mercredi, 07 septembre 2011
La prison ruinée - Brigitte Brami - 2011
Brigitte Brami a passé cinq mois en prison à Fleury-Merogis, le plus grand centre pénitencier européen dans la banlieue sud de Paris. Avant, elle était une jeune femme comme toute autre qui se rendait de temps à autre chez un psychiatre pour aller mieux. Pas de casier judiciaire, pas de passé délinquant, sauf peut-être un comportement trop empressant envers son thérapeute qui lui vaudra une condamnation à la prison ferme. Mais qu’importe son incarcération la changera du tout au tout. Elle connaîtra la séquestration, la cavale, les agressions multiples , les humiliations... et après : une vie à reconstruire.
La prison ruinée de Brigitte Brami est un récit sobre et magnifique, personnel et tellement universel sur le destin d’une femme et de son expérience d’incarcération. Loin des clichés du genre elle nous raconte la vie dans une société qui se crée derrière les barreaux avec ses règles, ses complicités, sa solidarité, ses amours... bref, un autre monde, pourtant si proche avec ses valeurs bien autres et d’autant plus réelles. Un monde duquel on ne ressort pas forcément indemne non plus lorsque ses valeurs se retrouvent à nouveau corrompues par la société du dehors.
Ce récit frappe et émeut tout en bouleversant toutes les idées préconçues sur le sujet. Et malgré ses quarante pages à peine, un livre presque aussitôt ouvert aussitôt lu, il marquera les esprits pendant encore bien longtemps.
Un récit à découvrir !
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Présente édition : éditions Indigène, 24 février 2011, 40 pages
22:47 Écrit par Marc dans Brami, Brigitte, Critiques littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : essais, essais de societe, brigitte brami, prison, romans de societe, litterature francaise, la prison ruinee, recits biographiques |
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jeudi, 17 février 2011
La Curée - Emile Zola - 1872
Paris, Second Empire. Eugène Rougon a fait carrière en politique grâce à son soutien à Napoléon III. Son frère Aristide commence en bas de l’échelle, mais obsédé par le plaisir et l’argent, et cela malgré sa vie de débauche, il ne va pas tarder à faire fortune en spéculant sur les futurs terrains à bâtir à Paris. C’est en effet l’époque des grands travaux d’aménagement et d’urbanisation menés à Paris par le baron Haussmann. C’est la Curée, c’est-à-dire le dépeçage de Paris par les spéculateurs, des bourgeois véreux prêt à tout pour leur gain. Et Aristide Rougon, qui prendra le nom de Saccard en sera le meilleur exemple.
Pour ce second tome des Rougon-Macquart, La Curée, Emile Zola met en scène la bourgeoisie parisienne du 19e siècle, plus particulièrement lors des grands travaux de Napoléon III qui voulait faire de l’ancienne Lutèce la première capitale européenne. Et comment faire mieux que de tout détruire pour mieux reconstruire. Et évidemment ces travaux laisseront libre champs aux spéculateurs. Zola s’y attaque à cette classe de la société ne vivant que pour et par l’argent, en décrivant leur fascination du gain ainsi que leur vie scandaleuse. Et cela surtout autour du personnage de Aristide Saccard, ainsi que de sa compagne Renée, un personnage féminin très fort qui attache le lecteur d’un bout à l’autre du roman. D’ailleurs, comme à l’habitude chez Emile Zola, ce sont les personnages qui font le tout, sans compter cette incroyable reconstruction d’un Paris d’une époque durant laquelle le Paris moderne s’est forgé.
A lire, pour son ambiance de l’époque et ses personnages. Du grand Zola, dans un roman peut-être un peu moins connu.
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Présente édition : Editions LGF/Le Livre de Poche, 13 octobre 1967, 416 pages
Voir également :
- Les mystères de Marseille (1867), présentation et extrait
- Thérèse Raquin - Emile Zola (1867), présentation et extrait
- La Fortune des Rougon (1871), présentation
- Le Rêve - Emile Zola (1888), présentation et extrait
10:21 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Zola, Emile | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rougon-macquart, romans de societe, emile zola, litterature francaise, la curee |
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jeudi, 20 janvier 2011
La Fortune des Rougon - Emile Zola - 1871
Tout commence dans la petite ville de Plassans, au lendemain du coup d’Etat de la Commune qui va faire naître le Second Empire. Deux adolescents, Miette et Silvère, s’aiment dans un pays en plein trouble et leur histoire d'amour comme le soulèvement des républicains traversent le roman, mais au-delà d'eux, c'est aussi la naissance d'une famille qui se trouve évoquée : les Rougon en même temps que les Macquart dont la double lignée, légitime et bâtarde, descend de la grand-mère de Silvère, Tante Dide. Et entre Pierre Rougon et son demi-frère Antoine Macquart, la lutte rapidement va s'ouvrir.
La Fortune des Rougon, publié en 1871, est le premier tome de la vaste saga familiale d’Emile Zola qu’est les Rougon-Macquart, un véritable chef-d’oeuvre de vingt tomes nous présentant à travers les membres d’une famille les différentes facettes de la société française de l’époque. Ce premier roman passa pourtant inaperçu et il faudra attendre la parution de L’assomoir, six années plus tard, pour que Zola connaisse le succès et la reconnaissance populaire pour son oeuvre.
Dans ce premier roman, l’un des plus intéressants sans pour autant faire parti des meilleurs, Zola nous conte les origines de cette famille et son évolution à travers le temps, se concentrant sur de multiples personnages, qui pour la plupart reviendront dans d’autres romans de la saga. Et cette famille sera victime de tous les torts de la société, par son ambition et son renoncement à ses idées, au point qu’ils auront raison de l’amour de deux enfants pourtant nés pour s’aimer. Et malgré leurs défauts, impossible de ne pas s’attacher à eux. Le lecteur est véritablement entraîné à la suite de ces multiples histoires. Certains passages impressionnent et émeuvent, mais dans l’ensemble il s’agît bien d’une introduction, une introduction digne du chef-d’oeuvre qui va suivre et qu’on a hâte de redécouvrir.
La Fortune des Rougon est un vaste roman, l’origine de l’un des plus grands cycles littéraires que sont Les Rougon-Macquart.
A lire !
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Présente édition : éditions Le Livre de poche, 25 février 2004, 475 pages
Voir également :
- Les mystères de Marseille (1867), présentation et extrait
- Thérèse Raquin - Emile Zola (1867), présentation et extrait
- La Curée - Emile Zola (1872), présentation
- Le Rêve - Emile Zola (1888), présentation et extrait
13:53 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Zola, Emile | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : romans de societe, emile zola, litterature francaise, la fortune des rougon, rougon-macquart |
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dimanche, 16 janvier 2011
Je suis mort. Et alors ?... - Philippe Bouvard - 2009
"Je suis mort hier. Au seuil de l'éternité, j'ai déjà mesuré le monument de bêtises qu'on édifie à chaque fin d'existence. Moi, le premier. Encore que, par superstition, j'évitais le sujet. C'est à destination des survivants provisoires que j'ai donc décidé de tenir, durant ma première année d'éternité et avant d'être gagné par la routine posthume, mes carnets de mort."
