dimanche, 04 septembre 2011

FlashForward - Robert J. Sawyer - 1999

Flashforward, science-fiction, litterature canadienne, robert j sawyerUne expérience de physique nucléaire au CERN à Genève qui tourne mal et c’est toute l’humanité qui, l’espace de quelques minutes, perd conscience. Durant ce bref laps de temps elle se voit projetée vingt ans dans l’avenir. Et lorsque chacun s’éveille de nouveau, plus rien n’est comme avant : ce black-out, ou plutôt Flashforward tel qu’il sera nommé, a causé de nombreux morts suite à des crashs d’avions et d’autres accidents. Et bien sûr tous n’ont plus qu’une idée en tête : celle de savoir si leur vision est véridique.  

Ecrit en 1999 et se déroulant en 2009 le roman FlashForward de l’auteur canadien Robert James Sawyer étonne par son idée originale et son traitement à la fois fantastique et plus philosophique. Pourtant sorti à l’origine de façon assez inaperçue ce roman va connaître un véritable succès lors du lancement en 2009 d’une adaptation en série télévisée. Et les bonnes idées ne manquent pas. On apprécie les brèves des nouvelles qui paraissent régulièrement pour mieux nous faire comprendre ce qui se passe dans le monde d’après l’événement. Aussi les multiples personnages fort attachants et leur expériences toutes semblables mais différentes et qui exposent ainsi toutes une autre approche sur les réflexions qu’on nous présente sur l’avenir, la destinée et le libre arbitre. Puis le mélange des genres, entre science-fiction plutôt hard, fantastique, policier, romance, chaque genre en fonction de la vision de chacun des personnages, et un style efficace et entraînant qui porte le lecteur jusqu’à la dernière page vers une fin qui réussit encore à surprendre en relier un peu contre toute attente certaines visions du futur pour leur redonner un sens.

Bref un roman de science-fiction qui surprend, qui détend, qui passionne et qui fait quelque peu réfléchir. Que demander de plus.

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Présente édition : traduit de l’anglais (canadien) par Thierry Arsan, édition Milady, 14 mai 2010, 380 pages

vendredi, 04 février 2011

Spin - Robert Charles Wilson - 2005

robert charles wilson, science-fiction, litterature americaine, litterature canadienne, spinLa nuit est glaciale, cela n’empêche pourtant pas les trois enfants Jason, Diane et Tyler de sortir pour voir les étoiles. Jason et Diane sont des jumeaux, plutôt surdoués, alors que Tyler est le fil de la femme de ménage qui est élevé avec eux. Leur jeunesse commune va faire en sorte que durant toute leur vie ils seront liés et cela malgré, ou plutôt surtout, à cause de l’évènement qui se passera durant cette nuit. En effet alors que les trois enfants scrutent le ciel à travers leur lunette de vue, d’un coup les étoiles disparaissent comme si elles s’étaient toutes éteintes d’un coup. Le soleil aussi, même si le lendemain quelque chose se lève pour éclairer la terre, un faux soleil, une sorte d’imposteur. Cet évènement va bouleverser l’humanité toute entière, elle mettra d’ailleurs des années à comprendre ce qui est arrivé, alors que le pourquoi de cet évènement lui restera à tout jamais mystérieux. Jason le surdoué va vouer ses prochaines années à la recherche sur cet évènement, alors que Diane entrera dans une secte préparant la fin du monde. Tyler quant à lui, essaie de suivre ses deux amis d’enfance tant bien que mal, mais ce sont surtout les travaux de Jason qui vont l’intéresser.
En effet les scientifiques découvrent que la Terre a été isolée du reste de l’Univers par un Spin, sorte de barrière physique tournant si rapidement autour d’elle qu’elle occulte toute lumière stellaire ou réfléchie. De plus il est constaté qu’à l’intérieur de ce Spin le temps passe de façon bien plus rapide au point que rapidement des millions d’années séparent rapidement l’intérieur de l’extérieur du Spin. Et cela au point qu’il ne faudra pas plus de quarante ans avant que le soleil ne devienne une naine brune, condamnant l’humanité à griller sur place en une génération alors qu’elle sera engloutie par l’héliosphère. Ou peut-être qu’elle survivra. Car ceux qui ont placé la Terre dans cet isolement spatio-temporel avaient sûrement un plan. Mais lequel ? La sauver d’un danger, ou alors la cacher de quelque chose ?
Tyler accumulera patiemment les découvertes, grâce à Jason, mais souffrant  d’un d’un amour secret pour Diane, il n’a de cesse d’osciller entre vivre sa propre vie ou rester dans l’ombre des jumeaux, une ombre aussi étouffante que la membrane Spin qui a occulté la lumière des astres.


