mardi, 29 juin 2010

Histoire du règne de Moulay Ismaïl - Dominique Busnot - 1714

bibliotheca histoire du regne de moulay ismail

Le père Dominique Busnot rédigea l’Histoire du règne de Moulay Ismaïl à la suite de trois voyages effectués au Royaume du Maroc (1714, 1708 et 1712), où, accompagné de pères mercédaires et trinitaires, il cherche à acheter la liberté de quelque cent cinquante esclaves français et chrétiens détenus à Meknès et obligés de travailler au service du puissant monarque. Ces trois voyages représentent un pan d’histoire quelque peu oublié de nos jours et aussi un mélange unique de mission humanitaire et de rachat religieux à la fin du siècle de Louis XIV, sur fond de piraterie barbaresque.

Se concentrant avant tout dans son Histoire du règne de Moulay Ismaïl à la description de ses négociations souvent épiques et toujours infructueuses, le religieux ne peut s’empêcher de donner un portrait fort saisissant de celui qui deviendra pour la postérité plus connu sous le titre de « roi sanguinaire ». Ce roi, né en 1646 et mort en 1727, était déjà fort célèbre à l’époque pour sa cruauté légendaire. De nombreux ouvrages étaient déjà parus en France à ce sujet, et le public faisait preuve d’une curiosité grandissante pour les pays barbaresques et le sort des captifs chrétiens du sultan. Busnot y décrit tout ce qu’il voit, ce qu’il entend au sujet de ce roi, faisant appel à des témoins, et décrivant avec minutie de nombreux événements illustrant ce terrible règne. Ainsi il décrit de nombreux rouages politiques en service autour du monarque ainsi que la façon dont le monarque contrôle son entourage. Ni trop romancé, ni cherchant à masquer ses échecs pourtant prévisibles, Busnot réussit à faire de son récit une narration animée et précise. Et cela dans le but d’informer, de la façon la plus neutre possible, et de donner la parole aux acteurs du drame, en commençant par les captifs eux-mêmes.

Histoire du règne de Moulay Ismaïl de Dominique Busnot plaira énormément à tous les amateurs d’Histoire, principalement ceux intéressés par le règne légendaire de Moulay ismaïl.

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Présente édition : Editions Mercure de France, 24 février 2002, 138 pages

dimanche, 27 juin 2010

Souk à Marrakech - Philippe Huet - 2006

bibliotheca souk a marrakech

Rien de tel que Marrakech pour passer de magnifiques vacances. Gus et Vickie veulent s'y retrouver pour sauver leur liaison. Mais très vite tout le monde va déchanter. Comme si souvent Vickie est retenue par son travail de galériste. Et pendant ce temps Gus erre dans un palace de Marrakech essayant de s'occuper comme il peut. Une randonnée en 4x4 lui fait rencontrer une jolie auto-stoppeuse qui n'aura aucun mal à séduire l'homme abandonné. Finalement ce séjour, dans l'attente de Vickie, ne sera peut-être pas si triste que cela. Sauf que, après une nuit d'amour avec l'auto-stoppeuse, Gus se retrouve aux prises avec la police marocaine. La jeune femme a disparue, enlevée, et a vraisemblablement été tuée. Avec l'arrivée de Vickie le lendemain, les choses ne font que s'empirer. Mais les deux se rendent vite compte qu'il n'y a guère de temps pour leur disputes : un étau mortel se resserre sur eux, lié à un drôle de trafic d'arts entre la France et le Maroc. Des tueurs sont à leurs trousses et ils doivent coûte que coûte quitter le souk mortel de Marrakech.

Philippe Huet, écrivain français de polars, avait habitué son lectorat à des romans se déroulant dans le nord-ouest français, principalement la Normandie. Ici, dans Souk Marrakech, l'auteur balade son personnage récurrent qu'est le journaliste Gus Mazurier dans une palpitante aventure policière se déroulant entre Rouen en Normandie et le sud marocain. Ce roman, plein de suspense et aussi d'humour, convainc dès les premières pages. Cela malgré que l'intrigue en soi tarde un peu trop à démarrer. Le style de Philippe Huet rend ce roman terriblement divertissant, et toujours intéressant. Le tout se lit d'une traite, d'un bout à l'autre, et sans que ce soit réellement passionnant, le roman plaira au plus grand nombre.

