vendredi, 28 octobre 2011
Les Sanguinaires, tome 6 : L’antre des écorcheurs - Sean McFarrel - 2009
Remontant les routes vers le Nord, le jeune Thibault, l’ancien écuyer ayant usurpé l’identité de son maître et chevalier mort, accompagné des voleurs Taureau, La Pie et Ninon, loue ses services pour escorter une caravane de marchands.
Mais à l’approche de Peyrebeille le convoi se fait attaquer par des bandits. Les dégâts sont lourds et les rescapés doivent se réfugier dans une drôle d’auberge : bien comfortable et douillette, on leur y réchauffe leurs corps et âmes... pour mieux endormir leur vigilance et les entraîner au plus profond des ténèbres, là où personne ne sort jamais plus vivant. Ce piège se refermera inévitablement sur Thibault et ses compagnons... mais sauront-ils échapper à l’horreur qui les attend ?
Dans ce sixième tome de la série Les Sanguinaires, L’antre des écorcheurs, les aventures de cette joyeuse et si attachante bande de troubadours continuent de plus belle dans ce Moyen-âge si violent et terrible. La plume de Sean McFarrel, pseudonyme de l’écrivain français Jean-Luc Bizien, est toujours aussi efficace, mais ce tome-ci ressemble un peu trop au précédent. En effet le fil de l’histoire est quasiment le même et que peu de choses n’évoluent de façon significative au niveau des personnages.
Efficace et bien divertissant L’antre des écorcheurs de Sean McFarrel a tout pour plaire, et cela surtout aux amateurs de la série.
Pour commander ce livre :
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Voir également :
- La Muraille - Jean-Luc Bizien (2001), présentation
- Les Sanguinaires, tome 1 : Le masque de la bête - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 2 : Le souffle de la bête - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 3 : Le muraille des damnés - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 4 : Le labyrinthe des damnés - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 5 : A l'invitation du Dragon - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
23:40 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, McFarrel, Sean | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : l antre des ecorcheurs, jean-luc bizien, les sanguinaires, litterature francaise, romans d aventures, romans historiques, sean mcfarrel, thrillers |
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lundi, 19 septembre 2011
Contre-jour (Against The Day) - Thomas Pynchon - 2008
Exposition universelle de Chicago de 1893. Le dirigeable Le Désagrément, orné d’une banderole aux couleurs de l’Amérique, prend son envol avec à son bord cinq jeunes hommes appartenant au célèbre club aéronautique des Casse-cou, une communauté volante, qui, pour se défaire de tous liens politiques s’est installé à bord d’aéronefs de tous genres en ne recevant d’ordre que de ceux qui les paient.
Et une fois le Désagrément parti, c’est le début d’une multitude d’aventures pour ces cinq jeunes héros qui vont découvrir le monde terrestre duquel leurs nombreuses aventures les ont tenus éloignés. Inventions miraculeuses, turpitudes capitalistes, complots, meurtres, espions salariés, nouvelle passion pour la vitesse, jolies femmes du bout du monde, tentations, argent… et cela à travers les continents et les temps jusqu’au début de la Première Guerre mondiale, qui va provoquer un brutal retour sur Terre pour ces idéalistes aériens.
Roman vertigineux de près de 1500 pages à l’écriture dense, Contre-jour de l’écrivain américain Thomas Pynchon, émerveille par son foisonnement d’histoires et impressionne à tout moment par ses incroyables qualités,
Le tout tourne autour d’un équipage et d’une famille, les Traverse, dont le destin politique coïncide avec la jonction des XIXème et XXème siècles, et qui résume à lui seul les contradictions d’un monde qui s’écroule avec la Première Guerre mondiale. Car c’est bien de cela qu’il s’agît : d’un roman de fin de monde, l’aboutissement et l’échec d’une période, celle des sciences et de l’expansion à outrance qui n’aura su produire qu’un immense carnage dans lequel s’engouffre l’humanité.
Et pour nous faire vivre tout cela, Thomas Pynchon, dans son roman, va superposer les styles, les genres et les situations. Humour, western, tragique et fantastique cohabitent le plus sérieusement du monde dans ce fourre-tout de références parfois obscures, parfois limpides, mais dont l’extrême cohérence fait de cette accumulation d’histoires un tableau général d’une saisissante beauté. Très politique et très engagé, Contre-Jour fonctionne par emboîtement : le récit d’une personne développé pendant des pages, puis d’une personne qui en rencontre une autre, développée à son tour, qui en rencontre encore une autre… et ainsi de suite. Bien sûr le fil central de la narration se complexifie, se perd, en laissant certainement de temps à autre quelques lecteurs à l’arrière, mais malgré tout, le roman fonctionne et passionne.
Contre-jour de Thomas Pynchon est plus qu’un roman mais un véritable monument littéraire. Dense, profond et aussi joyeux et divertissant ce texte ne cesse d’émerveiller. L’abord est certes difficile, le texte d’une longueur qui en découragera plus d’un, mais malgré tout, c’est certainement l’un des grands romans de ces dernières années.
