lundi, 18 avril 2011
Coup de foehn - Franck Membribe - 2011
Sarah, 16 ans est une jeune française de Marseille, étouffée par sa mère et qui a enfin l’occasion de s’évader en partant en séjour linguistique dans un village du canton de Zürich. Le but est de servir de fille au pair à l’éducation des enfants de la puissante famille Gründlich, établie depuis plusieurs générations dans cette reculée vallée proche de Zürich. D’ailleurs ce lieu n’est pas un hasard pour Sarah, son grand-père habitait la vallée avant de disparaître durant la Seconde Guerre mondiale. Mais en fait de bouffée d'oxygène, elle respire le fœhn, ce vent helvétique qui rend fou et qui viendra déloger le fantôme de son aïeul disparu en 1943. Aidée de Johann, journaliste local à la jambe raide, dont elle s'éprend furieusement, elle lèvera le voile sur l'un des épisodes des plus sinistres de l'histoire suisse : la neutralité bienveillante et lucrative envers les Nazis.
Le roman policier Coup de foehn de l’écrivain français Franck Membribe nous fait redécouvrir par les yeux d’une adolescente la triste réalité suisse durant la Seconde Guerre mondiale, ses affaires cachées par une neutralité de façade lors d’une des plus sombres périodes du siècle passé. Et l’intérêt de cette courte histoire vient surtout par sa narration faite par une adolescente insouciante, encore irresponsable et qui peu à peu commence à apprendre les conséquences d’actes irréfléchies en se penchant sur l’histoire de sa famille. L’auteur réussit à rendre le style adéquat au personnage, au point que l’on y croit réellement. Le résultat en est un roman drôle, léger et grave à la fois, squi se lit avec un immense plaisir et qu’on aurait aimé être un peu plus long.
Coup de foehn de Franck Membribe est un roman à découvrir, léger et grave... un excellent divertissement !
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Présente édition : Editions Krakoen, 28 février 2011, 212 pages
21:54 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Membribe, Franck | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : coup de foehn, franck membribe, romans policiers, litterature francaise, seconde guerre mondiale, suisse |
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vendredi, 18 mars 2011
Le musée perdu (The Amber Room) - Steve Berry - 2003
La Chambre d’ambre, une pièce aux murs recouverts d’éléments sculptés dans de l'ambre authentique et surnommée la huitième merveille du monde, a été offerte en 1716 par le roi de Prusse au tsar de Russie. D'abord installée au palais Catherine, près de Saint-Pétersbourg, elle fut ensuite démontée par l'armée nazie et emballée dans 27 caisses lors de l'invasion de la ville pour être transportée à Königsberg, avant de disparaître mystérieusement en 1945. Malgré toutes les recherches des collectionneurs, historiens et chasseurs de trésors, elle n'a en effet jamais été retrouvée.
De nos jours le juge Rachel Cutler d’Atlanta va être confronté à ce mystère au moment où son père d’origine russe, un rescapé de Mauthausen, meurt dans d’étranges circonstances, laissant derrière lui les clés de ce secret qui l’a hanté toute sa vie. Rachel va mener l’enquête sur les trésors disparus et volés par les nazis qui va la conduire dans une quête historique et périlleuse à travers l’Europe. Mais un trésor d’une telle valeur attirera forcément les convoitises d’autres personnes, peu enclines à voir ce juge fouiner dans leurs affaires...
Le musée perdu, paru en 2003 et 2009 pour la traduction française, est le premier roman de l’auteur américain de best-sellers Steve Berry. Il s’agît d’un thriller bien efficace, mené tambour battant à travers un pan de l’histoire européenne, celle des pillages d’oeuvres d’art par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale. L’intrigue est bien ficellée, l’aspect historique bien documenté, le suspense tient jusqu’au bout, mais ce roman ne se démarque hélas guère de pleins d’autres du même genre en utilisant continuellement les mêmes ficelles. Donc rien de neuf ici, sauf peut-être de nous en apprendre davantage sur ce magnifique trésor qu’est la Chambre d’ambre, et un roman vite lu et aussitôt oublié.
En bref Le musée perdu est un thriller efficace, peu original, mais qui réussit bien ce pour quoi il a été écrit, càd. à nous divertir.
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Présente édition : traduit de l’américain par Gilles Morris-Dumoulin, 9 septembre 2010, 473 pages
13:23 Écrit par Marc dans Berry, Steve, Critiques littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : la chambre d'ambre, le musee perdu, litterature americaine, romans policiers, thrillers, nazisme, seconde guerre mondiale, steve berry |
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jeudi, 10 février 2011
La mort, entre autres (The One From The Other) - Philip Kerr - 2006
1937, Bernhard Gunther, un détective privé allemand, est énvoyé par la GESTAPO en mission en Palestine dans le but d’espionner un certain Adolf Eichmann ainsi que son chef, Herbert Hagen, lesquels ont été mandatés par leur service, le SD, pour étudier la possibilité d’une émigration massive de juifs allemands vers cette contrée.
