ses notes ne comportaient pas la description de la figurine. Même à présent, quelque chose dans son esprit préférait écarter ce souvenir. Si Crocker n’avait pas quitté la piste pour mieux observer un jacamar, personne n’aurait jamais trouvé ce sentier caché qui courait dans la pente entre des parois couvertes de mousse. Après cela ils étaient tombés sur cette hutte grossière à moitié enterrée au milieu de vieux arbres, au fond de cette vallée humide où le soleil pénétrait à peine. Les deux guides botocudos, qui d’ordinaire n’arrêtaient pas de bavarder derrière son dos en tupian, s’étaient tus aussitôt. Quand Carlos leur avait posé des questions, l’un d’eux avait marmonné quelque chose à propos d’un gardien de la hutte et de la malédiction qui frappait quiconque violait ses secrets. C’est là que pour la première fois Whittlesey les avait entendus évoquer les Kothogas Les Kothogas. Le peuple de l’ombre.

Whittlesey était incrédule. C’étaient généralement les guides qui parlaient de malédictions : un prétexte comme un autre pour demander une augmentation ! Mais là, quand il était sorti de la hutte, les guides avaient carrément disparu. Ensuite, il y avait eu cette vieille femme, qui avait débouché, comme ça, de la forêt. Probablement une Yanomami, pas une Kothoga. Mais elle les connaissait, elle les avait même vus. Les mots étranges qu’elle avait proférés… Et cette façon qu’elle avait eue de se fondre à nouveau dans la forêt. On aurait dit un jeune jaguar et non une grand-mère. À ce moment-là, ils avaient à nouveau jeté les yeux sur la hutte.

La hutte… Whittlesey laissa ses souvenirs se rassembler. Elle était flanquée de deux stèles de pierre où se trouvait gravée la même effigie : celle d’un animal assis sur ses pattes arrière qui, entre ses griffes, enserrait une forme indistincte. Derrière la hutte se distinguait un jardin de hautes herbes, une oasis de couleur vive, singulière au milieu de tout ce vert uniforme.

Le sol de la hutte était creusé sur plusieurs dizaines de centimètres. En pénétrant à l’intérieur, Crocker avait failli se rompre le cou. Whittlesey l’avait suivi avec plus de précaution, tandis que Carlos restait agenouillé à l’entrée. À l’intérieur, l’air était sombre, frais. Il y flottait une forte odeur d’humus. Quand il avait allumé sa lampe de poche, Whittlesey avait aperçu la figurine posée sur un haut monticule érigé au centre de la hutte, au pied duquel, tout autour, était disposée une série de disques gravés de manière bizarre. Ensuite, il avait promené sa torche sur les murs. Des crânes humains étaient alignés le long des parois. Examinant les plus proches, Whittlesey avait remarqué des marques de griffure qu’il n’avait pas su interpréter. Les crânes présentaient des trous béants sur leur sommet, et dans de nombreux cas, à la base, la lourde plaque occipitale avait disparu.

Sa main tremblait et la lampe torche avait donné des signes de faiblesse. Avant de la rallumer, il avait aperçu une lumière ténue qui filtrait à travers les milliers d’orbites tournées vers lui. Des grains de poussière flottaient lentement dans l’air épais. C’est là que Crocker avait déclaré qu’il avait besoin d’aller marcher un peu - d’être seul un instant, avait-il précisé à Whittlesey.

En fait, de cette promenade il n’était jamais revenu.

La végétation ici est très bizarre. Le cycas et la fougère sont presque primitifs. Dommage, je n’ai pas le temps de me pencher davantage là-dessus. Nous avons utilisé une variété végétale particulièrement résistante pour empaqueter nos caisses. Tu peux laisser Jorgensen examiner de quoi il s’agit, si ça l’intéresse.

Dans un mois j’espère vraiment te retrouver à l’Explorer’s Club pour fêter notre succès autour de quelques Martini et d’un bon Macanudo. En attendant, je sais que je peux confier ces objets et ma réputation à un type tel que toi.

Ton collègue, Whittlesey

Il glissa la lettre sous le couvercle de la caisse.

- Carlos, dit-il, je voudrais maintenant que tu retournes avec cette caisse à Pôrto de Mós et que tu m’attendes. Si tu ne me revois pas avant deux semaines, va voir le colonel Soto. Dis-lui d’envoyer ça par le premier bateau, avec toutes les autres caisses, au musée, comme il était convenu. Il te paiera ton salaire.

Carlos le regarda, interdit.

- Je ne comprends pas, vous allez rester seul ici ?

Whittlesey sourit, alluma une deuxième cigarette, et recommença à chasser les sangsues qui couvraient ses jambes.

-Il faut bien que quelqu’un rapporte les caisses. Tu auras rejoint Maxwell avant d’atteindre la rivière. J’ai besoin de quelques jours de plus pour savoir où est passé Crocker.

Carlos s’envoya une claque sur le genou et s’écria :

- Eres loco ! Je ne peux pas te laisser ici. Si te dejo amis, te moriras. Tu vas mourir ici dans la forêt, - señor, tes os serviront de pâture aux singes hurleurs. Il faut retourner là-bas ensemble, c’est mieux.

Whittlesey secoua la tête avec impatience.

- Donne-moi le mercurochrome, la quinine et le bœuf séché qui sont dans ton sac, dit-il en remettant sa chaussette sale et en nouant les lacets de sa ranger.