Comment pouvoir tout dire ? Mieux vaut être mort ! Ainsi le journaliste et écrivain français Philippe Bouvard nous présente son oeuvre posthume... alors qu’à l’aube de ses 80 ans il est toujours bel et bien vivant. Ainsi, avec beaucoup d’humour noir, l’auteur nous raconte sa mort, ses funérailles, sa solitude éternelle dans le cercueil, ses voisins muets, et ses souvenirs qui eux remontent à la surface. Cette éternité qui l’attend est aussi l’occasion pour l’auteur de faire de multiples réflexions que ce soit sur l’âge, la maladie, Dieu, la famille et le monde. Mais heureusement que l’auteur a pensé à faire enregistrer sa première année d’enterrement, pour ainsi nous faire partager tout cela. Et finalement en parlant de la mort, Philippe Bouvard nous parle surtout de la vie et de sa valeur.
Je suis mort. Et alors ?... de Philippe Bouvard est une ode à la vie, décrite avec beaucoup d’humour.
Un vrai plaisir de lecture.
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Présente édition : Editions J’ai Lu, 5 janvier 2011, 192 pages
19:29 Écrit par Marc dans Bouvard, Philippe, Critiques littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : philippe bouvard, je suis mort... et alors, litterature francaise, recits, romans de societe, mort |
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mercredi, 17 novembre 2010
15 ans, clandestine - Loriane K. - 2008
"Je m'appelle Loriane, j'ai aujourd'hui 15 ans.
J'ai commencé ce journal il y a un peu plus de deux ans. Il était comme un confident. Je n'ai jamais pu parler de mon histoire à quelqu'un d'autre."
C’est ainsi que débute le journal de Loriane, angolaise et établie en France avec sa famille depuis qu’elle a sept ans. Elle vit en banlieue, son père et ouvrier, sa mère s’occupe des trois enfants… et Loriane tente de mener une vie des plus normales. Sauf que Loriane n’est pas une adolescente comme les autres : malgré sa scolarisation depuis plusieurs années et son intégration dans la société française, elle n’a toujours pas de papiers ! Ni elle ni toute sa famille, son père membre du Parti indépendantiste cabindais s’est vu refuser à plusieurs reprises le statut de réfugié politique, et ainsi toute cette famille vit dans la crainte d’être expulsée d’un jour à l’autre du territoire français.
Ce journal intime commence le 25 décembre 2005, Noël, suite à un énième refus de l’administration afin de régulariser cette famille. Et ainsi, à partir de là, Loriane nous conte son quotidien fait de craintes multiples : celles d’un contrôle policier, celles de la précarité quotidienne et d’un avenir qui refuse de se tracer. Et malgré cela elle essaie de vivre comme tout le monde, comme si de rien était, avec ses amies françaises dans un lycée français, dans l’attente d’une très hypothétique régularisation…
15 ans, clandestine est un témoignage choc de ce qu’endurent ces sans-papiers dont on entend tant parler dans les médias. Mais ici il ne s’agît d’une vue globale du problème mais bien d’une vision très subjective de cette réalité. Le désespoir, la crainte, la précarité… sont tant d’éléments qui minent le quotidien de ces personnes en plein désarroi face à une administration au visage bien inhumain. Le regard de cette jeune fille sur ces événements choque par l’opposition entre son statut que l’on croit exceptionnel et sa vie finalement si normale. Et il ne s’agît guère de fiction, même si on se doute que le journal original ait été quelque peu retravaillé par l’éditeur. Et c’est un réel plaisir de découvrir cet autre point de vue, si peu connu hélas.
A noter que ce livre est également paru sous le titre de Clandestine : Le journal d'une enfant sans papiers.
15 ans, clandestine est un témoignage poignant sur ce que vivent les sans-papiers dans la société française, une vie faite de craintes et de précarité.
A découvrir !
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Présente édition : avec la collaboration de Christelle Bertrand, éditions J’ai Lu, 13 octobre 2010, 285 pages
16:09 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, K., Loriane | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : 15 ans clandestine, immigration, clandestine le journal d'une enfant sans papiers, litterature francaise, romans de societe, romans biographiques, temoignages, sans-papiers, loriane k |
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vendredi, 29 octobre 2010
La Croisade des enfants (Cruciada copiilor) - Florina Ilis - 2005
Tout avait pourtant bien commencé. Un groupe d’enfants attend sur le quai de la gare de Cluj-Napoca, en Transylvanie, pour partir vers la mer Noire, en colonie de vacances. Le train arrive, ils embarquent… mais le train n’arrivera pas à destination.
L’histoire est incroyable et ne devait au départ être qu’un jeu. Mais tout cela aura des conséquences encore insoupçonnés par ces jeunes. Aidé par Calman, un Rom ayant grandi dans la rue, les enfants vont prendre le contrôle du train et le détourner. Le but premier était de s’amuser et de jouer un tour à cette société des adultes qu’ils détestent tant. Mais très vite le sérieux l’emporte et les enfants vont organiser dans ce train leur propre vie, une nouvelle forme de société, tout cela sous les yeux médusés et déconcertées des autorités et des médias. Et le tout devient très vite une affaire d’état.
On évoque la présence d'un groupe de terroristes voulant déstabiliser le gouvernement ; on pense par la suite à des malfrats, des trafiquants en tout genre - hypothèse encouragée par l'arrivée massive d'enfants des rues sur les lieux, qui demandent la liquidation des orphelinats et des foyers d'accueil. Les médias, la police, l'armée, les professeurs ou les parents, la société entière, semblent incapables, pour un temps, de mettre fin à la " croisade des enfants ", qui exigent le respect de leurs droits et de leurs libertés.
Or tous savent que cette situation ne peut pas durer, et que son dénouement se fera forcément de façon tragique…
La Croisade des enfants est un roman déconcertant de l’écrivain roumaine Florina Ilis, publié initialement en 2005 et traduit en 2010 en français. Le succès critique a été immédiat, et pour cause ce roman excelle à plus d’un titre.
Isoler des enfants en leur faisant réinventer la société n’est pas neuf, presque classique, et pourtant cela impressionne toujours autant. Une forte critique est évidemment portée contre la société roumaine post-communiste, victime d’un chaos immense depuis sa révolution et qui a laissé derrière toute une jeunesse déboussolée sans repaires ni exemples, et qui tente tant bien que mal de survivre. Mais cette critique va bien au-delà des frontières roumaines, et nombreux sont ceux qui s’y retrouveront.
Le lecteur découvre ainsi peu à peu cette société roumaine si peu connue à travers une histoire qui le bouleversera.