L’auteur américano-canadien de science-fiction est depuis longtemps passé maître dans les grands romans de SF où il mêle intiment des destinées bien humaines à de grands enjeux bouleversants la Terre dans son ensemble. Dans Spin l’auteur garde cette même structure, partant de trois personnages dont le narrateur Tyler, pour nous conter de façon bien subjective à travers ces destins un grand mystère, le Spin, qui isolera la Terre du reste de l’univers. Le lecteur s’attache dès les premières pages à ces trois héros et découvre peu à peu une bonne partie des mystères du Spin et surtout ses conséquences sur la Terre. En effet, sous l’œil du narrateur, il nous peint une société sombrant peu à peu dans le chaos et le mysticisme, alors que quelques ilots de lucidité profitent de la fulgurante accélération temporelle générée par le Spin pour concevoir de pharaoniques projets de terraformation de Mars et d’exploration de la galaxie. Et c’est cette même dualité que le narrateur observe chez les deux jumeaux Jason et Diane. Pour Robert Charles Wilson, la science-fiction ne vaut jamais par elle seule, et ses romans nous content toujours et avant tout des destins bien humains. Et c’est peut-être cela la force de ses romans, excellents d’un point de vue SF et par les idées incroyables qu’ils mettent en scène, mais surtout parce qu’ils sont augmentés de ce côté humain si prenant et attachant. Et comme toujours chez cet auteur cette narration subjective empêchera le lecteur jusqu’au bout de tout savoir sur ce mystérieux Spin, et cela même si de nombreuses informations sont donnés au fil du livre, le lecteur évoluant ainsi dans un continuel mystère, riche et intelligent, sera repoussé dans les derniers retranchements de son imagination.

Ce roman connaîtra deux suites : Axis (2007) et Vortex, deux romans nous invitant à découvrir encore davantage cet incroyable espace-temps qu’a développé Robert Charles Wilson avec Spin.

Spin de Robert Charles Wilson est un roman de science-fiction de bien haut niveau, grandiose même, toujours terriblement prenant et intéressant par de multiples aspects. Bref un roman de SF qui devrait plaire à un public très large, bien au-delà de celui des amateurs du genre. 

A lire de toute urgence !

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Présente édition : traduit de l’américain par Gilles Goullet, editions Folio, 21 janvier 2010, 609 pages

Voir également:
Les fils du vent (Gypsies) - Robert Charles Wilson (1988), présentation
Le vaisseau des Voyageurs (The Harvest) - Robert Charles Wilson (1992), présentation
Darwinia - Robert Charles Wilson (1998), présentation
Les chronolithes (The Chronoliths) - Robert Charles Wilson (2001), présentation
Blind Lake - Robert Charles Wilson (2003), présentation

mercredi, 08 septembre 2010

Entremonde (Half World) - Hiromi Goto - 2009

bibliotheca hiromi goto entremonde.jpgMélanie Tamaki est une jeune adolescente de quatorze ans très ordinaire, complexée, ronde et en échec scolaire. impopulaire elle vit de façon solitaire et n’a guère d’amis. Son père a disparu depuis bien longtemps et sa mère, n’arrivant pas à faire face financièrement, a sombré dans l’alcool. Cette solitude pousse Mélanie à trouver refuge dans son imagination débordante. 
Mais un beau jour, de retour de l’école, Mélanie s’aperçoit que la maison est vide. Elle craint le pire pour sa mère et se rend vite à l’évidence qu’elle est partie... disparue.
Le coup de fil d’un certain M. Gluant lui annonce que sa mère a été enlevée. Et pour la sauver elle doit retourner dans l’Entremonde, un monde situé entre celui des Morts et des Vivants.
Mélanie n’a pas le choix, elle obéit et va peu à peu découvrir un lourd secret pesant sur ces origines et sa famille. Elle n’est pas qui elle croit être et peu à peu va se révéler à elle sa destinée : briser le cycle éternel qui paralyse le monde des vivants, celui des morts et l’Entremonde.

Ecrivain canadien d’origine japonaise, Hiromi Goto en est à son deuxième roman de jeunesse avec Entremonde, paru en version originale en 2009. Entre roman d’apprentissage et conte merveilleux, l’auteur invite le lecteur à la suite des aventures d’une jeune fille dans un monde à la fois magique et cruel qu’est cet Entremonde. Cela fait penser à certains romans de l’écrivain anglais Neil Gaiman, dont le célèbre et très réussi Neverwhere.
Le roman se lit facilement, est très divertissant et le personnage de Mélanie, même si très classique, est plutôt attachant. Les aventures sont nombreuses et l’auteur ne laisse guère le temps de se lasser. Le lecteur s’amusera beaucoup à découvrir cet autre univers, si proche du notre et pourtant si différent et si merveilleux.
Toutefois, le roman paraît un peu court, on aurait aimé que certains aspects de cet Entremonde soient plus développés. Cela aurait pu être facilement plus détaillé. 