Carlos commença à fouiller dans son sac, non sans continuer à gémir. Whittlesey fit semblant de ne pas l’entendre. D’un air pensif il grattait sa nuque constellée de piqûres d’insectes, en regardant le Cerro Gordo.

- Ils vont me soupçonner de vous avoir abandonné, señor, ce ne sera pas bon pour moi.

Carlos parlait avec vivacité en fourrant dans le sac de Whittlesey ce qu’il lui avait demandé.

- En plus, les mouches cabouri vont vous dévorer cru, ajoutât-il en faisant le tour de la caisse pour la fermer solidement. Vous allez encore faire un accès de malaria. Cette fois vous y laisserez votre peau. Non, je reste avec vous.

Whittlesey regarda la mèche blanche que Carlos portait en haut du front, brillant de transpiration. Hier encore, avant qu’il ne jette un coup d’oeil à l’intérieur de la hutte, cette mèche était noire. Carlos soutint son regard un instant puis il baissa les yeux.

Enfin Whittlesey se leva. « Adios », dit-il avant de disparaître dans les broussailles.

À la fin de l’après-midi, Whittlesey remarqua que les nuages lourds s’étaient reformés autour du Cerro Gordo. Pendant les derniers kilomètres, il avait suivi une piste abandonnée, à peine un sentier qui, à travers les broussailles, serpentait habilement entre les noirs marécages qui entouraient la base du tepui, ce plateau détrempé, couvert de jungle, qui s’élevait devant lui.

Cette piste avait été ouverte par des hommes, pensa Whittlesey.

On sentait, dans le tracé, une logique évidente. Les animaux, eux, se baladent… Elle se dirigeait vers un vallon qui s’enfonçait profondément dans les contreforts du tepui dont il était proche à présent. Crocker avait dû emprunter ce chemin-là.

Il s’arrêta pour jeter un coup d’oeil tout en manipulant inconsciemment son talisman. Depuis l’enfance, il le portait à son cou : une flèche en or surmontée d’une autre en argent. En dehors des huttes, ils n’avaient décelé, pendant les derniers jours, aucun signe de présence humaine, à l’exception d’un village déserté et livré depuis longtemps à la végétation. Seuls les Kothogas pouvaient être à l’origine de ce sentier.

En approchant du plateau, il vit une série de cours d’eau qui dévalaient ses flancs escarpés. Ce soir il irait coucher là-bas, au pied du relief, et demain matin il grimperait la centaine de mètres qui restaient. Ce serait raide, boueux, et sans doute dangereux. S’il se trouvait face à face avec les Kothogas à ce moment-là, c’en serait fini, il serait leur prisonnier.

Mais il n’avait aucune raison de croire que les Kothogas soient vraiment une tribu de sauvages. Après tout, c’était le Mbwun, créature que tous les mythes locaux décrivaient comme l’auteur de tueries et autres cruautés. C’était étrange : une créature inconnue, qu’on disait appartenir à une tribu que personne n’avait jamais vue. Est-ce que le Mbwun existe réellement ? On pouvait penser qu’un spécimen vivait encore dans cette vaste forêt équatoriale. Les biologistes ne s’étaient pratiquement jamais intéressés à cette région. Une fois de plus, il forma le voeu que Crocker, en les quittant, n’ait pas emporté son Männlicher .30 06.

D’abord, il fallait trouver Crocker, se dit Whittlesey. Ensuite il pourrait partir à la recherche des Kothogas et prouver qu’ils n’avaient pas disparu depuis des siècles. Une telle découverte lui assurerait la célébrité. Un peuple de l’Antiquité, survivant au coeur de l’Amazonie dans une sorte de pureté originelle, celle de l’âge de pierre, et juché sur son plateau au-dessus de la jungle comme dans Le Monde perdu de Conan Doyle. Non, décidément, il n’y avait pas de raison de craindre les Kothogas. Sauf cette hutte…

Soudain, une odeur puissante et nauséabonde assaillit ses narines, et il s’arrêta. Aucun doute possible, c’était un cadavre, et celui d’un gros animal. Après une dizaine de pas, l’odeur devint plus intense. Son coeur battit plus fort : peut-être que les Kothogas avaient dépecé un animal dans les parages et laissé, sur le lieu du sacrifice, des outils, des armes ou même quelque objet rituel.

Il avança. La puanteur doucereuse s’amplifia. Là haut, dans la voûte végétale se dessinait une tache de lumière annonçant une clairière. Il s’arrêta et arrima solidement son sac afin de ne pas être gêné si la fuite devenait nécessaire. La piste, resserrée entre deux murs de verdure, déboucha brusquement sur une petite clairière. Là, de l’autre côté, se trouvait le cadavre d’un animal. Il reposait contre un arbre à la base duquel une spirale avait été gravée, probablement lors du rituel. Un bouquet de plumes de perroquet, vertes, avait été jeté sur la cage thoracique béante.

En s’approchant, il s’aperçut que la carcasse portait une chemise kaki. Un nuage de grosses mouches formait un essaim bourdonnant autour d’elle. Whittlesey remarqua que le bras gauche, martyrisé, était attaché à l’arbre au moyen d’une corde en fibres végétales, la paume de la main était restée ouverte. Ensuite il aperçut la tête, placée sous l’aisselle, le visage face au ciel, la partie arrière du crâne avait été arrachée. Les yeux vitreux regardaient vers le haut, les joues étaient gonflées.

Whittlesey avait retrouvé Crocker.