Plus de dix ans plus tard, en 1949, l’ancien détective allemand Bernhard Gunther vit des moments difficiles. Sa femme Kirsten est gravement malade et se meurt peu à peu, et il craint que le matricule SS dont il garde la trace sous le bras ne lui joue de sales tours. Tant bien que mal il essaie de gérer l’affaire familiale, un hôtel à Dachau dans la banlieue de Munich. Mais son métier lui manque et très vite il s’y remet, sa femme mourant peu de temps avant. D’ailleurs dans ce contexte d’après-guerre, où la corruption fait rage, les plaintes sont bien nombreuses. Une belle et mystérieuse cliente, Britta Warzock, lui demande notamment de retrouver la trace de son époux nazi, et voici Bernhard Gunther embarqué dans une sombre affaire qui le dépasse de loin.
La Mort, entre autres de l’écrivain ecossaise Philip Kerr est le quatrième roman mettant en scène le détective privé allemand Bernhard Gunther. Les trois premiers, plus connus sous le nom de la Trilogie Berlinoise, se déroulaient dans les années 1930 dans une Allemagne en préparation de la Seconde Guerre mondiale, dans celui-ci on découvre une Allemagne qui cicatrise tant bien que mal ses plaies du passé dans un après-guerre immédiat. Or pour le détective privé, alors que dans les années 1930 il devait avant tout rechercher des juifs disparus, s’ajoutent maintenant à ses missions la recherche d’anciens tortionnaires nazis, des criminels de guerre se cachant le temps de pouvoir quitter le pays, pour en rejoindre un autre, généralement en Amérique du Sud, grâce à des réseaux mis en place par d’anciens confrères ou par le Vatican.
Et pour raconter cela, Philip Kerr nous sert une intrigue dense et foisonnante autour d’un héros complexe tout nous faisant revivre cette trouble période de l’histoire. C’est passionnant d’un bout à l’autre, souvent cynique et parfois même bien dérangeant. Mais c’est surtout l’ambiance de l’époque qui fait de ce roman un polar bien supérieur à d’autres aux intrigues quelques peu semblables.
A découvrir pour se replonger dans une période trouble de notre histoire.
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Présente édition : traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj, éditions Le Livre de Poche, 2 février 2011, 576 pages
14:51 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Kerr, Philip | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : philip kerr, bernhard gunther, seconde guerre mondiale, nazisme, romans policiers, romans historiques, litterature britannique |
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mercredi, 02 février 2011
Les graffitis de Chambord - Olivia Elkaim - 2008
2006, Trévor est un homme sans passion qui survit dans un grand appartement parisien entre un boulot de banquier sans intérêt et une vie privée dénuée de sens. Il vit seul, sans amour et sans amitiés. Un jour il va recevoir une lettre qui va totalement bouleverser sa vie.
1945, Simon est un écrivain juif qui caché durant l’occupation dans un village près de Mâcon gagne Paris à la libération. Il tente d’écrire continuellement afin de recréer son passé dont il n’a presque aucun souvenir. Ses parents ont disparu, et son passé avec eux.
1940, Isaac est un résistant qui a abandonné sa famille pour suivre Dora, une femme libre et énigmatique, et dont il est tombé amoureux. Ils font partis du réseau Chambord, installé dans le château du même nom et dans lequel ont été sauvegardés une multitude d’œuvres d’art sauvés du Louvre face à l’envahisseur allemand. Enfermés dans le château, ils errent dans les galeries, dans ses pièces froides et obscures aux murs maculés de graffitis, comme en des catacombes.
Et ce sont ces graffitis, certains datant même du XVIIe siècle, qui vont mystérieusement rapporcher les trois vies d’Isaac, Simon et Trevor.
Les graffitis de Chambord est le premier roman d’Olivia Elkaim qui jusque là n’avait publié que quelques nouvelles et essais. Avec ce premier roman elle réussit un beau tour de maître en nous contant trois histoires en une en passant d’un petit-fils à l’existence vide de sens, à celle du père qui étanche sa soif de raconter dans ses livres sans jamais pouvoir transmettre à son fils au grand-père résistant et protégeant des œuvres d’art dans un château à l’abandon. Le montage est fort habile et le sujet du texte qu’est la mémoire ou l’oubli intergénérationnel est présenté de façon bien intéressante et percutante. Ce sujet n’est hélas guère neuve, ni d’ailleurs le contexte choisi pour l’histoire (Seconde Guerre mondiale, juifs, résistants, …), contexte qui est même devenu à mes yeux rébarbatif et lassant. Mais ce qui prédomine ici est sa qualité formelle ainsi que certaines évocations quant l’époque dans laquelle cela se déroule. L’écriture est assez belle et sensible, les descriptifs bien travaillés, les mots choisis avec précision afin de créer à chaque instant l’atmosphère requise au sujet.
Les graffitis de Chambord d’Olivia Elkaim est un bien beau premier roman sur la mémoire et l’oubli. A découvrir.