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Présente édition : Editions Le Livre de Poche, 14 mars 2008, 282 pages

dimanche, 08 novembre 2009

Oudayas - Hélène Decuyper et Patrick Lowie - 2009

bibliotheca oudayas

A l'origine une petite forteresse érigée par les Almoravides pour lutter contre les tribus Bouraghouata, la Kasbah des Oudayas (ou Oudaïa), quartier fortifié de Rabat, capitale du Maroc, voit son histoire débuter réellement lorsque es Almoravides en font un ribat surplombant l'embouchure du fleuve Bouregreg.
De nos jours, le site qui a gardé son charme d'antan, et frappe surtout par sa beauté unique et par l'atmosphère qui s'en dégage. Rien de tel que de se balader dans ses ruelles labyrinthiques qui ne cessent de fasciner ses nombreux visiteurs. Et c'est à cette balade que nous invitent la photographe française Hélène Decuyper et le poète belge Patrick Lowie dans ce magnifique livre Oudayas, publié par les éditions Biliki.
Et à l'image de la célèbre kasbah marocaine, le livre, à travers sa soixantaine de pages, se décline en cette magnifique bichromie, de bleu et de blanc, telles les murs de l'Oudayas et qui fascine tant. Et pour porter le lecteur à travers ces images, les mots poétiques de Patrick Lowie, dans son texte intitulé "Ô Pirate de Salé" dont les échos lointains de l'ouïe et du regard résonnent au toucher de ce bleu, parfois triste à noircir, parfois optimal à s'illuminer. Le livre est augmenté  d'un texte sur l'origine du nom de Salé, ville pirate située face à l'Oudayas de l'autre côté du Bouregreg, extrait du livre de Peter Lamborn Wilson Utopies pirates, corsaires maures et renegados.
L’ouvrage est écrit en français avec des traductions des textes en allemand et en italien.

Oudayas, à la fois livre de photographie et de poésie, marque par sa beauté et son originalité.

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lundi, 19 octobre 2009

Le sommeil de l’esclave - Mahi Binebine - 1992

bibliotheca le sommeil de l esclave"Ce n'est pas pour panser les plaies du passé que je reviens aujourd'hui réveiller ta mémoire, le temps l'a déjà fait. Non, si je veux te conter ton histoire, c'est peut être, et seulement, pour trouver ma mémoire"

Retour sur une enfance par les nombreux personnages qui l’ont marqué, mais aussi évocation de la face cachée de la société traditionnelle marocaine, Le sommeil de l’esclave de l’écrivain et peintre marocain Mahi Binebine est tout cela à la fois. L’auteur-narrateur y revient dans la ville de son enfance, dans les années de la décolonisation pour y décrire toute une galerie de personnages des plus cocasses allant de Madame Kolomer, la veuve d’un sous-officier français qui s’accroche aux restes dérisoires de ses splendeurs passées, Milouda, la « mère blanche » et le Fqih, parents du narrateur et notables vénérés, le porteur d’eau, surnommé l’Allemand parce qu’il est albinos, et bien d’autres. Mais avant tout il y a aussi Dada, l’esclave noire achetée il y a bien longtemps aux hommes bleus qui l’avaient razziée avec s’on tout jeune frère. Dada qui s’enfonçait la tête dans le sable pour ne pas entendre les cris de l’enfant violé par le chef caravanier, Dada qui vit et rêve immergée dans les mots simples qui disent la terre, le feu, l’odeur du chèvrefeuille, le goût des graines de tournesol, Dada qui ne pourra que tuer l’enfant né des visites nocturnes du Fqih et qu’on veut lui arracher comme lui fut arraché autrefois son « P’tit frère ».

Ces souvenirs sont à la fois poignants et féroces, à l’image de la férocité de cette société qui se complait, jusqu’aux limites du ridicule dans, l’univers clos de son cocon étanche et dont le silence est le lot : la honte, le qu’en-dira-t-on, sa hantise. Et le tout est décrit avec force, mais aussi avec poésie. Et malgré l’horreur de certains faits, ce qui marque aussi est l’immense tendresse de l’auteur envers son petit monde.

Le sommeil de l’esclave est un très beau roman de l’écrivain Mahi Binebine.