Instinctivement, il commença à faire machine arrière. Il remarqua comment les griffes avaient déchiqueté ce corps avec une force obscène, inhumaine. Le cadavre devait être raide. Peut-être, si Dieu avait pitié de lui, peut-être que les Kothogas avaient déjà quitté les lieux - à supposer qu’il s’agît des Kothogas.

Alors il remarqua que la forêt équatoriale, qui normalement bruissait de toute une rumeur vivante, s’était tue. Il tressaillit et se retourna vers la jungle. Quelque chose se déplaçait au sein de l’amas de broussaille qui bordait la clairière, deux yeux perçants couleur de feu liquide apparurent entre les feuilles. Il s’étrangla, jura et regarda de nouveau. Plus rien, les yeux avaient disparu. Pas de temps à perdre : revenir à la piste et filer. Le chemin du retour vers la forêt, c’était droit devant. Il lui fallait se tirer d’ici. Mais il vit alors par terre quelque chose qu’il n’avait pas remarqué auparavant et il entendit un mouvement pesant, et pourtant sacrément rapide, dans la broussaille juste devant lui.

2

Belém, Brésil, juillet 1988

Cette fois, Ven en était sûr, le responsable de la surveillance l’épiait.

Il se rencogna dans l’ombre que projetait l’entrepôt, et il ouvrit l’oeil. Une petite pluie noyait les formes massives des cargos amarrés et réduisait les lumières du quai à des têtes d’épingle. L’eau qui tombait sur les ponts métalliques brûlants se transformait en vapeur et dégageait une vague odeur de créosote.

Derrière lui montait la rumeur nocturne du port : l’aboiement intermittent d’un chien, des échos de rires étouffés, mêlés de phrases lancées en portugais ; des relents de calypso aussi, qui provenaient des bas de l’avenida.

L’affaire était pourtant juteuse. Il était descendu dans les parages quand Miami était devenu trop dangereux et avait emprunté le chemin des écoliers. Dans ce coin, les transactions portaient principalement sur de la petite marchandise, des cargos qui cabotaient tout le long de la côte. Les équipes de dockers avaient toujours besoin de recrues. Du reste, il avait déjà fait ce travail. Il s’était donné le nom de Ven Stevens. Personne n’avait posé de questions. Ils n’auraient sans doute pas cru à son vrai nom, Stevenson.

Il n’était pas dépaysé par ce qu’il avait trouvé ici. À Miami, il s’était aguerri. Il avait eu l’occasion de raffiner ses instincts. Ici c’était un avantage. Il faisait exprès de parler le portugais en marquant des hésitations, afin de pouvoir lire dans le regard de son interlocuteur et de voir ce qu’il avait dans le ventre. Rincon, assistant de l’autorité portuaire locale, était le chaînon ultime dans son dispositif.

Ven apprenait par lui qu’une cargaison descendait le fleuve. Généralement on précisait s’il s’agissait d’une entrée ou d’une sortie. Il savait exactement que chercher, les boîtes étaient toujours identiques. Il veillait à ce qu’elles soient déchargées sans problème et stockées ici dans l’entrepôt. Ensuite, il s’assurait qu’elles étaient chargées en dernier sur le cargo qu’on lui désignait et qui partait pour les États-Unis.

Ven était d’un naturel prudent. Il avait le surveillant-chef à l’oeil. Une fois ou l’autre il avait nourri comme une intuition, une sonnette d’alarme qui résonnait au fond de lui-même : l’homme soupçonnait quelque chose. Mais chaque fois il avait levé le pied. L’alarme s’était tue.

À présent il regarda sa montre. Elle marquait onze heures. Il entendit une porte qui s’ouvrait, qui se refermait, derrière le bâtiment. Il se plaqua davantage contre le mur. On entendait un pas lourd sur le plancher de bois. Une silhouette familière passa dans la lueur du lampadaire. Quand le bruit de pas diminua, Yen atteignit l’angle du bâtiment. Le bureau était vide, éteint, il s’y attendait.

Un dernier regard. Il franchit l’angle et fila vers les quais. Sur ses épaules, un sac à dos vide battait à chaque pas avec un bruit mouillé. Tout en marchant, Ven fouilla sa poche pour en tirer une clé qu’il serra fermement dans sa main. De cette clé, sa vie dépendait. Après deux jours passés sur ce quai, il en était déjà convaincu.

Ven dépassa un petit cargo accosté le long du quai, dont les cordages gouttaient une eau noire sur les bittes d’amarrage rouillées. Personne sur le pont. Pas même un gardien. Il ralentit. La porte de l’entrepôt était devant lui, près de l’extrémité de la jetée principale. Ven jeta un rapide coup d’oeil par-dessus son épaule. Après quoi, d’une brève rotation du poignet, il déverrouilla la porte de métal et se glissa à l’intérieur. En refermant la porte derrière lui, il prit le temps d’habituer ses yeux à l’obscurité. Il avait fait la moitié du chemin. Restait à finir le boulot ici et à foutre le camp au plus vite.

Au plus vite, parce que Rincon devenait de plus en plus gourmand. Les cruzeiros filaient comme de l’eau entre ses doigts. Ce matin-là, Rincon et le surveillant avaient échangé quelques mots rapides à voix basse. Le type avait jeté les yeux sur Ven. L’instinct de Yen l’avertissait qu’il valait mieux prendre le large, désormais.