Le récit est porté par des personnages très nombreux, bien étoffés et agissant tous en fonction de leur propre personne. L’écriture est riche, le style très beau et le rythme donné à l’histoire est effrénée, dû surtout à une structure sans chapitrage, ni même parfois de phrases complètes. Le tout se lit d’un coup, sans pause, et le lecteur sera facilement happé par ce récit.
La Croisade des enfants de Florina Ilis est un roman hors normes, impressionnant à plus d’un titre, qui emportera le lecteur à un rythme fou à la découverte de la société roumaine et de ses nombreux dilemmes et conflits.
Un livre que l’on ne peut que recommander !
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Extraits :
D’après la grande horloge du quai entre les voies deux et trois, consultée par le cheminot au petit drapeau jaune, il était plus précisément quatorze heures vingt et une minutes, il allait arriver pile pour donner le signal de départ à l’express 632 pour Bucarest, Calman n’avait pas besoin de regarder l’heure pour savoir, d’après les gestes des cheminots, que le train s’apprêtait à partir, il avait presque persuadé Le Manchot de prendre avec lui l’express et d’aller ensemble à Bucarest, la portière de la voiture cinq était encore ouverte, il ferait d’abord monter son ami au pied tordu, puis il sauterait, lui aussi, c’est le plan qu’il avait conçu en regardant longuement le train des enfants sur la voie trois, examinant avec curiosité ces enfants propres, bien soignés, bien nourris, joyeux, seuls Bogdan et Octavian ne semblaient pas avoir été gagnés par la gaieté des autres, ils se faisaient du souci pour leur ami Cazimir qui n’était pas encore arrivé et, sans l’avouer à Bogdan, Octavian pensait encore à ses lunettes de plongée, Comment sa mère avait-elle pu négliger une chose aussi importante ? ! La mère d’Octavian avait totalement oublié cette histoire de lunettes, préoccupée par ses cheveux, que dans sa hâte elle n’avait pas coiffés, et elle souriait bêtement, comme une écolière, sous le regard bleu et froid du père d’Alina, soucieux de la façon d’aborder la prof principale pour lui demander de ne pas laisser sa fille aller dans l’eau ! Est-ce que quelqu’un a des nouvelles de Cazimir ? la voix de l’enseignante couvrait le brouhaha des enfants et des parents, Son père doit l’amener dans sa bmw, répondit une voix frêle dans le groupe des enfants, Mademoiselle, les quatrièmes sont déjà montés dans le train ! annonça un autre, à tête de Harry Potter, mademoiselle Ileana apprenant à cet instant que le père Andrei, responsable des quatrièmes, avec la prof principale pendant la période de la colonie de vacances, s’était déjà installé dans le train avec les élèves, souriait intérieurement, parce que l’effort qu’elle avait fait, pour s’imaginer le professeur de religion, si ardemment dévoué à la foi, en short et T-shirt avait lamentablement échoué : le professeur de religion, ou le père, comme disaient les élèves, était invariablement vêtu du même complet noir, Irait-il en colonie de vacances avec le même costume ? !
Cazimir portait, pour sa part, un short blanc et un maillot blanc à rayures noires, la tenue de footballeur de david beckham, son idole, avec le numéro 23 dans le dos, celle du footballeur anglais transféré en Espagne – son père la lui avait rapportée de Barcelone –, mais sur la banquette arrière du taxi il était triste, bien que sa mère l’eût assuré qu’ils étaient tout près de la gare et qu’il ne raterait pas son train, il était triste parce qu’il avait loupé l’occasion d’impressionner ses camarades en descendant de la bmw gris métallisé dernier modèle, vêtu de sa tenue de david beckham toute neuve, jamais il n’avait autant souffert, même pas quand quelqu’un de l’école lui avait volé le poster d’adi mutu, mais il n’y avait plus de temps pour la tristesse et les regrets ! le taxi venait de s’arrêter devant la gare dans un crissement de pneus, Vite ! l’encourageait sa maman ! […]
Invisible à ses camarades et accablé de tristesse, Cazimir descendit de la dacia blanche et poussiéreuse du chauffeur de taxi si bien intentionné, qui avait déployé tout son savoir de professionnel pour amener le petit beckham à la gare et que la maman avait récompensé avec générosité pour ses efforts, Penser aux vacances à la mer, loin des parents, fit cependant revenir sur le visage de Cazimir toute sa sérénité d’enfant, d’autant qu’il ne pouvait pas apparaître devant ses camarades en faisant la tête comme une fille !
[…]
Personne n’avait la moindre idée de l’ampleur de l’opération subversive qui se déroulait dans le paradis du monde des enfants, interdit aux grandes personnes, Le monde des adultes, tel un gulliver endormi dans l’irrévocable configuration anatomique favorisant les grands par rapport aux petits, les forts par rapport aux faibles, ne donnait pas le moindre signe d’un soupçon de la conspiration enfantine qui se préparait en sa marge ni du fait que d’une manière tout à fait imperceptible le monde venait soudain de dévier de l’histoire, acquérant une sorte d’indépendance ludique par rapport au cours généralement établi des choses, Et ceux qui auraient dû être les premiers à saisir cela, et éventuellement prévenir ce changement d’aiguillage de l’histoire, les professeurs de l’école générale numéro 10, débattaient toujours du caractère des sanctions dans le cas des élèves turbulents de cinquième et de Tiberiu, sans être perturbés par l’agitation intense dans leur voisinage, la punition, devait, selon les dires de madame Constantinescu, impliquer quelque chose d’exemplaire qui atteignît le niveau moral conscient qui existait déjà à l’âge de douze ans, un niveau qui dépendait autant de l’identité d’élève de l’enfant que de son début d’identité formateur, en tant qu’individu, mademoiselle Ileana essayait d’imposer avec une fermeté toujours plus accentuée sa théorie personnelle selon laquelle l’élève devrait être traité sur un pied d’égalité quand les professeurs sont obligés, dans certaines circonstances, d’être par-dessus tout éducateurs, Mais nous sommes tout le temps éducateurs, ma chère Ileana, même quand nous leur parlons des combats entre Grecs et Spartiates ! lui expliqua madame Domide, la prof d’histoire, Ces discussions sérieuses sur les élèves ennuyaient Armand Pelaghia, reçu à son examen de pédagogie parce qu’il avait su se faire bien voir du professeur, une teigne par ailleurs, mais qui, assiégée par sa cour incessante, avait fini par le faire passer ! Cependant, en adepte convaincu de la discipline sévère, il ne comprenait pas pourquoi il fallait autant de parlottes pour décider, à titre de sanction, de dix tours de terrain, de deux cents pompes ou de douche froide pendant une semaine, tous types de sanctions que l’entraîneur de football administrait généreusement aux garçons dont il s’occupait au club de football, Qu’est-ce que ça donnerait des pompes dans un train en marche ? Ou alors sur la plage, au bord de l’eau, avec les vagues qui déferlent sur le sable en mouillant la poitrine ? il faudrait qu’il essaye ça ! Les membres du corps enseignant de l’école générale numéro 10, ainsi donc préoccupés par les aspects pédagogiques de leur métier ou dans le cas d’Armand Pelaghia par les frissons d’expériences nouvelles, ignoraient complètement ce qui se passait de façon muette et subversive dans le monde lointain des enfants, le changement d’aiguillage de l’histoire accentuant à chaque minute la distance invisible et inexorable qui les séparait de leurs élèves.
