vendredi, 28 octobre 2011
Les Sanguinaires, tome 6 : L’antre des écorcheurs - Sean McFarrel - 2009
Remontant les routes vers le Nord, le jeune Thibault, l’ancien écuyer ayant usurpé l’identité de son maître et chevalier mort, accompagné des voleurs Taureau, La Pie et Ninon, loue ses services pour escorter une caravane de marchands.
Mais à l’approche de Peyrebeille le convoi se fait attaquer par des bandits. Les dégâts sont lourds et les rescapés doivent se réfugier dans une drôle d’auberge : bien comfortable et douillette, on leur y réchauffe leurs corps et âmes... pour mieux endormir leur vigilance et les entraîner au plus profond des ténèbres, là où personne ne sort jamais plus vivant. Ce piège se refermera inévitablement sur Thibault et ses compagnons... mais sauront-ils échapper à l’horreur qui les attend ?
Dans ce sixième tome de la série Les Sanguinaires, L’antre des écorcheurs, les aventures de cette joyeuse et si attachante bande de troubadours continuent de plus belle dans ce Moyen-âge si violent et terrible. La plume de Sean McFarrel, pseudonyme de l’écrivain français Jean-Luc Bizien, est toujours aussi efficace, mais ce tome-ci ressemble un peu trop au précédent. En effet le fil de l’histoire est quasiment le même et que peu de choses n’évoluent de façon significative au niveau des personnages.
Efficace et bien divertissant L’antre des écorcheurs de Sean McFarrel a tout pour plaire, et cela surtout aux amateurs de la série.
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Voir également :
- La Muraille - Jean-Luc Bizien (2001), présentation
- Les Sanguinaires, tome 1 : Le masque de la bête - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 2 : Le souffle de la bête - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 3 : Le muraille des damnés - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 4 : Le labyrinthe des damnés - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 5 : A l'invitation du Dragon - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
23:40 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, McFarrel, Sean | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : l antre des ecorcheurs, jean-luc bizien, les sanguinaires, litterature francaise, romans d aventures, romans historiques, sean mcfarrel, thrillers |
|
Facebook | |
Imprimer |
lundi, 19 septembre 2011
Contre-jour (Against The Day) - Thomas Pynchon - 2008
Exposition universelle de Chicago de 1893. Le dirigeable Le Désagrément, orné d’une banderole aux couleurs de l’Amérique, prend son envol avec à son bord cinq jeunes hommes appartenant au célèbre club aéronautique des Casse-cou, une communauté volante, qui, pour se défaire de tous liens politiques s’est installé à bord d’aéronefs de tous genres en ne recevant d’ordre que de ceux qui les paient.
Et une fois le Désagrément parti, c’est le début d’une multitude d’aventures pour ces cinq jeunes héros qui vont découvrir le monde terrestre duquel leurs nombreuses aventures les ont tenus éloignés. Inventions miraculeuses, turpitudes capitalistes, complots, meurtres, espions salariés, nouvelle passion pour la vitesse, jolies femmes du bout du monde, tentations, argent… et cela à travers les continents et les temps jusqu’au début de la Première Guerre mondiale, qui va provoquer un brutal retour sur Terre pour ces idéalistes aériens.
Roman vertigineux de près de 1500 pages à l’écriture dense, Contre-jour de l’écrivain américain Thomas Pynchon, émerveille par son foisonnement d’histoires et impressionne à tout moment par ses incroyables qualités,
Le tout tourne autour d’un équipage et d’une famille, les Traverse, dont le destin politique coïncide avec la jonction des XIXème et XXème siècles, et qui résume à lui seul les contradictions d’un monde qui s’écroule avec la Première Guerre mondiale. Car c’est bien de cela qu’il s’agît : d’un roman de fin de monde, l’aboutissement et l’échec d’une période, celle des sciences et de l’expansion à outrance qui n’aura su produire qu’un immense carnage dans lequel s’engouffre l’humanité.
Et pour nous faire vivre tout cela, Thomas Pynchon, dans son roman, va superposer les styles, les genres et les situations. Humour, western, tragique et fantastique cohabitent le plus sérieusement du monde dans ce fourre-tout de références parfois obscures, parfois limpides, mais dont l’extrême cohérence fait de cette accumulation d’histoires un tableau général d’une saisissante beauté. Très politique et très engagé, Contre-Jour fonctionne par emboîtement : le récit d’une personne développé pendant des pages, puis d’une personne qui en rencontre une autre, développée à son tour, qui en rencontre encore une autre… et ainsi de suite. Bien sûr le fil central de la narration se complexifie, se perd, en laissant certainement de temps à autre quelques lecteurs à l’arrière, mais malgré tout, le roman fonctionne et passionne.
Contre-jour de Thomas Pynchon est plus qu’un roman mais un véritable monument littéraire. Dense, profond et aussi joyeux et divertissant ce texte ne cesse d’émerveiller. L’abord est certes difficile, le texte d’une longueur qui en découragera plus d’un, mais malgré tout, c’est certainement l’un des grands romans de ces dernières années.
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Présente édition : traduit de l’anglais (américain) par Claro, éditions Le Seuil / Point, 19 novembre 2009, 1467 pages
22:11 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Pynchon, Thomas | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : contre-jour, thomas pynchon, litterature americaine, romans d aventures, romans historiques |
|
Facebook | |
Imprimer |
mercredi, 27 juillet 2011
Un gros bobard et autres racontars (En lodret løgn og andre skrøner) – Jørn Riel - 1986
« À dix-neuf ans, en 1949, un impétueux jeune homme quitte son Danemark natal "trop rigide" et part courir l'aventure au Groenland. Jorn Riel y restera seize ans, à mesurer les glaciers et à se mesurer à lui-même, à défier l'immensité, la solitude, la peur, le froid. Pour adoucir les nuits polaires et les jours sans soleil, il s'amuse à écrire des contes. À coups d'anecdotes pétillantes, il met en scène ses compagnons, des hommes bourrus, trappeurs au grand coeur, chasseurs de phoques, buveurs de tord-boyaux, fiers solitaires et pourtant indécrottables sentimentaux en quête de l'âme soeur. » - Quatrième de couverture.
Les racontars arctiques de l’écrivain danois Jorn Riel se suivent et se ressemblent, mais c’est toujours avec le même plaisir et le même enchantement que l’on découvre l’un de ces dix tomes que constituent l’ensemble de cette longue saga écrite en 1974 et 1996. Evidemment mieux vaut les lire dans l’ordre, mais ne pas le faire ne s’avère pas trop grave. On retrouve avec plaisir cette bande de joyeux chasseurs arctiques exilés sur les côtes groenlandaises, abandonnés à eux-mêmes et qui accumulent les aventures les plus drôles. Comme l’explique l’auteur lui-même au sujet de ses racontars : Ce sont des histoires vraies qui pourraient passer pour des mensonges, à moins que ce ne soit l’inverse. Et cela se confirme à merveille à travers cette multitude de textes et histoires. C’est burlesque, drôle, parfois grotesque mais au final toujours très humain. Et ces 150 pages se lisent avec une facilité et un plaisir inégalés.
A lire !
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Présente édition : traduit par Suzanne Juul et Bernard Saint Bonnet, éditions 10/18, 1 janvier 2002, 152 pagese
Voir également :
- Le naufrage de la Vesle Mari et autres racontars (Forliset og andre skoner) - Jorn Riel (1996), présentation et extrait
15:50 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Riel, Jørn | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : un gros bobard et autres racontars, jorn riel, racontars, litterature danoise, groenland, romans d aventures |
|
Facebook | |
Imprimer |
jeudi, 23 juin 2011
Coeur de Jade, Lame du Dragon, tome 3 : L’éclipse des neuf lunes - Kristoff Valla - 2011
La Chine, il y a plusieurs siècles. Coeur de Jade poursuit ses aventures alors que la libération du démon Shityu est désormais imminente.
Est- ce la fin du temps des hommes, enlisés dans leurs rivalités et leurs intrigues de pouvoir ?
Portée par la puissance de Dao Long, Cœur de Jade pourra-t- elle empêcher l’inéluctable ?
Et surtout, quel sera le choix du clan des Neuf Lunes, ultime rempart face aux forces maléfiques, dont la reine nourrit d’inquiétantes et secrètes ambitions ?
Dans L’éclipse des neuf lunes, troisième et dernier tome de la saga pour ados Coeur de Jade, Lame du Dragon, l’auteur Kristoff Valla fait continuer ces superbes aventures mêlant fantasy et mythologie chinoise tout en alternant d’incroyables scènes épiques et des moments d’une rare intensité autour de ses personnages devenus depuis les premières pages tellement attachants. Mais cette fois se finit sur un dénouement bien réussi cette belle saga qui a su tout au long de ses près de mille pages faire voyager et rêver le jeune lecteur qui s’y est aventuré.
Et comme c'était le cas pour les deux premiers tomes celui-ci est à nouveau augmenté d’un Carnet de voyage magnifiquement illustré qui suit les pas des héros de l’histoire, ainsi qu’un lexique et des explicatifs sur divers sujets abordés ayant trait à la Chine antique.
La saga Coeur de Jade, Lame de Dragon se termine donc en beauté avec ce troisième tome très réussi.