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Extrait :

Ce jour-là, Dada s’arrêta devant la fontaine. Du coin de l’œil elle inspecta les alentours : point de visage familier parmi les passants. Elle défit son fichu, libéra ses tresses et trempa rapidement sa tête dans le bassin. C’est alors qu’elle entendit le rire. ’Un rire coupant, derrière elle. L’esclave resta figée, puis se releva, tout doucement. Sa chevelure huilée dégoulinait sur son haïk ; l’eau ruisselant sur son dos refroidit d’un coup. Elle frissonna, resta sur le qui-vive, souffle coupé, jambes tremblantes comme ces funambules sur la corde raide un jour de cirque. M’bark riait encore lorsqu’elle se retourna :

- Mais qu’est-ce que tu fabriques là, Dada ?

Honteuse, l’esclave ne sut quoi répondre.

- Que je sache, ajouta-t-il, le bain n’est pas interdit aux esclaves. En tout cas, pas encore !

- C’est pas ça... Je ne peux pas y aller... Et puis c’est mon secret ! Les histoires de femmes ne regardent que les femmes !

Le porteur d’eau fit mine de s’en aller.

- Attends, M’bark ! Dis, sais-tu garder un secret ?

- Ma poubelle intérieure en est pleine, ma fille, si pleine que je les oublie !

- Jure-moi, M’bark, jure-moi qu’on ne s’est jamais rencontrés aujourd’hui !

- Allons, ne sois pas sotte... Nous sommes faits de la même pâte.

- Jure d’abord !

Le porteur d’eau comprit que, s’il voulait soutirer un mot à cette esclave, il lui faudrait sortir des tripes dieux et prophètes.

- Puissent mes pieds être brisés en mille morceaux si j’ai franchi le seuil de la ruelle depuis trois jours ! Ça te va ? Ou bien veux-tu qu’on arrondisse à une semaine ?

- M’bark, le maître me vole depuis longtemps...

- Mais qu’est-ce que tu racontes ? Es-tu devenue folle ? On ne vole pas son bien ! Tu as été achetée, Dada, tu es une esclave et tu as la chance de ne pas l’ignorer, bien d’autres le sont sans le savoir !

- Ne m’embrouille pas, M’bark. Le maître me vole... je veux dire pendant mon sommeil.

- Tu as coûté fort cher, Dada ! Le sommeil est compris. En plus, il n’est pas de première main, ton sommeil !

- Tu parles comme les maîtres, M’bark.

- C’est parce que je dis vrai ! Les maîtres disent toujours vrai, c’est pour ça qu’ils sont maîtres. Mais parle, parle, soulage ton silence.

- Au début, ça me faisait mal, son corps est si lourd qu’il m’étouffait, mais je n’ai jamais crié.

- Il ne manquerait plus que ça ! Ah ! Ces esclaves ! A peine les laisse-t-on parler qu’ils veulent déjà crier ! Mais où va le monde ?

- Après, ça a été plus facile. J’ai dû prendre l’habitude... et même que je l’attendais ! Tu sais, j’étais triste quand il oubliait de venir, son odeur me manquait. La nuit il m’appelle « mon enfant ». Les maîtres sont si tendres la nuit.

- Par Allah, je ne t’ai pas rencontrée aujourd’hui ! C’est juré !

- Il Y a quelqu’un dans mon ventre. Au bain, ça risque de se voir. Quand elles se regardent, les femmes sont terribles. Celui-ci, on me le prendra pas. Non, on me reprendra pas P’tit frère !

- Dada, mon enfant, ton sommeil appartient â ton maître. Tes rêves, par contre... Oui, tes rêves t’appartiennent !

Même dans ses rêves, c’est eux que Dada voit. Eux, les maîtres. Pas plus loin que la veille, elle avait fait un rêve. Du sable. Il y en avait partout. La maisonnée marchait, le Fqih en tête, Milouda boitait, elle s’aidait d’une canne qui ne servait â rien. A quoi bon une canne dans le désert ? Cette pénible marche sur le sable finit par affaiblir la maîtresse, on l’abandonna en chemin. Dada, elle, portait un caftan jaune, des babouches brodées en fil de soie et avançait â son aise. Le Fqih se perdit â son tour - pourtant il était si beau -, elle ne sut comment. Ni où. Ni quand. Puis soudain, elle se retrouva seule devant le puits. Tout autour, l’argile demeurait humide comme au temps de son enfance ; elle lui rappelait toujours l’odeur de son père. Son père le paysan. Dada eut peur d’abîmer ses babouches, les enleva et marcha pieds nus. Elle s’approcha du puits, vit qu’il n’était pas profond. Dedans il y avait P’tit frère ; le petit fou…

