mercredi, 07 septembre 2011
La prison ruinée - Brigitte Brami - 2011
Brigitte Brami a passé cinq mois en prison à Fleury-Merogis, le plus grand centre pénitencier européen dans la banlieue sud de Paris. Avant, elle était une jeune femme comme toute autre qui se rendait de temps à autre chez un psychiatre pour aller mieux. Pas de casier judiciaire, pas de passé délinquant, sauf peut-être un comportement trop empressant envers son thérapeute qui lui vaudra une condamnation à la prison ferme. Mais qu’importe son incarcération la changera du tout au tout. Elle connaîtra la séquestration, la cavale, les agressions multiples , les humiliations... et après : une vie à reconstruire.
La prison ruinée de Brigitte Brami est un récit sobre et magnifique, personnel et tellement universel sur le destin d’une femme et de son expérience d’incarcération. Loin des clichés du genre elle nous raconte la vie dans une société qui se crée derrière les barreaux avec ses règles, ses complicités, sa solidarité, ses amours... bref, un autre monde, pourtant si proche avec ses valeurs bien autres et d’autant plus réelles. Un monde duquel on ne ressort pas forcément indemne non plus lorsque ses valeurs se retrouvent à nouveau corrompues par la société du dehors.
Ce récit frappe et émeut tout en bouleversant toutes les idées préconçues sur le sujet. Et malgré ses quarante pages à peine, un livre presque aussitôt ouvert aussitôt lu, il marquera les esprits pendant encore bien longtemps.
Un récit à découvrir !
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Présente édition : éditions Indigène, 24 février 2011, 40 pages
22:47 Écrit par Marc dans Brami, Brigitte, Critiques littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : essais, essais de societe, brigitte brami, prison, romans de societe, litterature francaise, la prison ruinee, recits biographiques |
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samedi, 09 avril 2011
L’étreinte fugitive (The Elusive Embrace) - Daniel Mendelsohn - 1999
Biographie ou autofiction ? Dans l’étreinte fugitive Daniel Mendelsohn, auteur américain remarqué depuis la parution de Les Disparus, revient sur son enfance dans une famille juive, son identité gay, sa jeunesse incandescente et hantée jusqu’au jour où tout est bouleversé lorsqu’une amie lui propose d’incarner le père auprès d’un enfant qu’elle porte, et alors sa vie va se partager entre les “garçons” de Chelsea qu’il aime tant et sa vie familiale en banlieue.
Et de tout cela c’est biensûr une réflexion sur l’identité qui ressort, à la fois puissante et tout en finesse et où de poèmes en latin et de tragédies grecques on passe aux chats sur internet et les backrooms. Si la trame est autobiographique tout ne l’est pas forcément, et qu’importe, le plaisir de lecture y est pour sûr !
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Présente édition : traduit de l'américain par Pierre Guglielmina, 2 mars 2011, 284 pages
21:50 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Mendelsohn, Daniel | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : recits biographiques, litterature americaine, l etreinte fugitive, biographie, auto-fiction, gay |
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samedi, 29 janvier 2011
Montand : Le livre du souvenir - Bernard Pascuito - 1992, 2011
Yves Montand, né Ivo Livi à Monsummano Alto en Italie, va peu à peu devenir l’une des figures les plus marquantes de la culture française. A la fois acteur de cinéma, chanteur, danseur interprète et bien d’autres cet homme de spectacle exceptionnel va connaître une carrière fulgurante de par le monde, des Etats-Unis au Japon. A sa mort en 1991, un quotidien nippon lui offrira même sa une.
Mais qu’en est-il de l’homme qui se cache derrière ce personnage aux mille facettes. Le biographe Bernard Pascuito revient ainsi sur la vie du grand Montand dans cette biographie rédigée en 1992, un an après la mort de la star, en y retracant le parcours parfois difficile du jeune immigré italien, ses débuts en France, ses succès outre-atlantiques, mais aussi sa vie privée, son mariage avec Simone Signoret, sa liaison avec Marylin Monroe, son engagement politique, et puis sa mort. Une carrière riche, brillante, glorieuse...une vie sur laquelle encore aujourd’hui, des années après sa mort, il vaut la peine de se repencher à travers de cette belle biographie richement illustrée et bien documentée à l’aide d’une enquête menée auprès des proches du charismatique chanteur.
Cette biographie est parue initialement aux éditions Sand en 1992, et reparaît en 2011 aux éditions J’ai Lu dans un format semi-poche gardant les riches illustrations de l’édition originale.
Montand : Le livre du souvenir de Bernard Pascuito est certainement la référence concernant cet artiste charismatique qui a tant marqué son siècle.
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Présente édition : Editions J’ai Lu, 5 janvier 2011, 283 pages
12:09 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Pascuito, Bernard | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : litterature francaise, yves montand, bernard pascuito, biographies, recits biographiques, le livre du souvenir |
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samedi, 20 juin 2009
René Jacobs, Prima la musica, prime le parole - Nicolas Blanmont - 2009

René Jacobs est depuis un certain temps devenu une véritable référence dans le monde de la musique classique. Son parcours étonnant et plein de succès est retracé dans ce livre Prima la musica, prime le parole du journaliste belge Nicolas Blanmont.
Mais qui est René Jacobs ? Un contre-ténor et chef d'orchestre belge originaire de la ville de Gand où, encore enfant, il découvre pour la première l'opéra. Cet art deviendra vite une passion pour lui.
Il étudie la philologie classique tout en approfondissant sa formation à Bruxelles et à La Haye. Il rencontre Alfred Deller, les frères Kuijken et Gustav Leonhardt, qui l’encourageront à se spécialiser dans le registre de contre-ténor. Il deviendra l’un des plus éminents représentants de cette voix, donnant récitals et concerts à travers le monde entier.
Passionné par l’immense répertoire baroque restant à découvrir, il crée dès 1977 son propre ensemble, le Concerto Vocale. Son activité de chef le conduira à diriger sur les grandes scènes européennes les opéras de Monteverdi, Cesti, Cavalli, Gluck ou Haendel, mais ce sont également ses interprétations des opéras de Mozart, à la scène comme au disque, qui viendront bouleverser la hiérarchie des valeurs.
Le succès remporté par René Jacobs tient aussi à l’importance qu’il a toujours su donner à la dimension littéraire et poétique des œuvres abordées. Doté d’un grand sens théâtral, c’est un chef qui s’implique corps et âme dans toute la dimension scénique de l’opéra.
Voilà résumé sa biographie, reprise dans ce texte qui la retrace en détail aidé de nombreuses références. Le livre est de plus augmenté d'une importante discographie de René Jacobs, reprenant également ses multiples productions. Nicolas Blanmont revient sur ce parcours exceptionnel en nous faisant découvrir les multiples facettes du musicien, et cela dans un style minutieux et objectif,qui hélas manque un peu de vie et ne sort guère de la contemplation. Avant de s'aventurer dans cette lecture, mieux vaut aussi connaître au préalable le travail de Jacobs.