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Vidéo promotionnelle de l'éditeur :
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Présente édition : Nouvel Angle / Matagot, 9 juin 2011, 384 pages
Voir également :
- Coeur de Jade, Lame de Dragon, tome 1 : Le Secret des Masques - Kristoff Valla (2010), présentation et extrait
- Coeur de Jade : Lame de Dragon, tome 2 : Les Brumes des Sources jaunes (2011), présentation
21:54 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Valla, Kristoff | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : kristoff valla, litterature francaise, chine, qin, coeur de jade, l eclipse des neuf lunes, lame du dragon, romans d aventures, romans jeunesse, fantasy |
|
Facebook | |
Imprimer |
jeudi, 24 février 2011
Coeur de Jade, Lame du Dragon, tome 2 : Les Brumes des Sources jaunes - Kristoff Valla - 2010
La Chine, il y a plus de 2000 ans. Les Royaumes combattants ne cessent de se déchirer. Coeur de Jade, depuis sa révélation par un Dragon, continue à parcourir la Chine en compagnie de Xian, Trois Vérités et Lune de Sang. Leur lutte contre la secte des Masques n’est guère finie et pour empêcher la résurgence du démon Shiryu, ils doivent se rendre là où aucun vivant n’est autorisé à pénétrer : traverser le royaume des morts afin d’affronter les périls des Sources jaunes. Et biensûr le plus dur sera ‘en revenir sain et sauf...
Pareil au premier tome Le Secret des Masques, ce second volet de la série Coeur de Jade, Lame de Dragon : Les Brumes des Sources jaunes plonge le lecteur à nouveau dans cette Chine mythique à l’aube de sa création, peuplée de démons et de sorciers, un univers qui sous la plume de Kristoff Valla prend vie de façon impressionnante. Le même plaisir subsiste également à suivre ce quatuor d’héros, formés précédemment, dans leur quête et leur combat contre cette secte maléfique. Les scènes d’action sont toujours décrites avec le même entrain et souci du détail qui les ressortent de ce qui existe dans le genre.
Et comme pour le premier, ce second tome est à nouveau augmenté d’un Carnet de voyage magnifiquement illustré qui suit les pas des héros de l’histoire, ainsi qu’un lexique, des explicatifs quant à de nombreux sujets tel le Tao, la magie et le surnaturel de la Chine antique, les écoles de pensée de l’époque...
Divertissant, passionnant, éducatif même, tout comme le premier tome, Coeur de Jade, Lame de Dragon : Les Brumes des Sources jaunes constitue un roman jeunesse hors pair, plein de magie et de dépaysement.
Ne reste plus qu’à attendre le troisième tome.
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Vidéo promotionnelle de l'éditeur :
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Présente édition : Nouvel Angle / Matagot, 27 janvier 2011, 432 pages
Voir également :
- Coeur de Jade, Lame de Dragon, tome 1 : Le Secret des Masques - Kristoff Valla (2010), présentation et extrait
- Coeur de Jade, Lame de Dragon, tome 3 : L'éclipse des neuf lunes - Kristoff Valla (2011), présentation
16:14 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Valla, Kristoff | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : kristoff valla, litterature francaise, chine, qin, coeur de jade, les brumes des sources jaunes, lame du dragon, romans d aventures, romans jeunesse, fantasy |
|
Facebook | |
Imprimer |
lundi, 07 février 2011
Le meurtre d’O-Tsuya (お艶殺し) - Junichirô Tanizaki - 1915
Dans le Japon du XIXème siècle, le jeune Shinsuke travaille comme apprenti dans une boutique de prêt sur gage. Il est amoureux de la fille du patron, la belle et irrésistible O-Tsuya. Il sait qu’elle n’est pas pour lui, simple et modest apprenti, et pourtant l’amour est bien réciproque. Un soir, alors que les deux amoureux se retrouvent seuls O-Tsuya propose à Shin de s’enfuir pour enfin pouvoir consommer leur amour. L’idée est dans un premier temps de se réfugier chez Seiji, un client de la boutique. Celui-ci engagera des pour-parlers afin de permettre cette union. Shinsuke est quelque peu réticent, mais envoûté par les charmes de sa belle il ne peut refuser. Mais les choses ne se dérouleront pas comme prévu, et les deux amants filent droit à la catastrophe.
Le court roman Le meurtre d’O-Tsuya du grand écrivain japonais Junchirô Tanizaki met en scène dans un écriture simple et belle une tragique histoire d’amour pleine de rebondissements. Shinsuke qui laisse tout tomber par un amour irréfléchi pour une femme manipulatrice se verra entraîné dans un tourbillon de sentiments allant de l’amour à la haine en passant par la trahison et la vengeance. Poussé par une passion qui le dépasse il commettra catastrophe sur catastrophe. A peine 120 pages constituent ce roman, fort court, mais qui suffisent largement à créer une véritable histoire avec de beaux personnages hauts en couleur, le tout d’une belle densité et entraînant d’un bout à l’autre. Ce roman présente aussi une belle entrée en matière dans l’œuvre riche et foisonnante de son auteur.
Le meurtre d’O-Tsuya est un beau petit roman sur un amour passionnel, un texte à découvrir.
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Présente édition : traduit du japonais par Jean-Jacques Tschudin, éditions Folio/Gallimard, 13 mai 2005, 124 pages
Voir également :
- Le pont flottant des songes (Yume no ukihashi) - Junichirô Tanizaki (1959), présentation et extrait
10:11 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Tanizaki, Junichirô | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : junichiro tanizaki, tanizaki, le meurtre d'o-tsuya, litterature japonaise, japon, romans d aventures |
|
Facebook | |
Imprimer |
vendredi, 21 janvier 2011
Le bourreau - Pierre Boulle - 1954
Le narrateur, un européen en fuite de ses démons au fin fond de la Chine rencontre un jour dans une auberge un vieux Chinois qui tient à lui conter une histoire incroyable. Ce dernier est un ancien médecin qui a assisté dans les années 1920 à un fait divers très singulier. A l’époque, dans sa ville natale, il était en charge de vérifier et de confirmer le décès des condamnés à mort après leur exécution. Mais un jour, après la peine affligée, un policier vient arrêter toutes les personnes impliqués dans l’exécution. Il prétend que le condamné n’a pas été exécuté, mais qu’en fait il a été tué. Et que ce n’est pas la première fois que cela arrive. Le bourreau avoue de suite ses crimes. En effet pour les sept condamnés dont il tranché la tête il leur a d’abord administré un poison redoutable, juste quelques minutes avant, tuant ainsi ces pauvres hommes avant que ne tombe le sabre de la justice. Le vieux Chinois, présent à toutes les étapes de la condamnation du bourreau, fait le récit de son procès et, par ce biais, raconte la vie du tortionnaire pervers ou humaniste. Car en Chine c’est toute la vie de l’accusée qui est passée au crible afin de pouvoir comprendre ce crime. Et l’histoire de cet assassin si particulier est véritablement particulière : des années auparavant, en conflit avec son père, le bourreau quittait son village pour une odyssée morbide et sinistre où, acoquiné à une femme horriblement laide, aveugle et décharnée, il va aller de Charybde en Scylla. Les années passe et au fil de leurs terribles aventures le couple n’héritera que d’un flacon, devenu à leurs yeux mystique et intouchable, et contenant un terrible poison. Il se développe alors dans leurs têtes un plan fou et meurtrier autour de ce poison...
Le bourreau, paru initialement en 1954, est un véritable petit bijou de l’auteur français Pierre Boulle, dont l’oeuvre globale reste assez peu connue, se résumant souvent à ces deux gros succès internationaux que sont Le Pont de la rivière Kwai (1953) et La Planète des singes (1963).
Ici, Pierre Boulle s’avère vite être un conteur hors pair, accrochant son lecteur dès les premières pages par la personnalité trouble du narrateur, l’ambiance sombre qui ressort du récit ainsi que par le terrible mystère qu’il nous expose. Et on se rend vite compte que c’est un bien étrange roman d’aventures dans lequel on plonge, à travers une Chine somptueuse et terrible. Le roman traite de la folie, celle qui va pousser le bourreau à tuer et aussi celle du narrateur en conflit avec son ange, sorte de bonne conscience qui l’empêche de savourer cette histoire. Mais Pierre Boulle y traite aussi des ressorts de la fiction et la manière dont on la compose, opposant continuellement le conteur et son auditeur ainsi que l’auteur et le lecteur. Il joue de tous les styles en véritable virtuose en amenant le lecteur vers une fin cruelle. Des ratés existent hélas aussi dans ce qui n’est finalement que l’un des premiers romans de ce grand écrivain que deviendra Pierre Boulle.
Le bourreau de Pierre Boulle est un étonnant et dérangeant roman d’aventures, l’un de ses premiers, qui, même s’il comporte certaines erreurs et ratés, est un véritable bijou littéraire, captivant d’un bout à l’autre.
A découvrir !