Pour commander ce livre :
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Présente édition : traduit de l’anglais (américain) par Claro, éditions Le Seuil / Point, 19 novembre 2009, 1467 pages
22:11 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Pynchon, Thomas | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : contre-jour, thomas pynchon, litterature americaine, romans d aventures, romans historiques |
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dimanche, 11 septembre 2011
Dans le jardin d’Iden (In the Garden of Iden) - Kage Baker - 1997
XXIVe siècle. Le voyage dans le temps a été inventé et est contrôlé et largement utilisé par une compagnie toute-puissante, la Dr. Zeus, Inc. Son but : ramener des objets rares ou disparus du passé afin de conserver un patrimoine culturel et naturel disparu, et par delà accumuler des trésors inestimables. Mais difficile pour la Dr. Zeus, Inc., d’envoyer des agents dans le passé. Comment un homme du XXIVe siècle peut-il s’infiltrer de façon crédible à une toute autre époque. Ainsi la compagnie recrute des agents à leur époque en leur offraznt en échange l’immortalité.
La jeune Mendoza est ainsi recrutée au XVIe siècle en Espagne dans les donjons de l’inquisition après avoir été vendue par ses parents à une famille d’hérétiques. Très vite elle montre des capacités hors du commun et sa première mission l’envoie en Angleterre, en 1554, période agitée qui voit Marie Tudor accéder au trône. Mendoza doit sauver une variété de houx (disparue cent ans plus tard) dans le jardin d'un certain William Iden. En compagnie d'autres agents "infiltrés", elle fait preuve d'une passion exclusive pour son travail. Malgré sa misanthropie notoire, elle s'attache pourtant à un mortel, un jeune hérétique idéaliste et fougueux. La période, hélas, ne se prête pas à une telle relation et Mendoza est tenue de taire sa véritable identité...
Paru en 1997, Dans le jardin d’Iden est le premier tome d’une série, La Compagnie, mettant en scène la voyageuse dans le temps Mendoza dans sa première aventure. Habile mélange entre science-fiction et réalisme historique le roman convainc dès les premières pages, après un prologue fort, intéressant et très réussi pour introduire le contexte des voyages temporels de la Dr. Zeus, Inc. avant de découvrir le personnage fort attachant de Mendoza que l’on pourra suivre au fil de très nombreuses aventures (pas encore toutes traduites en français).
C’est passionnant, jubilatoire, à tout moment prenant, et cela malgré certains passages un peu longs. Les amateurs de science-fiction risquent toutefois de rester quelque peu sur leur faim. L’écriture est belle et bien prenante.
Dans le jardin d’Iden est un beau mélange entre science-fiction et roman historique offrant un grand plaisir lecture.
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Présente édition : traduit de l’américain par Jacques Collin, éditions Pocket, 8 avril 2004, 413 pages
20:27 Écrit par Marc dans Baker, Kage, Critiques littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : kage baker, litterature americaine, science-fiction, dans le jardin d iden, mendoza, romans historiques |
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vendredi, 29 juillet 2011
Lucrèce Borgia - Victor Hugo - 1833
Lucrèce Borgia, la duchesse de Ferrare règne sur l’Italie de cette fin de XVe siècle. Et son pouvoir et influence elle les a obtenus par le crime, les complots, l’adultère et même l’inceste. Cela au point qu’elle haïe de partout. Et pourtant cette femme si puissante et dangereuse tremble devant un seul homme, Gennaro, un simple capitaine à la solde de la République de Venise. Elle va même jusqu’à tout mettre en jeu pour le retrouver dans la foule du carnaval de Venise, cela sous l’œil suspect de son mari. Mais pour Lucrèce Borgia, rien ne peut l’empêcher de retrouver le jeune Gennaro, et pour cause, le jeune capitaine n’est autre que son fils caché, né de ses amours incestueuses avec son propre frère, et le jeune homme ignore tout de son passé et de ses origines.
Comment protéger son enfant, comment le soustraire à la fureur d'un mari qui le croit son amant ? Et surtout, comment Gennaro réagira-t-il en apprenant que sa mère n’est autre que ce monstre du nom de Lucrèce Borgia ?
Représenté pour la première fois le 2 février 1833 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin à Paris, le drame Lucrèce Borgia de Victor Hugo a vite rencontré un immense succès dû à la force des sentiments exaltés par ses personnages, le tragique féroce auquel ils succombent et l’écriture puissante en prose, faite de répliques enlevées et efficaces et qui fait directement entrer dans le sujet. Le rôle de la duchesse Borgia émeut et horrifie à la fois, bref elle fascine, tout comme l’entièreté de la pièce.
Le dramaturge, touché par l’échec l’année précédente du Roi s’amuse, a écrit cette pièce en quatorze jours et s’est attaché les services de grands comédiens de l’époque dont notamment la célèbre Juliette Drouet. Le succès a été tel que le compositeur italien Gaetano Donizetti en tira la même année un opéra.
Un grand classique à lire et à relire !
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Présente édition : Editions Pocket, 19 mai 2011, 155 pages
Voir également :
- Bug-Jargal - Victor Hugo (1826), présentation
- Le dernier jour d’un condamné - Victor Hugo (1829), présentation et extrait
- Claude Gueux - Victor Hugo (1834), présentation et texte intégral
- Les Misérables - Victor Hugo (1862), présentation et extrait
22:36 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Hugo, Victor, Theâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : romans historiques, theatre, lucrece borgia, victor hugo, litterature francaise, borgia, drame, tragedies |
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samedi, 19 mars 2011
L’espion de la couronne, tome 2 : 1658, L’éclipse du Roi-Soleil - Jean-Michel Riou - 2010
Juillet 1658. Louis XIV n’a que 20 ans, alors qu’il s’impose de plus en plus à toute l’Europe. Il vient de foudroyer l’armée espagnole et conquiert ainsi de plus en plus son peuple.