Si les professeurs de l’école générale numéro 10 ne soupçonnaient rien du bruissement vaguement menaçant du monde des enfants, on pourrait dire la même chose des autres enseignants qui se trouvaient dans le train, accompagnant les élèves des autres collèges de Cluj tout comme ceux des villes du nord-ouest du pays, Baia-Mare, Satu-Mare et Oradea, C’était comme si le monde entier avait insensiblement commencé à changer d’aspect, sans que cela soit accessible à la perception habituelle, les adultes continuant à surveiller les enfants persuadés que la pellicule pleine de vivacité qui se déroulait sous leurs yeux n’était que le film habituel de jeux d’enfants, déclenché par la joie des vacances libres de contraintes, alors qu’en fait la véritable représentation à laquelle participaient les jeunes avait lieu dans une dimension éloignée et invisible aux grandes personnes et figurait, avec une gravité enfantine et inflexible, un jeu inédit, la conquête d’un train, et, effectivement, les enfants continuaient de se comporter à leur manière habituelle, les garçons tiraient les cheveux des filles, glissaient des doigts impatients sous les petite robes, les professeurs trouvaient les filles plus sérieuses, elles échangeaient des chuchotements à propos de choses mystérieuses, exhibant de menus objets magiques, roses et brillants, qui étaient supposés exciter l’envie de celles qui n’en possédaient pas, nouant et dénouant des amitiés dans un tourbillon vertigineux de sentiments, chantant et riant à tout propos, comme si elles n’avaient pas su qu’au-delà de la scène de la même pièce Les Enfants soyez sages ! que les adultes et les enfants jouaient invariablement, les véritables acteurs, en coulisses, se préparaient sur la pointe des pieds pour un spectacle inédit que tous les jeunes attendaient le souffle coupé, Les enseignants les regardaient comme les enfants qu’ils étaient encore quelques heures auparavant, exactement comme lors d’un hold-up dans une banque, quand les agents de surveillance continuent de visionner sur leurs écrans des images anciennes du coffre-fort, où tout a l’air normal, mais ce qu’ils voient n’est qu’un enregistrement antérieur, l’un des braqueurs, génie de l’informatique, ayant réussi à pénétrer dans le système du service de surveillance et de protection pour remplacer les images transmises en direct devant le coffre-fort, par quelque chose qui n’avait pas lieu, les enseignants qui se trouvaient dans le train des enfants visionnaient de la même façon des enregistrements anciens avec des élèves dont ils connaissaient tous les comportements alors que ceux-ci se soustrayaient aux regards vigilants des professeurs, dessinant avec une naïve innocence un chemin parallèle dans l’histoire et provoquant, sans le savoir, une transfiguration du monde, Les conducteurs du train qui se consacraient à la routine nécessaire à leur métier ne se doutaient nullement de ce qui allait arriver, à leur grande fierté et honneur, leur train, sans être un train japonais, s’inscrivait avec précision dans les limites normales du graphique de la feuille de route, Des soupçons, les voyageurs de l’express de Bucarest n’en avaient aucun, eux non plus, qui aurait pu savoir que dans le train suivant à une demi-heure, à vingt-huit minutes très précisément, il se tramait quelque chose d’aussi insolite que le renversement de l’ordre préexistant du monde, même les habitants des villages le long desquels les deux trains passaient à toute vitesse sans se rejoindre ne se doutaient de rien, pas plus que les parents qui avaient envoyé leurs rejetons en colonie de vacances et qui, par cette chaude après-midi d’été, étaient retournés vaquer tranquillement à leurs occupations quotidiennes, les mères, certes, un peu plus soucieuses, c’est normal, c’est le devoir d’une mère de se faire du souci et, pourtant, malgré tout, elles n’avaient pas, elles non plus, le plus vague soupçon des mouvements belliqueux de leurs enfants, Qui aurait pu savoir ? Dans les commissariats de police, on recevait parfois des coups de fil pour signaler des attentats terroristes plus ou moins imaginaires – à cause d’un ancien attentat devant un lycée de Bucarest, on s’était mis à traiter ces appels avec un peu plus de sérieux –, mais, en dépit des sources, des spécialistes et des analystes de la police, aucune information quelle qu’en ait été la nature, classée ou secrète, n’avait été confirmée à cette heure, à propos d’une croisade des enfants, de telles informations ne figuraient dans aucun dossier de la police ! Au Service roumain de Renseignements, qui se charge de réunir des informations et, parfois, selon les besoins, d’en fabriquer, un tel renseignement n’existait même pas dans l’imagination professionnelle des employés, et pour ce qui est du Collège national d’études des archives de l’ancienne Securitate, qui se préoccupait essentiellement du passé, du présent et de l’avenir, les enfants du train, nés après 1989, ne s’inscrivaient pas dans les obligations sacrées et politiques des activités de ses membres, Qui donc aurait pu savoir ce qui se passait dans le monde des enfants ? Cette tentative de conquête d’un train n’avait pas fait l’objet d’un ordre du jour au Parlement, qui se trouvait cependant officiellement en vacances, même lors des dernières séances de la session à peine achevée, les parlementaires les mieux renseignés, même ceux qui avaient eu par le passé des relations spéciales avec la Securitate et étaient d’habitude les premiers informés, n’avaient eu aucune nouvelle de ce mouvement subversif des enfants, et les membres du gouvernement, assaillis de toutes parts par les grands problèmes du pays, n’avaient aucune obligation légale ou statutaire de surveiller les jeux innocents des enfants, si même le ministre des Transports avec tout son ministère, dont dépendait le chemin de fer, n’avait pas la moindre idée du détournement d’un train de vacances allant à la mer ! même dans le cadre du service de renseignements du ministère de la Défense, le travail de classement des données se déroulait normalement, rien d’inhabituel, et jusqu’à cette heure aucun rapport officiel d’aucun bureau des organes de l’Etat ne signalait l’existence d’un mouvement subversif dans le train de vacances des enfants qui avançait sur la voie ferrée au rythme du graphique horaire normal, Il était clair que la presse, elle non plus, ne pouvait être au courant de quelque chose qui se passait dans une réalité parallèle et invisible au monde des adultes ! Pavel Caloianu lui-même, un journaliste, qui se trouvait dans l’express de Bucarest avec vingt-huit minutes d’avance sur le train des enfants, ne pouvait prévoir ce mouvement téméraire, bien que – nous devons le reconnaître – Pavel ait fait une allusion absurde au pouvoir de l’innocence et à la croisade historique des enfants ! Mais pour lui la croisade des enfants n’était qu’une métaphore sans lien à la réalité immédiate et si lui, qui avait un véritable réseau d’informateurs dans tous les secteurs de la société roumaine, ne savait rien de concret sur les intentions des enfants, alors quoi d’étonnant qu’aucun journal de ce jour n’ait écrit un mot sur la croisade ? Il semblerait que par l’énumération sommaire de ceux qui ne soupçonnaient rien de ce qui allait se passer, tout ce qui pouvait avoir un lien avec le monde des enfants du train de vacances ait été passé en revue, il n’y a qu’une seule conclusion à ce premier rapport, préliminaire et officieux : aussi bien les parents des enfants que leurs professeurs, aussi bien l’Etat avec les organes habilités par la loi pour prévoir les dangers et protéger l’intégrité des gens que les médias roumains et internationaux n’avaient le plus vague soupçon de la manière dont avait insensiblement commencé la transfiguration du monde.