À l’intérieur, l’entrepôt livré à l’obscurité n’était qu’un vague paysage de containers et de caisses alignées. Impossible de s’éclairer d’une lampe torche. Le risque était trop grand. Mais peu importait après tout. Il connaissait suffisamment les lieux pour les arpenter en rêve. Alors il avançait, prudemment, trouvant son chemin entre les cargaisons empilées.

À la fin, il tomba sur ce qu’il cherchait : une série de caisses en piètre état, six grandes et une petite, placées dans un coin à l’écart. Deux des grandes portaient l’inscription MNH NEW YORK. Des mois auparavant, Ven s’était renseigné au sujet de ces caisses. Le gars de l’intendance lui avait raconté l’histoire. Il semblait qu’elles avaient descendu le fleuve en provenance de Pôrto de Mós. Ça se passait à l’automne dernier. Normalement elles auraient dû être transportées vers New York par avion. Mais il était arrivé quelque chose aux propriétaires. Le gars n’avait pas su préciser davantage. Le paiement n’était pas intervenu. À présent les caisses étaient couvertes d’étiquettes collantes officielles, et d’avertissements destinés aux employés, mais on semblait les avoir oubliées.

Ven, lui, ne risquait pas de les oublier. Derrière ces caisses il y avait juste assez de place pour dissimuler ses marchandises jusqu’à ce que les bateaux en partance procèdent au chargement. La brise tiède du soir pénétrait dans le bâtiment par un vasistas brisé. Le front de Ven en perlait de sueur. Dans l’obscurité, un sourire se dessina sur ses lèvres. La semaine dernière, il avait appris que les caisses allaient finalement être rapatriées aux États-Unis. Il aurait déjà largué les amarres depuis longtemps. Il examina la cachette. Cette fois il n’y avait qu’une seule boîte, dont le contenu tiendrait sans problème dans son sac à dos. Il savait très bien quoi en faire et où se trouvait le marché. Il allait s’en occuper très vite. Quelque part loin d’ici.

À l’instant de se glisser derrière les grandes caisses, il s’arrêta net. Une curieuse odeur parvenait à ses narines, quelque chose qui tenait de la terre et de la chèvre, une espèce de pourriture. Il avait vu pas mal de cargaisons bizarres dans le coin, mais aucune ne dégageait une odeur pareille.

Son sixième sens l’avertissait que le risque était maximum. Pourtant rien ne semblait anormal. Tout était à sa place. Il se glissa entre la cargaison du musée et le mur.

Nouvel arrêt. Non ; décidément ça n’allait pas, vraiment ; quelque chose clochait.

À ce moment-là il entendit, plutôt qu’il ne la vit, une forme qui se déplaçait dans ce recoin. L’odeur violente se précisa, ce fumet de pourriture l’enveloppa soudain ; il se sentit alors projeté contre le mur par une force terrible et la douleur fit irruption dans sa poitrine et dans son ventre. Il ouvrit la bouche pour crier, mais quelque chose de bouillant lui emplissait la gorge. Un éclair transperça son crâne, suivi d’une nuit profonde.

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Voir également :
- Le Codex (The Codex) - Douglas Preston (2004), présentation
- Croisière maudite (The Wheel of Darkness) - Douglas Preston and Lincoln Child (2007), présentation

vendredi, 14 septembre 2007

L’homme terminal (The Terminal Man) - Michael Crichton - 1972

bibliotheca l homme terminal

Harry Benson est un cas médical plutôt particulier. Il est interné régulièrement au service de neuropsychologie de l’hôpital universitaire de Los Angeles suite à des crises d’épilepsie psychomotrice qui le rendent extrêmement violent. De plus il ne garde aucun souvenir de ses crises. Les docteurs MacPherson, Ellis et Morris prévoient de remédier aux troubles de Benson en lui implantant de minuscules électrodes dans le cerveau qui lors de ces crises aiguës lui impulseront des décharges électriques censées aider Benson à les surmonter. Cependant selon le docteur Janet Ross ce projet peut s’avérer dangereux, et cela surtout lié au fait que Harry Benson ne serait peut-être pas le cobaye idéal pour ce genre d’opération. En effet Benson souffre d’une psychose envers les machines et les ordinateurs que cette opération et l’implantation de ces électrodes, ainsi que de l’ordinateur qui les dirige, pourraient amplifier. Et en effet contrairement au résultat escompté, Harry Benson se transforme petit à petit en véritable monstre que plus personne n’arrive à contrôler.

L’homme terminal, paru en 1972, est l’un des premiers romans et best-sellers, un techno-thriller, voire un thriller médical, de l’écrivain américain à succès Michael Crichton. Comme bien souvent chez Michael Crichton, l’intrigue consiste à présenter un progrès scientifique impressionnant sur lequel l’être humain va perdre tout contrôle au risque d’y perdre la vie. Ici, Michael Crichton imagine un petit ordinateur qui pourrait être implanté au niveau du cerveau afin d’en améliorer le fonctionnement. L’idée très classique du cyborg ou homme amélioré est ici directement tirée de l’invention à l’époque encore récente du pacemaker cardiaque et à Crichton de simplement la transposer d’un organe à l’autre. Crichton lui-même étudiant en médecine à l’époque se donne à cœur joie de nous donner de multiples détails techniques, des schémas ainsi que des images tirés aux rayons X d’un cerveau humain pour mieux étoffer le contexte scientifique. Mais hélas le tout reste bien douteux, plutôt confus et a bien mal vieilli à travers les ans, ce qui rend les avancées scientifiques décrites ainsi que leurs conséquences assez risibles.
Et comme toujours chez Crichton, après la mise en place d’un contexte scientifique ou historique plutôt intéressant le roman se transforme vite fait en un thriller aux rebondissements prévisibles, aux personnages archétypiques et à l’intérêt général donc plutôt mince.