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Extrait : premier chapitre
Trevor
La concierge a gardé l'enveloppe pendant trois semaines, les trois semaines où il était à Hong Kong, en mission spéciale pour Shermann & Cie. Elle était une concierge telle qu'il se l'imaginait : petite, sèche, propriétaire d'un caniche paresseux et agressif, intérieur bonbonnière. Elle avait posé l'enveloppe sur son buffet en merisier, sous le mur à clés, en attendant qu'il rentre. Et maintenant, elle soupesait l'enveloppe avec envie. " Il y a du courrier pour vous, monsieur Trevor. " Elle l'appelait " monsieur Trevor ", jamais par son nom de famille, trop difficile à prononcer, sans doute. Trevor ne rectifiait pas. Ça n'arrivait jamais, non, ça n'arrivait presque jamais qu'il reçoive du courrier chez lui, rue des Feuillantines, à part les factures, et encore, en général, il s'arrangeait pour que tout soit expédié au bureau, à sa secrétaire.
Trevor a posé l'enveloppe sur la console en verre, profilée, dans l'entrée de son appartement. Elle était épaisse et lourde, le rabat fermé par du gros scotch marron. Il a défait sa valise, pris une douche brûlante, le jet du pommeau dans l'axe de sa nuque. Il a revêtu son costume gris foncé, serré le nœud de cravate et enfilé son imperméable beige, le même depuis des années, qu'il avait acheté avec son père dans une boutique pour hommes de Saint-Germain-des-Prés.
Il est parti au travail. Il a oublié l'enveloppe. Il a oublié l'enveloppe instantanément. Elle est devenue comme un bibelot, comme le chandelier doré, vieillot, d'une autre époque, sur la table à manger, comme le soliflore rouge près de la cheminée, comme le cendrier en terre cuite, comme la lampe de chevet en fer forgé. Tous ces bibelots hérités de ses parents et qu'il ne voyait pas, dont il ne regardait pas les brèches, les contours.
Il a oublié l'enveloppe. Il l'a oubliée longtemps. Un mois, deux mois, peut-être davantage. Il ne voit pas le temps passer.
Trevor travaille même le samedi. Il lit les journaux empilés sur le côté droit de son ordinateur. New York Times, Financial Times, Herald Tribune, Le Monde, Le Figaro, Newsweek, Le Point... Il prépare des dossiers par thématique, par entreprise, par patron du CAC 40, qu'il classe chronologiquement dans l'armoire métallique, derrière son bureau. Il surveille les OPA, s'intéresse aux fusions-acquisitions réalisées par les banques concurrentes. Parfois, il surfe sur Internet, au hasard. Il consulte les horaires de cinéma sans avoir l'intention d'y aller, regarde les bandes-annonces, se connecte aux sites boursiers et cherche des recettes de plats que lui cuisinait sa mère.
Le dimanche, les marchés financiers sont fermés. Au bureau, il n'y a plus rien à faire. Alors, il attend le lundi. Le dimanche, Trevor ne voit pas d'amis. Il ne " brunche " pas. Il ne fait pas de sport. Il ne lit pas, n'écoute pas de musique. Il ne va pas à Deauville, comme la plupart de ses collègues, avec leurs femmes. Il attend. Il allume la télévision sans le son. Les filles noires aux cheveux blonds, les chaînes en or, un bandeau d'actualité, rouge, des revolvers, du sang, des gangs, des baisers, des plages aux cocotiers léchant les vagues turquoise. Trevor s'allonge sur le canapé en cuir. Il porte un pantalon noir, un T-shirt noir en hiver, un pantalon blanc, un T-shirt blanc en été. Pieds nus, immobile, il ne dort pas. Il fixe un point, juste un point dans le blanc du mur au-dessus de la télévision. Il n'y a pas de cadre, pas de photo, pas de toile, seulement du blanc. Quand c'est trop blanc, trop étincelant, presque gênant, en été par exemple, il ferme les rideaux épais et fixe à nouveau le point blanc sur le mur blanc.
Parfois, Trevor pleure.
Il pleure, ça coule tout seul, ça ne prévient pas. Ça le submerge. Il ne pleure jamais au bureau, jamais dans la semaine, jamais avant de se coucher, jamais en se levant. Ni même jamais en se regardant dans le miroir de la salle de bains, en scrutant les rides dans son cou, les poches gris-bleu sous ses yeux, la poitrine qui d'année en année s'affaisse.
Il ne pleure jamais en passant l'index sur la cicatrice bombée qui barre son front de haut en bas depuis son enfance.
Il pleure juste le dimanche, quand il est allongé sur le canapé en cuir du salon, quand il fixe le point blanc du mur blanc, comme s'il n'y avait rien d'autre que ça dans son appartement. Il ne voit ni les moulures au plafond, ni les rayures sur le vieux parquet, ni les rainures dans le bois de la table basse, ni la cheminée en marbre noir, délavé par endroits, non, il fixe ce point blanc, et il pleure, immobile, sans soubresaut, sans bruit, les larmes comme des perles sur les poches de ses yeux.
Il pleure, ça ne l'inquiète pas. Il se dit que ça lui nettoie les yeux et ça lui nettoie le nez et ça lui nettoie la tête. Sa mère voulait l'appeler Menachem. C'est peut-être la raison pour laquelle il pleure. Menachem. On le prononce " Ménarème ", c'est un prénom hébreu. Sa mère voulait l'appeler Menachem, mais son père n'a pas voulu. Enfin. Enfin... Trevor suppose que son père n'a pas voulu. En réalité, il n'en sait pas grand-chose. Il ne leur a jamais posé la question et maintenant, c'est trop tard. Il ne leur a jamais posé les bonnes questions et maintenant, c'est trop tard. Maintenant, ils sont morts et maintenant, il est seul. Pas d'oncles, pas de tantes, pas de grands-parents, pas de cousins. Pas de réponse.