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Présente édition : Editions Le Cherche Midi, 11 mars 2010, 213 pages
Voir également :
- William Conrad - Pierre Boulle (1950), présentation
- Le sacrilège malais - Pierre Boulle (1951), présentation
- Le Pont de la rivière Kwaï (1953), présentation
- La planète des singes - Pierre Boulle (1963), présentation
- L’archéologue et le mystère de Néfertiti - Pierre Boulle (2005), présentation et extrait
- L'enlèvement de l'obélisque - Pierre Boulle (2007), présentation
12:35 Écrit par Marc dans Boulle, Pierre, Critiques littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le bourreau, pierre boulle, litterature francaise, romans d aventures, peine de mort, fantastique |
|
Facebook | |
Imprimer |
lundi, 10 janvier 2011
Coeur de Jade, Lame du Dragon, tome 1 : Le Secret des Masques - Kristoff Valla - 2010
La Chine, il y a bien des siècles, était en plusieurs Royaumes qui ne cessaient de se combattre. A cette époque un petit village de ces royaumes Combattants se fait piller par une troupe de mercenaires. La jeune Su Yi voit sa famille massacrée sous ses yeux. Elle-même arrive à s’enfuir. Alors qu’elle est pourchassée elle fait une drôle de rencontre : un Dragon dénommé Dao Long et qui semblait l’attendre afin de lui révéler une marque sacrée dont elle porteuse. Désormais elle s’appellera Cœur de Jade et va parcourir les Royaumes combattants en quête de vengeance. Les brigands commencent à la craindre alors que peu à peu sa réputation la transforme en un véritable mythe.
Mais quelques années, elle devient la cible de tueurs acharnés, et cela pour une raison qu’elle ignore si ce n’est qu’elle trouve son origine dans son passé. De plus des forces maléfiques menacent le pays : la mystérieuse secte des Masques étend son emprise sur le territoire. Pour la contrer, Coeur de Jade doit renouer avec d’anciens compagnons de route, l’impétueux guerrier Xian et l’exorciste Trois Vérités, et affronter les fantômes de son passé...
Cœur de Jade, Lame du Dragon, tome 1 : La Secte des Masques est le premier tome d’une trilogie de l’écrivain Kristoff Valla et qui s’inspire largement d’un jeu de rôle auquel le même auteur avait déjà contribué.
Avec cet excellent roman d’aventures, principalement dédié à un public adolescent, Kristoff Valla invite son lecteur dans une histoire épique et fantastique dans l’univers mythologique de la Chine antique sur les traces d’une bande d’héros hors du commun dans sa quête de vengeance. L’histoire ici ne prend pas encore tout à fait son vol, mais laisse envisager une suite des plus palpitantes. Difficile de ne pas plonger dans ce univers merveilleux qu’est la Chine ancestrale et ses légendes, ici parfaitement rendue avec magie et fascination. On retrouve une ambiance clairement inspirée et avouée du cinéma chinois d’arts martiaux dont le célèbre film Tigre et Dragon d’Ang Lee. Et semblable à ces films, cet époustouflant roman met l’accent avant tout sur des scènes d’action parfaitement décrites et chorégraphiées. Le quatuor d’héros est de plus très attachant, et le mystère qui plane sur la secte des Masques tient jusqu’au bout.
Ce volume est de plus augmenté d'un certain nombre d'annexes très intéressantes, tel un carnet de voyage en dessin qui suit les traces de Coeur de Jade, ainsi que de nompbreux explicatifs pour que le lecteur puisse mieux cerner le contexte historique du roman. Très intéressant.
Bref Cœur de Jade, Lame du Dragon, tome 1 : La Secret des Masques est un très beau roman d’aventures, très captivant, mêlant combats épiques et mythologie chinoise. Premier d’une trilogie ce tome laisse présager le meilleur pour la suite à venir.
Principalement pour un public adolescent !
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Vidéo promotionnelle de l'éditeur :
Extrait :
Prologue
Trois jours. Cela faisait maintenant trois jours qu’elle fuyait à travers une forêt sauvage et jaunie qu’elle ne connaissait pas. Trois jours à s’écorcher les pieds et les mains sur des pentes abruptes et des sols traîtres. Trois jours que Su Yi ne trouvait que quelques fruits ou racines à se mettre sous la dent, et de l’eau de pluie récoltée dans des flaques saumâtres pour se désaltérer.
Trois jours et ils étaient toujours à ses trousses, suivant sa piste comme des chiens enragés, leurs armes de fer cliquetant sur les cuirasses laquées. Mais elle n’avait plus peur. L’épuisement avait eu raison de sa frayeur et, désormais, il ne restait en Su Yi qu’une froide détermination. Avancer, encore et encore, s’enfuir droit devant pour enfin semer ses poursuivants. Son dernier espoir.
Trois jours auparavant, elle avait tué l’un d’eux. Un coup de chance assurément. En combat singulier, la frêle jeune fille de quinze ans n’aurait eu aucune chance contre les terribles membres de la garde personnelle de Poing de Bronze, les mercenaires les plus cruels au service du roi de Zhao. Le royaume du Cheval ne se trouvait qu’à une journée de marche au nord, mais la paix régnait actuelle- ment dans cette région frontalière.
Les mercenaires étaient apparus au petit matin, venant de l’est. Leurs noires silhouettes et celles de leurs chevaux puissants se découpaient dans l’aube rouge. Le vieux chef du village s’était empressé de les accueillir. La petite communauté paysanne qu’il dirigeait servait fidèlement le roi du Wei, payait chaque année l’impôt et n’avait jamais émis la moindre protestation contre son monarque. Mais ces hommes n’étaient pas vraiment des soldats du Zhao et leur rudesse trahissait des vétérans de nombreuses guerres, soudards sans scrupule et sans foi. Le vieil homme avait été le premier à mourir, une lance fichée en pleine poitrine.
En quelques minutes, le village était en feu, et les mai- sons de terre et de paille s’embrasaient comme des torches. La terreur et la panique gagnaient les paysans sans défense. Su Yi se souvenait encore des cris mêlés des bêtes et des gens affolés, de la peur et de l’incompréhension dans leurs regards. Au milieu du tumulte et de la fumée, elle avait pensé que le Feng Du ouvrait ses portes et déversait ses hordes damnées, sanglées dans leurs armures rouges, sur sa maison. Les soldats tuaient, un sourire aux lèvres, abattaient leurs sabres sanglants, rugissant comme des démons. Il ne leur fallut que quelques minutes pour achever leur sinistre besogne. Ils rassemblèrent ensuite les survivants, femmes, enfants et vieillards au cœur du village en proie aux flammes. Au moment de l’attaque, Su Yi puisait de l’eau pour la toilette du matin. Le corps du vieil homme touchait à peine le sol qu’elle courait déjà se cacher au beau milieu de l’enclos des cochons. Dans la boue nauséabonde, parmi les animaux paniqués qui menaçaient de la piétiner, elle avait rampé jusqu’à leur abri de pierres disjointes. De là, elle avait assisté au massacre de son père et de ses deux frères. Ju, ce cadet dont elle aimait tant le sourire et la voix chantante, avait tenté de résister, armé d’un pauvre râteau de bois. Sa tête avait roulé à quelques mètres de la cachette de l’adolescente. L’un des bandits, descendu de sa monture, passa à côté sans prendre garde au trophée macabre. Su Yi s’était mordu la lèvre au sang afin de ne pas crier, hurler de peur et de chagrin et trahir ainsi sa présence. Des larmes coulaient sur ses joues crasseuses et en chassaient la boue. Des spasmes secouaient tout son corps. Le monde s’écroulait autour d’elle. Elle priait l’Empereur du Ciel pour que tout cela ne soit qu’un horrible cauchemar. Un porc s’approcha doucement d’elle, renifla ses longs cheveux tressés et poussa un grognement strident, indigné de cette présence dans son refuge. Son destin était scellé.
Aussitôt, deux des soudards se précipitèrent vers sa cachette. Elle tenta de s’enfuir, mais glissa dans la boue collante, et chuta lourdement dans la fange. Ils se saisirent d’elle sans ménagement, la tirant par ses tresses, l’obligeant à avancer à genoux, humiliée, pour les suivre jusqu’au milieu du village. Là, ils rirent d’elle et de son visage crotté. Su Yi aperçut parmi les autres villageois apeurés sa mère et sa jeune sœur enlacées. Un sentiment de rage l’envahit et elle se redressa subitement, se jetant sur l’un des soldats. Elle le mordit au visage comme une bête sauvage acculée. L’homme était trop fort pour elle et elle se retrouva rapide- ment repoussée au sol. Ils la battirent alors à coups de pied et de bâton. Su Yi pensa qu’ils allaient la tuer, et souvent, elle se dirait par la suite que cela eût été préférable.
Elle passa le reste de la journée aveuglée par un voile opaque de souffrance physique et morale. Elle perçut vaguement le bûcher où ils jetèrent les cadavres de ceux qu’ils avaient décidé de tuer sur place, l’odeur abjecte des corps carbonisés, les pleurs et les cris des femmes de son village. Elles n’étaient plus qu’une trentaine, destinées à rejoindre les bordels de quelque ville de garnison. Les mercenaires pillèrent méthodiquement le hameau, vidèrent les greniers et remplirent leurs besaces de cuir craquelé des rares objets de valeur qu’ils trouvèrent. Ils incendièrent même le temple de Shen Nong puis firent monter leurs captives aux pieds et aux mains entravés par des cordes rugueuses dans de lourds chariots aux roues cerclées de bronze. Su Yi releva péniblement la tête et jeta un dernier regard vers ce qui avait été son seul foyer.
Elle pensa alors qu’elle venait de mourir.