L’homme terminal est un thriller médical certes divertissant, mais hélas aussi sans surprises et qui a bien vieilli depuis.

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Voir également:
- Michael Crichton - bibliographie et note biographique
- La Variété Andromède (The Andromeda Strain) - Michael Crichton (1980), présentation
- Congo - Michael Crichton (1980), présentation
- Les prisonniers du temps (Timeline) - Michael Crichton (1998), présentation
- Proie (Prey) - Michael Crichton (2002), présentation
- Etat d'urgence (State of Fear) - Michael Crichton (2004), présentation

vendredi, 25 mai 2007

La musique du sang (Blood Music) - Greg Bear - 1985

bibliotheca la musique du sang

Vergil Ulam est un brillant généticien faisant des recherches pour société active dans le domaine des processeurs biologiques. Cependant Vergil est un employé peu respectueux  de sa hiérarchie et qui profite de cet emploi pour faire ses propres recherches.  Il développe en effet des cellules génétiquement modifiés, en l'occurrence des lymphocytes qu'il appellera des noocytes, et qui, dû à leur ADN modifié, peuvent interagir intelligemment entre elles. Du moins c'est ce qu'il espère obtenir comme résultat un jour. Mais son employeur découvre un jour les travaux secrets de Vergil et celui-ci renvoyé sur-le-champ et contraint de détruire tous ses travaux. Vergil, qui ne peut se résoudre à détruire le fruit d'années de travail, décide de discrètement s'injecter ses noocytes dans le sang afin de les récupérer plus tard par une simple prise de sang. Mais celles-ci se multiplient, pervertissent peu à peu leurs congénères saines, finissent par remodeler tout son organisme. Les cellules ont effectivement acquis de l'intelligence, mais à un point où Vergil ne sait plus les contrôler. Très vite il va se rendre compte que cette maladie intelligente se transmet à une vitesse fulgurante. Les Etats-Unis, et bientôt la planète entière, vont vivre une apocalypse inédite.

La musique du sang de Greg Bear reprend sous forme de roman le thème de la nouvelle du même auteur Le chant des leucocytes (Blood Music, 1983), lauréate des prix Hugo et Nébula, les deux plus hautes distinctions de la science fiction.
Greg Bear y mêle deux styles de science-fiction très classiques qui sont ceux de la création humaine qui tourne mal (le mythe de Prométhée, Frankenstein, ...) et celui de l'évolution/mutation humaine pour les mélanger à ses propres spéculations biologiques et génétiques. Et de ce point de vue là, le roman, lors de sa parution en 1985, était plutôt en avance sur son temps alors que ce n'est que aujourd'hui, les années 2000 passés, que l'on commence à parler sérieusement des dangers de la bio- et nanotechnologie. Evidemment beaucoup de temps a passé depuis sa parution et la science dans ces domaines a beaucoup progressé faisant en sorte que de nombreuses idées scientifiques présentés par Greg Bear ne sont plus du tout crédibles pour toute personne ayant un minimum de connaissances à ce sujet. Il n'empêche que les conséquences de tels progrès restent toujours les mêmes et les questionnements de Greg Bear restent parfaitement d'actualité.
Le roman, dont le chapitrage évoque les différentes phases d'une mitose (une division cellulaire), se divise principalement en deux parties. La première, où l'on assiste à la propagation à travers le monde des cellules génétiquement modifiés, tient beaucoup du domaine de l'horreur et est écrit dans le plus pur style d'un techno-thriller. Cette partie est d'ailleurs de loin la plus réussie. La deuxième partie, beaucoup plus inégale dans la qualité, nous raconte l'après apocalypse, où le lecteur suit les aventures de quelques survivants face à l'évolution finale de cette nouvelle forme de vie intégrant les noocytes et les humains devenus des mutants. Greg Bear y intègre maladroitement de nouveaux personnages et abandonne les anciens, ce qui casse hélas complètement le roman en deux. Le lecteur aura un peu de mal à plonger dans cette deuxième partie.  De plus le tout devient beaucoup moins soutenu, et bien plus riche en baratin scientifique sans grand intérêt. Certains éléments ne sont pas assez développés et d'autres le sont beaucoup trop. Dommage.
Mais si le roman est très inégal, mêlant une première partie très réussie et une seconde plutôt ratée, et que son fond scientifique a un peu vieilli, Greg Bear réussit cependant, grâce à son style fluide et dynamique à rendre la lecture de ce roman très agréable et rapide. L'auteur n'hésite pas à multiplier les narrateurs, rendant ainsi la lecture plus intéressante, chaque personnage voyant l'apocalypse en cours d'un point de vue différent.

La musique du sang est un thriller de science-fiction très inégal qui réussira cependant à parfaitement divertir les amateurs du genre.