Il ne connaît pas les réunions de famille. Il ne connaît pas les obligations sociales. Il est seul dans son appartement de la rue des Feuillantines, avec des bibelots qu'il ne voit pas. La solitude ne lui pèse pas. Les questions sans réponse lui pèsent.
Ces cinquante dernières années, le prénom Trevor a été donné seize fois à des bébés français. Une seule fois l'année de sa naissance, en 1960. Lui. A l'école, il était donc le seul. Ses camarades le surnommaient " Trevor l'alligator ". Ça ne lui plaisait pas trop. Il faisait des cauchemars dans lesquels lui poussaient des crocs, dans lesquels sa peau devenait verte et râpeuse. Il se réveillait en criant.
Il a rencontré des Trevor aux Etats-Unis, bien sûr, mais pas tant que ça. Certains Américains le croient américain, lui demandent s'il est né à New York, Upper West ou Upper East Side, démocrate ou républicain, à quelle association il fait des dons chaque année. Et sa femme, ah bon il est célibataire.
Parfois, il se dit que ses parents l'ont appelé Trevor pour cela, exactement pour cela, pour que ça sonne américain, pour qu'il puisse, un jour, vivre aux Etats-Unis, s'il le fallait, pour que ce prénom lui facilite la vie, en quelque sorte. Il a cherché sur Internet : Trevor ne signifie rien de particulier.
Sa mère voulait l'appeler Menachem. Il y a quatre Menachem, en France, tous nés avant 1940. Il pense que son père n'a pas voulu. Menachem, ça veut dire " consolation ".
Sans doute a-t-il déçu ses parents. Il l'aurait parié, ses parents auraient aimé qu'il soit violoniste, peintre, psychanalyste, philosophe, médecin, écrivain comme son père et son grand-père avant lui. Ecrivain, oui. Mais banquier d'affaires...
L'enveloppe est toujours dans l'entrée, sur la console achetée cher, hors de prix, l'an dernier, dans un magasin à la mode.
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Présente édition : Editions J’ai Lu, 12 janvier 2011, 216 pages
13:48 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Elkaim, Olivia | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : resistance, olivia elkaim, memoire, oubli, les graffitis de chambord, chambord, litterature francaise, seconde guerre mondiale, romans historiques |
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dimanche, 30 janvier 2011
Au nom du sang versé - Pierre Simenon - 2010
Antoine Desmarsand est avocat à Hollywood spécialisé dans le cinéma. Il y mène une vie tranquille bien loin de son enfance en Suisse. Mais la mort de sa mère va le pousser à quitter la côte californienne pour revenir à Genève, où en compagnie de son frère et de sa soeur ils doivent accomplir leurs dernières obligations funéraires. Antoine n’appréciait pas trop sa mère. Dans la famille il y avait toujours un trouble entre elle et son mari, le père d’Antoine, décédé plus tôt. Les enfants n’ont jamais su ce qu’il en était. Hélas ils vont le découvrir bien malgré eux. Une brèche s’ouvre sur le passé trouble de cette famille, à première vue sans reproches. Le père ainsi que l’oncle d’Antoine n’étaient-ils pas résistants durant la Seconde Guerre mondiale ? Pour Antoine toutes ses certitudes commencent à vaciller. De plus il va découvrir que ces affaires n’ont pas été oubliés, d’autres personnes semblent également s’intéresser à ce passé et surtout à ce qu’il en reste aujourd’hui. De meurtres sont commis dans l’entourage d’Antoine qui ne voit d’autre solution que de faire la lumière sur tout cela.
Des coffres-forts secrets des banques privées aux ruelles mystérieuses de Cracovie, des banlieues parisiennes aux plaines du Texas, l’ombre du nazisme sévit encore et l’enquête d’Antoine se fera au péril de sa vie.