Une lecture idéale pour un public adolescent, voire pré-adolescent.

Agréable et très divertissant !
 

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Extrait :

Prologue

Il y a très, très, très longtemps, avant que les mortels n’inscrivent leurs religions de mortels sur des tables de pierre et des parchemins, il fut une époque où coexistaient les Trois Royaumes : le Royaume de la Chair, le Royaume de l’Esprit et l’Entremonde.

Pendant une période infinie, la plénitude et l’équilibre régnèrent. La Vie, l’Après-vie et l’Entrevie étaient des réalités aussi naturelles que la veille, le sommeil et le rêve. Toutes les choses vivantes ne mouraient que pour se réveiller dans le royaume onirique d’Entremonde. Les mortels reprenaient conscience au moment du plus grand traumatisme qu’ils avaient éprouvé lors de leur passage dans le Royaume de la Chair. En Entremonde, ils revivaient des Entrevies, jusqu’à ce qu’ils aient épuisé le fardeau de leurs maux de mortels, en affrontant l’adversité. Les mauvaises actions, les doutes, les peurs, la terreur, la douleur, la haine, la souffrance, tous les maux de leur condition devaient être intégrés et résolus avant que ces créatures puissent se libérer de leurs fers et s’élever vers la lumière et l’Esprit. Une fois qu’elles avaient atteint le Royaume de l’Esprit, toute préoccupation physique disparaissait. Les Esprits existaient librement, délivrés de l’entrave de la mortalité ainsi que de la souffrance et du trouble de la Chair, dans un état de pureté et de sainteté. Jusqu’à ce que leur lumière finisse par décliner, et qu’ils soient rappelés une fois encore dans la Chair. Car s’il perd tout lien avec la Vie, l’Esprit aussi est appelé à s’éteindre.

Ainsi, les cycles étaient en équilibre.

Il ne reste aucun indice de ce qui a pu conduire à la détérioration des Royaumes. Nul ne sait s’il s’agissait de l’oeuvre d’Esprits isolés et moralisateurs, ou d’un captif de l’Entremonde que sa folie avait précipité dans la souffrance perpétuelle, sans plus aucun espoir de trouver la lumière. Ou peut-être était-ce la faute d’un mortel qui rêvait de devenir Esprit sans jamais quitter la Chair. Mais les Trois Royaumes, jadis en équilibre et entrelacés, furent taillés en pièces et murés dans l’isolement. Les mortels, piégés dans cet état perpétuel, ne mouraient que pour renaître dans la Chair.

Condamnés à ce cycle immuable, ils furent bientôt frappés de morosité et de désespoir. La violence, les guerres et la destruction de l’environnement allèrent en s’accélérant. Au moment de leur mort, les Entresprits des mortels ne pouvaient passer en Entremonde. Ainsi, ils renaissaient sans cesse dans la Chair, sans pouvoir jamais transcender leur souffrance. Sans Entremonde où résoudre leurs maux ni Esprit où s’élever, les mortels s’enfonçaient de plus en plus profond dans la douleur. Les atrocités se multiplièrent, et l’espoir commença à décliner.

L’Entremonde, emprisonné dans un supplice psychique infini sans aucune chance de rédemption, sombra dans la spirale de la démence.

Il n’y avait en Entremonde ni vie ni mort. Nul ne venait au monde et nul ne mourait. Jamais appelées à se fixer dans la perpétuité, les puissances de transformation de l’Entremonde mutèrent dans des proportions cauchemardesques.

Les Esprits, coupés de la mortalité et de la Chair, perdirent bientôt toute mémoire, toute connaissance des autres Royaumes. Ils devinrent plus froids et plus distants, et finirent par oublier qu’ils faisaient partie d’un tout qui les dépassait.

Leurs lumières commencent à s’éteindre, lentement, l’une après l’autre… il ne leur en reste même pas suffisamment pour s’en soucier.

Les Trois Royaumes courent un grand péril. Les Royaumes sont très proches de la dissolution. On dit que lorsque l’impossible se produira, lorsqu’un nouveau-né vivant verra le jour en Entremonde, alors seulement le sort des Royaumes se trouvera changé. Dans un Royaume sans naissance et sans mort, où nul n’est réellement vivant, les la Chair, sans pouvoir jamais transcender leur souffrance. Sans Entremonde où résoudre leurs maux ni Esprit où s’élever, les mortels s’enfonçaient de plus en plus profond dans la douleur. Les atrocités se multiplièrent, et l’espoir commença à décliner.

