dimanche, 27 juin 2010

Souk à Marrakech - Philippe Huet - 2006

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Rien de tel que Marrakech pour passer de magnifiques vacances. Gus et Vickie veulent s'y retrouver pour sauver leur liaison. Mais très vite tout le monde va déchanter. Comme si souvent Vickie est retenue par son travail de galériste. Et pendant ce temps Gus erre dans un palace de Marrakech essayant de s'occuper comme il peut. Une randonnée en 4x4 lui fait rencontrer une jolie auto-stoppeuse qui n'aura aucun mal à séduire l'homme abandonné. Finalement ce séjour, dans l'attente de Vickie, ne sera peut-être pas si triste que cela. Sauf que, après une nuit d'amour avec l'auto-stoppeuse, Gus se retrouve aux prises avec la police marocaine. La jeune femme a disparue, enlevée, et a vraisemblablement été tuée. Avec l'arrivée de Vickie le lendemain, les choses ne font que s'empirer. Mais les deux se rendent vite compte qu'il n'y a guère de temps pour leur disputes : un étau mortel se resserre sur eux, lié à un drôle de trafic d'arts entre la France et le Maroc. Des tueurs sont à leurs trousses et ils doivent coûte que coûte quitter le souk mortel de Marrakech.

Philippe Huet, écrivain français de polars, avait habitué son lectorat à des romans se déroulant dans le nord-ouest français, principalement la Normandie. Ici, dans Souk Marrakech, l'auteur balade son personnage récurrent qu'est le journaliste Gus Mazurier dans une palpitante aventure policière se déroulant entre Rouen en Normandie et le sud marocain. Ce roman, plein de suspense et aussi d'humour, convainc dès les premières pages. Cela malgré que l'intrigue en soi tarde un peu trop à démarrer. Le style de Philippe Huet rend ce roman terriblement divertissant, et toujours intéressant. Le tout se lit d'une traite, d'un bout à l'autre, et sans que ce soit réellement passionnant, le roman plaira au plus grand nombre.

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Présente édition : Editions Le Livre de Poche, 14 mars 2008, 282 pages

dimanche, 29 juillet 2007

Les Voix de Marrakech: Journal d'un voyage (Die Stimmen von Marrakesch : Aufzeichnungen nach einer Reise) - Elias Canetti - 1967

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Elias Canetti fait un voyage à Marrakech en 1954 et relate dans son journal les voix, les bruits, les gestes et les images qu’il enregistre au cours de ses promenades à travers les quartiers arabes et juifs, le Mellah, de la ville. Il décèle ce qui se passe entre ces hommes étrangers et il approfondit leur attitude devant la mort.

Ecrivain d'origine bulgare à la double nationalité turque et britannique, d'expression allemande et lauréat du Prix Nobel de littérature en 1981, Elias Canetti relate dans ce magnifique recueil publié en 1967 des impressions faites lors d'un voyage à Marrakech quatorze ans plus tôt pour le tournage d'un film. Ce n'est pas un récit de voyage mais un assemblage désordonné de notes quotidiennes, de moments vécus dans cette ville qui émerveilla l'écrivain à jamais. A travers ces quatorze récits Canetti nous fait vivre la ville de Marrakech sous plusieurs de ses aspects, visite d'un marché de chameaux, les souks, les commerces, le Mellah, la Place Jamaa-El-Fna, .... Mais au fil de la lecture au travers de ces divers récits il en dévoile tout autant sur lui-même.

A découvrir!

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lundi, 18 juin 2007

L’enfant de sable - Tahar Ben Jelloun - 1985

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« L’enfant que tu mettras au monde sera un mâle, ce sera un homme, il s’appellera Ahmed même si c’est une fille ! »

Sur la place Jamâ-El-Fnâ à Marrakech, un conteur relate la troublante histoire d’Ahmed, huitième fille d’un couple qui faute d’héritier, décide de l’élever comme un garçon. En effet lors de la huitième grossesse de sa femme, le père décide de conjurer ce sort maudit qui ne fait lui donner que des filles. Il perçoit cela comme une disgrâce et décide de faire croire à tous que son huitième enfant sera un garçon. Il y croira lui-même si fort, que lui aussi ne verra qu’un fils dans les traits de sa fille. L’enfant va grandir en garçon et en découvrant petit à petit sa féminité il décidera de la cacher, ayant bien compris que dans cette société il valait bien mieux être de sexe masculin. Il ira même jusqu’à épouser une fille délaissée qui l’accompagnera dans sa chute vertigineuse avant qu’il ne disparaisse mystérieusement.
Le récit du conteur fait alors place à ceux de plusieurs spectateurs qui croient avoir reconnu la personne et plusieurs versions sont donnés sur le devenir de Ahmed. Mais selon tus les prétendus témoins, son destin ne pourra être que très chaotique et forcément tragique.