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13:34 Écrit par Marc dans Binebine, Mahi | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mahi binebine, litterature marocaine, maroc, romans de societe | |  Facebook | |  Imprimer | |

dimanche, 28 décembre 2008

L'œuf du coq - Mohamed Zefzaf - 1984

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De Rahal, celui comblé par Dieu mais étudiant recalé, de Lahjja, juive convertie qui s'en est sortie, d'Omar, perdu et exclu, de Jiji éprise de Rahal, de Kenza... tous des destins d'exclus et de marginaux qui se croisent à Casablanca, métropole qui attre en son sein tous les délaissés, dont Mohamed Zefzaf dresse le portrait dans son roman L'oeuf du coq, consacré par le Prix Grand Atlas du Maroc. Chaque chapitre narré par une voix différente s'entremêlent tel dans un roman policier pour décrire de multiples petits détails de la vie quotidienne avec ses mesquineries, ses contraintes et ses arrangements qui mènent, poussés par la pauvreté, à la corruption et à la violence dans ce qui est finalement un portrait global de la situation sociale marocaine.

Mohamed Zefzaf a débuté sa carrière d'écrivain dans les années 60 pour devenir rapidement un nouvelliste consacré. Son roman L'œuf du coq est à ce jour son roman le plus célèbre et le plus abouti, le premier à avoir été traduit en français ainsi que dans d'autres langues.

L'oeuf du coq de Mohamed Zefzaf est un beau et poignant roman dressant nous dressant un portrait social unique du Maroc

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vendredi, 05 décembre 2008

Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun - 1978

bibliotheca moha le fou moha le sage

"Le rapport médical était formel: "M. Ahmed R. est décédé d'un arrêt cardiaque compliqué d'une atteinte méningée." La Ligue nationale des droits de l'homme publia un communiqué confirmant cette thèse. Elle reconnut cependant que le jeune homme "avait subi quelques sévices durant l'interrogatoire de la police". Elle exprima aussi "son émotion devant les circonstances du décès".

Un homme politique déclara à la presse étrangère: "Ici, ce n'est pas le Chili ou l'Argentine. On ne meurt pas sous la torture!""


Qu'importe les déclarations officielles. Un homme a été torturé. Pour résister à la douleur, pour triompher de la souffrance, il eut recours à un stratagème: se remémorer les plus beaux souvenirs de sa courte vie.

C'est sa parole qu'on entendra. Seul Moha saura la capter et la transmettre aux autres."

Très difficile de résumer ce roman de l'écrivain marocain Tahar Ben Jelloun dans lequel le fou Moha dénonce sur la place publique tous les torts de la société maghrébine. Il déchire des billets devant une banque, dénonce les sévices subies par une esclave noire employée dans une bonne famille ainsi que d'une domestique devenue muette. Il prend à part technocrates et psychiatres et converse avec d'autres fous, d'autres exclus.Tout cela pour finir arrêté, torturé et enterré. Mais sa parole pleine de vérité ne peut cesser d'exister.

Le personnage du fou, qui ose dire ce que tout le monde préfère voir taire, est un grand classique de la littérature de nombreuses cultures. Tahar Ben Jelloun, ici, l'utilise dans la culture marocaine afin de déclamer des vérités que personne d'autre qu'un fou n'oserait dire. Comme toujours c'est la tradition maghrébine et marocaine qui est visée, et cela dans toutes ses contradictions et hypocrisies. Comme souvent aussi chez Ben Jelloun ce roman se distingue par son style original et très cru, et son étrange montage, très peu linéaire, le rendant parfois fort incompréhensible. Et bien évidemment ce roman, comme beaucoup d'autres du même auteur, procura un immense plaisir littéraire au lecteur.

Moha le fou, Moha le sage est un roman plutôt complexe et guère facile d'accès, mais pourtant une véritable réussite pour ceux qui s'y aventureront.

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Voir également :
- Harrouda - Tahar Ben Jelloun (1973), présentation
- La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun (1976), présentation
- La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun (1977), présentation
- L'enfant de sable - Tahar Ben Jelloun (1985), présentation et extrait
- L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun (1994), présentation
- Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun (2004), présentation
- Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun (2005), présentation

lundi, 17 novembre 2008

Harrouda - Tahar Ben Jelloun - 1973

bibliotheca harrouda

Entre souvenirs et fantasmes le narrateur se rappelle d’Harrouda, prostituée déchue, qui a tant fait rêver les jeunes enfants, maîtresse de nombreux hommes, mais aussi de deux villes, de Fès, lieu de toutes les vertus et traditions, et Tanger, ville à l’opposée de la première. Harrouda, l’image d’une femme, de toutes les femmes, finalement liés au destin de ces deux villes.