[…]
Dans le train des enfants se déroulait un véritable festin et toutes les mères auraient certainement été enchantées de voir que leurs efforts culinaires, leurs casse-croûte, élaborés avec art, n’avaient pas fini, comme bien souvent, dans une poubelle ! sandwichs au fromage fondu, au cascaval, au jambon ou à la viande séchée, garnis de salade verte, de cornichons et de tomates, cuisses de poulet rôties, chiftele, schnitzel, chocolat, noisettes, bananes, pommes, biscuits fourrés, pop-corn, sticks, snacks, jus de fruits, eau minérale passant de main en main, comme les enfants avaient faim, rien de ce qui avait été préparé à la maison n’échappa à leur ripaille, Calman, le pistolet automatique posé en travers sur ses genoux, mangeait avec les enfants, il mordait avidement dans un sandwich au jambon, chassant de son esprit l’image d’une mère qui avait coupé les tranches de pain, les avait beurrées, puis avait disposé les tranches de jambon, la salade, le tout dans une cuisine reluisante, avec carrelage au sol et carreaux de faïence aux murs, avec le soleil brillant à travers les rideaux, délicieux ! c’est Sonia qui lui avait donné le sandwich et une partie de ce qu’imaginait Calman était réelle, si ce n’est l’image de la mère, c’était la grand-mère qui avait fait ces préparatifs avant le départ ! il sourit à Sonia en dévorant, donnant satisfaction aux bêtes sauvages affamées qui lui rongeaient l’estomac, de la main gauche il tenait la crosse de l’arme sur ses genoux, heureux, comme si, tout d’un coup, Dieu était revenu de son monde éloigné pour le voir, le montrer du doigt à tous les anges et aux hiérarchies célestes en leur disant – c’est Calman ! Le fils de Stela, l’infirme ! se persuadant qu’il ne rêvait pas, Calman regarda les enfants autour de lui dans le compartiment mal éclairé, son arme sur les genoux, savourant le goût délicieux du sandwich et Sonia lui demanda, confirmant la réalité de son rêve, Tu aimes bien ? Oui ! Stela, l’infirme l’avait mis au monde pour être un chef, pas n’importe qui ! les frères Nedelea n’avaient pas encore appris que, dans la zone d’égouts de Calman, personne ne devait fourrer son nez ! et c’est lui encore qui allait montrer à ces morveux comment est le monde ! le véritable monde, son monde à lui ! il leur expliquait entre deux bouchées que le train était à eux, qu’ils devaient penser à ce qu’ils allaient réclamer aux grandes personnes ! le premier à avoir compris l’idée de Calman fut Bogdan, Une liste de revendications ! enchérit-il en complétant et élucidant ce qu’avait essayé de dire Calman, Nous devons établir une liste de revendications ! Oui ! Oui ! l’explication de Bogdan leur plut à tous, déchaînant l’imagination de chacun, privilégiant les rêves au détriment de la réalité, Qu’on nous mette internet à l’école, qu’on n’ait plus de cours d’histoire, ni de roumain, alors comment sauras-tu écrire correctement, hein ? c’est nul ! alors qu’on n’ait plus madame Constantinescu ! et qu’on nous donne des ordinateurs ! que les cours durent dix minutes et les récréations cinquante ! qu’on ait davantage de vacances, moi, je veux un pistolet automatique ! moi je veux voir ceux de 3rei sud-est ! kylie minogue ! non, blue ! tais-toi donc ! qu’on fasse un voyage en Amérique ! wow ! des hélicoptères black hawk ! un balai marque nimbus 2000 ! et une cape magique ! qu’on n’ait plus de cours de religion ! qu’on ait une discothèque à l’école ! un ballon de foot avec un autographe de david beckham et des billets pour les matchs du Real Madrid ! moi, je veux une bmw ! un téléphone mobile ! avec appareil photo numérique ! Mais dans toute cette euphorie innocente de la condition enfantine, qu’exprimaient des désirs situés bien au-dessus du plafond de la réalité, le seul peut-être qui connaissait les limites entre le rêve et la vie, sachant exactement ce qu’il allait réclamer aux policiers, c’était Calman ! Il allait demander la liberté pour tous les enfants des rues enfermés dans des centres de placement, aucun ne s’y trouvait bien, ils aimaient la rue et la vie au-dehors, pourquoi voulait-on les garder là-bas ? pour les vendre à l’étranger ? et les premiers qu’il voulait libérer c’étaient ceux du foyer de Sinaia, là où se trouvait Margareta, sa sœur, dont il avait été séparé une nuit par un des maquereaux du Baron, et pour humilier Calman le proxénète avait obligé la fille à le sucer en sa présence, puis, comme si cette humiliation ne suffisait pas, quand la fillette de sept ans s’était évanouie, il avait exigé la même chose de Calman, celui-ci avait fait semblant d’y prendre plaisir, et au moment où le mac s’y attendait le moins il la lui avait mordue de toutes ses forces, puis, poursuivi par l’écho des hurlements enragés du proxo, il avait filé à toute allure, il n’avait plus revu Margareta depuis cette nuit-là, il avait juré de la retrouver et de se venger cruellement de ce salaud, En payant grassement des renseignements, Calman avait appris que sa sœur avait été placée au foyer de Sinaia ! Ça n’était sûrement pas très loin de l’endroit où ils s’étaient arrêtés ! En dehors de Calman, la seule à savoir vraiment ce qu’elle voulait c’était Alina, mais peut-être les policiers ou les grandes personnes ne seraient-ils pas en mesure de réaliser son désir, de toute façon elle n’en avait qu’un seul, que sa maman revienne ! elle avait quitté le pays avec un étranger, un Saxon, lui avait-on dit, et sa maman était Saxonne, elle aussi, Alina se rappelait qu’elle avait appris l’allemand quand elle était petite, mais depuis que sa maman l’avait abandonnée elle ne le parlait plus qu’en rêve, quand une belle femme à qui elle avait pris l’habitude de dire maman – bien qu’Alina n’eût guère de souvenirs de sa mère – s’adressait à elle exclusivement en allemand ! Meine Liebe ! les policiers pourraient la ramener ! elle ne croyait pas que sa maman ne l’aimait plus, elle savait qu’elle n’était pas méchante, comme sa grand-mère voulait le lui faire croire, papa n’en disait jamais de mal, en fait, il n’en parlait jamais ! Alina aimait toujours sa maman, elle attendait tous les soirs, quand papa la mettait au lit, qu’elle vienne, elle aussi, lui donner un baiser de bonne nuit, elle sentait dans son sommeil ses lèvres lui frôler la joue, Gute Nacht, mein Schatz ! puis elle lui chantait, jusqu’à ce qu’elle s’endorme Funkel, funkel, kleiner Stern/ach wie bist du mir so fern/wunderschön und unbekannt/wie ein strahlender Diamant/Funkel, funkel kleiner Stern ! et elle murmurait l’autre prénom, celui qu’on ne lui donnait jamais, Schlafe Clarisa, schlafe ! et récitait une prière, Abends will ich schlafen gehn, vierzehn Engel um mich stehn : Zwei zu meinen Häupten, zwei zu meinen Fussen, Alina s’endormait avant de se souvenir de la fin, bercée dans son sommeil par la langue allemande, une langue qui devait être, ainsi qu’elle se l’imaginait, celle des rêves et de l’amour, à l’école elle n’apprenait pas l’allemand, son père l’avait inscrite, sans lui demander son avis, en anglais et français, donnant comme raison – Tu dois apprendre l’anglais, on parle anglais partout dans le monde ! Et le français, le français est une belle langue ! Oui ! Alina Clarisa savait ce qu’elle souhaitait, elle voulait qu’on lui rende sa maman, voilà ce qu’elle voulait !