L'enfant de sable de l’écrivain marocain de langue française Tahar Ben Jelloun est un magnifique et très original roman mêlant brillamment contes et légendes à des sujets tabous (enfance saccagée, prostitution, machisme, l’homme-femme, la sexualité…) dans la société maghrébine et marocaine. L'enfant de sable a immédiatement été un grand succès et sa suite, La nuit sacrée (1987), dans laquelle Tahar Ben Jelloun donne la parole au personnage d’Ahmed pour que celui-ci donne sa propre version des faits, a obtenu le prix Goncourt 1987.
L’histoire commence admirablement dans la plus pure ambiance de la place Jamâ-El-Fnâ à Marrakech au rythme d’un conteur de rue. D’abord le récit suit le point de vue d'Ahmed raconté par le conteur prétendant se baser sur un manuscrit laissé par Ahmed lui-même. Ensuite la narration se démultiplie et devient assez chaotique tout en gardant cependant une certaine structure. Le résultat en est que le roman devient extrêmement vivant au dépit parfois du lecteur qui risque de s’y perdre un peu. Tahar Ben Jelloun aborde brillamment le sujet de la femme dans la société mais le roman est aussi un formidable conte philosophique sur la quête de l’identité. Et comme souvent dans son œuvre, Tahar Ben Jelloun y traite aussi de la sexualité et de la frustration qui y est souvent liée.
L’écriture est envoûtante et le roman est d’un bout à l’autre très prenant. Cependant toute la dernière partie du roman, la deuxième moitié, est parfois trop confuse et la fin laisse une certaine frustration au lecteur.

L’enfant de sable est un très original roman sur la condition féminine et la quête de son identité.

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Extrait :

Il y avait d'abord ce visage allongé par quelques rides verticales, telles des cicatrices creusées par de lointaines insomnies, un visage mal rasé, travaillé par le temps. La vie - quelle vie ? une étrange apparence faite d'oubli - avait dû le malmener, le contrarier ou même l'offusquer. On pouvait y lire ou deviner une profonde blessure qu'un geste maladroit de la main ou un regard appuyé, un œil scrutateur ou malintentionné suffisaient à rouvrir. Il évitait de s'exposer à la lumière crue et se cachait les yeux avec son bras. La lumière du jour, d'une lampe ou de la pleine lune lui faisait mal : elle le dénudait, pénétrait sous sa peau et y décelait la honte ou des larmes secrètes. Il la sentait passer sur son corps comme une flamme qui brûlerait ses masque, une lame qui lui retirerait lentement le voile de chair qui maintenait entre lui et les autres la distance nécessaire. Que serait-il en effet si cet espace qui le séparait et le protégeait des autres venait à s'annuler ? Il serait projeté nu et sans défenses entre les mains de ceux qui n'avaient cessé de le poursuivre de leur curiosité, de leur méfiance et même d'une haine tenace; ils s'accommodaient mal du silence et de l'intelligence d'une figure qui les dérangeait par sa seule présence autoritaire et énigmatique.

La lumière le déshabillait. Le bruit le perturbait. Depuis qu'il s'était retiré dans cette chambre haute, voisine de la terrasse, il ne supportait plus le monde extérieur avec lequel il communiquait une fois par jour en ouvrant la porte à Malika, la bonne qui lui apportait la nourriture, le courrier et un bol de fleur d'oranger. Il aimait bien cette vieille femme qui faisait partie de la famille. Discrète et douce, elle ne lui posait jamais de questions mais une complicité devait les rapprocher.

Le bruit. Celui des voix aiguës ou blafardes. Celui des rires vulgaires, des chants lancinants des radios. Celui des seaux d'eau versés dans la cour. Celui des enfants torturant un chat aveugle ou un chien à trois pattes perdu dans ces ruelles où les bêtes et les fous se font piéger. Le bruit des plaintes et lamentations des mendiants. Le bruit strident de l'appel à la prière mal enregistré et qu'un haut-parleur émet cinq fois par jour. Ce n'était plus un appel à la prière mais une incitation à l'émeute. Le bruit de toutes les voix et clameurs montant de la ville et restant suspendues là, juste au-dessus de sa chambre, le que le vent les disperse ou en atténue la force.

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Voir également :
- Harrouda – Tahar Ben Jelloun (1973), présentation

- La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun (1976), présentation

- La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun (1977), présentation

- Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun (1978), présentation
- L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun (1994), présentation
- Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun (2004), présentation
- Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun (2005), présentation