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17:57 Écrit par Marc dans Blanmont, Nicolas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rene jacobs, litterature belge, nicolas blanmont, musique, opera, recits biographiques |
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mercredi, 04 février 2009
De la part de la princesse morte - Kenizé Mourad - 1987

1918, Istamboul, à la cour du dernier sultan de l’Empire ottoman. La petite princesse héritière Selma, âgée d’à peine sept ans ne sait pas encore que son destin ne sera peut-être pas de prendre la place de son père, car le pays est prêt à s’engager dans la Première Guerre mondiale, conflit qui mettra fin à jamais à l’Empire ottoman pour faire place à la République. La famille impériale est condamnée à l’exil pour s’installer au Liban. Selma, qui a perdu à la fois son pays et son père, y sera " la princesse aux bas reprisés ". C'est à Beyrouth qu'elle grandira et rencontrera son premier amour, un jeune chef druze ; amour tôt brisé. Elle épousera ensuite un prince indien, et à ses côtés, elle connaîtra le faste de la vie des maharajas indiens ainsi que les derniers jours de l’Empire britannique. Un nouvel empire qui tombe, un nouvel exil pour Selma, l’éternelle étrangère, qui se réfugie à Paris où elle pense trouver enfin le véritable amour. Un enfant naîtra de cette union, la narratrice…
De la part de la princesse morte est un plutôt beau roman historique nous décrivant un destin des plus inhabituels, celle d’une princesse déchue qui connaîtra les nombreux bouleversements de ce XXèeme siècle, depuis la chute de l’Empire ottoman au britannique en passant par de multiples guerres. Ce roman est d’ailleurs presque autobiographique, presque, car l’écrivaine Kenizé Mourad ne connaît qu’en de grandes lignes l’histoire de sa mère la princesse. Suite à ce roman elle écrira d’ailleurs un second roman Le Jardin de Badalpour (1998), retraçant sa vie à elle, héritière d’une femme au destin si exceptionnel. Ce mélange fiction et documentaire réaliste est parfois un peu dérangeant, le style journalistique de l’auteur vient plus d’une fois troubler ce qui est censé être le texte d’une romancière. L’auteur force de plus un peu trop sur le côté sentimental et dramatique, de plus les personnages sont parfois trop théâtraux. Certains se lasseront d’ailleurs assez vite de cette aventure. Il en reste cependant une belle vision de l’Histoire de ce XXème siècle, si riche en bouleversements, et cela particulièrement en ce qui concerne l’histoire turque, libanaise, et indienne.
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Extrait :
Selma a sauté de voiture, elle court dans le sentier au milieu des herbes hautes et des buissons de genêts, la tête renversée vers le ciel, les bras ouverts comme pour embrasser toute cette splendeur, l'absorber, la faire sienne, elle court, elle ne veut plus s'arrêter. Elle entend dans le lointain Orhan qui l'appelle, mais elle ne se retournera pas, elle veut être seule avec cette nature qui la rend à elle-même, lui est plus familière que l'amie la plus chère, cette nature à laquelle elle s'abandonne sans crainte d'être abandonnée, et que par tous ses pores elle sent entrer en elle, lui redonner force, intensité.
Elle s'est jetée dans l'herbe, avidement elle en respire l'odeur humide, la tête lui tourne ; dans ses jambes, dans son ventre montent les vibrations chaudes de la terre, elle a l'impression de s'y fondre. Elle n'est plus Selma, elle est bien davantage, elle est ce brin d'herbe, et ces feuilles, et cette branche qui s'étire pour atteindre un nuage, elle est cet arbre qui plonge ses racines jusque dans l'antre obscur et mystérieux de sa naissance, elle est le bruissement de la source et son eau transparente qui fuit et toujours reste là ; elle est la caresse du soleil et le tournoiement du vent, elle n'est plus Selma, elle est, tout simplement.
Sur le chemin du retour, la jeune fille ne dira pas un mot. Elle tente de protéger sa joie, flamme fragile. La croyant triste, Orhan s'ingénie à la distraire, lui raconte mille histoires qu'elle n'entend pas. Elle aimerait qu'il se taise… Mais comment lui expliquer que le silence peut-être le plus chaleureux des compagnons, le plus attentif, le plus généreux et que dans le mot "solitude" elle, elle voit "soleil".
Par la suite, lorsque Selma évoquera cette période de son adolescence, elle se dira que c'est ce lien profond avec la nature qui l'a protégée du désespoir, l'a rendue à elle-même. Sans ses longues échappées dans cet univers magique elle n'aurait pas supporté la séparation d'avec tout ce qu'elle aimait, et sans doute n'aurait-elle pu résister à la mélancolie lancinante qui insensiblement envahissait la demeure de la rue Roustem-Pacha.
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Voir également :
- Le Jardin de Badalpour - Kenizé Mourad (1998), présentation
14:17 Écrit par Marc dans Mourad, Kenizé | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : france, inde, paris, turquie, liban, romans historiques, istanbul, litterature francaise, recits biographiques, kenize mourad |
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mercredi, 26 novembre 2008
Jane Eyre - Charlotte Brontë - 1847

Très jeune Jane Eyre se retrouve orpheline et est confiée à la garde d’une tante, Mrs Reed, qui ne la porte hélas guère au cœur. Rejetée par elle et maltraitée par ses enfants, Jane Eyre tente de se rebeller, mais rien n’y fait, jusqu’au jour où elle est envoyée dans un austère internat qui fait appliquer à ses élèves une discipline démesurée. Elle y restera huit longues années avant d’y postuler pour un poste d’enseignante. Insatisfaite, elle décide cependant de quitter l’établissement pour un poste de gouvernante dans une famille riche. Et enfin sa vie peut changer et elle s’épanouir. Mais entre elle et le maître des lieux, Mr Rochester, va peu à peu s’établir une relation plus qu’amicale qui se transforme rapidement en un amour passionné et violent. Hélas Jane Eyre ne connaît pas encore tout du passé des Rochester, et leur immense demeure renferme encore bien des secrets qui s’avéreront dangereux pour elle…
Jane Eyre est un roman de Charlotte Brontë, son premier succès, racontant la vie tumultueuse d’une orpheline dans l’Angleterre du XIXème siècle. Le roman est publié sous le pseudonyme de Currer Bell et va vite faire sensation. Certains se verront scandalisé par ce récit raconté à la première personne, et cela par l’affirmation de soi et de la détermination de l’héroïne, alors que l’époque ne s’y prêtait pas tellement.
Partiellement autobiographique, le roman présente une importante critique sociale de l’époque, surtout concernant la condition féminine. La description de la société victorienne est très forte, l’auteure s’appliquant à mettre en scène toutes les classes sociales et en montrant la dure vie de certaines d’entre elles. Et d’un point de vue social, les clichés et préjugés sont hélas un peu trop fréquents : on constate par exemple que les gens pauvres sont souvent bons et les riches superficiels et sans scrupules. Mais ce qui importe avant c’est Jane Eyre, l’héroïne, dont on découvre tout un univers fait de misère, d’ennui et de solitude ; en bref un magnifique portrait d’une femme de l’époque.