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vendredi, 29 septembre 2006

A la poursuite d'Octobre Rouge (The Hunt for Red October) - Tom Clancy - 1984

redoctober

1984. L'Octobre Rouge (Krasny Oktyabr), un tout nouveau sous-marin nucléaire russe part pour son premier voyage depuis la base de Polyarny. Il s'agît d'un classe Typhons et est équipé d'un système de propulsion révolutionnaire baptisé la chenille fonctionnant un peu comme un réacteur d'avion : la chenille aspire l'eau à l'avant du submersible et l'injecte sous pression à l'arrière, évitant de ce fait les bruits de cavitation que font les bâtiments munis d'hélices. C'est le nouveau fleuron de la marine russe. Mais c'est avant tout encore un secret. En ces temps de Guerre froide les autorités soviétiques craignent en effet que les Américains tentent de mettre la main sur ce sous-marin afin de copier les secrets de son système de propulsion ultra-silencieux. Pour ce premier voyage de test les commandes sont confiés à l'expérimenté sous-marinier soviétique Marko Ramius. Celui-ci cependant, meurtri après des années de communisme et avec l'aide de ses officiers soigneusement sélectionnés, décide de se mutiner et de partir avec Octobre Rouge pour l'Occident.
Pendant ce temps-là de l'autre côté du Rideau de Fer, l'analyste de la CIA Jack Ryan revient de Londres avec des photos d'un mystérieux sous-marin soviétique. Les spécialistes américains du domaine se rendent vite compte que ce sous-marin représente une réeelle innovation et pourrait constituer une menace pour la sîreté des Etats-Unis. C'est à ce moment que la marine américaine détecte l'avancée d'un mystérieux sous-marin soviétique qui navigue à toute vitesse vers l'Amérique.
L'Octobre Rouge continue sa route vers l'Ouest cette fois-ci poursuivi à la fois par les forces soviétiques et américaines, et cela avec aucun moyen de faire connaïtre ses projets. Jack Ryan va cependant suspecter ce qui se passe à bord de l'Octobre Rouge. A lui de trouver un plan pour sauver Octobre Rouge et dissuader l'armée de voir en ce sous-marin une menace nucléaire.

A la poursuite d'Octobre Rouge est le premier roman du désormais bien célèbre écrivain à succès américain Tom Clancy. Il nous introduit aussi avec le personnage de Jack Ryan qui réapparaîtra dans de nombreux romans du même auteur. L'histoire a été inspiré d'un fait réel. Le 8 novembre 1975 l'équipage de la frégate soviétique Storozhevoy se mutine. A cette époque les Occidentaux pensaient que l'équipage voulait quitter la Lettonie pour rejoindre l'île suédoise de Gotland en mer Baltique. La mutinerie avait été menée par l'officier politique le capitaine Valery Sablin. Mais la mutinerie était vite devenu un échec, et Sablin était traduit devant la court martiale avant d'être exécté. Le roman de Tom Clancy est paru lors de sa sortie à l'U.S. Navy Institute Press, maison d'édition de la marine américaine. Et quand on lit le roman on comprend pourquoi: Tom Clancy ne cesse d'attaquer le système totalitaire communiste et met en avant les qualités de la marine américaine. En 1984 nous sommes en pleine Guerre froide et ce roman constitue une oeuvre d'une certaine propagande. Mais outre ces considérations politiques il faut avouer que le roman est plutôt réussi. L'intrigue s'étoffe au fur et à mesure arrivant à une certaine complexité avec énormément de suspense. L'écriture est très détaillée en divers éléments technques, ce qui ravira les amateurs de sous-marins et autres domaines touchant à la Guerre froide. Mais d'un autre côté cela risque de fortement lasser les autres, ce qui a été un peu mon cas.

A la poursuite d'Octobre Rouge a été adapté au cinéma en 1990 par John McTiernan avec l'acteur écossais Sean Connery dans le rôle de Marko Ramius.

Pour les amateurs du genre.

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mercredi, 31 mai 2006

Forteresse digitale (Digital Fortress) - Dan Brown - 1998

Susan Fletcher, qui est à la tête de la division de cryptographie de la NSA (National Security Agency est appelé un samedi en toute urgence à son bureau. La NSA se trouve face à un problème sans précédent. Le superordinateur TRANSLTR, une machine à trois millions de micro-processeurs utilisé par la NSA pour casser tous les codes qui cryptent les communications mondiales est face à une impasse. Il coince sur un fichier crypté depuis plusieurs heures, alors que généralement il ne lui faut que quelques minutes au maximum. Un ancien employé de la NSA, Ensei Tankado, aurait créé le système de cryptage ultime qui risquerait de rendre totalement obsolète tout l'équipement de la NSA. Pendant ce temps-là David Becker, collaborateur de la NSA et fiancé de Susan Fletcher, est envoyé à Séville sur les traces de Ensei Tankado, qui aurait été retrouvé suite à une mystérieuse attaque cardiaque. Mais au fil de son enquête, David se rend compte qu'il est suivi par un mystérieux assassin.

Beaucoup et peu de choses à dire sur ce thriller, qui est le premier roman publié par Dan Brown, bien avant le Da Vinci Code (The Da Vinci Code, 2003). C'est un techno-thriller classique sans aucune originalité qui utilise déjà les éléments chers à Dan Brown: des énigmes à résoudre, un personnage plongé dans un domaine qu'il ne connaît pas, un tueur assassin mystérieux,... Cependant Forteresse digitale (Digital Fortress) se rapproche plus de Deception Point (2001) que des aventures de Robert langdon dans Anges et Démons (Angels and Demons, 2001) et Da Vinci Code (The Da Vinci Code, 2003). Et comme d'habitude chez Dan Brown, on retrouve également tous les clichés du genre: histoire d'amour entre deux héros, tout est sauvé à la dernière minute, ... Forteresse digitale (Digital Fortress) n'est pas très abouti comme roman et l'intrigue finalement peu élaborée, même si présenté de façon efficace. Ce qui est particulièrement agaçant est le fait que l'héroïne qui est censée avoir une thèse de maths et un QI de 170 est la plupart du temps extrêmement lente à la détente. J'ai moi-même trouvé la solution à plusieurs énigmes des pages et des pages avant que l'héroïne ne la trouve, énigmes d'ailleurs bien trop faciles pour avoir été conçues sois-disant par un grand spécialiste du cryptage. Ce qui n'est pas bien grave, car le fiancé de Susan Fletcher, sois-disant expert en langues, paraît tout aussi lent et mauvais dans son domaine de spécialisation.