La journée passa dans les brumes de son cauchemar.
Pétrie de douleur, les cahots du chariot où elle gisait en compagnie de neuf autres femmes de son village réveillaient les souffrances de son corps. La soif et ses muscles endoloris lui hurlaient qu’elle était encore vivante. Mais tout autour d’elle, Su Yi ne percevait que l’odeur âcre de la fumée du bûcher qui avait imprégné leurs cheveux, et les sanglots de ses camarades d’infortune. Dehors, les sou- dards échangeaient des rires gras et des blagues vulgaires. La jeune fille retombait parfois dans une bienheureuse inconscience, mais, à son réveil, la dure réalité la blessait à nouveau. Lorsque le soleil pâle de l’automne déclina derrière la frondaison de la forêt qui bordait son village au nord, le convoi fit halte un peu en retrait de la route.
Toujours attachées, les captives reçurent un maigre bol de soupe pour toute nourriture. Les mercenaires, une trentaine compta Su Yi, établirent un bivouac de fortune. Autour d’un large feu, ils commencèrent à boire à même la cruche un mauvais vin dont les relents acides remontaient jusqu’aux chariots. Au bout d’une heure, la plupart portaient déjà sur leurs visages empourprés les stigmates de l’ivresse. Ils parlèrent alors de prendre un peu de bon temps. Après tout, les prisonnières finiraient bientôt vendues dans un quelconque bordel, autant en profiter dès maintenant ricanaient les plus ivres d’entre eux. Malgré leurs suppliques, ils s’emparèrent de trois des femmes et les emmenèrent vers les buissons les plus proches. Su Yi se sentit saisie par le dos de son chang pao crasseux et violemment tirée en arrière. Les pieds entravés, elle s’affaissa lourdement sur le sol, et le choc lui arracha un petit gémissement entre ses dents serrées. Mais lorsque la main de l’ivrogne s’approcha de son visage, à nouveau Su Yi sentit monter en elle cette force sauvage. L’adolescente planta vigoureusement ses dents dans la paume dénudée et le soldat poussa un hurlement de douleur et de sur- prise. D’un coup de poing de sa main libre, il la frappa sèchement, ouvrant largement sa pommette délicate. Elle lâcha aussitôt prise et retomba dans l’herbe humide. Avec détachement, elle entendit l’homme pousser un juron et dégainer son sabre.
C’est alors qu’elle aperçut la femme en noir. Elle semblait surgir de nulle part. De son corps gracile enroulé dans des voiles vaporeux, on pouvait deviner la peau pâle et les seins ronds. Un long manteau à capuchon couvrait ses épaules et sa tête, masquant le haut de son visage et ne laissant apparaître que quelques mèches de cheveux d’un noir brillant. Brodées sur l’un des côtés du vêtement, les armes honnies de Poing de Bronze. Relevant la tête, Su Yi devinait plus qu’elle ne voyait la bouche fine aux lèvres pourpres et les traits délicats de la jeune femme. Ses pieds nus semblaient n’effleurer qu’à peine l’herbe grasse et des bracelets d’or tintaient autour de ses chevilles et de ses poignets. Su Yi remarqua les ongles de la jeune femme, longs et verts, brillants comme du jade pur. Elle sentait le jasmin.
Le mercenaire brandissait déjà son sabre au-dessus de la tête de l’adolescente, mais un ordre ferme de la femme arrêta son geste. Sa voix était rauque et autoritaire, et elle semblait habituée à ce qu’on lui obéisse. L’homme recula immédiatement et Su Yi crut discerner de la peur sur sa face avinée. La femme mystérieuse s’approcha d’elle et, sous le capuchon de son manteau noir, semblait l’observer. Elle s’accroupit près de Su Yi et caressa la joue meurtrie de ses doigts fins.
– Oui, je lis en toi. Et je vois la Marque.
Se relevant, elle fit deux pas en arrière, son menton toujours pointé en direction de la jeune paysanne.
– Nul ne doit la toucher, ordonna-t-elle. Le capuchon d’ombre se tourna vers le soudard.
– Tu ne voudrais pas encourir la fureur de ton seigneur, n’est-ce pas ? Ni la mienne ? L’homme balbutia quelques mots incompréhensibles, tremblant de peur. Les autres mercenaires s’étaient figés sur place et regardaient la scène, avec dans les yeux le même effroi. La femme se détourna et commença à s’éloigner.
- Il y a une clairière et une mare à une centaine de mètres au sud. Conduis-la, qu’elle puisse se laver un peu. Elle pue.
*
– Je ne peux pas retirer mes vêtements avec les mains attachées.
Tout en lissant sa moustache graisseuse, l’homme lui jeta un regard méfiant. Il l’avait poussée du bout de son sabre à travers les buissons touffus, jusqu’à un trou d’eau qui disparaissait à moitié sous des feuilles mortes flottant mollement à sa surface. Su Yi avait perçu sa crainte, elle ne savait qui pouvait bien être cette femme étrange, mais elle occupait certainement une place de choix dans la hiérarchie des mercenaires de Poing de Bronze. Une sorcière peut-être, ou pire, un emo. Cela expliquerait sans doute la sauvagerie avec laquelle ces hommes avaient attaqué son village. Su Yi ignorait totalement ce que la femme en noir avait voulu dire. Quelle marque ? Et que lui voulait Poing de Bronze ? Elle ne l’avait jamais rencontré. En tout cas, une chose était sûre, elle ne devait pas rester là à attendre qu’un sort pire que la mort s’abatte sur elle.
Elle tendit innocemment devant elle ses mains liées, un faible sourire à peine esquissé sur ses lèvres fines. Le garde cracha par terre et daigna s’approcher. Il sortit un court poignard d’un étui d’os qui battait contre sa cuisse et trancha d’un seul geste la lourde corde. Su Yi baissa la tête et massa ses poignets endoloris. Des stries sanglantes marquaient sa peau délicate et elle se promit que plus per- sonne jamais ne l’entraverait ainsi. Elle se détourna et se mit à défaire la ceinture de lin qui retenait son vêtement crasseux. Le garde n’avait pas bougé d’un pouce, à quelques pas derrière elle. Il la regardait avec une concupiscence évidente, passant une langue avide sur ses lèvres rouges. Mais l’adolescente devinait également dans ses yeux le terrible interdit que lui avait formulé la femme en noir. Elle laissa doucement glisser son manteau sur le sol et ramena ses nattes sur ses épaules.
– Veux-tu m’aider à défaire mes cheveux ? Ils sont sales et je n’ai pas de peigne, dit-elle en se plantant face à lui.
L’homme était grand, il devait bien mesurer une à deux têtes de plus que la jeune fille. Elle le regarda sans ciller, droit dans les yeux. Sourcils froncés, il la toisa quelques secondes puis un sourire hautain passa sur son visage buriné. Il remit son poignard en place et se saisit d’une des longues tresses de Su Yi, défaisant le nœud qui la maintenait en place. L’adolescente lui sourit, comme pour le remercier, un sourire sans chaleur, presque carnassier. Étrangement, elle ne ressentit aucune satisfaction lorsqu’un masque de surprise et de douleur figea la face du mercenaire. Les yeux écarquillés, sans un cri, il glissa lentement vers le sol. Un moment à genoux devant elle, il s’effondra, les deux mains sur son ventre ouvert dans une vaine tentative de retenir le souffle de vie qui l’abandonnait. Su Yi contemplait le cadavre, les jointures de ses longs doigts blanchies à trop serrer le poignard ensanglanté. Elle venait de tuer un homme et ne ressentait rien, ni effroi, ni soulagement. Il lui semblait qu’un bloc de pierre avait pris la place de son cœur, au creux de sa poitrine. Aussitôt, elle redevint lucide. Il fallait fuir, très vite, très loin. Elle enfila rapidement son chang pao, noua sa ceinture et y glissa le poignard effilé. Avec peine, elle poussa le corps dans le trou d’eau. Il flotta quelques secondes puis, attiré vers le fond par le poids de son armure, disparut sous les feuilles brunes.
Su Yi n’avait aucune idée de l’endroit où elle se trouvait. Elle entendait les bruits provenant du campement, mais ne pouvait distinguer la lueur du feu à travers l’épaisseur des buissons et des arbustes persistants. Il commençait à faire très noir et le froid devenait plus intense. Mais elle savait ne plus pouvoir reculer. La jeune fille se mit à courir à travers la forêt, dans la direction opposée aux rires et aux cris qui se mêlaient derrière elle.
Il ne fallut qu’une dizaine de minutes aux mercenaires pour qu’ils découvrent sa disparition, alertés par l’absence prolongée de leur camarade. L’un d’eux perçut l’odeur du sang sur les feuilles mortes et, à la lueur des torches, quatre hommes se lancèrent à sa poursuite. Ils n’avaient aucune autre alternative. Le maître voulait cette fille, il fallait la lui ramener, coûte que coûte.
La mystérieuse femme en noir restait silencieuse, immobile au milieu du tumulte. Un pâle sourire se dessina sur ses lèvres.
- Cours comme le vent, fille du dragon. Je t’ai donné une chance, à toi de la saisir et d’accomplir ton destin. Cours et ne te retourne pas. Nous nous reverrons, mais tu ne seras plus la même. Adieu Su Yi.