L’Entremonde, emprisonné dans un supplice psychique infini sans aucune chance de rédemption, sombra dans la spirale de la démence.

Il n’y avait en Entremonde ni vie ni mort. Nul ne venait au monde et nul ne mourait. Jamais appelées à se fixer dans la perpétuité, les puissances de transformation de l’Entremonde mutèrent dans des proportions cauchemardesques.

Les Esprits, coupés de la mortalité et de la Chair, perdirent bientôt toute mémoire, toute connaissance des autres Royaumes. Ils devinrent plus froids et plus distants, et finirent par oublier qu’ils faisaient partie d’un tout qui les dépassait. Leurs lumières commencent à s’éteindre, lentement, l’une après l’autre… il ne leur en reste même pas suffisamment pour s’en soucier.

Les Trois Royaumes courent un grand péril. Les Royaumes sont très proches de la dissolution.

On dit que lorsque l’impossible se produira, lorsqu’un nouveau-né vivant verra le jour en Entremonde, alors seulement le sort des Royaumes se trouvera changé. Dans un Royaume sans naissance et sans mort, où nul n’est réellement vivant, les

Chapitre 1

La femme soutenait désespérément son ventre arrondi de son bras, pour amortir les secousses de sa course désespérée le long du fragile pont noir. Son compagnon la suivait légèrement en retrait, la main tendue vers elle, au cas où elle trébucherait. On sentait dans le souffle saccadé de la femme la terreur, la douleur et l’épuisement. L’air glacial anesthésiait leurs sens à tous deux. Ils couraient, sans jamais baisser les yeux vers le gouffre béant sous leurs pieds. Si profond qu’ils n’atteindraient jamais le sol, s’ils devaient tomber. Quelques volutes de nuages dessinaient une belle traîne, en contrebas. La surface évanescente franchissait le fossé séparant les Royaumes, et les deux fugitifs voyaient la falaise supposée abriter le Portail menant à l’autre côté. Si proche. À un monde de là. Ils couraient, essoufflés et suffoquant, le flanc poignardé par la douleur, cernés par ce vide qui les appelait à lui. Sous chacun de leurs pas désespérés, le pont nu, sans rambarde, ondulait et tremblait, oscillait et palpitait.

Et à un pas près, à un trébuchement, l’effroyable plongeon.

«Plus vite», supplia l’homme en jetant un regard par-dessus son épaule. Leurs poursuivants gagnaient du terrain, comme une masse sournoise qui gloussait, sautillait et grinçait.

«Attention! lança une voix gluante. De ne pas glisser et tombeeeeeer !»

La femme laissa échapper un son rauque et accéléra tant bien que mal.

«Oh, attendez, se mit à supplier la voix poisseuse, comme un petit frère à la traîne derrière les grands. Attendez-mooooooiiiiiii !»

Ils atteignirent la saillie rocheuse, le pan massif de pierre grise. Hors d’haleine, sanglotant de soulagement à ce contact plein et minéral sous leurs pieds, ils ne remarquèrent pas le petit craquement des brindilles sèches, sous leur poids.

«Que doit-on faire, maintenant ?» haleta la femme.

Les paumes à plat sur la paroi de pierre, elle tâtonna désespérément tout en jetant des regards effrayés dans son dos. Leurs ennemis étaient presque sur eux.

L’homme secoua seulement la tête, incapable de prononcer un mot.

La femme enceinte se mit à frapper le mur de pierre. «Ouvre-toi ! hurla-t-elle. Ouvre-toi !»

Au coeur de la masse de granit, un lent grincement résonna. Dans un grand rugissement, une géante minérale s’extirpa de la montagne qui l’emprisonnait, et le bord de la falaise trembla ; des cailloux dégringolèrent quand la Gardienne se détacha d’un pas raide de la paroi. Du haut de ses quatre mètres, elle mesura l’immense faille de ses yeux de pierre grise, de la même couleur que le reste de son corps.

«Pour passer, vous devez payer le tribut», gronda sa voix profonde.

La femme et l’homme levèrent la tête vers cette face de pierre immémoriale, craquelée et desséchée. Elle ne baissa pas les yeux vers eux, mais continua à contempler l’autre rive du gouffre.

«Votre temps décroît.»

Nulle expression dans sa voix monocorde, neutre. La femme s’effondra aux pieds de la Gardienne géante.

«Je vous en prie. Je vous en conjure. Laissez-nous passer !»

La Gardienne demeura silencieuse. Une substance blanche, poisseuse et élastique vint se coller en claquant au visage de pierre, laissant pendre un long fil intact relié à son point d’origine.

La femme et l’homme se retournèrent.