lundi, 15 janvier 2007

Maroc (Morocco) - Daniel Easterman - 2002

bibliotheca morocco

De nos jours à Oxford en Angleterre. Nick, un ancien agent de police spécialisé dans la lutte contre le terrorisme, est sans nouvelles de son ex-femme Nathalie. Un jour, son fils Peter reçoit une lettre au contenu inquiétant de la part de sa mère qui semble indiquer qu’elle veuille se suicider. Cette lettre a été postée à Deauville, et Nick décide de s’y rendre afin de retrouver Nathalie. Suite à une petite enquête il retrouve sa trace, mais arrive trop tard : Nathalie est déjà morte,elle s'est suicidée. Nick trouve à côté du cadavre de son épouse une pile de documents faisant état d’affaires secrètes s’étant déroulé dans le passé familial de Nathalie. Cela concerne les parents de Nathalie et quelque chose que ceux-ci auraient vécu alors qu’ils vivaient dans les années quarante au Maroc : papiers officiels rédigés sous le régime de Vichy au Maroc, bulletins de la Résistance,… Son intuition et son expérience lui soufflent qu'il y a là un lien certain avec la mort de sa femme. Mais lequel ? Nick envoie son fils sur place afin de découvrir de quoi il s’agît réellement. Mais l’affaire semble plus sérieuse qu’il ne le pensait au départ. Au bout de quelques jours, Peter est retrouvé mort dans un hôtel à Ouarzazate. Affligé par cette nouvelle, Nick se rend immédiatement au Maroc. Mais dans sa quête de vérité Nick ne sait pas encore dans quelle terrible affaire il va plonger. Tout le monde là-bas semble vouloir cacher quelque chose, les seuls acceptant de l’aider se feront assassiner. En effet Nick est sur le point de découvrir un immense secret concernant la France collaboratrice et son passé colonial. Un secret qu’encore aujourd’hui, après tant d’années, personne n’a encore envie de voir sortir à la lumière du jour.

Maroc (Morocco) est une saisissante enquête policière qui nous mène d’Angleterre au Maroc, entre Ouarzazate et Marrakech à travers les temps entre aujourd'hui et l'époque de l’occupation coloniale française du Maroc et le régime de Vichy. C’est un thriller étonnant, au contexte (celui du Maroc sous la colonie française) fort original et dans lequel Easterman distille le suspense avec grand maîtrise au fil des chapitres. L’histoire, surtout celle des années quarante au Maroc, est racontée par de multiples points de vue (lettres, extraits de journaux intimes, documents officiels, témoignages), nous faisant découvrir petit à petit tous les mystères de l’histoire au même rythme que Nick, de nos jours, mène son enquête semée d’embûches. Il en ressort une atmosphère très réussie de cette terrible époque de collaboration et d’occupation. Mais cette multiplicité rend le tout petit à petit de plus en plus dense et prenant. Hélas Easterman semble lui-même s’embrouiller, et retrouve vers la fin d’énormes raccourcis que l’auteur utilise afin de conclure son histoire. Le dénouement final est tout simplement incrédible et n’a aucun intérêt. Ce qui est bien dommage vu la qualité du roman jusque là.

A noter que Daniel Easterman est le pseudonyme de Denis M. MacEoin, romancier et professeur spécialisé dans les études islamiques. Il utilise son pseudonyme régulièrement afin de publier des thrillers et autres romans plus légers et non scientifiques.

En français le livre paraît sous deux titres: Maroc pour la version grand format et Morocco pour la version poche.

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dimanche, 02 juillet 2006

Zaynab, Reine de Marrakech - Zakya Daoud - 2004

En 1039 naît à Aghmat, dans les montagnes de l'Atlas, Zaynab Nefzaouia. Cette petite fille à la beauté et à l'intelligence exceptionelle a un très grand destin devant elle. Elle épousera en quatrième noces, Youssef Ibn Tachfin, le fondateur de la dynastie Almoravide, qui parti d'un petit royaume divisé, parviendra par l'épée et par le verbe à rassembler autour de lui la presque totalité du Maghreb, de l'Atlantique à la Kabylie avant de conquérir l'Andalousie. Mais derrière ce grand homme se cache une grande femme, Zaynab, qui va fonder la ville de Marrakech, la capitale de l'empire des Almoravides, et la gèrera même pendant les absences de son mari, réussissant à allier la civilisation paysanne berbère, dont elle est issue, aux nomades conquérants.

Zakya Daoud, née Jacqueline Loghlan française puis naturalisée marocaine, fut la fondatrice en 1966 et la rédactrice en chef de Lamalif, un mensuel de réflexion, jusqu’à son interdiction en 1988 par le gouvernement marocain. Elle travaille à la Documentation Française et contribue aujourd'hui à des revues comme Arabies, Le Monde diplomatique, Panoramiques...
Avec Zaynab, Reine de Marrakech Zakya Daoud se lance dans les oeuvres plus romanesques. Il s'agît ici d'un roman historique, fait à partir de rares éléments historiques disponibles, reprenant la vie d'un personnage mythique de l'Histoire marocaine et maghrébine du XIe siècle. Cela paraît à priori bien prometteur, mais hélas j'ai vite été déçu. Evidemment le roman a des qualités indéniables: Zakya Daoud réussit à bâtir une histoire solide et plausible en utilisant un style léger et fluide. Par contre le style n'est pas toujours adapté au récit et surtout au genre de ce récit. On a parfois l'impression d'avoir plus affaire à un essai journalistique, style féministe, qu'à un roman historique, ce qui fait qu'on a du mal à se plonger entièrement dans l'ambiance de l'époque. Dommage.

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