Mais voilà que le 8 juillet Louis XIV est à l’agonie, terrassé par la fièvre qui, selon les médecins, est transportée par les cadavres... Ou alors il a tout simplement été empoisonné. Antoine Petitbois, l’espion de la couronne, n’en doute pas. Il lui faut démasquer le criminel pour ainsi avoir une chance de trouver l’antidote qui sauvera le roi. Mais la mort n’attend pas et l’espion n’a plus que quelques heures devant lui pour résoudre cette énigme.
1658, L’Eclipse du Roi-Soleil de l’écrivain français Jean-Michel Riou est le second tome des aventures d’Antoine Petitbois, dit L’espion de la couronne après 1630, La vengeance de Richelieu, un même personnage mais deux histoires bien indépendantes. Son héros, sur la fin de sa vie, écrit une lettre à son ami Nicolas de La Reynie pour lui compter cette fabuleuse histoire de l’empoisonnement de Louis XIV dont seul lui et le cardinal Mazarin étaient au courant à l’époque. Commence alors une belle et passionnante histoire policière dans la France du XVIIe siècle, magnifiquement écrite dans un style à la fois vif et qui rappelle les écrits d’antan. Car il s’agît avant tout d’un roman historique de la plus pure espèce, et l’auteur réussit parfaitement à conjuguer le coté historique et policier de son histoire. Le tout manque quelque peu de profondeur, on est bien ici dans l’historique de divertissement et qui, il faut le dire, fonctionne à merveille, porté par une intrigue bien ficelée, toujours intéressante, au point que le lecteur a hâte d’en découvrir le fin mot.
1658, L’Eclipse du Roi-Soleil de Jean-Michel Riou est un très beau et divertissant roman historique nous faisant découvrir une sulfureuse affaire policière à la Cour de Louis XIV.
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Présente édition : éditions J’ai Lu, 2 mars 2011, 313 pages
14:37 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Riou-Jean-Michel | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-michel riou, 1658, l'eclipse du roi-soleil, l'espion de la couronne, romans historiques, litterature francaise |
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lundi, 14 février 2011
La couleur des rêves (The Colour) - Rose Tremain - 2003
1864. Joseph Blackstone s’installe sur les terres sauvages de la Nouvelle-Zélande avec son épouse Harriet et Lilian, sa mère, et cela dans le fol espoir d'échapper à son passé et de construire une nouvelle vie. Mais l'existence est si rude près de Christchurch, où ils se sont établis, qu'elle menace de les détruire avant même que s'accomplisse la promesse tant désirée d'un avenir meilleur. Quand Joseph trouve de l'or au fond d'une rivière, il dissimule sa découverte aux yeux de sa femme et est saisi d'une obsession dévorante de faire fortune. Abandonnant alors derrière lui sa ferme et sa famille, il part vers les nouveaux champs aurifères à la conquête de ses rêves et de son destin. Harriett va entreprendre à sa suite un long voyage pour tenter non seulement de le retrouver, mais aussi de rencontrer la nourrice maori qui a bercé de légendes l'enfant de ses voisins.
La couleur des rêves de l’écrivain anglais Rose Tremain est une magnifique fresque romantique et historique plongeant le lecteur à la suite d’émigrants en Nouvelle-Zélande lors de la ruée vers l’or. Dans cette nature encore sauvage et grandiose de cette Nouvelle-Zélande du XIXème siècle c’est la folie de l’homme qui ressort, avec une force immense, poussé par l’appât de la fortune et qui ne peut que causer la perte de ces émigrants. C’est prenant du début à la fin, les personnages sont forts et attachants, et l’ensemble certes classique ne cesse d’émerveiller par la beauté de son contexte.
La couleur des rêves de Rose Tremain est un roman épique et romanesque d’une rare beauté.
A découvrir !
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Présente édition : traduit de l’anglais par Suzanne V. Mayoux, éditions J’ai Lu, 6 octobre 2010, 473 pages
14:41 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Tremain, Rose | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ruee vers l'or, rose tremain, litterature britannique, romans historiques, nouvelle-zelande, la couleur des reves |
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jeudi, 10 février 2011
La mort, entre autres (The One From The Other) - Philip Kerr - 2006
1937, Bernhard Gunther, un détective privé allemand, est énvoyé par la GESTAPO en mission en Palestine dans le but d’espionner un certain Adolf Eichmann ainsi que son chef, Herbert Hagen, lesquels ont été mandatés par leur service, le SD, pour étudier la possibilité d’une émigration massive de juifs allemands vers cette contrée.
Plus de dix ans plus tard, en 1949, l’ancien détective allemand Bernhard Gunther vit des moments difficiles. Sa femme Kirsten est gravement malade et se meurt peu à peu, et il craint que le matricule SS dont il garde la trace sous le bras ne lui joue de sales tours. Tant bien que mal il essaie de gérer l’affaire familiale, un hôtel à Dachau dans la banlieue de Munich. Mais son métier lui manque et très vite il s’y remet, sa femme mourant peu de temps avant. D’ailleurs dans ce contexte d’après-guerre, où la corruption fait rage, les plaintes sont bien nombreuses. Une belle et mystérieuse cliente, Britta Warzock, lui demande notamment de retrouver la trace de son époux nazi, et voici Bernhard Gunther embarqué dans une sombre affaire qui le dépasse de loin.