Et comme d'habitude chez Dan Brown, on ne cesse de compter toutes sortes d'erreurs et de maladresses. Dan Brown semble beaucoup se documenter, mais jamais suffisamment en détail. Beaucoup de choses restent invraissemblables.
Dan Brown, finalement ne comprend pas grand-chose en cryptologie. Dans ses descriptions de l'ordinateur TRANSLTR, Dan Brown accumule les bêtises.
Aucun ordinateur de cette sorte ne peut exister. Le principe de Bergofsky citant que tout code peut être décrypté est tout à fait faux, de telles codes existent. De plus un tel ordinateur ne peut être victime d'un virus informatique dans la mesure où les programmes peuvent être examinés sans être exécutés. Une référence est faite au système de cryptage Enigma, utilisé par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, décrit comme un système pesant plusieurs tonnes, alors qu'en réalité le système de la Wehrmacht ne pesait que douze kilos.Les infos sur l'ASCII sont totalement erronées, et les capacités d'un tel système totalement sous-évalués dans ce roman. Toute info concernant les clées publiques de cryptage sont également fausses.
De plus il est signaler, que quand on lit les descriptions de Dan Brown sur la ville de Séville, on se rend compte que l'auteur n'y a jamais mis les pieds, et ne connaît la cité andalouse que par des photos. Les fonctions de différents batiments publiques sont fausses. Toute donnée sur la cathédrale et autres monuments historiques (date de construction, origine etc.) sont fausses. Et Christophe Colomb n'est pas considéré comme un saint par les Espagnols. De plus il est étrange que Dan Brown s'imagine Séville comme une ville qui grouille de punks.

Forteresse digitale (Digital Fortress) est donc un thriller très moyen, voir même plutôt mauvais.

Pour commander ce livre :

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Voir également:
- Anges et Démons (Angels and Demons) - Dan Brown (2000), présentation
- Deception Point - Dan Brown (2001), présentation
- Da Vinci Code (The Da Vinci Code) - Dan Brown (2003), présentation

- Le Symbole perdu (The Lost Symbol) - Dan Brown (2009), présentation

mercredi, 24 mai 2006

Deception Point - Dan Brown - 2001

On est à la vieille des élections présidentielles américaines aux Etats-Unis d'Amérique. Le combat électoral fait rage entre Zach Herney, président sortant et le nouveau candidat le sénateur Sedgewick Sexton. Tout se prononce en faveur du sénateur Sexton, qui prévoit une politique d'économie en privatisant certains instituts étatiques, tel la NASA par exemple. Celle-ci est particulièrement mise en cause dû à ses nombreuses opérations ratées depuis un certain temps. Mais alors que les élections approchent, la NASA fait l'annonce d'une découverte sans précédente. La NASA aurait découvert un météorite d'une exceptionelle rareté enfoui sous les glaces du cercle arctique. De plus à sa surface les scientifiques auraient trouvé des restes fossiles d'espèces animales d'origine extra-terrestres. Cette découverte tombe à pique et permet de redorer le blason de l'agence spatiale, mais va également mettre à mal la carrière du sénateur Sexton. Le Président des Etats-Unis envoie dans l'Arctique une équipe afin d'étudier cette découverte. Parmi eux Rachel Saxton, agent des services secrets (NRO) et fille du sénateur Sexton, et plusieurs experts scientifiques dont l'océanologue Michael Tolland. Mais Rachel Saxton va vite se rendre compte qu'il s'agît d'une supercherie basée sur des preuves scientifiques tronqués. Alors qu'elle essaie d'avertir la Maison-Blanche de cette tromperie, son équipe se fait attaquer par de mystérieux tueurs qui veulent empêcher à tout pris que la vérité sorte.

Coulisses des élections présidentielles, des découvertes scientifiques, de la NASA, des magouilles politiques en tout genre, tout passe dans ce techno-thriller politique paru en 2001 bien avant les succés mondiaux rencontrés par Dan Brown avec le Da Vinci Code (The Da Vinci Code, 2003) et Anges et Démons (Angels and Demons, 2000). La traduction française n'a eu lieu qu'en 2005 pour être publiée dans la foulée des succés précédemments cités. Le techno-thriller, dans le style Michael Crichton était fortement à la mode, et Dan Brown pensait certainement rencontrer le même succés avec Deception Point, avant de se lancer dans les thrillers plus ésotériques. Deception Point est plus dans la lignée de Forteresse digitale (Digital Fortress, 1998), son premier roman. Hélas le livre n'est pas très bon, point abouti. On retrouve de nombreux schémas que Dan Brown utilisera plus tard tel par exemple le mystérieux assassin, l'implication et la mise à mal d'une importante institution (la NASA ou l'Eglise dans d'autres romans). Dan Brown documente énormément l'aspect scientifique de l'intrigue et hélas de façon plutôt ennuyeuse et parfois même très maladroite. Les très nombreuses scènes d'action sont d'une platitude extrême et souvent incrédibles. D'ailleurs on a du mal à finir le livre, dans la mesure où l'on se doute très vite des tenants et aboutissants de toute cette intrigue. Evidemment, vers la fin, Dan Brown échange comme par tour de magie le suspect que tout le monde avait en tête pour le remplacer par un personnage auquel personne ne pensait et que personne n'avait envie de suspecter, créant ainsi un suspense de dernière minute. Et puis Dan Brown accumule tous les clichés du genre (relation d'amour qui naît entre deux protagonistes, politiciens véreux, fin très hollywoodienne, ...) Les personnages sont des surfaces, des clichés sans fond et sans intérêt. Même si parfois ennuyeux, le tout n'est certes pas mauvais, mais hélas aucune trace d'originalité.