*
La forêt devenait plus clairsemée au fur et à mesure que le terrain s’élevait en pente plus abrupte. Des blocs de rochers gris et moussus, aux angles arrondis par le temps et l’eau, émergeaient de loin en loin, faisant penser à de monstrueux œufs de pierre, rejetons figés d’une antique créature céleste. Les cailloux roulaient sous ses pas, écorchant la plante de ses pieds nus déjà bien meurtris. Le soleil brillait haut dans le ciel, l’air chaud et l’effort brûlaient ses poumons. Elle quitta l’ombre salvatrice des derniers pins et déboucha subitement sur un plateau rocailleux et désert, à peine plus grand que la place de son village. Une paroi de pierre formait un arc de cercle face à elle. Su Yi leva les yeux et crut distinguer le sommet de cette falaise à plus de douze mètres au-dessus d’elle. Elle ne voyait nulle prise où s’accrocher, nul sentier permettant de contourner le mur de rochers. Plus bas, elle entendait les voix de ses poursuivants qui se rapprochaient, jurant et la maudissant. Un instant, la jeune fille faillit céder au découragement. Mais non, elle n’avait pas enduré tout cela pour en finir ainsi. Elle saisit le poignard passé à sa ceinture et se retourna vivement. Adossée à la paroi verticale, l’arme tendue devant elle, SuYi se jura qu’ils ne l’auraient pas vivante... et qu’au moins l’un d’eux mourrait avec elle. Dans quelques minutes, les mercenaires seraient là. Et tout serait fini. C’est à cet ins- tant qu’elle sentit qu’on la tirait en arrière...
Su Yi, totalement surprise, bascula et s’affaissa sur le sol de pierre. Il faisait sombre et elle ne distinguait que vaguement ce qui l’entourait. Une caverne, mais elle n’en apercevait pas l’ouverture. Une odeur de terre et de renfermé planait dans l’air ; au loin, un filet d’eau tombait goutte à goutte. Il faisait froid tout à coup et sa respiration formait des volutes de vapeur autour de sa bouche. Su Yi se redressa prompte- ment, brandissant son poignard, tous ses sens en alerte. Elle n’entendait plus les voix de ses ravisseurs, mais elle ne se sentait pas non plus seule ici. Et où se trouvait-elle donc ?
– Range ton croc petite fille, il ne m’impressionne pas.
La voix était rauque mais douce. On aurait dit celle d’un vieillard, mais elle vibrait d’une force surnaturelle.
Elle défia son interlocuteur invisible :
– Montre-toi ! Que tu sois homme ou bête, nul ne peut me retenir captive.
Elle avait crié plus fort qu’elle ne l’aurait souhaité. Il y eut un mouvement rapide sur sa droite.
– Tu es bien prompte à réclamer une liberté que je ne t’ai point volée. Je pense même t’avoir offert un sursis. Qui sont donc ces gredins et que te veulent-ils ? Attention, ne me mens pas, je le saurai.
Su Yi était convaincue que la voix venant de nulle part disait la vérité.
- Ce sont des mercenaires au service de Poing de Bronze. Ils ont détruit mon village et massacré ses habitants. Leur maître me veut à cause de je ne sais quelle marque. Je suis fatiguée, j’ai faim et j’ai froid. Je vous en prie, qui que vous soyez, ne les laissez pas me trouver.
- La Marque ? Serait-ce possible ? Enfin !
– Mais de quoi parlez-vous à la fin ? Et qui êtes-vous ? Surgissant soudain de l’ombre, une énorme gueule sortie des légendes vint se coller à quelques centimètres du visage de la jeune fille. Elle sursauta brusquement, lâchant son poignard qui chuta en tintant sur le sol.
– Eh bien quoi ? Tu n’as jamais vu de dragon ? Non, apparemment. Ne t’inquiète pas, je ne vais pas te manger. Ouvre grand tes yeux que je vérifie si... Oui ! La Marque !
Su Yi sentait l’haleine brûlante du dragon effleurer son visage. Ses écailles bleues luisaient faiblement, son corps de serpent se perdant dans les ombres de la grotte. Il plongeait son regard expressif dans celui de l’adolescente et semblait... sourire.
– Mais, je ne comprends rien. Je...
– Peu importe, jeune fille, coupa le dragon. Le signe est là. Élue du destin, je t’attends depuis bien longtemps. Es- tu prête ?
Su Yi se sentait perdue. Sa fatigue laissait place à de la colère, et à l’impression de quitter un danger pour un autre encore plus grand.
– Prête à quoi ? Explique-toi, dragon, ou il va t’en cuire !
– Ha ha ha ! Quel caractère !
Son rire fit trembler la voûte et Su Yi ne put s’empêcher de porter instinctivement les mains au-dessus de sa tête.
– Dans tes yeux brûle la flamme du destin. C’est un maître capricieux et il a mis du temps à te mener à moi. Mais te voilà aujourd’hui au carrefour de ton existence. Et je suis celui qui peut te guider.
- Peux-tu me donner la vengeance ? Peux-tu détruire mes ennemis, les faire souffrir, lacérer leurs corps et déchirer leurs âmes ? Peux-tu faire cela, dragon ?
Le dragon fronça les sourcils.
– Charmante nature. Non. Ce n’est pas mon rôle, mais je peux te donner le pouvoir de réaliser tout cela. Je t’ap- prendrai les lois de l’univers et les arts de la guerre. Les secrets du Chi et ceux des maîtres divins. Tu auras ta vengeance et plus encore. Je te donnerai les moyens d’accomplir le destin pour lequel tu es née. Mais tu devras pour cela renoncer à Su Yi la paysanne.
– Su Yi est déjà morte, se renfrogna-t-elle. Si tu peux faire tout cela pour moi dragon, alors je me soumettrai au destin que tu me proposes.
– Je n’en doute pas un seul instant. As-tu vraiment le choix ? Commençons immédiatement. Quatre hommes épuisés et furieux se tiennent devant ma demeure. Ils te cherchent, te haïssent et te craignent. Il en sera toujours ainsi des hommes qui t’approcheront, tel est ton fardeau. Mais ceux-là, je veux que ton juste courroux s’abatte sur eux. Tue-les !
– Mais comment ? Ils sont quatre ! Ce sont des guerriers, et moi... Tu m’as menti dragon ! gronda-t-elle.
– Silence enfant ! Et apprends. Ramasse ton poignard et prépare-toi. Laisse-toi faire, je vais guider ta main. Observe et vois la puissance des héros !
Le dragon se lovait maintenant tout autour d’elle et la jeune fille sentit un frisson parcourir son échine. Une force nouvelle coulait dans ses veines, restaurant ses forces émoussées et ravivant sa rage.
- Prête ? Première leçon, attaquer à la vitesse du vent... Au fait, chétive créature, les seigneurs immortels me nomment Dao Long Lin Yang Ming, maître des chemins détournés. Pour toi, nous nous contenterons de Dao Long.
*
Douze mètres au-dessous d’elle, elle distinguait nettement les quatre soudards. Fatigués, ils s’étaient assis contre les rochers et se reprochaient l’un l’autre d’avoir perdu la trace de leur proie. Ils avaient posé négligemment au sol leurs armes de fer. Elle ne ressentait rien hormis une froide détermination. Le poignard dans sa main lui paraissait n’être qu’une simple extension d’elle-même. Elle entendit Dao Long murmurer à son oreille.
– Concentre-toi. Tu sais ce que tu dois faire. Ton esprit et ton corps ne doivent faire qu’un, une énergie tendue vers un seul but. Vaincre. Sois rapide comme le vent. Crois en toi. Prête ?
Elle prit une profonde inspiration et se prépara à bondir. Su Yi était morte. Désormais, Poing de Bronze apprendrait à craindre Cœur de Jade.
Elle pensa alors qu’elle venait de renaître.
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Présente édition : Nouvel Angle / Matagot, 9 septembre 2010, 336 pages
Voir également :
- Coeur de Jade : Lame de Dragon, tome 2 : Les Brumes des Sources jaunes (2011), présentation
- Coeur de Jade, Lame de Dragon, tome 3 : L'éclipse des neuf lunes - Kristoff Valla (2011), présentation
12:55 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Valla, Kristoff | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : kristoff valla, litterature francaise, chine, qin, coeur de jade, le secret des masques, lame du dragon, romans d aventures, romans jeunesse, fantasy |
|
Facebook | |
Imprimer |
samedi, 25 décembre 2010
Les Sanguinaires, tome 5 : A l’invitation du Dragon - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) - 2009
Thibault, le faux chevalier ayant usurpé l’identité de son maître après sa mort, vaganbonde sur les chemins en compagnie des brigands troubadours que sont le Taureau, La Pie et Ninon La Bellette. Depuis leurs dernières aventures au château de l’ogre des tensions sont montés dans le groupe. Certains suspectent Ninon d’avoir caché une part du trésor, mais Thibault, aveuglé par son amour pour la trobaritz, la défend corps et âme.
Et voilà que leurs pas les mènent en Dordogne au village de Sainte-Olalie, au cœur d'une forêt qui, dit-on, est hantée par un dragon.
Le monstre massacre les convois, ne laissant sur son passage que des cadavres noircis par ses flammes.
Dans les auberges, si on parle du dragon ... on évoque aussi son fabuleux trésor.