Au nom du sang versé est le premier roman de Pierre Simenon, fils du grand écrivain belge Georges Simenon, qui à l’instar du personnage qu’il met en scène a quitté la Suisse où il est née pour s’installer aux Etats-Unis pour faire avocat dans le milieu du cinéma. Ce n’est que sur le tard, la quarantaine passée que Pierre Simenon suit les traces de son père en écrivant cet excellent roman policier qu’est Au nom du sang versé, un roman écrit en américain mais publié pour la première fois dans sa version française. Si certains éléments autobiographiques existent, il ne faut toutefois pas les généraliser. Il s’agît bien d’un roman de fiction, un pur polar type thriller, rondement mené à travers l’histoire passée d’une famille, ses secrets enfouis et dont la révélation peut encore nuire aujourd’hui, bien des années plus tard. L’idée de base n’est pas bien originale, mais le traitement qu’en fait Pierre Simenon la rend tout simplement passionnante, mettant parfaitement en scène cette dette que l’on peut avoir envers le passé ainsi que la culpabilité que l’on peut en resentir, et comment on peut en vivre aujourd’hui. L’enquête mené par Antoine Desmarsand est passionnante. On sent à travers lui un personnage réel, vivant et attachant, pris dans quelque chose qui le dépasse après avoir ouvert les yeux sur un passé sur lequel il pensait avoir tiré un trait. Tout acte garde des conséquences pendant des années et Desmarsands devra en tirer les conséquences. Et à travers cette enquête Pierre Simenon mène son lecteur du Berlin en ruine de 1945 peu avant la capitulation allemande à la Suisse et ses coffre-forts remplis de secrets, en passant par les Amériques et la Pologne. Et tout cela sur une période de près de cinquante. L’intrigue est parfaitement montée et le suspense prend jusqu’au final. Le style est quant à lui efficace et agréable à lire. Peut-être un peu trop style thriller à l’américaine, ce qui est quelque peu dommage.
Au nom du sang versé de Pierre Simenon est un thriller passionnant sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et de ses conséquences jusqu’à aujourd’hui.
A découvrir !
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Présente édition : traduit de l’américain par Anne Guitton et relu par Pierre Simenon, éditions J’ai Lu, 5 janvier 2011, 441 pages
17:47 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Simenon, Pierre | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pierre simenon, litterature belge, litterature americaine, thrillers, nazisme, seconde guerre mondiale, romans policiers, suisse |
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mercredi, 10 février 2010
Ils ne sont pas comme nous - Jean-Sébastien Blanck et José Ignacio Fernandez - 2009

Allemagne, 1938, un asile psychiatrique près de Cologne. Le narrateur, un ancien journaliste qui ignore sa propre folie, se croit envoyé dans un asile psychiatrique pour écrire un article sur ceux qu'il ne pense pas être comme lui. Mais au soir de son premier jour, personne ne vient le chercher. Il correspond avec sa mère, lui racontant ce qu'il découvre, ces rencontres dont Wolf, obsédé par le comptage et qui cherche tous les jours de battre un nouveau record, Reinhardt qui est fasciné par les uniformes et profite de toutes les occasions pour subtiliser l'une ou l'autre tenue du personnel soignant, un vétéran de la bataille de la Somme qui fait toujours ce qu'on lui dit de faire, et enfin Emma l'infirmière dévouée. La routine s'installe peu à peu, mais ce n'est que pour un court instant. En dehors de ce monde clos à l'équilibre si fragile, une autre folie gagne du terrain, celle du nazisme. Des agents nazis ne tardent d'ailleurs pas à prendre en main l'asile en question. Il faut nettoyer la race de ces tares, disent-ils. Les malades vont être évacués pour mettre en application la première phase d'une extermination qui touchera des millions de personnes. Et face à ce drame, personne ne réagit, que ce soit la mère du narrateur, l'infirmière, ou alors le directeur de la clinique. La barbarie est mise en route...
Véritable livre choc Ils ne sont pas comme nous de l'écrivain français Jean-Sébastien Blanck paraît en 2009 aux éditions Alzabane dans une édition illustrée par l'argentin José Ignacio Fernandez. L'auteur nous y conte l'histoire vraie des premières déportations qu'effectuera le régime nazi dans son plan de nettoyage ethnique et racial en se concentrant sur la vie de quelques pensionnaires d'un asile psychiatrique, leur quotidien jusqu'à leur évacuation vers les chambres à gaz. En effet personne ne se doute encore qu'ils seront les premières victimes des gazages au zyklon B par les nazis. Le texte est composé de vingt séquences, quasiment que des monologues ou dialogues, et fait d'abord découvrir au lecteur l'univers de cet asile avec ses patients guère méchants mais surtout enfermés et bourrées de médicaments, avant d'élargir le champ vers l'extérieur jusqu'en 1940, dans le bureau de Himmler, le grand organisateur de l'élimination de tous ceux considérés comme "inutiles ou dégénérés" par le régime. Pour l'auteur le but est décrire cette barbarie qui a réussi à mettre au pas toute une nation en décrivant la passivité des différents personnages autour des malades, tout en comparant la folie qui sévit chez les fous et autres aliénés enfermés dans l'asile et celle qui gagne peu à peu la population toute entière. Chaque séquence est percutante et choque par la folie décrite, que ce soit de l'intérieur de l'asile ou celle de l'extérieur. Et l'auteur, dans un style très simple et très épuré se concentre sur l'essentiel, et cela fait mal. Beaucoup n'est que suggéré par le texte, mais le lecteur en comprend très vite l'horrible signification. Il est en effet capté dès la première page et s'attache rapidement au destin cruel des ces patients. Viennent s'ajouter à ce texte percutant les illustrations stupéfiantes de José Ignacio Fernandez, des vieilles photos en noir et blanc sur lesquelles sont venus se greffer des têtes disproportionnées, bêtement souriantes et toujours regardant de face le lecteur. Celles-ci donnent une impression étrange au lecteur qui se trouvera très vite mal à l'aise par rapport à l'horreur suggérée par le texte. Le seul dommage est peut-être que ce texte soit si court.