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Présente édition : traduit du roumain par Marily lle Nir, Editions des Syrtes, 495 pages
21:32 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Ilis, Florina | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : florina ilis, litterature roumaine, romans de societe, roumanie |
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mardi, 12 octobre 2010
Le cercle des cendres - Balthasar Thomass - 2010
Qui est Friedhart Stahl, cet aventurier qui s'installe dans une famille de Munich pour devenir l'amant de la mère et le complice du fils de dix ans, sous le regard silencieux du père ? Pourquoi cet homme solitaire retourne-t-il sur l'île de Lanzarote, poursuivant un rêve qui pourtant avait déjà échoué ? Des années plus tard, le jeune garçon de Munich est devenu adulte. Parti sur les traces de Friedhart disparu, il essaie de renouer les fils de la vie de celui qui l'a sorti de l'enfance, mais aussi qui a brisé sa famille.
Le cercle des cendres de l’écrivain français Balthasar Thomass nous raconte la vie d’un homme, à travers le temps, et l’implication de celui-ci dans la vie d’une famille munichoise. Le juene garçon, témoin, revient sur le passé pour réussir à cerner cet homme, son histoire et son passé. Il s’agît d’un premier roman, puissant et porté par une écriture magnifique et très fluide, qui revient ainsi, au-delà du portrait personnel, sur celui d’une Allemagne qui se relève de la guerre, sa culpabilité de l’après-guerre, ses espoirs et désillusions des révoltes et libérations sexuelles et les doutes qui envahissent les générations à venir. Le portrait donné du personnage Friedhardt Stahl est saisissant de profondeur. Le narration nous en fait voir de multiples facettes, laissant de nombreuses part d’ombre (le narrateur étant le jeune garçon devenu adulte et n’a pas pu témoigner de tout). Par là le portrait plus familial du roman en devient encore plus fort avant de s’élargir même à toute la société. Ce premier roman a donc tout pour être une parfaite réussite, le lecteur hélas s’y perd de temps à autre, ne voyant pas toujours où l’auteur souhaite réellement le mener.
Le cercle des cendres est un magnifique premier roman de l’écrivain Balthasar Thomass, un roman bouleversant qui porte son lecteur à travers le passé récent de l’Europe.
A découvrir !
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Extrait :
1999
Je n’ai jamais vu la maison de Friedhart Stahl. On disait que c’était la plus belle de toutes – ma mère me l’avait répété maintes fois. Il l’avait conçue et construite seul – ou plutôt il l’avait rénovée, mais ce goût, cette vision qui lui étaient propres en faisaient sa création. C’était l’œuvre de sa vie, son enfant et son testament. Il l’avait dénichée lui-même, accrochée à une pente rocheuse surplombant la mer, sur cette île désertique. Et elle était devenue sienne, juste parce qu’il l’avait trouvée au milieu de nulle part. Son palais, son sépulcre.
Je n’en ai pas vu de photos. Je l’ai à peine imaginée : sans doute blanche, spacieuse et lumineuse – car l’île était noire. L’île, c’était les cendres d’un volcan, un immense champ d’éboulis brûlés. La maison devait en être l’antithèse. Une seule fois, j’avais entendu les hauts plafonds résonner dans sa voix au téléphone, mais il était déjà trop tard, cette voix s’étranglait – s’étouffait, glapissait désespérément, raclait tout l’oxygène qu’elle pouvait encore absorber. Et moi, j’avais jeté le combiné, ou alors il était tombé de ma main, je ne sais plus, il pendouillait à côté du bureau, comme agité de spasmes, rebondissant sur sa corde en spirale, tandis que je courais en me tordant, hurlant, aspergeant les alentours de mes larmes. Je ne sais plus s’il avait continué de parler ou si sa voix s’était éteinte d’elle-même. C’était la première fois que j’entendais la voix d’un mort.
J’avais déjà fait preuve d’un don pour fuir les condamnés à mort, et me réserver des remords futurs. D’abord Barney, que j’avais entrevu une fois après des années d’absence, gonflé et jauni par la cortisone, échangeant avec moi quelques banalités, avant de découvrir son dessin au fusain sur la première page du Monde, dans la colonne de droite : la colonne des nécrologies. Puis Guy, qui avait eu droit lui aussi à son dessin. Plusieurs années plus tard, Pierre, rencontré par hasard, me confia que Guy et lui s’étaient souvent demandé ce que j’étais devenu, où j’avais disparu, ce que je tramais. Je me cachais, en effet, et ne faisais pas grand-chose. Mais est-ce que je me cachais de lui, de sa mort ou de moi-même ? Enfin, Jean-François, mon voisin, qui avait l’habitude de militer tracts en main devant le Monoprix à côté de la bouche de métro. Il habi- tait trois rues plus loin et je le savais atteint d’un cancer, pourtant je n’allais pas le voir. Avais-je honte de lui, de moi, de ce que j’avais été, de ce que j’allais devenir ? Quelques années plus tard, une jeune femme m’aborda lors d’un vernissage : je suis Mme Jenny Clark, me dit- elle. Madame : je ne savais pas, je ne la reconnaissais même pas, il avait une copine, oui, je m’en souvenais, mais qui, laquelle, comment s’appelait-elle ? Ils s’étaient mariés à l’hôpital, me répondit-elle, peu avant sa mort. Jean-François ne pouvait plus tenir debout, le cancer rongeait sa colonne vertébrale, ce fut allongés qu’ils célébrèrent alors la cérémonie. Tous ces gens, je les avais exclus de mon existence parce que je croyais ne pas exister pour eux. J’avais tort.