Ecrit dans un style très classique, le roman intègre également de nombreux éléments plus gothiques, tel par exemple l’immense et étrange manoir de Rochester.
Jane Eyre est un roman d’une grande beauté, un grand classique de la littérature britannique du XIXème siècle.
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Extrait : les deux premiers chapitres
Avertissement
On sait le retentissement qu'a eu en Angleterre le premier ouvrage de Currer Bell : il nous a paru si digne de son renom, que nous avons eu le désir d'en faciliter la lecture au public français. Faire partager aux autres l'admiration que nous avons nous-même ressentie, tel est le motif de notre essai de traduction.
Bien que ce livre soit un roman, il n'y faut pas chercher une rapide succession d'événements extraordinaires, de combinaisons artificiellement dramatiques. C'est dans la peinture de la vie réelle, dans l'étude profonde des caractères, dans l'essor simple et franc des sentiments vrais, que la fiction a puisé ses plus grandes beautés.
L'auteur cède la parole à son héroïne, qui nous raconte les faits de son enfance et de sa jeunesse, surtout les émotions qu'elle en éprouve. C'est l'histoire intime d'une intelligence avide, d'un cœur ardent, d'une âme puissante en un mot, placée dans des conditions étroites et subalternes, exposée aux luttes de la vie, et conquérant enfin sa place à force de constance et de courage.
Ce qui nous paraît surtout éminent dans cet ouvrage, plus éminent encore que le grand talent dont il fait preuve, c'est l'énergie morale dont ses pages sont empreintes. Certes, la passion n'y fait pas défaut ; elle y abonde au contraire ; mais au-dessus plane toujours le respect de la dignité humaine, le culte des principes éternels. L'instinct quelquefois s’exalte et s’emporte mais la volonté est bientôt là qui le domine et le dompte. La difficulté de la lutte ne nous est pas voilée ; mais la possibilité, l'honneur de la victoire, éclate toujours. C'est ainsi que ce livre, en nous montrant la vie telle qu'elle est, telle qu'elle doit être, robuste, militante glorieuse en fin de compte, nous élève et nous fortifie.
La vigueur des caractères, des tableaux, des pensées même, a fait d'abord attribuer Jane Eyre à l'inspiration d'un homme, tandis que la finesse de l'analyse, la vivacité des sensations, semblaient trahir un esprit plus subtil, un cœur plus impressionnable. De longs débats se sont engagés à ce sujet entre les curiosités excitées. Aujourd'hui que le pseudonyme de Currer Bell a été soulevé, que l'on sait que cette plume si virile est tenue par la main d'une jeune fille, l'étonnement vient se mêler à l'admiration.
Quant à la traduction, nous l'avons faite avec bonne foi, avec simplicité. Souvent le tour d'une phrase pourrait être plus conforme au génie de notre langue, des équivalents auraient avantageusement remplacé certaines expressions un peu étranges pour notre oreille ; mais nous y aurions perdu, d'un autre côté, une saveur originale, un parfum étranger, qui nous a semblé devoir être conservé. Nous voudrions que l'auteur, qui a eu confiance dans notre tentative, n'eût pas lieu de le regretter.
Chapitre I
Il était impossible de se promener ce jour-là. Le matin, nous avions erré pendant une heure dans le bosquet dépouillé de feuilles ; mais, depuis le dîner (quand il n'y avait personne, Mme Reed dînait de bonne heure), le vent glacé d'hiver avait amené avec lui des nuages si sombres et une pluie si pénétrante, qu'on ne pouvait songer à aucune excursion.
J'en étais contente. Je n'ai jamais aimé les longues promenades, surtout par le froid, et c'était une chose douloureuse pour moi que de revenir à la nuit, les pieds et les mains gelés, le cœur attristé par les réprimandes de Bessie, la bonne d'enfants, et l'esprit humilié par la conscience de mon infériorité physique vis-à-vis d'Éliza, de John et de Georgiana Reed.
Éliza, John et Georgiana étaient groupés dans le salon auprès de leur mère ; celle-ci, étendue sur un sofa au coin du feu, et entourée de ses préférés, qui pour le moment ne se disputaient ni ne pleuraient, semblait parfaitement heureuse. Elle m'avait défendu de me joindre à leur groupe, en me disant qu'elle regrettait la nécessité où elle se trouvait de me tenir ainsi éloignée, mais que, jusqu'au moment où Bessie témoignerait de mes efforts pour me donner un caractère plus sociable et plus enfantin, des manières plus attrayantes, quelque chose de plus radieux, de plus ouvert et de plus naturel, elle ne pourrait pas m'accorder les mêmes privilèges qu'aux petits enfants joyeux et satisfaits.
« Qu'est-ce que Bessie a encore rapporté sur moi ? demandai-je.
– Jane, je n'aime pas qu'on me questionne ! D'ailleurs, il est mal à une enfant de traiter ainsi ses supérieurs. Asseyez-vous quelque part et restez en repos jusqu'au moment où vous pourrez parler raisonnablement. »
Une petite salle à manger ouvrait sur le salon ; je m'y glissai. Il s’y trouvait une bibliothèque ; j'eus bientôt pris possession d'un livre, faisant attention à le choisir orné de gravures. Je me plaçai dans l'embrasure de la fenêtre, ramenant mes pieds sous moi à la manière des Turcs, et, ayant tiré le rideau de damas rouge, je me trouvai enfermée dans une double retraite. Les larges plis de la draperie écarlate me cachaient tout ce qui se trouvait à ma droite ; à ma gauche, un panneau en vitres me protégeait, mais ne me séparait pas d'un triste jour de novembre. De temps à autre, en retournant les feuillets de mon livre, j'étudiais l'aspect de cette soirée d'hiver. Au loin, on voyait une pâle ligne de brouillards et de nuages, plus près un feuillage mouillé, des bosquets battus par l'orage, et enfin une pluie incessante que repoussaient en mugissant de longues et lamentables bouffées de vent.
Je revenais alors à mon livre. C'était l'histoire des oiseaux de l’Angleterre par Berwick. En général, je m’inquiétais assez peu du texte ; pourtant il y avait là quelques pages servant d'introduction, que je ne pouvais passer malgré mon jeune âge. Elles traitaient de ces repaires des oiseaux de mer, de ces promontoires, de ces rochers solitaires habités par eux seuls, de ces côtes de Norvège parsemées d'îles depuis leur extrémité sud jusqu'au cap le plus au nord, « où l'Océan septentrional bouillonne en vastes tourbillons autour de l'île aride et mélancolique de Thull, et où la mer Atlantique se précipite au milieu des Hébrides orageuses. »
Je ne pouvais pas non plus passer sans la remarquer la description de ces pâles rivages de la Sibérie, du Spitzberg, de la Nouvelle-Zemble, de l'Islande, de la verte Finlande ! J'étais saisie à la pensée de cette solitude de la zone arctique, de ces immenses régions abandonnées, de ces réservoirs de glace, où des champs de neiges accumulées pendant des hivers de bien des siècles entassent montagnes sur montagnes pour entourer le pôle, et y concentrent toutes les rigueurs du froid le plus intense.