Harrouda de l’auteur marocain Tahar Ben Jelloun sort en 1973 et est considéré comme son premier roman. L’axe central de ce roman-poème sont les souvenirs et fantasmes de l’enfant-narrateur entremêlés à plusieurs autres narrations autour du même thème. En effet ses cinq chapitres, ou plutôt récits, font naître plusieurs voix qui s’enchaînent et se mélangent en de nombreux fragments. Evidemment certains passages ont une allure plus conventionnelle, mais le roman reste définitivement hors norme que ce soit dans sa forme ou dans son style. Mais de par son originalité le roman en devient aussi assez difficile, dans le sens où on ne comprend pas toujours de quoi l’on parle. De plus l’auteur n’hésite pas à brouiller les interprétations par son écriture souvent bien complexe.
Concernant le contenu, comme à son habitude, Ben Jelloun s’attaque avant tout à la société marocaine, ses contradictions, ses hypocrisies, pour dénoncer l’image de la femme, certes tant adorée, mais aussi tant méprisée. Mais son pays il le décrit aussi par les destins de ces deux villes si opposées que sont Fès, la ville sainte, et Tanger, la ville de débauche. Le thème de la sexualité, également fort présent dans l’œuvre de l’auteur, tient ici aussi un rôle prépondérant.

Harrouda
de Tahar Ben Jelloun est certes un roman remarquable mais assez difficile d’accès.

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Voir également :
- La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun (1976), présentation
- Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun (1978), présentation
- La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun (1977), présentation
- L'enfant de sable - Tahar Ben Jelloun (1985), présentation et extrait
- L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun (1994), présentation
- Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun (2004), présentation
- Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun (2005), présentation

mercredi, 03 septembre 2008

Le temps des erreurs (Zemen El Akhtaa) - Mohamed Choukri - 1992

bibliotheca le temps des erreurs

Le temps des erreurs est la suite de Le Pain nu (1980), livre devenu culte et véritable classique de la littérature marocaine. Alors que dans le Pain nu (1980), Mohamed Choukri raconte son enfance faite de violence, de misère et de cruauté, ici il s’attache à l’adolescence et au début de l’âge adulte. C’est une période importante dans la vie de Choukri, car c’est à ce moment que le jeune garçon des rues qu’il était se rend pleinement compte que la liberté et son indépendance passe inévitablement par la connaissance et le savoir. En effet, à vingt ans passés, l’auteur décide de s’inscrire à l’école afin d’apprendre à lire et à écrire. Mais à cet âge-là rien n’est simple, surtout lorsqu’on est un marginal, et seule son immense volonté va le faire réussir.
Mais malgré sa réussite scolaire, c’est toujours la vie des rues et des bas-fonds qu’il retrouve, les prostituées, l’alcool et les drogues. Il ne survit qu’à l’aide de petits boulots. Mais malgré cela il persiste dans l’apprentissage : la découverte de la littérature et ses premiers essais d’écriture vont peu à peu faire de lui l’immense écrivain que l’on connaît.
Le temps des erreurs, les nécessaires, les revendiquées, est donc le livre de la libération intellectuelle, même si la vie de misère subsiste. Au moins Choukri commence à y voir la porte de sortie. De Larache à Tanger, le cheminement de l’auteur est raconté sous forme d’un véritable roman picaresque. La société marocaine, oppressante, pousse le narrateur à obéir à ses pulsions et à s'enfoncer dans la marginalité, et c'est une lutte à mort qu'il engage avec lui-même pour devenir ce qu'il a décidé d'être: un écrivain et un homme libre. Et pour cela il n’hésite pas à enfreindre tous les tabous et à porter en lui, finalement, toutes les souffrances de la société toute entière. Ce qui touche avant tout dans ce récit autobiographique, comme dans le Pain nu (1980) d’ailleurs, est l’immense sincérité de l’auteur, à la fois poignante et audacieuse.

Mohamed Choukri terminera son autobiographie par Visages (1996), véritable trilogie devenue culte aujourd’hui.

A lire !