Pour les baladins, c'est l'occasion d'acquérir fortune.
Thibault, Ninon, Taureau et La Pie n'ont plus le choix. La peur au ventre, il devront répondre ... à l'invitation du dragon !
Cinquième tome des Sanguinaires, une série proposant des aventures dans un moyen-âge violent et réaliste, né de la plume de Sean McFarrel, pseudonyme de l’écrivain français Jean-Luc Bizien, A l’invitation du Dragon mène cette fois le lecteur à suivre cette bande de voleurs au défi d’un dragon qui hante les grands chemins. Alors que les quatre premiers tomes de la série étaient des rééditions de romans de Bizien parus quelques années plus tôt et réédités par les éditions Vauvenargues dans une version non censurée et bien plus réaliste et violente, ce cinquième tome est tout à fait original en paraissant pour la première fois en 2009. Les aventures de cette bande de voleurs si attachants continuent de plus belle, toujours dans cette même ambiance sombre de l’ère moyen-âgeuse emprise de superstitions qu’est le moyen-âge. Hélas, l’aventure est également plus simple, le mystère ne reposant que sur bien peu de choses. Le lecteur appréciera toutefois le style de l’auteur, jonglant continuellement entre réalisme sombre et fantastique, voire horreur. Les personnages continuent à évoluer.
Et si ce cinquième tome n’est sûrement pas le plus intéressant de la série, il plaira à de nombreux lecteurs friands de ce genre de littérature.
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Voir également :
- La Muraille - Jean-Luc Bizien (2001), présentation
- Les Sanguinaires, tome 1 : Le masque de la bête - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 2 : Le souffle de la bête - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 3 : Le muraille des damnés - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 4 : Le labyrinthe des damnés - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 6 : L'antre des écorcheurs - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
22:37 Écrit par Marc dans Bizien, Jean-Luc, Critiques littéraires, McFarrel, Sean | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : a l invitation du dragon, jean-luc bizien, les sanguinaires, litterature francaise, romans d aventures, romans historiques, sean mcfarrel, thrillers |
|
Facebook | |
Imprimer |
lundi, 13 décembre 2010
L’île à hélice - Jules Verne - 1895
Le quatuor concertant, orchestre français composé par le violoncelliste Sébastien Zorn, les violons Frascolin et Yvernès et l’alto Pinchinat, alors qu’ils sont en route pour donner un concert à San Diego en Californie, se voient enlevés sur Standard Island, une immense île artificielle conçue afin que les riches milliardaires yankees puissent y vivre entre eux bien loin des tracas du Nouveau et l’Ancien Contient. Et afin de bénéficier continuellement du meilleur des climats l’île, propulsée par d’immenses hélices, ne cesse de traverser le Pacifique au plus grand bonheur de ses résidents. Standard Island ne manque de rien, tout le luxe imaginable y est, et le confort est apporté par des installations électriques futuristes. Pour se connecter au monde, une réseau d’immenses tuyaux a été installé au fond de l’océan, afin de rester continuellement connecté au monde extérieur. Hélas la seule chose qui leur manque est la musique jouée par un orchestre, d’où la présence forcée du quatuor français. Un contrat qu’ils ne peuvent refuser leur est proposé, et voici les quatre français embarqués pour un an sur l’ile à hélice.
Ainsi voyagent-ils au gré des pérégrinations de l’île, profitant de cette construction idyllique.
Mais une utopie ne peut subsister indéfiniment face aux dangers du monde, malgré les dollars de ses riches habitants, et l’île à hélice devra faire face à bien nombreux dangers. Des fauves l’abordent, des fauves l’envahissent… et des dissensions politiques finiront par y mettre une fin tragique.
L’île à hélice de Jules Verne est d’abord paru en 1895 dans le Magasin d'Éducation et de Récréation du 1er janvier au 15 décembre, puis en volume dès le 21 novembre avant d’être publié en tant que roman. Il y imagine la construction d’une utopie, une île à hélice, sur laquelle ne vivraient que des milliardaires. Dès le départ, à l’instar de ce modeste quatuor de musiciens victime des caprices de ces milliardaires, Jules Verne se lance dans une critique violente contre le capitalisme et son arrogance en décrivant comment un progrès technique, qui aurait pu intéresser le plus grand, est finalement détourné pour ne servir que le confort d’une certaine classe. Et cette critique se renforce, alors qu’au gré des pérégrinations de l’île à travers le Pacifique, sa population est mise en contraste avec le naturel des îles abordées et de leurs populations plus primitives. Mais aussi utopique que puisse être Standard Island celle-ci ne survivra pas face à la nature humaine, cherchant continuellement à se regrouper en clans adverses, ici en Babordais et Tribordais, pour se disputer sur tout et rien.Comme à son habitude Jules Verne en profite pour étaler tout son savoir sur les régions traversés par l’île, lui-même n’ayant pas été à l’Océan Pacifique mais informé par de nombreux récits de voyage de l’époque. Il nous fait ainsi découvrir ces îles paradisiaques que sont l’archipel hawaïien, les îles Fidji, les îles Sandwich et bien d’autres.
Ce roman, contrairement aux autres de l’auteur, manque hélas cruellement d’action et d’intrigue. Les descriptions sont longues et nombreuses, et ce n’est que vers la fin que l’action commence à réellement se mettre en place.
Il n’empêche que L’île à hélice séduit grâce à son humour bon enfant, ses personnages attachants… et nul autre que Jules Verne pour nous conter les magnificences de notre Terre.
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Extrait : premier chapitre
Le Quatuor Concertant
Lorsqu’un voyage commence mal, il est rare qu’il finisse bien. Tout au moins, est-ce une opinion qu’auraient le droit de soutenir quatre instrumentistes, dont les instruments gisent sur le sol. En effet, le coach, dans lequel ils avaient dû prendre place à la dernière station du rail-road, vient de verser brusquement contre le talus de la route.
«Personne de blessé?… demande le premier, qui s’est lestement redressé sur ses jambes.
– J’en suis quitte pour une égratignure! répond le second, en essuyant sa joue zébrée par un éclat de verre.
– Moi pour une écorchure!» réplique le troisième, dont le mollet perd quelques gouttes de sang.
Tout cela peu grave, en somme.
«Et mon violoncelle?… s’écrie le quatrième. Pourvu qu’il ne soit rien arrivé à mon violoncelle!»
Par bonheur, les étuis sont intacts. Ni le violoncelle, ni les deux violons, ni l’alto, n’ont souffert du choc, et c’est à peine s’il sera nécessaire de les remettre au diapason. Des instruments de bonne marque, n’est-il pas vrai?
«Maudit chemin de fer qui nous a laissés en détresse à moitié route!… reprend l’un.
– Maudite voiture qui nous a chavirés en pleine campagne déserte!… riposte l’autre.
– Juste au moment où la nuit commence à se faire!… ajoute le troisième.
– Heureusement, notre concert n’est annoncé que pour après-demain!» observe le quatrième.
Puis, diverses réparties cocasses de s’échanger entre ces artistes, qui ont pris gaiement leur mésaventure. Et l’un d’eux, suivant une habitude invétérée, empruntant ses calembredaines aux locutions de la musique, de dire:
«En attendant, voilà notre coach mi sur le do!
– Pinchinat! crie l’un de ses compagnons.
– Et mon opinion, continue Pinchinat, c’est qu’il y a un peu tropd’accidents à la, clef!
– Te tairas-tu?…
– Et que nous ferons bien de transposer nos morceaux dans un autre coach!» ose ajouter Pinchinat.
Oui! un peu trop d’accidents, en effet, ainsi que le lecteur ne va pas tarder à l’apprendre.
Tous ces propos ont été tenus en français. Mais ils auraient pu l’être en anglais, car ce quatuor parle la langue de Walter Scott et de Cooper comme sa propre langue, grâce à de nombreuses pérégrinations au milieu des pays d’origine anglo-saxonne. Aussi est-ce en cette langue qu’ils viennent interpeller le conducteur du coach.
Le brave homme a le plus souffert, ayant été précipité de son siège à l’instant où s’est brisé l’essieu de l’avant-train. Toutefois, cela se réduit à diverses contusions moins graves que douloureuses. Il ne peut marcher cependant par suite d’une foulure. De là, nécessité de lui trouver quelque mode de transport jusqu’au prochain village.
C’est miracle, en vérité, que l’accident n’ait provoqué mort d’homme. La route sinue à travers une contrée montagneuse, rasant des précipices profonds, bordée en maints endroits de torrents tumultueux, coupée de gués malaisément praticables Si l’avant-train se fût rompu quelques pas en aval, nul doute que le véhicule eût roulé sur les roches de ces abîmes, et peut-être personne n’aurait-il survécu à la catastrophe.
Quoi qu’il en soit, le coach est hors d’usage. Un des deux chevaux, dont la tête a heurté une pierre aiguë, râle sur le sol. L’autre est assez grièvement blessé à la hanche. Donc, plus de voiture et plus d’attelage.
En somme, la mauvaise chance ne les aura guère épargnés, ces quatre artistes, sur les territoires de la Basse-Californie. Deux accident en vingt-quatre heures… et, à moins qu’on ne soit philosophe…
A cette époque, San-Francisco, la capitale de l’État, est en communication directe par voie ferrée avec San-Diégo, située presque à la frontière de la vieille province californienne. C’est vers cette importante ville, où ils doivent donner le surlendemain un concert très annoncé et très attendu, que se dirigeaient les quatre voyageurs. Parti la veille de San-Francisco, le train n’était guère qu’à une cinquantaine de milles de San-Diégo, lorsqu’un premier contretemps s’est produit.