Je m'étais formé une idée à moi de ces royaumes blêmes comme la mort, idée vague, ainsi que le sont toutes les choses à moitié comprises qui flottent confusément dans la tête des enfants ; mais ce que je me figurais m'impressionnait étrangement. Dans cette introduction, le texte, s'accordant avec les gravures, donnait un sens au rocher isolé au milieu d'une mer houleuse, au navire brisé et jeté sur une côte déserte, aux pâles et froids rayons de la lune qui, brillant à travers une ligne de nuées, venaient éclaircir un naufrage.
Chaque gravure me disait une histoire, mystérieuse souvent pour mon intelligence inculte et pour mes sensations imparfaites, mais toujours profondément intéressante ; intéressante comme celles que nous racontait Bessie, les soirs d'hiver, lorsqu'elle était de bonne humeur et quand, après avoir apporté sa table à repasser dans la chambre des enfants, elle nous permettait de nous asseoir toutes auprès d'elle. Alors, en tuyautant les jabots de dentelle et les bonnets de nuit de Mme Reed, elle satisfaisait notre ardente curiosité par des épisodes romanesques et des aventures tirées de vieux contes de fées et de ballades plus vieilles encore, ou, ainsi que je le découvris plus tard, de Paméla et de Henri, comte de Moreland.
Ayant ainsi Berwick sur mes genoux, j'étais heureuse, du moins heureuse à ma manière ; je ne craignais qu'une interruption, et elle ne tarda pas à arriver. La porte de la salle à manger fut vivement ouverte.
« Hé ! madame la boudeuse, » cria la voix de John Reed…
Puis il s'arrêta, car il lui sembla que la chambre était vide.
« Par le diable, où est-elle ? Lizzy, Georgy, continua-t-il en s'adressant à ses sœurs, dites à maman que la mauvaise bête est allée courir sous la pluie ! »
J'ai bien fait de tirer le rideau, pensai-je tout bas ; et je souhaitai vivement qu'on ne découvrît pas ma retraite. John ne l'aurait jamais trouvée de lui-même ; il n'avait pas le regard assez prompt ; mais Éliza ayant passé la tête par la porte s'écria :
« Elle est certainement dans l'embrasure de la fenêtre ! »
Je sortis immédiatement, car je tremblais à l'idée d'être retirée de ma cachette par John.
« Que voulez-vous ? demandai-je avec une respectueuse timidité.
– Dites : « Que voulez-vous, monsieur Reed ? » me répondit-on. Je veux que vous veniez ici ! » Et, se plaçant dans un fauteuil, il me fit signe d'approcher et de me tenir debout devant lui !
John était un écolier de quatorze ans, et je n'en avais alors que dix. Il était grand et vigoureux pour son âge ; sa peau était noire et malsaine, ses traits épais, son visage large, ses membres lourds, ses extrémités très développées. Il avait l'habitude de manger avec une telle voracité, que son teint était devenu bilieux, ses yeux troubles, ses joues pendantes. Il aurait dû être alors en pension ; mais sa mère l'avait repris un mois ou deux, à cause de sa santé. M. Miles, le maître de pension, affirmait pourtant que celle-ci serait parfaite si l'on envoyait un peu moins de gâteaux et de plats sucrés ; mais la mère s'était récriée contre une aussi dure exigence, et elle préféra se faire à l'idée plus agréable que la maladie de John venait d'un excès de travail ou de la tristesse de se voir loin des siens.
John n'avait beaucoup d'affection ni pour sa mère ni pour ses sœurs. Quant à moi, je lui étais antipathique : il me punissait et me maltraitait, non pas deux ou trois fois par semaine, non pas une ou deux fois par jour, mais continuellement. Chacun de mes nerfs le craignait, et chaque partie de ma chair ou de mes os tressaillait quand il approchait. Il y avait des moments où je devenais sauvage par la terreur qu'il m'inspirait ; car, lorsqu'il me menaçait ou me châtiait, je ne pouvais en appeler à personne. Les serviteurs auraient craint d'offenser leur jeune maître en prenant ma défense, et Mme Reed était aveugle et sourde sur ce sujet ! Jamais elle ne le voyait me frapper, jamais elle ne l'entendait m'insulter, bien qu'il fît l'un et l'autre en sa présence.
J'avais l'habitude d'obéir à John. En entendant son ordre, je m'approchai donc de sa chaise. Il passa trois minutes environ à me tirer la langue ; je savais qu'il allait me frapper, et, en attendant le coup, je regardais vaguement sa figure repoussante.
Je ne sais s'il lut ma pensée sur mon visage, mais tout à coup il se leva sans parler et me frappa rudement. Je chancelai, et, en reprenant mon équilibre, je m'éloignai d'un pas ou deux.
« C'est pour l'impudence avec laquelle vous avez répondu à maman, me dit-il, et pour vous être cachée derrière le rideau, et pour le regard que vous m'avez jeté il y a quelques instants. »
Accoutumée aux injures de John, je n'avais jamais eu l'idée de lui répondre, et j'en appelais à toute ma fermeté pour me préparer à recevoir courageusement le coup qui devait suivre l'insulte.
« Que faisiez-vous derrière le rideau ? me demanda-t-il.
– Je lisais.
– Montrez le livre. »
Je retournai vers la fenêtre et j'allai le chercher en silence.
« Vous n'avez nul besoin de prendre nos livres ; maman dit que vous dépendez de nous ; vous n'avez pas d'argent, votre père ne vous en a pas laissé ; vous devriez mendier, et non pas vivre ici avec les enfants riches, manger les mêmes aliments qu'eux, porter les mêmes vêtements, aux dépens de notre mère ! Maintenant je vais vous apprendre à piller ainsi ma bibliothèque : car ces livres m'appartiennent, toute la maison est à moi ou le sera dans quelques années ; allez dans l'embrasure de la porte, loin de la glace et de la fenêtre. »
Je le fis sans comprendre d'abord quelle était son intention ; mais quand je le vis soulever le livre, le tenir en équilibre et faire un mouvement pour le lancer, je me reculai instinctivement en jetant un cri. Je ne le fis pourtant point assez promptement. Le volume vola dans l'air, je me sentis atteinte à la tête et blessée. La coupure saigna ; je souffrais beaucoup ; ma terreur avait cessé pour faire place à d'autres sentiments.
« Vous êtes un méchant, un misérable, m'écriai-je ; un assassin, un empereur romain. »
Je venais justement de lire l'histoire de Rome par Goldsmith, et je m'étais fait une opinion sur Néron, Caligula et leurs successeurs.