La Mort, entre autres de l’écrivain ecossaise Philip Kerr est le quatrième roman mettant en scène le détective privé allemand Bernhard Gunther. Les trois premiers, plus connus sous le nom de la Trilogie Berlinoise, se déroulaient dans les années 1930 dans une Allemagne en préparation de la Seconde Guerre mondiale, dans celui-ci on découvre une Allemagne qui cicatrise tant bien que mal ses plaies du passé dans un après-guerre immédiat. Or pour le détective privé, alors que dans les années 1930 il devait avant tout rechercher des juifs disparus, s’ajoutent maintenant à ses missions la recherche d’anciens tortionnaires nazis, des criminels de guerre se cachant le temps de pouvoir quitter le pays, pour en rejoindre un autre, généralement en Amérique du Sud, grâce à des réseaux mis en place par d’anciens confrères ou par le Vatican.
Et pour raconter cela, Philip Kerr nous sert une intrigue dense et foisonnante autour d’un héros complexe tout nous faisant revivre cette trouble période de l’histoire. C’est passionnant d’un bout à l’autre, souvent cynique et parfois même bien dérangeant. Mais c’est surtout l’ambiance de l’époque qui fait de ce roman un polar bien supérieur à d’autres aux intrigues quelques peu semblables.
A découvrir pour se replonger dans une période trouble de notre histoire.
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Présente édition : traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj, éditions Le Livre de Poche, 2 février 2011, 576 pages
14:51 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Kerr, Philip | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : philip kerr, bernhard gunther, seconde guerre mondiale, nazisme, romans policiers, romans historiques, litterature britannique |
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mercredi, 02 février 2011
Les graffitis de Chambord - Olivia Elkaim - 2008
2006, Trévor est un homme sans passion qui survit dans un grand appartement parisien entre un boulot de banquier sans intérêt et une vie privée dénuée de sens. Il vit seul, sans amour et sans amitiés. Un jour il va recevoir une lettre qui va totalement bouleverser sa vie.
1945, Simon est un écrivain juif qui caché durant l’occupation dans un village près de Mâcon gagne Paris à la libération. Il tente d’écrire continuellement afin de recréer son passé dont il n’a presque aucun souvenir. Ses parents ont disparu, et son passé avec eux.
1940, Isaac est un résistant qui a abandonné sa famille pour suivre Dora, une femme libre et énigmatique, et dont il est tombé amoureux. Ils font partis du réseau Chambord, installé dans le château du même nom et dans lequel ont été sauvegardés une multitude d’œuvres d’art sauvés du Louvre face à l’envahisseur allemand. Enfermés dans le château, ils errent dans les galeries, dans ses pièces froides et obscures aux murs maculés de graffitis, comme en des catacombes.
Et ce sont ces graffitis, certains datant même du XVIIe siècle, qui vont mystérieusement rapporcher les trois vies d’Isaac, Simon et Trevor.
Les graffitis de Chambord est le premier roman d’Olivia Elkaim qui jusque là n’avait publié que quelques nouvelles et essais. Avec ce premier roman elle réussit un beau tour de maître en nous contant trois histoires en une en passant d’un petit-fils à l’existence vide de sens, à celle du père qui étanche sa soif de raconter dans ses livres sans jamais pouvoir transmettre à son fils au grand-père résistant et protégeant des œuvres d’art dans un château à l’abandon. Le montage est fort habile et le sujet du texte qu’est la mémoire ou l’oubli intergénérationnel est présenté de façon bien intéressante et percutante. Ce sujet n’est hélas guère neuve, ni d’ailleurs le contexte choisi pour l’histoire (Seconde Guerre mondiale, juifs, résistants, …), contexte qui est même devenu à mes yeux rébarbatif et lassant. Mais ce qui prédomine ici est sa qualité formelle ainsi que certaines évocations quant l’époque dans laquelle cela se déroule. L’écriture est assez belle et sensible, les descriptifs bien travaillés, les mots choisis avec précision afin de créer à chaque instant l’atmosphère requise au sujet.
Les graffitis de Chambord d’Olivia Elkaim est un bien beau premier roman sur la mémoire et l’oubli. A découvrir.
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Extrait : premier chapitre
Trevor
La concierge a gardé l'enveloppe pendant trois semaines, les trois semaines où il était à Hong Kong, en mission spéciale pour Shermann & Cie. Elle était une concierge telle qu'il se l'imaginait : petite, sèche, propriétaire d'un caniche paresseux et agressif, intérieur bonbonnière. Elle avait posé l'enveloppe sur son buffet en merisier, sous le mur à clés, en attendant qu'il rentre. Et maintenant, elle soupesait l'enveloppe avec envie. " Il y a du courrier pour vous, monsieur Trevor. " Elle l'appelait " monsieur Trevor ", jamais par son nom de famille, trop difficile à prononcer, sans doute. Trevor ne rectifiait pas. Ça n'arrivait jamais, non, ça n'arrivait presque jamais qu'il reçoive du courrier chez lui, rue des Feuillantines, à part les factures, et encore, en général, il s'arrangeait pour que tout soit expédié au bureau, à sa secrétaire.