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Voir également :
- Le Pain nu (Al-Khubz Al-Hâfî) - Mohamed Choukri - 1980

jeudi, 03 janvier 2008

L’inspecteur Ali – Driss Chraïbi - 1991

bibliotheca l inspecteur ali

Brahim Orourke est l’auteur de plusieurs romans dont une série policière à succès mettant en scène le célèbre personnage l’inspecteur Ali. Par ses écrits Brahim Orourke est devenu une véritable légende dans son pays d’origine dans lequel il est récemment retourné vivre accompagné de Fiona, sa femme écossaise, enceinte, et de ses enfants. Quand l’histoire débute on apprend que le couple va recevoir la visite des parents de Fiona, Jock et Susan, qui n’ont jamais auparavant fait de voyages au Maroc et qui donc en ressentent certaines appréhensions. Brahim Orourke, appréhendant certaines appréhensions de la part de ses beaux-parents, s’inquiète également. De plus que le moment est bien mal choisi. En effet Brahim Orourke décide de donner une nouvelle orientation assez radicale à sa carrière d’écrivain en voulant abandonner à jamais l’inspecteur Ali. Son but est d’écrire un roman politico-social, Le Second Passé simple, où il dénoncera les injustices que subit l’homme arabe dans le monde. Hélas il n’arrivera jamais à ses fins, et à force d’insister dans cette voie il finit par écrire un livre, pas celui espéré, mais plutôt une nouvelle aventure de l’inspecteur Ali qui réussira à reprendre le dessus sur l’écrivain.

L’inspecteur Ali est un bien étrange roman policier, d’ailleurs ce n’est pas vraiment un. Un policier, caractère récurrent dans l’œuvre de Driss Chraïbi, est mis en scène, mais ce dont il est question est plutôt son auteur, un écrivain marocain qui pourrait être le double parfait de Driss Chraïbi lui-même. Mais finalement il est bien difficile de cerner le sujet exact de ce livre, et peut-être que cela n’est pas si important que cela. Derrière cette mise en abîmes autour du personnage de l’écrivain, renforcée par l’avertissement qui ouvre le roman indiquant que le vrai auteur ne serait autre que l’inspecteur Ali lui-même, on ressent la volonté de Chraïbi d’écrire sur sa longue carrière bibliographique et de se poser une multitude de questions sur son devenir, son succès et sa motivation réelle d’écrire.
Mais il s’agît également du conflit orient-occident présent dans la famille même du personnage. Les références à son précédent roman Le Passé simple (1954) qui mettait en scène l'incompréhension et la rupture entre un père, ancré dans les traditions, et un fils, de retour après de longues études en Occident, sont nombreuses. L’auteur Brahim Orourke tentant même d’écrire une suite à ce roman. Ici, par contre, Driss Chraïbi semble voir une conciliation possible entre l’orient et l’occident, et cela principalement grâce aux personnages féminins du livre, un peu comme si les véritables coupables des conflits entre orient et occident n’étaient autres que les hommes et leur fierté culturelle.

Le roman est écrit avec énormément d’humour et de tendresse et donne l’occasion à Driss Chraïbi de dresser une irrésistible galerie de personnages et de situations. Malgré ses sujets plutôt intéressants et son style très vif et prenant, le lecteur se sentira cependant un peu perdu par la complexe construction du texte.

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Voir également :
- L’homme qui venait du passé - Driss Chraïbi (2004), présentation et extrait

dimanche, 29 juillet 2007

Les Voix de Marrakech: Journal d'un voyage (Die Stimmen von Marrakesch : Aufzeichnungen nach einer Reise) - Elias Canetti - 1967

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Elias Canetti fait un voyage à Marrakech en 1954 et relate dans son journal les voix, les bruits, les gestes et les images qu’il enregistre au cours de ses promenades à travers les quartiers arabes et juifs, le Mellah, de la ville. Il décèle ce qui se passe entre ces hommes étrangers et il approfondit leur attitude devant la mort.

Ecrivain d'origine bulgare à la double nationalité turque et britannique, d'expression allemande et lauréat du Prix Nobel de littérature en 1981, Elias Canetti relate dans ce magnifique recueil publié en 1967 des impressions faites lors d'un voyage à Marrakech quatorze ans plus tôt pour le tournage d'un film. Ce n'est pas un récit de voyage mais un assemblage désordonné de notes quotidiennes, de moments vécus dans cette ville qui émerveilla l'écrivain à jamais. A travers ces quatorze récits Canetti nous fait vivre la ville de Marrakech sous plusieurs de ses aspects, visite d'un marché de chameaux, les souks, les commerces, le Mellah, la Place Jamaa-El-Fna, .... Mais au fil de la lecture au travers de ces divers récits il en dévoile tout autant sur lui-même.

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