« Comment, comment ! s'écria-t-il, est-ce bien à moi qu'elle a dit cela ? vous l'avez entendue, Éliza, Georgiana. Je vais le rapporter à maman, mais avant tout… »
En disant ces mots, il se précipita sur moi ; il me saisit par les cheveux et les épaules. Je sentais de petites gouttes de sang descendre le long de ma tête et tomber dans mon cou, ma crainte s'était changée en rage ; je ne puis dire au juste ce que je fis de mes mains, mais j'entendis John m'insulter et crier. Du secours arriva bientôt. Éliza et sa sœur étaient allées chercher leur mère, elle entra pendant la scène ; sa bonne, Mlle Abbot et Bessie l'accompagnaient. On nous sépara et j'entendis quelqu'un prononcer ces mots :
« Mon Dieu ! quelle fureur ! frapper M. John !
– Emmenez-la, dit Mme Reed aux personnes qui la suivaient. Emmenez-la dans la chambre rouge et qu'on l'y enferme. »
Quatre mains se posèrent immédiatement sur moi, et je fus emportée.
Chapitre II
Je résistai tout le long du chemin, chose nouvelle et qui augmenta singulièrement la mauvaise opinion qu'avaient de moi Bessie et Abbot. Il est vrai que je n'étais plus moi-même, ou plutôt, comme les Français le diraient, j'étais hors de moi ; je savais que, pour un moment de révolte, d'étranges punitions allaient m'être infligées, et, comme tous les esclaves rebelles, j'étais résolue, dans mon désespoir, à pousser ces choses jusqu'au bout.
« Mademoiselle Abbot, tenez son bras, dit Bessie ; elle est comme un chat enragé.
– Quelle honte ! quelle honte ! continua la femme de chambre, oui, elle est semblable à un chat enragé ! Quelle scandaleuse conduite, mademoiselle Eyre ! Battre un jeune noble, le fils de votre bienfaitrice, votre maître !
– Mon maître ! Comment est-il mon maître ? Suis-je donc une servante ?
– Vous êtes moins qu'une servante, car vous ne gagnez pas de quoi vous entretenir. Asseyez-vous là et réfléchissez à votre faute. »
Elles m'avaient emmenée dans la chambre indiquée par Mme Reed et m'avaient jetée sur une chaise.
Mon premier mouvement fut de me lever d'un bond : quatre mains m'arrêtèrent.
« Si vous ne demeurez pas tranquille, il faudra vous attacher, dit Bessie. Mademoiselle Abbot, prêtez-moi votre jarretière ; car elle aurait bientôt brisé la mienne. »
Mlle Abbot se tourna pour débarrasser sa vigoureuse jambe de son lien. Ces préparatifs et la honte qui s'y rattachait calmèrent un peu mon agitation.
« Ne la retirez pas, m'écriai-je, je ne bougerai plus. »
Et pour prouver ce que j'avançais, je cramponnai mes mains à mon siège.
« Et surtout ne remuez pas, » dit Bessie.
Quand elle fut certaine que j'étais vraiment décidée à obéir, elle me lâcha. Alors elle et Mlle Abbot croisèrent leurs bras et me regardèrent d'un air sombre, comme si elles eussent douté de ma raison.
« Elle n'en avait jamais fait autant, dit Bessie en se tournant vers la prude.
– Mais tout cela était en elle, répondit Mlle Abbot ; j’ai souvent dit mon opinion à madame, et madame est convenue avec moi que j'avais raison ; c'est une enfant dissimulée ; je n'ai jamais vu de petite fille aussi dépourvue de franchise. »
Bessie ne répondit pas ; mais bientôt s'adressant à moi, elle me dit :
« Ne savez-vous pas, mademoiselle, que vous devez beaucoup à Mme Reed ? elle vous garde chez elle, et, si elle vous chassait, vous seriez obligée de vous en aller dans une maison de pauvres. »
Je n'avais rien à répondre à ces mots ; ils n'étaient pas nouveaux pour moi, les souvenirs les plus anciens de ma vie se rattachaient à des paroles semblables. Ces reproches sur l'état de dépendance où je me trouvais étaient devenus des sons vagues pour mes oreilles ; sons douloureux et accablants, mais à moitié inintelligibles. Mlle Abbot ajouta :
« Vous n'allez pas vous croire semblable à M. et à Mlles Reed parce que madame a la bonté de vous faire élever avec eux. Ils seront riches et vous ne le serez pas ; vous devez donc vous faire humble et essayer de leur être agréable.
– Ce que nous vous disons est pour votre bien, ajouta Bessie d'une voix moins dure. Vous devriez tâcher d'être utile et aimable, on vous garderait ici ; mais si vous devenez brutale et colère, madame vous renverra, soyez-en sûre.
– Et puis, continua Mlle Abbot, Dieu la punira. Il pourra la frapper de mort au milieu de ses fautes, et alors où ira-t-elle ? Venez, Bessie, laissons-la. Pour rien au monde je ne voudrais avoir un cœur semblable au sien. Dites vos prières, mademoiselle Eyre, lorsque vous serez seule : car, si vous ne vous repentez pas, Dieu pourra bien permettre à quelque méchant esprit de descendre par la cheminée pour vous enlever. »
Elles partirent en fermant la porte derrière elles.
La chambre rouge était une chambre de réserve où l'on couchait rarement. Je ne l'avais jamais vue habitée, excepté lorsqu'un grand nombre de visiteurs, en arrivant au château, obligeait à faire occuper toutes les pièces ; et pourtant c'était une des plus grandes et des plus belles chambres de la maison. Au milieu se trouvait un lit aux quatre coins duquel s'élevaient des piliers d'acajou massif d'où pendaient des rideaux d'un damas rouge foncé ; deux grandes fenêtres aux jalousies toujours fermées étaient à moitié cachées par des festons et des draperies semblables à celles du lit ; le tapis était rouge, la table placée au pied du lit recouverte d'une draperie cramoisie ; les murs tendus en couleur chamois et mouchetés de taches rases ; l'armoire, la toilette, les chaises étaient en vieil acajou bien poli. Au milieu de ce sombre ameublement s'élevait sur le lit et se détachait en blanc une pile de matelas et d'oreillers, le tout recouvert d'une courte-pointe de Marseille. À la tête du lit, on voyait un grand fauteuil également blanc, et au-dessous se trouvait un petit tabouret.
Cette chambre était froide, on y faisait rarement du feu ; éloignée de la cuisine et de la salle des domestiques, elle restait toujours silencieuse, et, comme on y entrait peu, elle avait quelque chose de solennel. La bonne y venait seule le samedi pour enlever la poussière amassée pendant toute une semaine sur les glaces et les meubles. Mme Reed elle-même la visitait à intervalles éloignés pour examiner certains tiroirs secrets de l'armoire, où étaient renfermés des papiers, sa cassette à bijoux et le portrait de son mari défunt.
Ces derniers mots renferment en eux le secret de la chambre rouge, le secret de cet enchantement qui la rendait si déserte malgré sa beauté.
M. Reed y était mort il y avait neuf ans ; c'était là qu'il avait rendu le dernier soupir ; c'était de là que son cercueil avait été enlevé, et, depuis ce jour, une espèce de culte imposant avait maintenu cette chambre déserte.