Trevor a posé l'enveloppe sur la console en verre, profilée, dans l'entrée de son appartement. Elle était épaisse et lourde, le rabat fermé par du gros scotch marron. Il a défait sa valise, pris une douche brûlante, le jet du pommeau dans l'axe de sa nuque. Il a revêtu son costume gris foncé, serré le nœud de cravate et enfilé son imperméable beige, le même depuis des années, qu'il avait acheté avec son père dans une boutique pour hommes de Saint-Germain-des-Prés.
Il est parti au travail. Il a oublié l'enveloppe. Il a oublié l'enveloppe instantanément. Elle est devenue comme un bibelot, comme le chandelier doré, vieillot, d'une autre époque, sur la table à manger, comme le soliflore rouge près de la cheminée, comme le cendrier en terre cuite, comme la lampe de chevet en fer forgé. Tous ces bibelots hérités de ses parents et qu'il ne voyait pas, dont il ne regardait pas les brèches, les contours.
Il a oublié l'enveloppe. Il l'a oubliée longtemps. Un mois, deux mois, peut-être davantage. Il ne voit pas le temps passer.
Trevor travaille même le samedi. Il lit les journaux empilés sur le côté droit de son ordinateur. New York Times, Financial Times, Herald Tribune, Le Monde, Le Figaro, Newsweek, Le Point... Il prépare des dossiers par thématique, par entreprise, par patron du CAC 40, qu'il classe chronologiquement dans l'armoire métallique, derrière son bureau. Il surveille les OPA, s'intéresse aux fusions-acquisitions réalisées par les banques concurrentes. Parfois, il surfe sur Internet, au hasard. Il consulte les horaires de cinéma sans avoir l'intention d'y aller, regarde les bandes-annonces, se connecte aux sites boursiers et cherche des recettes de plats que lui cuisinait sa mère.
Le dimanche, les marchés financiers sont fermés. Au bureau, il n'y a plus rien à faire. Alors, il attend le lundi. Le dimanche, Trevor ne voit pas d'amis. Il ne " brunche " pas. Il ne fait pas de sport. Il ne lit pas, n'écoute pas de musique. Il ne va pas à Deauville, comme la plupart de ses collègues, avec leurs femmes. Il attend. Il allume la télévision sans le son. Les filles noires aux cheveux blonds, les chaînes en or, un bandeau d'actualité, rouge, des revolvers, du sang, des gangs, des baisers, des plages aux cocotiers léchant les vagues turquoise. Trevor s'allonge sur le canapé en cuir. Il porte un pantalon noir, un T-shirt noir en hiver, un pantalon blanc, un T-shirt blanc en été. Pieds nus, immobile, il ne dort pas. Il fixe un point, juste un point dans le blanc du mur au-dessus de la télévision. Il n'y a pas de cadre, pas de photo, pas de toile, seulement du blanc. Quand c'est trop blanc, trop étincelant, presque gênant, en été par exemple, il ferme les rideaux épais et fixe à nouveau le point blanc sur le mur blanc.
Parfois, Trevor pleure.
Il pleure, ça coule tout seul, ça ne prévient pas. Ça le submerge. Il ne pleure jamais au bureau, jamais dans la semaine, jamais avant de se coucher, jamais en se levant. Ni même jamais en se regardant dans le miroir de la salle de bains, en scrutant les rides dans son cou, les poches gris-bleu sous ses yeux, la poitrine qui d'année en année s'affaisse.
Il ne pleure jamais en passant l'index sur la cicatrice bombée qui barre son front de haut en bas depuis son enfance.
Il pleure juste le dimanche, quand il est allongé sur le canapé en cuir du salon, quand il fixe le point blanc du mur blanc, comme s'il n'y avait rien d'autre que ça dans son appartement. Il ne voit ni les moulures au plafond, ni les rayures sur le vieux parquet, ni les rainures dans le bois de la table basse, ni la cheminée en marbre noir, délavé par endroits, non, il fixe ce point blanc, et il pleure, immobile, sans soubresaut, sans bruit, les larmes comme des perles sur les poches de ses yeux.
Il pleure, ça ne l'inquiète pas. Il se dit que ça lui nettoie les yeux et ça lui nettoie le nez et ça lui nettoie la tête. Sa mère voulait l'appeler Menachem. C'est peut-être la raison pour laquelle il pleure. Menachem. On le prononce " Ménarème ", c'est un prénom hébreu. Sa mère voulait l'appeler Menachem, mais son père n'a pas voulu. Enfin. Enfin... Trevor suppose que son père n'a pas voulu. En réalité, il n'en sait pas grand-chose. Il ne leur a jamais posé la question et maintenant, c'est trop tard. Il ne leur a jamais posé les bonnes questions et maintenant, c'est trop tard. Maintenant, ils sont morts et maintenant, il est seul. Pas d'oncles, pas de tantes, pas de grands-parents, pas de cousins. Pas de réponse.
Il ne connaît pas les réunions de famille. Il ne connaît pas les obligations sociales. Il est seul dans son appartement de la rue des Feuillantines, avec des bibelots qu'il ne voit pas. La solitude ne lui pèse pas. Les questions sans réponse lui pèsent.
Ces cinquante dernières années, le prénom Trevor a été donné seize fois à des bébés français. Une seule fois l'année de sa naissance, en 1960. Lui. A l'école, il était donc le seul. Ses camarades le surnommaient " Trevor l'alligator ". Ça ne lui plaisait pas trop. Il faisait des cauchemars dans lesquels lui poussaient des crocs, dans lesquels sa peau devenait verte et râpeuse. Il se réveillait en criant.