Oui, contretemps! comme le dit le plus jovial de la troupe, et l’on voudra bien tolérer cette expression de la part d’un ancien lauréat de solfège.
Et s’il y a eu une halte forcée à la station de Paschal, c’est que la voie avait été emportée par une crue soudaine sur une longueur de trois à quatre milles. Impossible d’aller reprendre le rail-road à deux milles au delà, le transbordement n’ayant pas encore été organisé, car l’accident ne datait que de quelques heures.
Il a fallu choisir: ou attendre que la voie fût redevenue praticable, ou prendre, à la prochaine bourgade, une voiture quelconque pour San-Diégo.
C’est à cette dernière solution que s’est arrêté le quatuor. Dans un village voisin, on a découvert une sorte de vieux landau sonnant la ferraille, mangé des mites, pas du tout confortable. On a fait prix avec le louager, on a amorcé le conducteur par la promesse d’un bon pourboire, on est parti avec les instruments sans les bagages. Il était environ deux heures de l’après-midi, et, jusqu’à sept heures du soir, le voyage s’est accompli sans trop de difficultés ni trop de fatigues. Mais voici qu’un deuxième contretemps vient de se produire: versement du coach, et si malencontreux qu’il est impossible de se servir dudit coach pour continuer la route.
Et le quatuor se trouve à une bonne vingtaine de milles de San-Diégo!
Aussi, pourquoi quatre musiciens, Français de nationalité, et, qui plus est, Parisiens de naissance, se sont-ils aventurés à travers ces régions invraisemblables de la Basse-Californie?
Pourquoi?… Nous allons le dire sommairement, et peindre de quelques traits les quatre virtuoses que le hasard, ce fantaisiste distributeur de rôles, allait introduire parmi les personnages de cette extraordinaire histoire.
Dans le cours de cette année-là, – nous ne saurions la préciser à trente ans près, – les États-Unis d’Amérique ont doublé le nombre des étoiles du pavillon fédératif. Ils sont dans l’entier épanouissement de leur puissance industrielle et commerciale, après s’être annexé le Dominion et Canada jusqu’aux dernières limites de la mer polaire, les provinces mexicaines, guatémaliennes, hondurassiennes, nicaraguiennes et costariciennes jusqu’au canal de Panama. En même temps, le sentiment de l’art s’est développé chez ces Yankees envahisseurs, et si leurs productions se limitent à un chiffre restreint dans le domaine du beau, si leur génie national se montre encore un peu rebelle en matière de peinture, de sculpture et de musique, du moins le goût des belles œuvres s’est-il universellement répandu chez eux. A force d’acheter au poids de l’or les tableaux des maîtres anciens et modernes pour composer des galeries privées ou publiques, à force d’engager à des prix formidables les artistes lyriques ou dramatiques de renom, les instrumentistes du plus haut talent, ils se sont infusé le sens des belles et nobles choses qui leur avait manqué si longtemps.
En ce qui concerne la musique, c’est à l’audition des Meyerbeer, des Halévy, des Gounod, des Berlioz, des Wagner, des Verdi, des Massé, des Saint-Saëns, des Reyer, des Massenet, des Delibes, les célèbres compositeurs de la seconde moitié du XIXe siècle, que se sont d’abord passionnés les dilettanti du nouveau continent. Puis, peu à peu, ils sont venus à la compréhension de l’œuvre plus pénétrante des Mozart, des Haydn, des Beethoven, remontant vers les sources de cet art sublime, qui s’épanchait à pleins bords au cours de XVIIIe siècle. Après les opéras, les drames lyriques, après les drames lyriques, les symphonies, les sonates, les suites d’orchestre. Et, précisément, à l’heure où nous parlons, la sonate fait fureur chez les divers États de l’Union. On la paierait volontiers à tant la note, vingt dollars la blanche, dix dollars la noire, cinq dollars la croche.
C’est alors que, connaissant cet extrême engouement, quatre instrumentistes de grande valeur eurent l’idée d’aller demander le succès et la fortune aux États-Unis d’Amérique. Quatre bons camarades, anciens élèves du Conservatoire, très connus à Paris, très appréciés aux auditions de ce qu’on appelle «la musique de chambre», jusqu’alors peu répandue dans le Nord-Amérique. Avec quelle rare perfection, quel merveilleux ensemble, quel sentiment profond, ils interprétaient les œuvres de Mozart, de Beethoven, de Mendelsohn, d’Haydn, de Chopin, écrites pour quatre instruments à cordes, un premier et un second violon, un alto, un violoncelle! Rien de bruyant, n’est-il pas vrai, rien qui dénotât le métier, mais quelle exécution irréprochable, quelle incomparable virtuosité! Le succès de ce quatuor est d’autant plus explicable qu’à cette époque on commençait à sa fatiguer des formidables orchestres harmoniques et symphoniques. Que la musique ne soit qu’un ébranlement artistement combiné des ondes sonores, soit. Encore ne faut-il pas déchaîner ces ondes en tempêtes assourdissantes.
Bref, nos quatre instrumentistes résolurent d’initier les Américains aux douces et ineffables jouissances de la musique de chambre. Ils partirent de conserve pour le nouveau monde, et, pendant ces deux dernières années, les dilettanti yankees ne leur ménagèrent ni les hurrahs ni les dollars. Leurs matinées ou soirées musicales furent extrêmement suivies. Le Quatuor Concertant – ainsi les désignait-on, – pouvait à peine suffire aux invitations des riches particuliers. Sans lui, pas de fête, pas de réunion, pas de raout, pas de five o’clock, pas de garden-partys même qui eussent mérité d’être signalés à l’attention publique. A cet engouement, ledit quatuor avait empoché de fortes sommes, lesquelles, si elles se fussent accumulées dans les coffres de la Banque de New-York, auraient constitué déjà un joli capital. Mais pourquoi ne point l’avouer? Ils dépensent largement, nos Parisiens américanisés! Ils ne songent guère à thésauriser, ces princes de l’archet, ces rois des quatre cordes! Ils ont pris goût à cette existence d’aventures, assurés de rencontrer partout et toujours bon accueil et bon profit, courant de New-York à San-Francisco, de Québec à la Nouvelle-Orléans, de la Nouvelle-Écosse au Texas, enfin quelque peu bohèmes, – de cette Bohême de la jeunesse, qui est bien la plus ancienne, la plus charmante, la plus enviable, la plus aimée province de notre vieille France!
Nous nous trompons fort, ou le moment est venu de les présenter individuellement et nommément à ceux de nos lecteurs qui n’ont jamais eu et n’auront même jamais le plaisir de les entendre.
Yvernès, – premier violon, – trente-deux ans, taille au-dessus de la moyenne, ayant eu l’esprit de rester maigre, cheveux blonds aux pointes bouclées, figure glabre, grands yeux noirs, mains longues, faites pour se développer démesurément sur la touche de son Guarnérius, attitude élégante, aimant à se draper dans un manteau de couleur sombre, se coiffant volontiers du chapeau de soie à haute forme, un peu poseur peut-être, et, à coup sûr, le plus insoucieux de la bande, le moins préoccupé des questions d’intérêt, prodigieusement artiste, enthousiaste admirateur des belles choses, un virtuose de grand talent et de grand avenir.
Frascolin, – deuxième violon, – trente ans, petit avec une tendance à l’obésité, ce dont il enrage, brun de cheveux, brun de barbe, tête forte, yeux noirs, nez long aux ailes mobiles et marqué de rouge à l’endroit où portent les pinces de son lorgnon de myope à monture d’or dont il ne saurait se passer, bon garçon, obligeant, serviable, acceptant les corvées pour en décharger ses compagnons, tenant la comptabilité du quatuor, prêchant l’économie et n’étant jamais écouté, pas du tout envieux des succès de son camarade Yvernès, n’ayant point l’ambition de s’élever jusqu’au pupitre du violon solo, excellent milicien d’ailleurs, – et alors revêtu d’un ample cache-poussière par-dessus son costume de voyage.
Pinchinat, – alto, que l’on traite généralement de «Son Altesse», vingt-sept ans, le plus jeune de la troupe, le plus folâtre aussi, un de ces types incorrigibles qui restent gamins leur vie entière, tête fine, yeux spirituels toujours en éveil, chevelure tirant sur le roux, moustaches en pointe, langue claquant entre ses dents blanches et acérées, indécrottable amateur de calembredaines et calembours, prêt à l’attaque comme à la riposte, la cervelle en perpétuel emballement, ce qu’il attribue à la lecture des diverses clés d’utqu’exigé son instrument, – «un vrai trousseau de ménagère», disait-il, – d’une bonne humeur inaltérable, se plaisant aux farces sans s’arrêter aux désagréments qu’elles pouvaient attirer sur ses camarades, et, pour cela, maintes fois réprimandé, morigéné, «attrapé» par le chef du Quatuor Concertant.