Le siège sur lequel Bessie et Mlle Abbot m'avaient déposée était une petite ottomane placée près de la cheminée. Devant moi se trouvait le lit, à ma droite, la grande armoire sombre ; à ma gauche, deux fenêtres closes et séparées par une glace qui réfléchissait la sombre majesté de la chambre et du lit ; je ne savais pas si la porte avait été fermée, et, dès que j'osai remuer, je me levai pour m'en assurer. Hélas ! jamais criminel n'avait été mieux emprisonné. En m'en retournant, je fus obligée de passer devant la glace ; mon regard fasciné y plongea involontairement. Tout y était plus froid, plus sombre que dans la réalité ; et l'étrange petite créature qui me regardait avec sa figure pâle, ses bras se détachant dans l'ombre, ses yeux brillants, et s'agitant avec crainte dans cette chambre silencieuse, me fit soudain l'effet d'un esprit ; elle m'apparut comme un de ces chétifs fantômes, moitié fées, moitié lutins, dont Bessie parlait dans les contes racontés le soir auprès du feu, et qu'elle nous représentait sortant des vallées abandonnées où croissent les bruyères, pour s'offrir aux regards des voyageurs attardés.
Je retournai à ma place ; la superstition commençait à s'emparer de moi, mais le moment de sa victoire complète n'était pas encore venu ; mon sang échauffait encore mes veines ; la rage de l'esclave révolté me travaillait encore avec force. J'avais à ralentir la course rapide de mes souvenirs vers le passé, avant de pouvoir me laisser abattre par l'effroi du présent.
Les violentes tyrannies de John Reed, l'orgueilleuse indifférence de ses sœurs, l'aversion de leur mère, la partialité des domestiques, obscurcissaient mon esprit, comme l'eussent fait autant d'impuretés jetées dans une source troublée. Pourquoi devais-je toujours souffrir ? Pourquoi étais-je toujours traitée avec mépris, accusée, condamnée par avance ? Pourquoi ne pouvais-je jamais plaire ? Pourquoi était-il inutile d'essayer à gagner les bonnes grâces de personne ?
Éliza, bien qu'entêtée et égoïste, était respectée ; Georgiana, gâtée, envieuse, insolente, querelleuse, était traitée avec indulgence par tout le monde ; sa beauté, ses joues roses, ses boucles d'or, semblaient ravir tous ceux qui la regardaient et racheter ses fautes. John n'était jamais contrarié, encore moins puni, quoiqu'il tordît le cou des pigeons, tuât les jeunes paons, dépouillât de leurs fruits les vignes des serres chaudes et brisât les boutons des plantes rares. Il reprochait quelquefois à sa mère d'avoir le teint noir comme il l'avait lui-même, déchirait ou tachait ses vêtements de soie, et pourtant elle le nommait son cher Benjamin. Quant à moi, je n'osais pas commettre une seule faute, je m'efforçais d'accomplir mes devoirs, et du matin au soir on me déclarait méchante et intraitable.
Cependant je continuais à souffrir, et ma tête saignait encore du coup que j'avais reçu. Personne n'avait fait un reproche à John pour m’avoir frappée ; et, parce que je m'étais retournée contre lui, afin d'éviter quelque autre violence, tous m'avaient blâmée.
« Injustice ! injustice ! » criait ma raison excitée par le douloureux aiguillon d'une énergie précoce, mais passagère. Ce qu'il y avait en moi de résolution, exalté par tout ce qui se passait, me faisait rêver aux plus étranges moyens pour échapper à une aussi insupportable oppression ; je songeais à fuir, par exemple, ou, si je ne pouvais m'échapper, à refuser toute espèce d'aliments et à me laisser mourir de faim.
Quel abattement dans mon âme pendant cette terrible après-midi, quel désordre dans mon esprit, quelle exaltation dans mon cœur, quelle obscurité, quelle ignorance dans cette lutte mentale ! Je ne pouvais répondre à cette incessante question de mon être intérieur : Pourquoi étais-je destinée à souffrir ainsi ? Maintenant, après bien des années écoulées, toutes ces raisons m'apparaissent clairement.
Au château de Gateshead, j'étais une cause de discorde ; là, je ne ressemblais à personne : rien en moi ne pouvait s'harmoniser avec Mme Reed, ses enfants ou ceux de ses inférieurs qu'elle préférait. S'ils ne m'aimaient pas, il est vrai de dire que je ne les aimais guère davantage. Ils n'étaient pas forcés de montrer de l'affection à un être qui ne pouvait sympathiser avec aucun d'entre eux, à un être extraordinaire qui différait d'eux par le tempérament, les capacités et les inclinations, à un être inutile, incapable de servir leurs intérêts ou d'ajouter à leurs plaisirs, à un être nuisible cherchant à entretenir en lui des germes d'indignation contre leurs traitements, de mépris pour leurs opinions. Je sens que si j'avais été une enfant brillante, sans soin, exigeante, belle, folâtre, Mme Reed m'eût supportée plus volontiers, bien que je me fusse également trouvée sous sa dépendance et privée d'amis. Ses enfants m'eussent témoigné un peu plus de cette cordialité qui existe ordinairement entre compagnons de jeu, et les domestiques eussent été moins disposés à faire de moi leur bouc émissaire.
La lumière du jour commençait à se retirer de la chambre rouge ; il était quatre heures passées ; les nuages qui couvraient le ciel devaient amener bientôt l'obscurité tant redoutée ; j'entendais la pluie battre continuellement contre les vitres de l'escalier ; peu à peu je devins froide comme la pierre et je perdis tout courage. L'habitude que j'avais contractée d'humilité, de doute de moi-même, d'abaissement, vint, comme une froide ondée, tomber sur les cendres encore chaudes de ma colère mourante. Tous disaient que j'avais de mauvais instincts, c'était peut-être vrai. Ne venais-je pas de concevoir le coupable désir de mourir volontairement ? c'était là certainement un crime. Et étais-je en état de mourir, ou bien le caveau funéraire de la chapelle du château était-il une demeure attrayante ? On m'avait dit que M. Reed y était enseveli. Conduite ainsi au souvenir du mort, je me mis à réfléchir avec une terreur croissante, je ne pouvais me souvenir de lui ; mais je savais qu'il était mon oncle, le frère de ma mère ; qu'il m'avait prise chez lui, alors que j'étais une pauvre enfant orpheline, et qu'à ses derniers moments il avait exigé de Mme Reed la promesse que je serais élevée comme ses propres enfants. Mme Reed croyait sans doute avoir tenu sa parole, et, je puis le dire maintenant, elle avait fait tout ce que lui permettait sa nature. Comment pouvait-elle me voir avec satisfaction, moi qui après la mort de son mari ne lui étais plus rien, empiéter sur la part de ses enfants ? Il était pénible pour elle de s'être engagée par un serment forcé à servir de mère à une enfant qu'elle ne pouvait pas aimer, et de la voir ainsi s'introduire dans sa propre famille.