Il a rencontré des Trevor aux Etats-Unis, bien sûr, mais pas tant que ça. Certains Américains le croient américain, lui demandent s'il est né à New York, Upper West ou Upper East Side, démocrate ou républicain, à quelle association il fait des dons chaque année. Et sa femme, ah bon il est célibataire.
Parfois, il se dit que ses parents l'ont appelé Trevor pour cela, exactement pour cela, pour que ça sonne américain, pour qu'il puisse, un jour, vivre aux Etats-Unis, s'il le fallait, pour que ce prénom lui facilite la vie, en quelque sorte. Il a cherché sur Internet : Trevor ne signifie rien de particulier.
Sa mère voulait l'appeler Menachem. Il y a quatre Menachem, en France, tous nés avant 1940. Il pense que son père n'a pas voulu. Menachem, ça veut dire " consolation ".
Sans doute a-t-il déçu ses parents. Il l'aurait parié, ses parents auraient aimé qu'il soit violoniste, peintre, psychanalyste, philosophe, médecin, écrivain comme son père et son grand-père avant lui. Ecrivain, oui. Mais banquier d'affaires...
L'enveloppe est toujours dans l'entrée, sur la console achetée cher, hors de prix, l'an dernier, dans un magasin à la mode.
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Présente édition : Editions J’ai Lu, 12 janvier 2011, 216 pages
13:48 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Elkaim, Olivia | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : resistance, olivia elkaim, memoire, oubli, les graffitis de chambord, chambord, litterature francaise, seconde guerre mondiale, romans historiques |
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samedi, 25 décembre 2010
Les Sanguinaires, tome 5 : A l’invitation du Dragon - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) - 2009
Thibault, le faux chevalier ayant usurpé l’identité de son maître après sa mort, vaganbonde sur les chemins en compagnie des brigands troubadours que sont le Taureau, La Pie et Ninon La Bellette. Depuis leurs dernières aventures au château de l’ogre des tensions sont montés dans le groupe. Certains suspectent Ninon d’avoir caché une part du trésor, mais Thibault, aveuglé par son amour pour la trobaritz, la défend corps et âme.
Et voilà que leurs pas les mènent en Dordogne au village de Sainte-Olalie, au cœur d'une forêt qui, dit-on, est hantée par un dragon.
Le monstre massacre les convois, ne laissant sur son passage que des cadavres noircis par ses flammes.
Dans les auberges, si on parle du dragon ... on évoque aussi son fabuleux trésor.
Pour les baladins, c'est l'occasion d'acquérir fortune.
Thibault, Ninon, Taureau et La Pie n'ont plus le choix. La peur au ventre, il devront répondre ... à l'invitation du dragon !
Cinquième tome des Sanguinaires, une série proposant des aventures dans un moyen-âge violent et réaliste, né de la plume de Sean McFarrel, pseudonyme de l’écrivain français Jean-Luc Bizien, A l’invitation du Dragon mène cette fois le lecteur à suivre cette bande de voleurs au défi d’un dragon qui hante les grands chemins. Alors que les quatre premiers tomes de la série étaient des rééditions de romans de Bizien parus quelques années plus tôt et réédités par les éditions Vauvenargues dans une version non censurée et bien plus réaliste et violente, ce cinquième tome est tout à fait original en paraissant pour la première fois en 2009. Les aventures de cette bande de voleurs si attachants continuent de plus belle, toujours dans cette même ambiance sombre de l’ère moyen-âgeuse emprise de superstitions qu’est le moyen-âge. Hélas, l’aventure est également plus simple, le mystère ne reposant que sur bien peu de choses. Le lecteur appréciera toutefois le style de l’auteur, jonglant continuellement entre réalisme sombre et fantastique, voire horreur. Les personnages continuent à évoluer.
Et si ce cinquième tome n’est sûrement pas le plus intéressant de la série, il plaira à de nombreux lecteurs friands de ce genre de littérature.
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Voir également :
- La Muraille - Jean-Luc Bizien (2001), présentation
- Les Sanguinaires, tome 1 : Le masque de la bête - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 2 : Le souffle de la bête - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 3 : Le muraille des damnés - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 4 : Le labyrinthe des damnés - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 6 : L'antre des écorcheurs - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
22:37 Écrit par Marc dans Bizien, Jean-Luc, Critiques littéraires, McFarrel, Sean | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : a l invitation du dragon, jean-luc bizien, les sanguinaires, litterature francaise, romans d aventures, romans historiques, sean mcfarrel, thrillers |
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jeudi, 07 octobre 2010
Les mystères de Marseille - Emile Zola - 1867
Lorsque Philippe Cayol, jeune républicain marseillais, enlève pour épouser Blanche de Cazalis, fille d’un riche aristocrate de la région, il ne se doute pas de tous les malheurs qui vont s’abattre sur lui. Blanche était destinée à entrer au couvent, et sa famille n’aurait jamais toléré son mariage avec le plébéien qu’est Cayol. Une fois le mariage consommé Blanche croit en un pardon de son père, mais celui-ci ne cessera jamais de poursuivre les deux amoureux. Car au-delà de cette romance il s’agît avant tout d’une lutte de classes. Un De Cazalis ne peut s’unir à un Cayol. Seul Marius, le frère de Philippe, tentera tant bien que mal de venir en aide aux deux amoureux.