Je n’étais jamais allé sur l’île de Friedhart. Ni avant sa mort pour lui dire adieu, ni après. J’aurais pu me rattra- per et découvrir ce qui restait de sa maison, ou la villa qu’un millionnaire luxembourgeois aurait construite à sa place. J’aurais pu m’engouffrer dans un charter, au milieu de familles bruyantes et obèses. De mon hôtel-club for- mule tout compris, j’aurais pu partir en étoile, à mobylette ou en voiture de location, découvrir les villages de l’île et boire des bières dans des buvettes désertées. Peut-être y aurais-je senti le vide qui avait submergé Friedhart. Qui l’avait noyé. Oui, j’aurais pu remonter dans le temps, courtiser les fantômes, tenter de raviver les ombres pour, enfin, les effacer. Tous les ans, je consultais encore les pages Internet des voyagistes. Mais trouverais-je l’usine désaffectée qu’il avait transformée en maison de rêve, puis à son tour abandonnée depuis dix ans, au milieu des îles volcaniques ? Et comment, après l’avoir trouvée, rentre- rais-je dans mon club Eldorador, avec ses peaux cramées, ses buffets et ses animations ?
Je n’avais pas non plus écrit son histoire. Il aurait fallu que je visite l’île. Mais si je la visitais, me disait-on, je ne pourrais plus écrire l’histoire. Pris en tenaille, j’avais trouvé la solution : ne plus écrire du tout. Peut-être craignais-je, en m’y rendant, de subir moi aussi son attrac- tion fatale, et que ces amas de cailloux noirs, tels des aimants, m’immobilisent, moi aussi. C’est quand même ce qui m’arriva, sans que je sois allé sur l’île.
Était-ce le fait de ne pas écrire l’histoire de Friedhart qui me paralysait, ou ma paralysie qui m’empêchait de l’écrire ? Peu importe, Friedhart était revenu me hanter. Car je m’apprêtais à retourner là où tout avait échoué. Moi aussi, je me préparais à me retirer sur mon île à moi, où j’avais déjà habité, où déjà je m’étais effondré. Et la terreur de voir se dessiner devant moi la route des échecs passés se doublait de l’espoir délicieux de m’en sortir cette fois-ci. Que le même scénario, mille fois répété, ait enfin un nouveau dénouement, que l’impasse s’ouvre sur un carrefour, qu’un nouveau mot transforme la litanie.
C’était une erreur, je le savais, mais il le fallait : comment se prouver qu’on a changé, sinon en risquant les mêmes erreurs ?
Je n’avais pas écrit son histoire, j’avais arrêté d’écrire, arrêté tout. Comme Friedhart qui, sur son île, avait tout arrêté. Et cependant, alors que j’avais refusé de sentir la peau d’un mort sur la mienne, en ne me frottant pas à son histoire, cette dernière revint me toucher au plus près : je ne l’écrivais pas, je la vivais, dans mon appartement parisien, loin d’une île volcanique. Peut-être fallait- il plutôt que je pénètre dans ce vide, ce rêve stérile qui avait eu la peau de Friedhart Stahl.
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Présente édition : Editions Philippe Rey, 19 août 2010, 205 pages
20:15 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Thomass, Balthasar | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : balthasar thomass, litterature francaise, romans de societe |
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mardi, 05 octobre 2010
Être père, disent-ils - Olivier Adam, Philippe Claudel et Philippe Delerm - 2010
Etre père, disent-ils... mais qu’est-ce donc qu’être père. Ce recueil réunit ainsi trois témoignages de trois auteurs reconnus de la littérature qui chacun à sa manière nous conte cette aventure qu’est la paternité.
Dans Ma petite fille, Philippe Claudel nous conte sa relation privilégiée, parfois difficile mais toujours forte, qu’il a avec sa fille. Olivier Adam, dans Naissances, revient sur la magie de l’instant qu’est précisément la naissance, cet instant merveilleux où tout change. Et puis dans Quelle sera votre rime Philippe Delerm nous parle de l’enfance, en se concentrant sur celle de son fils unique Vincent.
A la fois tendres, poétiques et émouvants, ces trois récits abordent un sujet quelque part banal mais si peu traité en littérature. Il est souvent question de maternité, mais que bien rarement de paternité.
Et à la question qu’est-ce donc que d’être père, l’on comprend vite par ces trois textes que ce n’est finalement qu’une suite d’événements très intimes et personnels, petits et grands, qui se pratiquent au jour le jour tout en marquant à jamais.
Tendre et émouvant... à lire !
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Présente édition : Editions Librio, 25 août 2010, 77 pages
13:15 Écrit par Marc dans Adam, Olivier, Claudel Philippe, Critiques littéraires, Delerm Philippe | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : etre pere disent ils, olivier adam, philippe delerm, philippe claudel, litterature francaise, romans de societe, recueils de nouvelles |
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mardi, 21 septembre 2010
Tous à Zanzibar (Stand On Zanzibar) - John Brunner - 1968
XXIème siècle : Le monde est surpeuplé, les gens dorment dans les rues, les émeutes urbaines sont devenus spectacle et le terrorisme un sport. Le nombre d’humains est tel que s’ils se tenaient au coude à coude sur l’île de Zanzibar, ils la recouvriraient en entier. La surpopulation entraîne la disparition de toute sphère privée, un contrôle génétique draconien et une anarchie urbaine généralisée. La pollution fait qu'à New York, des distributeurs d'oxygène sont à la disposition de ceux qui ont besoin de faire le plein avant de traverser les rues. La consommation de tranquillisants, pour limiter les nécessaires tensions sociales dues à la promiscuité, s'est généralisée. Les radiations ont entraîné l'augmentation du taux des maladies héréditaires à un tel point que des mesures draconiennes sont prises : les individus porteurs sont automatiquement stérilisés et seuls se reproduisent ceux qui ont des caryotypes sains. L'eugénisme est développé. Évidemment, la liberté individuelle est résolument refusée.
À New York, Norman House, un jeune Afro-Américain, travaille pour la toute-puissante General Technic Corporation, un grand conglomérat possédant le monopole dans plusieurs secteurs, dont le superordinateur Shalmaneser organise tout dont l'achat pur et simple d'un pays africain, vendu par son président afin de l’industrialiser. Son colocataire, Donald Rogan, apparemment un simple étudiant docteur en biologie, est en fait recruté par les services secrets qui l'envoient s'emparer de la découverte d'un généticien d'un pays du tiers monde qui ferait de tous les nouveau-nés des génies prédéterminés.