Une singulière idée s'empara de moi : je ne doutais pas, je n'avais jamais douté que, si M. Reed eût vécu, il ne m'eût traitée avec bonté ; et maintenant, pendant que je regardais le lit recouvert de blanc, les murailles que l'ombre de la nuit gagnait peu à peu, et que je dirigeais de temps en temps mon regard fasciné vers la glace qui n'envoyait plus que de sombres reflets, je commençai à me rappeler ce que j'avais entendu dire sur les morts qui, troublés dans leurs tombes par la violation de leurs dernières volontés, reviennent sur la terre pour punir le parjure et venger l'opprimé. Je pensais que l'esprit de M. Reed, fatigué par les souffrances de l'enfant de sa sœur, quitterait peut-être sa demeure, qu'elle fût sous les voûtes de l'église ou dans le monde inconnu des morts, et apparaîtrait devant moi dans cette chambre. J’essuyai mes larmes et j'étouffai mes sanglots, craignant que les signes d'une douleur trop violente n'éveillassent quelque voix surnaturelle et consolatrice, ou ne fissent sortir de l'obscurité quelque figure entourée d'une auréole, et qui se pencherait vers moi avec une étrange pitié ; car je sentais bien que ces choses si consolantes en théorie seraient terribles si elles venaient à se réaliser. Je fis tous mes efforts pour éloigner cette pensée, pour demeurer ferme ; écartant mes cheveux, je levai la tête, et j'essayai de regarder hardiment tout autour de moi. À ce moment, une lumière glissa le long de la muraille ; je me demandai si ce n'était pas un rayon de la lune pénétrant à travers les jalousies. Non, la lune était immobile, et cette lumière vacillait. Pendant que je la regardais, elle glissa sur le plafond et vint se poser au-dessus de ma tête. Je suppose que ce devait être le reflet d'une lanterne portée par quelqu'un qui traversait la pelouse ; mais alors mon esprit était préparé à la crainte ; mes nerfs étaient ébranlés par une récente agitation, et je pris ce timide rayon pour le héraut d'une vision venant d'un autre monde ; mon cœur battait avec violence, ma tête était brûlante ; un son qui ressemblait à un bruissement d'ailes arriva jusqu'à mes oreilles ; j'étais oppressée, suffoquée ; je ne pus pas me contenir plus longtemps, je me précipitai vers la porte, et je secouai la serrure avec des efforts désespérés. J'entendis des pas se diriger de ce côté ; la clef tourna ; Bessie et Mlle Abbot entrèrent.
« Mademoiselle Eyre, êtes-vous malade ? demanda Bessie.
– Quel bruit épouvantable ! J'en ai été toute saisie, s'écria Mlle Abbot.
– Emmenez-moi, laissez-moi aller dans la chambre des enfants, répondis-je en criant.
– Pourquoi ? Êtes-vous malade ? avez-vous vu quelque chose ? demanda de nouveau Bessie.
– Oh ! j'ai vu une lumière et j'ai cru qu'un fantôme allait venir. »
Je m'étais emparée de la main de Bessie, et elle ne me la retira pas.
« Elle a crié sans nécessité, déclara Mlle Abbot avec une sorte de dégoût ; et quels cris ! On aurait pu l'excuser si elle avait beaucoup souffert, mais elle voulait seulement nous faire venir. Je connais sa méchanceté et sa malice.
– Que signifie tout ceci ? » demanda une voix impérieuse ; et Mme Reed arriva par le corridor.
Son bonnet était soulevé par le vent, et sa marche précipitée agitait violemment sa robe.
« Bessie et Abbot, j'avais donné ordre de laisser Jane dans la chambre jusqu'au moment où je viendrais la chercher moi-même.
– Madame, Mlle Jane criait si fort ! hasarda Bessie.
– Laissez-la, répondit-on. Allons, enfant, lâchez la main de Bessie ; soyez certaine que vous ne réussirez pas par de tels moyens. Je déteste l'hypocrisie, particulièrement chez les enfants, et il est de mon devoir de vous prouver que vous n'obtiendrez pas de votre ruse ce que vous en attendiez ; vous resterez ici une heure de plus, et ce n'est qu'à condition d'une soumission et d'une tranquillité parfaites que vous recouvrerez votre liberté.
– Oh ! ma tante, ayez pitié de moi, pardonnez-moi ; je ne puis plus souffrir tout ceci ; punissez-moi d'une autre manière ; je vais mourir ici…
– Taisez-vous, votre violence me fait horreur ! »
Et sans doute elle le pensait ; à ses yeux j'étais une comédienne précoce ; elle me regardait sincèrement comme un être chez lequel se trouvaient mélangés des passions emportées, un esprit bas et une hypocrisie dangereuse.
Bessie et Abbot s'étaient retirées.
Mme Reed, impatientée de mes terreurs et de mes sanglots, me repoussa brusquement dans la chambre, et me renferma sans me dire un seul mot. Je l'entendis partir. Je suppose que j'eus alors une sorte d'évanouissement, car je n'ai pas conscience de ce qui suivit.
14:02 Écrit par Marc dans Brontë, Charlotte | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : litterature britannique, recits biographiques, romans picaresques, jane eyre, charlotte bronte, romans gothiques |
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jeudi, 06 novembre 2008
Impératrice de Chine (Imperial Woman) - Pearl Buck - 1956

Pékin, avril 1852. Soixante jeunes filles appartenant aux meilleures familles mandchoues sont convoquées au palais de l'empereur de Chine, Hsien Feng, afin qu'il choisisse ses épouses. Seule sera impératrice celle qui lui aura donné un fils, aussi ne suffit-il pas d'être élue, encore faut-il ne pas se laisser oublier...
Yehonala ne l'ignore pas. Elle a rusé pour se faire distinguer par l'empereur, mais se souviendra-t-il encore d'elle demain? Ambitieuse et intelligente, elle prépare avec soin les voies de son succès. Sa patience sera récompensée: elle devient la favorite et, à la naissance de l'Héritier, un décret la proclame impératrice sous le nom de Tzu-Hsi.
La mort précoce de l'empereur remet tout en question, mais Tzu-Hsi sort victorieuse de la bataille pour la régence. A moins de trente ans, elle tient en main les rênes du pouvoir - elle les gardera pendant près d'un demi-siècle crucial pour l'Empire du Milieu. Personnage fabuleux, Tzu-Hsi appartient en effet au passé historique de la Chine que le récit de Pearl Buck recrée magnifiquement dans son faste et sa beauté.
Impératrice de Chine de l’écrivaine américaine Pearl Buck est un roman de fiction s’inspirant directement de la vie de Cixi, concubine de l’empereur Xianfeng qui devint impératrice à la tête de la dynastie Qing jusqu’à sa mort en 1908. Plutôt fidèle à l’histoire (c’est presque un roman historique) Pearl Buck livre ici un magnifique portrait du pouvoir impérial chinois à une époque bien trouble politiquement. Certains faits historiques s’avèrent cependant inexacts face aux connaissances d’aujourd’hui. Mais ce qui plaît toujours dans les livres de Pearl Buck c’est sa fine analyse de la culture chinoise, une culture très riche et si particulière aux yeux du reste du monde. L’écriture est parfaite, l’histoire fascinante et le lecteur accroche au destin de cette femme si particulière.