«Ehhhht. Aiiiiii hahheiiiii», baragouina l’homme glu en franchissant les quelques pas qui le séparaient encore d’eux, sa langue distendue rétrécissant à mesure qu’il s’approchait. Il s’immobilisa et l’extrémité de sa langue se détacha du visage de pierre dans un popþ! baveux, puis rentra dans sa bouche comme un élastique. Il recracha méticuleusement de petits éclats de roche.

Grand, maigre, exhalant des relents âcres de moisi, leur ennemi les dévisageait avec un immense sourire, le visage pâle et la bouche pendante. Ses minuscules pupilles en têtes d’épingles ressemblaient à des perles noires perdues dans le blanc de ses yeux, et sa chevelure neigeuse et emmêlée empestait le vinaigre. Il portait un imperméable trop grand, duquel émergeaient des jambes rachitiques et de grosses bottes en caoutchouc qui lui battaient les mollets. Il ouvrit son manteau et en secoua les revers, laissant échapper un nuage humide et acide.

L’homme et la femme portèrent la main à la bouche et se mirent à tousser. La créature puante agita une de ses bottes, et des émanations putrides s’élevèrent dans l’air.

«Bon sang, que je déteste courir dans ces machins-là, pesta-t-il. J’ai tellement chaud que je fonds !»

L’intérieur de sa bouche, mou et visqueux, menaça de déborder de ses lèvres fines. Il aspira la masse blanche et poisseuse dans un bruit de succion répugnant.

En voyant le reste de ses acolytes baveux et bégayants surgir du sentier pour venir s’agglutiner sur le rebord recouvert de brindilles, l’homme et la femme ne purent réprimer un frisson. Une enfant à tête de poisson, trop près du vide, fit tournoyer ses bras maigres en moulinets frénétiques tandis que le vertige l’attirait en arrière. «Ouah, ouah, ouah !» gémit-elle.

L’homme puant en imperméable pouffa, puis resserra ses lèvres flasques comme pour un baiser. Il souffla. Son haleine fétide frappa l’enfant en pleine poitrine et elle plongea en arrière, au ralenti, dans l’abysse sans fond. Ses hurlements résonnèrent dans le vide pendant une éternité.

Le groupe improbable de créatures disparates se mit à mugir et à s’esclaffer, à sautiller sur des jambes de kangourous, à agiter des queues de reptiles et à taper dans d’étranges mains difformes.

«Je vous en prie, supplia la femme en s’adressant à leur chef. Laissez-nous passer dans le Royaume de la Chair. Nous ne détraquerons rien en Entremonde, une fois partis.»

L’homme en imperméable posa son coude droit dans sa paume gauche et fit tambouriner ses doigts sur sa joue collante d’un air pensif.

«Peut-êêêêêêtre biiiiiien que oui, chantonna-t-il d’une voix enfantine en balançant son poids sur une hanche. Peut-être bien que non !»

Il balança sur l’autre hanche. Puis se lança dans une petite danse, d’une hanche sur l’autre, pour scander ses réponses. «Peut-être bien que oui, peut-être bien que non! Peut-être bien que oui, peut-être bien que non ! Oui ! Non ! Peut-être ! Oui, non, peut-être! Oui ! Non ! PEUT-ÊTRE !» brailla-t-il.

Le jeune couple se recroquevilla à ses pieds.

La Gardienne fixait toujours le grand gouffre de son regard implacable.

L’homme puant poussa un soupir, comme s’il était gêné.

«Bon, voilà ce que je vous propose, suggéra-t-il d’un ton aimable et posé. J’aime jouer. D’ailleurs, qui n’aime pas jouer ?

- Nous, on aime jouer, on aime tous jouer, acquiescèrent ses compagnons avec un entrain servile.

- La ferme ! explosa leur chef, et les créatures reculèrent, pour certaines dangereusement près du bord. Je disais donc, poursuivit-il en couvant le jeune couple d’un regard plein de compassion, que ce jeu-ci s’est conclu par ma victoire. Un point pour moi, zéro pour vous. Mais si je vous ramène de force, on en reviendra au vieux cycle. Et j’en ai tellement assez, de la routine.»

Il bâilla de manière spectaculaire. La température de son corps avait baissé, et l’intérieur de sa bouche ne pendait plus comme du fromage fondu. 

«Je sais !» s’exclama-t-il dans un braillement d’enfant surexcité. Le jeune couple eut un tressaillement.

«Je sais ! Je sais ! Demandez-moi à quoi je pense ! ordonna-t-il.

- À quoi? demanda le jeune couple, obéissant.

- À quoi, s’il vous plaît! vociféra l’homme puant.

- À quoi, s’il vous plaît, répéta la femme enceinte d’un air las.

- Toi !» Du doigt, il désigna la femme.