Ils ne sont pas comme nous de Jean-Sébastien Blanck est un livre captivant et poignant et qui ne laissera personne indifférent. Au-delà de son contexte historique il traite de la folie et de la barbarie au sens le plus large.
Un livre à découvrir !
Extrait :
" - Vous croyez qu'ils ont peur ou qu'ils se doutent de quelque chose? demanda Schoënber.
L'autre SS qui avait fini de compter, éclata de rire en fermant bruyamment son registre.
- Ah ! Ah ! Pensez-vous mon colonel ! Ce sont des fous, ils sont comme des animaux. Ils ne comprennent rien, ils ne sentent rien... Ce sont des dégénérés.
- Oui, certainement ... fit Schoënber, pensif.
- Nous rendons service à leur famille... Vous savez, conclut l'officier comptable, ce ne sont pas des humains!
Le colonel SS observait, impassible, ces fantômes apeurés défiler devant lui comme du bétail. On commençait à entendre de plus en plus de pleurs et de grognements. Wolf était déjà loin devant. Il sanglotait : "Mon lapin! Mon lapin!"
- Oui, ce sont des fous, c'est vrai... dit Schoëner toujours songeur. Ils ne sont pas comme nous ! "
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Présente édition : Editions Alzabane, 9 septembre 2009, 64 pages
Voir également :
- Les Maîtres Parleurs - Jean-Sébastien Blanck et Jonathan Bousmar (2009), présentation
- Heureux qui comme Ulysse, ou le premier voyage (2010), présentation et extraits
18:08 Écrit par Marc dans Blanck, Jean-Sébastien, Critiques littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ils ne sont pas comme nous, romans historiques, seconde guerre mondiale, jean-sebastien blanck, jose ignacio fernandez, litterature francaise, nazisme, folie |
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jeudi, 01 octobre 2009
Expiation (Atonement) – Ian McEwan – 2001

Août 1935 au cœur du Surrey en Angleterre. La famille Tallis s’apprête à passer un été calme dans son manoir. La jeune Briony, âgée de treize, rêve d’être romancière, En écrivant elle espère décrypter le monde, mais aussi se le réinventer. Mais son imagination et ses interprétations vont détruire à jamais plusieurs. En effet elle aime secrètement le beau Robbie Turner, le fils de la femme de ménage: lorsqu'elle le surprend entre les bras de sa sœur Cecilia, elle invente un monstrueux mensonge pour se venger de lui, l'accuse d'un viol qu'il n'a pas commis, et le malheureux est condamné à cinq ans de prison. Leurs vies à tous basculent et divergent jusqu’à ce que, cinq ans plus tard dans le chaos de la Seconde Guerre mondiale, lors de la déroute de Dunkerque, tous se retrouvent au fronts : Robbie, sorti de prison et blessé au front, désillusionné de la vie, et Briony qui vit depuis trop longtemps de son crime passé et qui cherche par tout moyen à expier son erreur d’enfance en tentant de réparer l’irréparable.
Expiation de l’auteur britannique Ian McEwan raconte une histoire très romanesque relatant un crime d’enfance, un mensonge aux conséquences lourdes, et ses conséquences sur la vie de plusieurs personnages. Ce texte magnifique a valu un immense succès au lecteur, à la fois critique et populaire. Le roman a d’ailleurs été adapté au cinéma en 2007 par Joe Wright avec les acteurs Keira Knightley et James McAvoy dans les rôles principaux.
Comme l’indique son titre, ce roman parle surtout de culpabilité et d’expiation ressentie et recherchée par la principale protagoniste du livre, auteur du mensonge initial. Mais au-delà de cela, Ian McEwan aborde également le thème de la fiction et de ses conséquences possible sur la réalité, ainsi que la relation entre l’auteur et ses écrits. Le tout est narré dans une œuvre immense menant le lecteur des bucoliques et pacifiques compagnes anglaises des années 1930 aux horreurs de la guerre lors de la débâcle anglaise à Dunkerque face aux troupes allemandes. Le tout commence très lentement, McEwan mettant petit à petit les choses en place, et puis, il faut bien du temps pour comprendre quelles tragédies se cachent derrière la façade policée de cette noblesse anglaise, et cela jusqu’à la fin de celle-ci en France. Le texte devient ensuite fascinant, le lecteur lit et lit, sans pouvoir lâcher, et s’identifie de plus au plus aux tragiques destins des protagonistes jusqu’à réellement vivre ce qui y est raconté. La construction du roman est très intelligente, l’écriture de l’écrivain très prenante dans sa beauté et son efficacité.
Expiation de Ian McEwan est un roman passionnant et terriblement prenant.
A lire !