Impératrice de Chine est un grand classique de la littérature, un roman indispensable sur l’histoire de la Chine impériale.
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Voir également :
- Vent d’est, vent d’ouest (East Wind, West Wind) - Pearl Buck (1930), présentation
15:25 Écrit par Marc dans Buck, Pearl | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : chine, romans historiques, prix nobel de litterature, litterature americaine, recits biographiques, pearl buck |
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mercredi, 05 novembre 2008
Le jardin de Badalpour - Kenizé Mourad - 1998

Zahr est fille de sultante, descendante des derniers souverains de Constantinople et de père radjah en Inde. Mais en naissant en Europe après la fuite de l’Inde de sa mère, Zahr perd tout : son nom, son âge exact, son pays, ses parents… car sa mère va mourir lors de sa naissance et la laissant à une famille adoptive. D’ailleurs plusieurs familles vont se suivre au fil de sa jeunesse. Une fois adulte, Zahr se lance dans la recherche désespérée de sa véritable identité, sans laquelle elle a l’impression de ne pas pouvoir vivre. Après de longues recherches elle retrouvera en Inde son père, sa famille, déchue depuis l’indépendance et une communauté musulmane dont elle est originaire. Mais Zahr n’est plus indienne, ses manières occidentales choquent et rendent tout contact difficile. De plus tout s’écroule rapidement et Zahr est à nouveau obligée de quitter les siens. Vingt ans plus tard et après bien des luttes elle revient en Inde pour comprendre enfin que ces appartenances auxquelles tout le monde s’accroche ne sont que des barrières qui limitent et aveuglent l’existence. Et pour Zahr le défi sera d’enfin se libérer de tout cela afin de pouvoir pleinement vivre sa vie.
Le jardin de Badalpour de l’écrivaine et journaliste française d’origine turco-indienne Kenizé Mourad est en quelque sorte une suite à De la part de la princesse morte, sortie en 1987, où l’auteure racontait déjà l’histoire de sa famille. Ici, dans une histoire indépendante, elle se concentre avant tout sur la figure paternelle de sa famille, romançant ses souvenirs afin d’en faire un magnifique récit sur la quête d’identité. En suivant le parcours de cette métisse le lecteur comprend facilement tous les problèmes rencontrés par les personnes tiraillées entre deux cultures. L’évolution de Zahr est parfaitement rendue entre sa découverte de ses origines à la rencontre de son passé dans lequel elle découvre à la fois des choses qui l’émerveillent et la révoltent. S’y retrouve également donné un beau portrait de l’Inde avec ses traditions, mais aussi ses nombreuses tensions sociales et communautaires, notamment entre hindous et musulmans. Cependant en faisant de ce texte une biographie romancée (ou un roman biographique?) l’écrivaine perd un peu le lecteur lors de certains passages un peu longs qui ne servent que peu à une quelconque intrigue.
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Voir également :
- De la part de la princesse morte - Kénizé Mourad (1987), présentation et extrait
14:42 Écrit par Marc dans Mourad, Kenizé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : inde, litterature francaise, recits biographiques, kenize mourad |
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samedi, 22 septembre 2007
Lettres clandestines - Pierre Mertens - 1990

Fin 1935 à Vienne, quelques jours avant Noël, le compositeur et musicien Alban Berg entre à l’hôpital Rudolf à mi-chemin de son domicile de Schönbrunn et du cimetière municipal. Il va mourir à cinquante ans d’une mort quasi naturelle. Ses derniers il va les passer à retracer toute sa vie, ses amours… mais surtout toute la musique qui l’a guidé à travers les âges jusqu’à sa mort prochaine.
Par son roman Lettres clandestines l’écrivain belge Pierre Mertens, principalement connu pour son roman Une Paix royale (1995) publié quelques années plus tard, nous invite ici à découvrir l’incroyable et fascinante vie et personnalité du grand compositeur autrichien Alban Berg. Pierre Mertens a toujours eu une immense passion pour la grande musique, une passion héritée de ses parents qui eux-mêmes étaient de grands amateurs de cet art. Et la musique aura évidemment un rôle prépondérant dans ce magnifique roman, ou plutôt l’amour qu’un homme peut lui porter jusqu’à lui dédier toute sa vie. Pierre Mertens entraîne le lecteur en grand virtuose à travers la vie d’Alban Berg. Le style est très riche et Pierre Mertens réussit à merveille à faire passer son amour de la musique au lecteur.
Lettres clandestines sera adapté au théâtre par l’auteur lui-même.
Lettres clandestines de Pierre Mertens est un magnifique roman sur la musique et l’amour de celle-ci.
19:31 Écrit par Marc dans Mertens, Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pierre mertens, litterature belge, musique, recits biographiques, romans psychologiques |
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jeudi, 23 août 2007
Le journal de Bridget Jones (Bridget Jones’s Diary) - Helen Fielding - 1996
Lundi 17 avril: 57 kg, unités alcool: 6 (pour noyer le chagrin), cigarettes: 23 (pour l'enfumer), calories: 3856 (pour l'étouffer sous la graisse), pensées positives: 1 (t.b.).
Que peut bien être le quotidien d’une femme moderne et célibataire qui à la trentaine tente de réussir à la fois sa vie professionnelle et affective. C’est ce que nous raconte Bridget Jones à travers son journal intimes. Elle y fait part de toutes ses angoisses : son poids à surveiller, les (més-)aventures sentimentales, ses parents dont la mère est adultère. Mais aussi tourmentée qu’elle puisse être par son apparence physique et ses romances, Bridget Jones assume également seule sa carrière professionnelle et sociale sans l’aide du moindre homme.
Le journal de Bridget Jones a été publié en 1996 par l’écrivain et journaliste britannique Helen Fielding, a été l’un des plus gros succès littéraires des dernières années d’outre-manche. Le roman a d’ailleurs été adapté au cinéma dans une grosse production britanno-américaine.
Mais qu’en est-il réellement : roman de qualité ou plutôt phénomène de mode ?
Après lecture mon avis penche fortement vers la seconde possibilité. Si la lecture est plutôt divertissante, le texte servi avec beaucoup d’humour, il n’en reste que le tout est un peu vide. Les diverses aventures et réflexions de Bridget Jones se suivent et se ressemblent et le tout devient fort répétitif au bout quelques pages. Le ton est toujours léger et les différents sujets abordés ne sont traités que de façon superficielle. Helen Fielding tente par son style d’écriture à faire ressembler le texte le plus possible à un réel journal intime en y ajoutant toutes sortes de fautes d’orthographe, d’abréviations non expliqués etc. Malgré les efforts donnés dans ce sens le résultat reste cependant bien artificiel. Il est cependant à noter que la version originale en anglais donne bien mieux que sa traduction française, le traducteur n’ayant pas réellement réussi à donner la même apparence de spontanéité au récit.
Le journal de Bridget Jones est un livre plutôt divertissant qui cependant ne plaira pas à tout le monde.
18:50 Écrit par Marc dans Fielding, Helen | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : helen fielding, recits biographiques, romans humoristiques, bridget jones, litterature britannique |
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