«Je t’autoriserai à passer. Mais tu devras abandonner ton petit chéri d’amour.»

L’homme puant adressa un regard apitoyé au jeune homme. «Aaaah, chantonna-t-il, voir ainsi séparer des amants si tendres et si mignons.» Il essuya une larme imaginaire au coin de son oeil. « Je le garderai en otage. Je te donne quatorze années de félicité matérielle et de Vie pour profiter de ton petit morveux né de l’amour dans le Royaume de la Chair. Mais quand je te dirai de rentrer, tu ramèneras l’enfant avec toi pour une charmante réunion de famille. Si tu ne reviens pas, j’écorcherai chaque jour ton amant, et je le forcerai à manger sa propre peau, pour l’éternité.»

Il tendit le cou vers le sol, plus bas, et vint appuyer son nez poisseux contre le visage horrifié de la femme. «Tu es d’accord ?»

La femme enroula les deux bras autour de son ventre arrondi. Elle se tourna vers le visage blême de son amour.

«Vas-y, dit le jeune homme d’une voix éraillée. On n’a pas d’autre choix. Si tu restes, on n’aura plus rien du tout, on retombera dans le cycle. Mais ça – l’air émerveillé, il posa la main sur la bosse dessinée par le bébé à naître – voici quelque chose de nouveau. Vas-y ! Quatorze ans, c’est déjà ça, même si ça n’aboutit à rien.»

Il enfouit le visage dans la chevelure de son aimée comme s’il l’embrassait pour la dernière fois. «Tu n’as pas à revenir», murmura-t-il.

En entendant ces mots, la femme recula vivement, les yeux remplis de larmes.

«Oui ! s’exclama l’homme puant en tapant dans ses mains poisseuses. Ils emprunteront la Porte Numéro Quatre !»

Ses compagnons applaudirent en poussant des hurlements de rire.

«Le tribut», gronda la Gardienne.

L’homme et la jeune femme se contemplèrent l’un l’autre, l’air affolé, tout en fouillant leurs poches en quête de pièces, de nourriture, de n’importe quoi.

L’homme en imperméable se couvrit la bouche de la main et se mit à ricaner sottement.

«Nous n’avons rien, supplia le jeune couple.

- Le tribut est le plus petit doigt de votre main, annonça la Gardienne.

- De mieux en mieux! gloussa la créature nauséabonde.

Génial, j’adore cette partie-là, pas vous ? demanda-t-il à ses compagnons, qui se remirent à applaudir avec enthousiasme. Chuuuuuut! Je n’entends rien!»

Le jeune homme et la jeune femme contemplèrent leurs mains pâles. Ils cherchèrent un morceau de roche à bord tranchant, avec lequel sectionner la chair. Ils s’immobilisèrent. Finirent par comprendre que ces petites brindilles sèches sous leurs pieds étaient les os de tous ceux qui avaient tenté de franchir la muraille, bien longtemps auparavant.

«Le doigt doit être tranché avec les dents», psalmodia la Gardienne.

La jeune femme leva une main tremblante. Elle enroula ses doigts autour de son pouce, ne laissant que son auriculaire tendu. « Coupe-le ! ordonna-t-elle en serrant les dents. Fais-le ! »

Son amour ouvrit la bouche et posa doucement le bord de ses dents contre la fine couche de chair. Les larmes lui roulaient sur les joues lorsqu’il commença à appuyer.

Il recula soudain. «Je ne peux pas, sanglota-t-il en se recouvrant le visage des mains. Je ne peux pas le faire.

- Il ne peut pas le faire !» répéta l’homme en imperméable avec jubilation.

Le jeune homme baissa les mains et tendit son petit doigt vers son amour.

« Prends le mien. »

Le visage livide de la jeune femme s’illumina d’amour et de chagrin. Ses yeux sombres s’étrécirent.

Elle attrapa la main de l’homme et lui mordit le doigt, d’un seul coup net, dans un craquement mouillé. Du sang foncé lui emplit la bouche et le jeune homme étouffa un cri, avant de basculer en arrière, évanoui.

« Elle l’a fait, balbutia l’homme puant, hébété.

- Ooooohhhhh », soupirèrent ses compagnons.

Les yeux de la jeune femme scintillaient de culpabilité et d’amour. Elle recracha le doigt de son aimé dans la paume de sa main. Elle l’inclina, et le doigt tomba au sol.

L’immense façade de pierre grinça et grogna, et une porte s’ouvrit lentement en crissant.

L’homme en imperméable ne fit pas mine de l’arrêter. « Sô-lut ! lui lança-t-il d’un air réjoui. Quatorze années, chérie. Sois très courageuse! On pensera bien à toi. Et ne t’inquiète pas pour ton petit coeur. On ne le lâchera pas dans le vide, en repassant le pont. Jamais on ne ferait une chose pareille ! Amuse-toi biiiiiieeeeeeeen ! »

La femme s’avança et franchit le Portail.