Les mystères de Marseille paraissent en 1867 sous forme de feuilleton dans un journal phocéen du nom de Messager de Provence. Emile Zola, alors qu’il était en cours d’écriture du roman de Thérèse Raquin, n’était encore que très peu connu lorsqu’il se vit proposer d’écrire ce feuilleton pour lancer les ventes du journal. L’éditeur avait évidemment en tête l’immense succès des Mystères de Paris d’Eugène Sue qui, quelques années auparavant en 1842 et 1843, avaient tant tenu en haleine les foules. Sans le sous, Emile Zola va accepter la commande de ce roman-feuilleton. Le texte ne sera publié sous forme de roman que bien des années plus tard.
En tant que véritable roman-feuilleton Les mystères de Marseille contient toutes les caractéristiques du genre : amours impossibles, complots, drames et rebondissements à n’en plus finir. Des personnages hauts en couleur sont présentés, qu’ils soient banquiers véreux, usuriers, grisettes, joueurs ou prêtres dévoyés. Le tout s’articulant autour d’une lutte de classe entre républicains et anciens aristocrates sur fond de révolution de 1848. Le côté social de l’écrivain engagé qu’est Zola ressort déjà dans ce texte. L’affrontement entre classes verra d’ailleurs son sommet lors d’une sanglante émeute ouvrière qui n’est pas sans rappeler celle qui sera décrite plus tard dans Germinal.
Hélas les romans-feuilleton avaient pour but avant tout de divertir, vite et facilement, et ce roman contrairement à l’oeuvre future de Zola manque ainsi cruellement de profondeur.
Les mystères de Marseille est un beau roman-feuilleton d’Emile Zola, l’une de ses premières oeuvres, un texte très divertissant mais guère des meilleurs de l’auteur.
Intéressant !
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Extrait : le premier chapitre
Comme quoi Blanche de Cazalis s’enfuit avec Philippe Cayol
Vers la fin du mois de mai 184., un homme, d’une trentaine d’années, marchait rapidement dans un sentier du quartier Saint-Joseph, près des Aygalades. Il avait confié son cheval au méger d’une campagne voisine, et il se dirigeait vers une grande maison carrée, solidement bâtie, sorte de château campagnard comme on en trouve beaucoup sur les coteaux de la Provence.
L’homme fit un détour pour éviter le château et alla s’asseoir au fond d’un bois de pins, qui s’étendait derrière l’habitation. Là, écartant les branches, inquiet et fiévreux, il interrogea les sentiers du regard, semblant attendre quelqu’un avec impatience. Par moments, il se levait, faisait quelques pas, puis s’asseyait de nouveau en frémissant.
Cet homme, haut de taille et de tournure étrange, portait de larges favoris noirs. Son visage allongé, creusé de traits énergiques, avait une sorte de beauté violente et emportée. Et, brusquement, ses yeux s’adoucirent, ses lèvres épaisses eurent un sourire tendre. Une jeune fille venait de sortir du château, et, se courbant comme pour se cacher, elle accourait vers le bois de pins.
Haletante, toute rose, elle arriva sous les arbres. Elle avait à peine seize ans. Au milieu des rubans bleus de son chapeau de paille, son jeune visage souriait d’un air joyeux et effarouché. Ses cheveux blonds tombaient sur ses épaules ; ses petites mains, appuyées contre sa poitrine, tâchaient de calmer les bonds de son cœur.
« Comme vous vous faites attendre, Blanche ! dit le jeune homme Je n’espérais plus vous voir. »
Et il la fit asseoir à son côté, sur la mousse.
« Pardonnez-moi, Philippe, répondit la jeune fille. Mon oncle est allé à Aix pour acheter une propriété ; mais je ne pouvais me débarrasser de ma gouvernante. »
Elle s’abandonna à l’étreinte de celui qu’elle aimait, et les deux amoureux eurent une de ces longues causeries, si niaises et si douces. Blanche était une grande enfant qui jouait avec son amant comme elle aurait joué avec une poupée. Philippe, ardent et muet, serrait et regardait la jeune fille avec tous les emportements de l’ambition et de la passion.
Et, comme ils étaient là, oubliant le monde, ils aperçurent, en levant la tête, des paysans qui suivaient le sentier voisin et qui les regardaient en riant. Blanche, effrayée, s’écarta de son amant.
« Je suis perdue ! dit-elle toute pâle. Ces hommes vont avertir mon oncle. Ah ! par pitié, sauvez-moi, Philippe. »
À ce cri, le jeune homme se leva d’un mouvement brusque.
« Si vous voulez que je vous sauve, répondit-il avec feu, il faut que vous me suiviez. Venez, fuyons ensemble. Demain, votre oncle consentira à notre mariage... Nous contenterons éternellement nos tendresses.
– Fuir, fuir... répétait l’enfant. Ah ! je ne m’en sens pas le courage. Je suis trop faible, trop craintive...
– Je te soutiendrai, Blanche... Nous vivrons une vie d’amour. »
Blanche, sans entendre, sans répondre, laissa tomber sa tête sur l’épaule de Philippe.
« Oh ! j’ai peur, j’ai peur du couvent, reprit-elle à voix basse. Tu m’épouseras, tu m’aimeras toujours ?