Si vous aimez les techno-thrillers de ce genre, allez plutôt lire les romans de Ken Follett ou de Michael Crichton et ne perdez pas votre temps avec celui-ci.

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Voir également:
-
Forteresse digitale (Digital Fortress) - Dan Brown (1998), présentation

- Anges et Démons (Angels and Demons) - Dan Brown (2000), présentation
- Da Vinci Code (The Da Vinci Code) - Dan Brown (2003), présentation
- Le Symbole perdu (The Lost Symbol) - Dan Brown (2009), présentation

dimanche, 21 mai 2006

Apocalypse sur commande (The Hammer of Eden) - Ken Follett - 1998

Est-il possible de déclencher des séismes sur commande? Et si oui, qu'arriverait-il si ce savoir arrivait entre de mauvaises mains?
Ricky Granger, dénommé Priest, est une sorte de gourou qui a créé dans les années septante une communauté prônant l'amour libre et installé quelque part dans la campagne de l'arrière-pays californien. Depuis trois décennies cette communauté vit sans se soucier du monde extérieur, cultivant cannabis et vignes pour produire du vin. Cependant un projet de construction d'un barrage va menacer leur vie tranquille. En effet il est prévu que la vallée dans laquelle ils sont installés depuis trente ans va être inondée, et comme leur terre ne leur appartient pas légalement ils ne seront même pas dédommagés afin de pouvoir s'installer ailleurs. De ce fait ils sont prêts à tout afin d'empêcher ce projet. Mélanie, récente membre de la communauté et séismologue diplômée, élabore un plan diabolique qui consiste à provoquer des tremblements de terre, ceci afin d'obliger le gouvernement californien à céder et à arrêter ses projets. Le déroulement de ce plan est simple et Priest est prêt à tout afin de le mener à bout. Il suffit en effet de voler un vibrateur sismique (appareil utilisé dans la prospection géologique) et de le faire fonctionner au bon endroit, càd. à une faille où la pression des plaques tectoniques est telle qu'un simple coup de pousse réussira à déclencher un séisme latent, et de tels endroits ne manquent pas en Californie le long de la faille de San Andreas.
Parallèlement, la jeune et talentueuse inspectrice du FBI Judy Maddox est à un tournant de sa carrière. Elle espère une grosse promotion, mais son nouveau supérieur qui ne l'aime absolument, essaie de la placer sur une voie de garage. Il lui retire sa promotion et la place sur une affaire farfelue et peu crédible. Un groupe terroriste, inconnu à ce jour, menacerait la Californie de créer des tremblements de terre dévastateurs, si celle-ci ne met pas un terme à ses projets énergétiques. Le groupe en question se dénomme les Soldats du Paradis. Judy Maddox est dans un premier temps dégoûté de cette nouvelle affectation, mais peu à peu elle se rend compte que cette menace pourrait être sérieuse. En effet derrière cette menace se cache Priest et sa communauté qui sont prêts à tout.

Apocalypse sur commande est comme on le devine une course-poursuite entre le FBI et les Soldats du Paradis. Le uns réussiront-ils à déjouer les plans diaboliques de ces hippies terroristes. Le tout est bien rythmée, le suspense est soutenu, on accroche à l'histoire et il est difficile de quitter la lecture. L'enquête approfondit nos connaissances sur les sujets traités et rend l'histoire très crédible. Hélas on retrouve aussi un grand nombre de clichés traditionnels du genre: supérieurs bornés et peu perspicaces, histoire d'amour entre deux personnages clés, un héros (ou ici une héroïne) qui au début n'arrive pas à convaincre qu'il (elle) a raison, une catastrophe finale évitée d'un cheveu, ... Comme d'habitude chez Ken Follett, les personnages, même s'ils sont sommaires, sont plutôt attachants. Particulièrement le personnage de Priest, le méchant de l'histoire, pour lequel on éprouvera cependant beaucoup de sympathie.

Apocalypse sur commande est donc un bon thriller, bien efficace.

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Voir également:
- Les piliers de la terre (The Pillars of Earth) - Ken Follett (1989), présentation et extrait
- La nuit de tous les dangers (Night Over Water) - Ken Follett (1991), présentation
- La Marque de Winfield (A Dangerous Fortune) - Ken Follet (1993), présentation
- Le pays de la liberté (A place Called Freedom) - Ken Follett (1995), présentation
- Le troisième jumeau (The Third Twin) - Ken Follett (1996), présentation
- Code Zéro (Code to Zero) - Ken Follett (2000), présentation
- Le Réseau Corneille (Jackdaws) - Ken Follett (2001), présentation
- Le vol du Frelon (Hornet Flight) - Ken Follett (2002), présentation