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20:58 Écrit par Marc dans McEwan, Ian | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ian mcewan, seconde guerre mondiale, litterature britannique |
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vendredi, 21 août 2009
Seine de crimes - Philippe Feeny - 2009

Juin 1940 à Rouen en France. La guerre vient d'éclater. Après la débâcle des alliés 'est l'occupation allemande. Le policier Arsène Kalouba, en poste à Rouen, doit enquêter sur l'homicide d'une femme de 26 ans, tuée à son domicile à Fécamp alors que son mari M. Fontin, principal d'un collège de la région est en déplacement. Le policier commence son enquête à l'établissement scolaire du mari. Il y découvre que la victime avait un amant, le pion Florent Routois, et que celui-ci était sur les lieux du crime juste avant l'agression mais qu'il a dû fuir croyant au retour du mari. Ce dernier d'ailleurs sera retrouvé, peu de temps après, tué de trois balles. L'enquête reste cependant en suspens dû à la guerre. Bien plus tard, en septembre 1944, Arsène Kalouba reprend son poste et doit enquêter sur le meurtre d'une autre femme, tuée en avril lors du bombardement de Rouen. Ce qui frappe de suite le policier est la mise en scène identique de ce meurtre avec celui commis des années auparavant sur Mme Fontin à Fécamp. Se croyant sur les traces d'un tueur en série, Kalouba recherche des cas similaires durant les années de guerre : une dizaine de morts correspondent. Puis un autre meurtre survient, confirmant l'intuition du policier. La traque commence pour lui : retrouver au plus vite ce tueur amateur de poupées brunes aux yeux claires qui semble sévir inlassablement.
Mais les aléas de la guerre, la reconstruction de l'après-guerre avec sers anciens résistants et anciens collabos, rendent la tâche encore bien plus difficile pour Kaluba, qui devra mettre en œuvre tout son talent de policier pour arriver à bout de l'enquête.
Un mystérieux tueur en série qui sévit, un policier qui enquête : tout indique un polar des plus classiques. Mais c'est par son contexte historique que le roman Seine de crimes sort du lot et prend toute son envergure. Seine de crimes, troisième roman de l'écrivain français Philippe Feeny débute en effet juste avant la Seconde guerre mondiale pour se développer pleinement dans la période d'immédiate après-guerre, celle de la reconstruction qui s'annonce mais aussi et surtout celle des règlements de compte. A cette époque la différence entre le bon et le mauvais n'était pas toujours évidente, pour exemple alors que durant l'occupation Kalouba soutenait le maréchal Pétain et le régime fasciste de Vichy, son supérieur fréquentait la Gestapo. Et suivre cette enquête dans ces conditions, ainsi que l'évolution des personnages lors de ces rudes épreuves, rend le tout particulièrement captivant.
Sinon l'intrigue policière est habilement menée, le suspense tient jusqu'au bout, et on accroche d'un bout à l'autre.
Seine de crimes de Philippe Feeny est un très intéressant roman policier, au contexte historique particulièrement bien rendu.
A découvrir !
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Voir également :
- Le Mystère Krakoen - Collectif Krakoen (2010), présentation
13:17 Écrit par Marc dans Feeny, Philippe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philippe feeny, litterature francaise, romans historiques, seconde guerre mondiale, romans policiers, arsene kalouba |
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vendredi, 13 février 2009
Un enfant de l’amour (A Love Child) - Doris Lessing - 2003

1939. James Reid part pour l’Inde en soldat plein d’idéaux dans la tête et bien loin de se douter de ce qui l’attend. Pourtant son père est un rescapé de la bataille de la Somme, James pourrait donc s’attendre à l’horreur, mais il n’en est rien. Avec son régiment, il suit tranquillement ses entraînements jusqu’à ce jour d’été, le jour de l’embarquement pour la guerre. Déjà ce voyage en fond de cale est un véritable calvaire et se déroule quelque part entre solitude, ennui et fortes maladies. Mais lors d’une escale au Cap, au beau milieu de toute cette horreur, James Reid croit pourtant découvrir l’amour en la personne de Daphne, une épouse de militaire qui l’héberge. Il voit en elle la femme idéale, véritable nymphe issue des romans qu’il a tant aimés. Une relation va naître et durer quatre jours… jusqu’à ce que reparte le bateau de Reid. Arrivé en Inde, Reid n’arrive à se défaire de cette amour connu en Afrique. Aux marins qui arrivent, il demande des nouvelles de cette blonde qui reçoit toujours les soldats en escale, et finit par apprendre qu’elle est tombée enceinte… de lui. Ce fils, son fils, va devenir peu à peu son obsession durant toutes les années de guerre… dans l’espoir de peut-être un jour le voir.
Un enfant de l’amour de l’écrivaine britannique Doris Lessing est une nouvelle, ou court roman, paru en version originale en 2003 dans une édition comprenant également la nouvelle Les Grand-mères. En français ces deux textes ont été publiés de façon indépendante, leurs histoires n’étant nullement liées.
Dans ce texte Doris Lessing nous livre un poignant récit de guerre, d’amour et de désillusion confrontant un jeune héros à la terrible réalité de la vie. Le personnage de James Reid sera d’ailleurs à jamais tourmenté par ces quatre jours au Cap, ce moment perdu dont bien entendu il ne retrouvera rien. Hélas le texte laisse cependant un certain sentiment de vide après lecture. Le texte manque de quelque chose et l’on comprend pourquoi il n’a pas été publié de façon indépendante en version originale, le texte ne se suffisant pas pour exister ainsi seul.