Elle ne se retourna pas.

La porte se referma en crissant comme une meule de pierre.

 

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Présente édition : traduit par Marie de Prémonville, Editions Baam !, 5 juin 2010, 315 pages

jeudi, 02 septembre 2010

Le Cycle du Ā - Alfred E. Van Vogt - 1945, 1948 et 1985

bibliotheca le cycle du a.jpgLe monde des Ā


XXVIe siècle. Gilbert Gosseyn se remet à peine du décès de sa femme alors qu’il s’inscrit aux Jeux de la Machine dans l’espoir de décrocher une place sous le soleil de Vénus. Or dès son inscription aux Jeux, Gosseyn découvre qu’il n’est pas l’homme qu’il pensait être. Il n’a jamais été marié, d’ailleurs la femme de ses souvenirs n’est autre que la fille bien vivante du Président, et tout son passé n’est qu’un vaste leurre. Il ne lui reste plus d’autre choix que de partir à la recherche de son identité. Rapidement il découvre que des doubles de lui-même existent, et, lorsqu’il meurt, son esprit se voit transféré dans son autre soi. Tant de choses qu’il n’arrive pas à comprendre, mais malgré tout il se rend vite compte qu’il est pion au sein d’un vaste complot dont la finalité lui échappe encore. Mais n’est-il qu’un pion, ou alors la pièce maîtresse ?

Les joueurs du Ā

La fin du Monde des À semblait avoir laissé Gilbert Gosseyn maître de la situation. C'est alors que vont se révéler les participants du jeu d'échecs cosmique dont il n'était qu'un pion inconscient. D'abord le Disciple, personnage impitoyable dont la substance est faite d'ombre - ensuite Enro le Rouge, dictateur du "Plus grand empire", qui s'apprête à asservir l'univers entier. Enfin le joueur inconnu qui a manipulé Gosseyn et l'a forcé à assumer un destin qui n'était pas le sien. Mais Gilbert Gosseyn existe-t-il encore ? N'occupe-t-il pas désormais le corps du faible et pusillanime prince Ashargin ?

La fin du Ā

A l'autre extrémité de la galaxie, Gilbert Gosseyn se réveille à bord d'un astronef inconnu... et dans un nouveau corps, Gosseyn trois. Pourtant, il conserve les souvenirs de ses deux précédentes incarnations, et peut même communiquer par télépathie avec Gosseyn deux, qui vit toujours, quelque part. Peu à peu, Gosseyn retrouve la maîtrise de ses extraordinaires pouvoirs mentaux. Il parvient à regagner la terre et retrouve ses compagnons qui l'ont aidé à combattre Enro le rouge. Mais n'est-ce pas plutôt son alter ego Gosseyn deux que ceux-ci ont aidé ? La machine des jeux, même démantelée, pourra-t-elle l'aider à trouver la raison de ce dédoublement, de cette " similarisation " ?



Le Cycle du Ā, dont le titre se prononce Le Cycle du non-A, rassemble pour la première fois dans l’édition française, aux éditions J’ai Lu, les trois grands romans de l’écrivain americano-canadien Alfred E. Van Vogt que sont Le Monde des Ā (The World of Null-A, 1945), Les joueurs du Ā (The players of Null-A, 1948) et La fin du Ā (Null-A Three, 1985), faisant tous les trois partie du même cycle autour de la quête identitaire de Gilbert Gosseyn. Ces trois romans constituent un jalon majeur dans l’oeuvre de l’auteur, mais aussi des romans cultes dans le genre de la science-fiction. Et encore science-fiction n’est que peu dire pour ces drôles de romans qui s’avèrent vite totalement inclassables.
Initialement rédigés pour être publiés sous forme de feuilletons, les textes de Van Vogt en gardent les séquelles du genre que sont l’action omniprésente, pas de descriptions lassantes et des retournements de situations à presque chaque chapitre, cela afin que le lecteur soit continuellement attaché au texte. Mais l’histoire est bien complexe et ses éléments majeurs ne sont pas moins qu’un jeu d'échec cosmique, des conflits galactiques, la manipulation des souvenirs et identités, humanité gouvernée par une machine des jeux, des clones... Et il s’avère bien vite difficile de s’y retrouver. Gilbert Gosseyn, le personnage principal adepte de philosophie non-aristolécienne (Ā ou non-A) est assez atypique et devient vite attachant au lecteur.
Hélas, même si les qualités ne manquent pas, ces romans n’en est pas pour autant une réussite. Et cela malgré son statut d’oeuvre culte. En effet les deux premiers textes datant des années 1940 ont très mal vieillis, le dernier n’ayant jamais présenté le moindre intérêt. L’histoire est complexe, parfois mal construite, cela souvent lié à sa forme initiale de publication en feuilletons, et l’on s’y perd trop facilement. De plus les discours pseudo-philosophiques autour du non-A, présents un peu partout, ont tendance à devenir lassants et bien futiles.