Mais dans cette jungle qu’est cette société du XXIe siècle rien n’est jamais simple.
Paru initialement en 1968, cet incroyable roman qu’est Tous à Zanzibar de l’écrivain britannique John Brunner nous invite à découvrir le monde d’un futur proche d’une façon des plus réelles et convaincantes. Le roman est vite devenu un grand classique de la littérature de science-fiction, rarement égalé dans la force de sa vision.
L’auteur a placé son histoire en 2010, évidemment toutes ses prédictions ne se seront pas encore réalisés, même si l’on reconnaît déjà certaines prémices.
A l’origine John Brunner avait écrit un court texte paru en 1967 qu’il reprit et amplifia afin d’en faire le long roman que l’on connaît aujourd’hui. Mais Brunner ne considère pas son texte en tant que roman classique, plutôt en tant que livre-monde ayant pour but premier de nous faire découvrir ce futur. Le récit est ainsi totalement déconstruit, la narration courant sur quatre pistes différentes, imbriquées les unes dans les autres, mais séparées au sommaire afin que le lecteur ait le choix de lire telle ou autre partie. A partir d’un premier descriptif du monde tel qu’il sera, Brunner nous fait peu à peu découvrir ce monde en marche, composés d’extraits des différentes parties, de portraits de multiples personnages, de rapides vignettes, d’instantanés, de phrases parfois inachevés (tel des messages publicitaires, qui permettent d’en découvrir de multiples détails, tels que vus par des gens vivant réellement dans ce monde décrit, et cela afin de le vivre tel que si on y était et aussi. En bref, il s’agît d’une impressionnante mosaïque, qui peu à peu donne forme et imprègne tant le lecteur, qu’une fois le livre refermé, celui-ci a réellement l’impression d’avoir vécu cette période.
Et que retrouve-t-on dans ce monde futuriste : finalement tous nos démons actuels qui sont la surpopulation, la pollution, la génétique végétale et humaine, le pouvoir des médias, l’emprise sur le monde des multinationales et bien d’autres admirablement illustrés par l’auteur. Et malgré ce développement certain du monde, l’auteur y met en avant une certaine bestialité de l’être humain, plus tant dans ces rapports inter-personnels, mais à une échelle bien supérieure.
Pour bien rendre ce récit incroyable, l’auteur utilise une langue très inventive et exubérante qui rend le contenu de façon très forte et poignante.
Le manque d’intrigue forte, un montage complexe inhabituel, font que ce roman peut toutefois faire fuir certains lecteurs.
Tous à Zanzibar de John Brunner, bien au-delà du simple roman de science-fiction, est un poignant roman de société, tout à fait visionnaire que ce soit dans son style ou dans son contenu. Absolument culte pour certains, difficilement lisible pour d’autres, ce roman ne laissera cependant personne indifférent.
Le futur tel qu’on y était !
A découvrir de toute urgence !
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Présente édition : traduit par Didier Pemerle, éditions LGF / Le Livre de Poche, 3 janvier 1996, 736 pages
12:09 Écrit par Marc dans Brunner, John, Critiques littéraires | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : john brunner, science-fiction, futur, tous a zanzibar, romans de societe, litterature britannique |
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vendredi, 17 septembre 2010
Treize hommes dans la mine - Pierre Hubermont - 1930
Une journée comme une autre s’annonce pour Prosper, Jeansef et toute leur équipe alors qu’il s’apprête à descendre dans la mine pour y extraire ce précieux charbon qui les fait tous vivre. Hors en ce jour, un éboulement a lieu, d’abord une aération qui se bouche, puis toute une veine qui se bouche enfermant dans la terre les treize hommes dont Prosper et Jeansef. En surface les secours s’organisent rapidement, mais que faire pour sauver ces hommes ? Ils étoufferont bien trop vite, enterrés vifs...
Treize hommes dans la mine de l’écrivain belge Pierre Hubermont nous conte sur base d’un tragique accident, comme il y en a eu tant à l’époque, et d’ailleurs toujours encore de nos jours, la terrible histoire de ces ouvriers dans les mines. Le charbon était le nerf de l’industrie et l’une des conditions d’existence du monde moderne. Pourtant ces mines étaient restées très rurales, archaïques mêmes, seules travaillés par la sueur de certains hommes qui y grattaient les parois à la recherche de cet or noir. Pierre Hubermont réussit en à peine une centaine de pages à la fois de nous raconter une histoire tragique mais aussi de parfaitement illustrer le fonctionnement de ces mines. On y découvre ainsi la dure labeur quotidienne des ouvriers, la gestion de ces mines, souvent propriétés de fermiers et autres propriétaires terriens, les travaux de l’ingénieur à l’exemple de Liévin qui fera tout pour sauver ses hommes, mais finira par les condamner faute de solution autre. La question sociale est évidemment posée, l’auteur était d’ailleurs fort engagé dans ces mouvements à son époque, mais ici, contrairement à ce que l’on retrouve dans d’autres romans du même type, dont le célèbre Germinal d’Emile Zola, Hubermont ne caricaturise jamais ses hommes pour montrer leur misère. Ici, pas d’ouvrier alcoolique, pas de patrons terriblement inhumains, seuls des hommes comme tout le monde, et lorsqu’à la fin les treize hommes vont enfin se révolter, ils se retrouvent seuls dans la terre, l’émeute se brise avant même d’avoir commencée, et il se voient réduits à l’impuissance la plus totale.
Au-delà du sujet fort et admirablement bien mené, il y a aussi le style d’écriture à la fois riche, fort et poétique. Tous les personnages sont bien étoffés, souvent juste à partir de quelques mots choisis de façon admirable avec précision et concision. Les descriptions donnés, dont celle de la terre impressionnent et marquent: la terre écrase, elle brûle, elle déjoue les tentatives des sauveteurs et Hubermont en faut un véritable monstre, et finalement le personnage principal du texte.
Les textes d’Hubermont ont été quelque peu oubliés avec le temps qui passe, une affaire de collaboration durant les années 1940 ayant encore contribuée à écarter cet auteur. Pourtant ce texte, Treize hommes dans la mine, est d’une richesse et d’une force inouïe. Et pour ceux qui croient que le sujet n’est plus d’actualité, aujourd’hui que de nombreuses mines d’Europe sont fermées, qu’ils tournent leur regards vers les mines de charbon de Chine, qui comptent 20.000 victimes par an en ce début de XXe siècle, ou alors celles d’Amérique du Sud, où au moment où j’écris cet article une trentaine d’ouvriers sont toujours reclus depuis le 5 août sans espoir de sortie prochaine dans la mine de San José au Chili.
A lire !
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Présente édition : Editions Labor / Espace Nord, 16 octobre 1993, 171 pages
10:36 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Hubermont, Pierre | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pierre hubermont, litterature belge, charbonnage, mines de charbon, romans de societe, treize hommes dans la mine |
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