Un enfant de l’amour de Doris Lessing raconte une belle histoire d’un homme perdu dans les méandres de l’amour et de la guerre, mais déçoit quelque peu par un certain manque de fond.
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Voir également :
- Les Grand-mères (The Grandmothers) - Doris Lessing (2003), présentation
15:10 Écrit par Marc dans Lessing, Doris | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : seconde guerre mondiale, romans psychologiques, litterature britannique, prix nobel de litterature, doris lessing |
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mercredi, 17 décembre 2008
2666 - Roberto Bolaño - 2003

Roberto Bolaño est décidément un écrivain hors norme. Toute sa bibliographie est composée de romans, d'essais et de nouvelles hors du commun et traitant de sujet des plus divers... et souvent des plus horribles. C'est à juste titre qu'il est considéré comme l'un des plus grands auteurs latino-américains.
2666, publié à titre posthume un an après la mort de l'écrivain alors âgé de 50 ans, est un véritable chef-d'œuvre, le roman d'une vie, énorme, indispensable, et qui clôture en beauté la riche et prolifique carrière de Bolaño. Mais hélas, l'auteur est mort trop tôt n'ayant ainsi pas pu parfaitement finaliser le texte. Il n'empêche que le résultat est pourtant largement suffisant, Bolaño lui-mêle se sentait proche du but. L'auteur lui-même, sentant sa mort approcher, laissa des instructions à son éditeur selon lesquelles son roman 2666, plus de mille denses pages, devrait se publier en cinq volumes qui correspondraient aux cinq parties de celui-ci. Il alla même à préciser la périodicité des publications et le prix à négocier avec l'éditeur. Bolaño pensait ainsi assurer une fois pour toute l'avenir économique de ses enfants. Cependant l'éditeur après avoir lu le texte n'a plus pu suivre les instructions de l'auteur, tant l'ensemble des cinq parties formaient un tout, une œuvre des plus impressionnantes qui soient.
Résumer le roman est une tâche difficile, presque impossible, tant l'œuvre est vaste et foisonnante. Toutes les cinq parties du roman permettent une lecture autonome, pourtant elles sont intiment liées autour de ce chiffre 2666, énigmatique jusqu'au bout, une date en réalité, qui agit comme point de fuite à partir duquel s'ordonnent les différentes parties du roman. A partir de là tout s'articule autour d'un axe central: la littérature. D'abord telle qu'elle est vue par les critiques littéraires qui, à force de vouloir s'en approcher ne font que s'en éloigner, puis par les vivants, les morts, et enfin par l'écrivain lui-même qui par son parcours réussit à écrire avant d'être étudié par les critiques... et la boucle est bouclée.
Et Bolaño use de tous les styles et tous les genres pour emmener le lecteur jusqu'au vertige. On y retrouve à la fois le roman réaliste, le policier, le roman d'amour, historique, fantastique et même la science-fiction dans lesquels se tourmentent une multitude de protagonistes à la fois fantomatiques et dotées d'une très forte humanité.
Le livre s'ouvre sur La partie des critiques où l'on voit quatre jeunes universitaires vouer leur vie à s'approcher au plus près de l'œuvre d'un mystérieux écrivain allemand, Benno von Archimboldi, exilé au Mexique et dont on ignore à peu près tout. D'ailleurs c'est à la recherche d'Archimboldi qu'ils se retrouvent à Santa Teresa, une lugubre ville mexicaine à la frontière étasunienne. Là-bas ils rencontrent un certain Amalfitano, c'est La partie d'Amalfitano, un professeur de philosophie exilé d'Espagne avec sa fille après avoir été abandonné par sa femme. Jusque là il est encore difficile à cerner où l'auteur veut mener son lecteur. Surtout, qu'ensuite dans La partie de Fate, ne ressemble plus du tout au deux premières parties et constitue un véritable polar, se déroulant également à Santa Teresa, avant de plonger le lecteur dans l'horreur la plus pure de La partie des crimes, une hallucinante descente aux enfers dans la réalité mexicaine la plus sordide à Santa Teresa, ville qui est au fait la copie littéraire de Ciudad Juarez, où depuis plusieurs années de nombreuses femmes sont régulièrement retrouvés mortes dans le désert, souvent violées et mutilées. Et Bolaño dresse ici une incroyable liste de tous ces meurtres, décrits d'un ton froid, administratif et à la précision quasi chirurgicale. Le lecteur croit alors atteindre fond de l'horreur, mais reste encore La partie d'Archimboldi, celle de l'écrivain, qui confronte le lecteur à l'apocalypse de la Seconde Guerre mondiale, telle qu'elle est vue par un jeune soldat allemand qui n'est pas encore devenu l'écrivain Benno von Archimboldi, et, qui après la guerre et une reconstruction difficile en Allemagne verra sa vie basculer en quittant tout pour le Mexique... pour Santa Teresa.
2666 est un roman exceptionnel, tout à fait unique et indispensable, expérience littéraire qui remet en cause la nature même du roman et de la narration
15:13 Écrit par Marc dans Bolano, Roberto | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fantastique, horreur, science-fiction, romans historiques, romans policiers, mexique, litterature chilienne, seconde guerre mondiale, roberto bolano |
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