– Je t’aime... Vois, je suis à genoux. »
Alors, fermant les yeux, s’abandonnant, Blanche descendit le coteau à grands pas, au bras de Philippe. Comme elle s’éloignait, elle regarda une dernière fois la maison qu’elle quittait, et une émotion poignante lui mit de grosses larmes dans les yeux.
Une minute d’égarement avait suffi pour la jeter dans les bras du jeune homme, brisée et confiante. Elle aimait Philippe de toutes les premières ardeurs de son jeune sang, de toutes les folies de son inexpérience. Elle s’échappait comme une pensionnaire, volontairement, sans réfléchir aux terribles conséquences de sa fuite. Et Philippe l’emmenait, ivre de sa victoire, frémissant de la sentir marcher et haleter à son côté.
D’abord, il voulut courir à Marseille, pour se procurer un fiacre. Mais il craignit de la laisser seule sur la grande route, et il préféra aller à pied avec elle jusqu’à la campagne de sa mère. Ils se trouvaient à une grande lieue de cette campagne, située au quartier de Saint-Just.
Philippe dut abandonner son cheval, et les deux amants se mirent bravement en marche. Ils traversèrent des prairies, des terres labourées, des bois de pins, coupant à travers champs, marchant vite. Il était environ quatre heures. Le soleil, d’un blond ardent, jetait devant eux de larges nappes de lumière. Et ils couraient dans l’air tiède poussés en avant par la folie qui les mordait au cœur. Lorsqu’ils passaient, les paysans levaient la tête et les regardaient fuir avec étonnement.
Ils ne mirent pas une heure pour arriver à la campagne de la mère de Philippe. Blanche, exténuée, s’assit sur un banc de pierre qui se trouvait à la porte, tandis que le jeune homme était allé écarter les importuns. Puis, il revint et la fit monter dans sa chambre. Il avait prié Ayasse, un jardinier que sa mère occupait ce jour-là, d’aller chercher un fiacre à Marseille.
Tous deux restaient dans la fièvre de leur fuite. En attendant le fiacre ils demeurèrent muets et anxieux. Philippe avait fait asseoir Blanche sur une petite chaise ; à genoux devant elle, il la regardait longuement, il la rassurait en baisant avec douceur la main qu’elle lui abandonnait.
« Tu ne peux garder cette robe légère, lui dit-il enfin. Veux-tu l’habiller en homme ? » Blanche sourit. Elle éprouvait une joie d’enfant à la pensée de se déguiser.
« Mon frère est de petite taille, continua Philippe. Tu vas mettre ses vêtements. »
Ce fut une fête. La jeune fille passa le pantalon en riant. Elle était d’une gaucherie charmante, et Philippe baisait avidement la rougeur de ses joues. Quand elle fut habillée, elle avait l’air d’un petit homme, d’un gamin de douze ans. Elle eut toutes les peines du monde à faire tenir le flot de ses cheveux dans le chapeau. Et les mains de son amant tremblaient, en ramenant les boucles rebelles.
Ayasse revint enfin avec le fiacre. Il consentit à recevoir les deux fugitifs dans son domicile, situé à Saint-Barnabé. Philippe prit l’argent qu’il possédait, et tous trois montèrent dans la voiture qu’ils quittèrent au pont du Jarret, pour gagner à pied la demeure du jardinier.
Le crépuscule était venu. Des ombres transparentes tombaient du ciel pâle, et d’âcres odeurs montaient de la terre, chaude encore des derniers rayons. Alors, une vague crainte s’empara de Blanche. Lorsque, à la nuit naissante, dans les voluptés du soir elle se trouva seule, entre les bras de son amant, toutes ses pudeurs effrayées de jeune fille s’éveillèrent, et elle frissonna, prise d’un malaise inconnu. Elle s’abandonnait, elle était heureuse et épouvantée de se trouver livrée ainsi à la passion de Philippe. Elle défaillait, elle voulait gagner du temps.
« Écoute, dit-elle, je vais écrire à l’abbé Chastanier, mon confesseur... Il ira voir mon oncle, pour obtenir de lui mon pardon et le décider à nous marier ensemble... Il me semble que je tremblerais moins si j’étais ta femme. »
Philippe sourit de la naïveté tendre de cette dernière phrase.
« Écris à l’abbé Chastanier, répondit-il. Moi, je vais faire connaître notre retraite à mon frère. Il viendra demain et portera ta lettre. »
Puis, la nuit se fit, chaude et voluptueuse. Et Blanche devint l’épouse de Philippe. Elle s’était livrée d’elle-même, elle n’avait pas eu un cri de révolte, elle péchait par ignorance, comme Philippe péchait par ambition et par passion. Ah ! la douce et terrible nuit ! Elle devait frapper les amants de misère et leur apporter toute une existence de souffrance et de regrets.
Ce fut ainsi que Blanche de Cazalis s’enfuit avec Philippe Cayol, par une claire soirée de mai.
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Présente édition : Editions Jeanne Laffitte, 1 octobre 2010, 368 pages
Voir également :
- Thérèse Raquin - Emile Zola (1867), présentation et extrait
- La Fortune des Rougon (1871), présentation
- La Curée - Emile Zola (1872), présentation
- Le Rêve - Emile Zola (1888), présentation et extrait
10:49 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Zola, Emile | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : les mysteres de marseille, romans historiques, emile zola, litterature francaise, romans d aventures, romans-feuilletons, marseille |
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