Car il y a un chef, le violoncelliste Sébastien Zorn, chef par son talent, chef aussi par son âge, – cinquante-cinq ans, petit, boulot, resté blond, les cheveux abondants et ramenés en accroche-cœurs sur les tempes, la moustache hérissée se perdant dans le fouillis des favoris qui finissent en pointes, le teint de brique cuite, les yeux luisant à travers les lentilles de ses lunettes qu’il double d’un lorgnon lorsqu’il déchiffre, les mains potelées, la droite, accoutumée aux mouvements ondulatoires de l’archet, ornée de grosses bagues à l’annulaire et au petit doigt.
Nous pensons que ce léger crayon suffit à peindre l’homme et l’artiste. Mais ce n’est pas impunément que, pendant une quarantaine d’années, on a tenu une boîte sonore entre ses genoux. On s’en ressent toute sa vie, et le caractère en est influencé. La plupart des violoncellistes sont loquaces et rageurs, ayant le verbe haut, la parole débordante, non sans esprit d’ailleurs. Et tel est bien Sébastien Zorn, auquel Yvernès, Frascolin, Pinchinat ont très volontiers abandonné la direction de leurs tournées musicales. Ils le laissent dire et faire, car il s’y entend. Habitués à ses façons impérieuses, ils en rient lorsqu’elles «dépassent la mesure», – ce qui est regrettable chez un exécutant, ainsi que le faisait observer cet irrespectueux Pinchinat. La composition des programmes, la direction des itinéraires, la correspondance avec les imprésarios, c’est à lui que sont dévolues ces occupations multiples qui permettent à son tempérament agressif de se manifester en mille circonstances. Où il n’intervenait pas, c’était dans la question des recettes, dans le maniement de la caisse sociale, confiée aux soins du deuxième violon et premier comptable, le minutieux et méticuleux Frascolin.
Le quatuor est maintenant présenté, comme il l’eût été sur le devant d’une estrade. On connaît les types, sinon très originaux, du moins très distincts qui le composent. Que le lecteur permette aux incidents de cette singulière histoire de se dérouler: il verra quelle figure sont appelés à y faire ces quatre Parisiens, lesquels, après avoir recueilli tant de bravos à travers les États de la Confédération américaine, allaient être transportés… Mais n’anticipons pas, «ne pressons pas le mouvement!» s’écrierait Son Altesse, et ayons patience.
Les quatre Parisiens se trouvent donc, vers huit heures du soir, sur une route déserte de la Basse-Californie, près des débris de leur «voiture versée» – musique de Boieldieu, a dit Pinchinat. Si Frascolin, Yvernès et lui ont pris philosophiquement leur parti de l’aventure, si elle leur a même inspiré quelques plaisanteries de métier, on admettra que ce soit pour le chef du quatuor l’occasion de se livrer à un accès de colère. Que voulez-vous? Le violoncelliste a le foie chaud, et, comme on dît, du sang sous les ongles. Aussi Yvernès prétend-il qu’il descend de la lignée des Ajax et des Achille, ces deux illustres rageurs de l’antiquité.
Pour ne point l’oublier, mentionnons que si Sébastien Zorn est bilieux, Yvernès flegmatique, Frascolin paisible, Pinchinat d’une surabondante jovialité, – tous, excellents camarades, éprouvent les uns pour les autres une amitié de frères. Ils se sentent réunis par un lien que nulle discussion d’intérêt ou d’amour-propre n’aurait pu rompre, par une communauté de goûts puisés à la même source. Leurs cœurs, comme ces instruments de bonne fabrication, tiennent toujours l’accord.
Tandis que Sébastien Zorn peste, en palpant l’étui de son violoncelle pour s’assurer qu’il est sain et sauf, Frascolin s’approche du conducteur:
«Eh bien, mon ami, lui demande-t-il, qu’allons-nous faire, s’il vous plaît?
– Ce que l’on fait, répond l’homme, quand on n’a plus ni chevaux ni voiture… attendre…
– Attendre qu’il en vienne! s’écrie Pinchinat. Et s’il n’en doit pas venir…
– On en cherche, observe Frascolin, que son esprit pratique n’abandonne jamais.
– Où?… rugit Sébastien Zorn, qui se démenait fiévreusement sur la route.
– Où il y en a! réplique le conducteur.
– Hé! dites donc, l’homme au coach, reprend le violoncelliste d’une voix qui monte peu à peu vers les hauts registres, est-ce que c’est répondre, cela! Comment… voilà un maladroit qui nous verse, brise sa voiture, estropie son attelage, et il se contente de dire: «Tirez-vous delà comme vous pourrez!…»
Entraîné par sa loquacité naturelle, Sébastien Zorn commence à se répandre en une interminable série d’objurgations à tout le moins inutiles, lorsque Frascolin l’interrompt par ces mots:
«Laisse-moi faire, mon vieux Zorn.»
Puis, s’adressant de nouveau au conducteur:
«Où sommes-nous, mon ami?…
– A cinq milles de Freschal.
– Une station de railway?…
– Non… un village près de la côte.
– Et y trouverons-nous une voiture?…
– Une voiture… point… peut-être une charrette…
– Une charrette à bœufs, comme au temps des rois mérovingiens! s’écrie Pinchinat.
– Qu’importé! dit Frascolin.
– Eh! reprend Sébastien Zorn, demande-lui plutôt s’il existe une auberge dans ce trou de Freschal… J’en ai assez de courir la nuit…
– Mon ami, interroge Frascolin, y a-t-il une auberge quelconque à Freschal?…
– Oui… l’auberge où nous devions relayer.
– Et pour rencontrer ce village, il n’y a qu’à suivre la grande route?…
– Tout droit.
– Partons! clame le violoncelliste.
– Mais, ce brave homme, il serait cruel de l’abandonner là… en détresse, fait observer Pinchinat. Voyons, mon ami, ne pourriez-vous pas… en vous aidant…
– Impossible! répond le conducteur. D’ailleurs, je préfère rester ici… avec mon coach… Quand le jour sera revenu, je verrai à me sortir de là…
– Une fois à Freschal, reprend Frascolin, nous pourrions vous envoyer du secours…
– Oui… l’aubergiste me connaît bien, et il ne me laissera pas dans l’embarras…
– Partons-nous?… s’écrie le violoncelliste, qui vient de redresser l’étui de son instrument.
– A l’instant, réplique Pinchinat. Auparavant, un coup de main pour déposer notre conducteur le long du talus…»
En effet, il convient de le tirer hors de la route, et, comme il ne peut se servir de ses jambes fort endommagées, Pinchinat et Frascolin le soulèvent, le transportent, l’adossent contre les racines d’un gros arbre dont les basses branches forment en retombant un berceau de verdure.
«Partons-nous?… hurle Sébastien Zorn une troisième fois, après avoir assujetti l’étui sur son dos, au moyen d’une double courroie disposée ad hoc.
– Voilà qui est fait,» dit Frascolin.
Puis, s’adressant à l’homme:
«Ainsi, c’est bien entendu… l’aubergiste de Freschal vous enverra du secours… Jusque là, vous n’avez besoin de rien, n’est-ce pas, mon ami?…
– Si… répond le conducteur, d’un bon coup de gin, s’il en reste dans vos gourdes.»
La gourde de Pinchinat est encore pleine, et Son Altesse en fait volontiers le sacrifice.
«Avec cela, mon bonhomme, dit-il, vous n’aurez pas froid cette nuit… à l’intérieur!»
Une dernière objurgation du violoncelliste décide ses compagnons à se mettre en route. Il est heureux que leurs bagages soient dans le fourgon du train, au lieu d’avoir été chargés sur le coach. S’ils arrivent à San-Diégo avec quelque retard, du moins nos musiciens n’auront pas la peine de les transporter jusqu’au village de Freschal. C’est assez des boîtes à violon, et, surtout, c’est trop de l’étui à violoncelle. Il est vrai, un instrumentiste, digne de ce nom, ne se sépare jamais de son instrument, – pas plus qu’un soldat de ses armes ou un limaçon de sa coquille.
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Présente édition : Editions Alphée, 17 mars 2005, 639 pages
Voir également :
- Voyage au centre de la Terre - Jules Verne (1864), présentation et extrait
- Les forceurs de blocus - Jules Verne (1865), présentation
- Les enfants du Capitaine Grant - Jules Verne (1868), présentation
- Vingt mille lieues sous les mers - Jules Verne (1869), présentation
- Une ville flottante - Jules Verne (1871), présentation et extrait
- Le Tour du monde en Quatre-vingts jours - Jules Verne (1872), présentation et extrait
- L'île mystérieuse - Jules Verne (1874), présentation
- Les Indes noires - Jules Verne (1877), présentation
- Les Tribulations d'un Chinois en Chine - Jules Verne (1879), présentation et extrait
- Les 500 millions de la Bégum - Jules Verne (1879), présentation et extrait
- Kéraban-le-Têtu - Jules Verne (1883), présentation et extrait
- Robur le Conquérant - Jules Verne (1885), présentation
- Le Château des Carpathes - Jules Verne (1889), présentation
- Le village aérien - Jules Verne (1901), présentation et extrait
- Maître du monde - Jules Verne (1904), présentation et extrait
10:43 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Verne, Jules | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jules verne, l'ile a helice, litterature francaise, romans d aventures, les voyages extraordinaires, science-fiction |
|
Facebook | |
Imprimer |