En bref
Le Cycle du Ā d’Alfred E. Van Vogt est un texte ambitieux, véritable oeuvre culte de la science-fiction, mais qui hélas n’a guère résisté au temps. Ces romans restent toutefois intéressants à découvrir, voire à relire, par les amateurs du genre, ce cycle ayant à son époque tant marqué ses contemporains et inspirés tant d’écrivains de science-ficiton.

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Présente édition : traduit par Boris Vian et revu par Jacques Sadoul, Editions J’ai Lu, 8 mai 2010, 795 pages


Voir également :
A la poursuite des Slans (Slans) - Alfred E. Van Vogt (1946), présentation
La faune de l'espace (The Voyage of The Space Beagle) - Alfred E. Van Vogt (1950), présentation

lundi, 01 mars 2010

Babylon Babies - Maurice G. Dantec - 1999

bibliotheca babylon babies

2013. Le monde est en feu et en flammes, rongés par de multiples conflits hors contrôles, les nationalismes qui ravagent les états, les mafias, les sectes, les sciences sans consciences.
Dans ce monde en plein chaos, le mercenaire Hugo Cornelius Toorop essaie de survivre comme il peut en acceptant des missions de tout genre pour à peu près n'importe qui. il accepte notamment de travailler pour les mafias sibériennes. Sa mission : escorter Marie, une jeune femme à priori quelconque, de Sibérie au Québec. Pour un vétéran de Bosnie, et de multiples autres conflits, cette mission paraît assez simple à Toorop. Mais son expérience l'avertit dès le départ. Quelque chose se cache derrière cela. Il découvrira assez vite que Marie est en fait une arme biologique très puissante, de plus atteinte de schizophrénie. En effet elle porte en elle la prochaine mutation de l’Humanité, la synthèse de l’Homme et de la neuromatrice crées par Darquandier dans les Racines du Mal (1999), et qu'elle est donc recherchée par tout ce que compte le monde en sectes, mafias et pouvoirs en tout genre qui ont le plus vif intérêt à mettre la main sur elle.

Babylon Babies est le troisième roman de l'écrivain français naturalisé canadien Maurice Georges Dantec, dit Maurice G. Dantec, qui fait donc suite à La Sirène rouge (1994) et Les Racines du Mal (1996) en y intégrant le même personnage de Toorop dans un monde à l'aube de l'apocalypse. Certains liens existent entre les différents romans, mieux vaut-il aussi les avoir lu dans leur ordre, mais ce n'est guère une obligation dans la mesure où les trois histoires restent bien distinctes.
On retrouve donc ici le mercenaire Toorop, guerrier avisé pour toutes les causes et grand amateur de philosophie guerrière, dans une nouvelle traque qui cette fois va donner naissance de l'homme, un homme supérieur, à un monde nouveau totalement éclaté par la cybernétique. Et cela dans un roman empruntant à la fois du polar et de la science-fiction pour donner un techno-thriller hors normes. Et au-delà de cela, ni polar ni roman SF, on a l'impression que Dantec tente de nous dévoiler un futur immédiat, déjà amorcé, et dont ce roman serait une sorte de guide. Ambitieux donc ! Pas toujours réussi mais ambitieux.
L'histoire de base, c.à.d. le convoyage de Marie donne lieu à des scène d'action époustouflantes, et sert de prétexte à ce sujet plus complexe et dense qu'est cette évolution humaine, et qui se raconte par de multiples détails et, entre par des rêves hallucinés très marquants. Peu à peu l'action laisse d'ailleurs sa place au côté plus métaphysique du livre, et cela dans un rythme plus lent mais tout en devenant plus marquant. Et Dantec réussit à parfaitement convaincre tant le roman est dense, le monde recréé savamment détaillé et maîtrisé. L'action est haletante et le lecteur ne s'ennuiera guère. Comme souvent chez Dantec certains propos sont énervants, polémiques, mais le texte en son ensemble ne laissera personne indifférent.

Babylon Babies a été adapté au cinéma en 2008 sous le titre de Babylon A.D. par le réalisateur français Mathieu Kassovitz dans une production internationale avec l'acteur américain Vin Diesel dans le rôle de Toorop.

Maurice G. Dantec propose ici un roman hors normes, entre le polar et la science-fiction, un thriller haletant qui ne laissera guère indifférent.

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Extrait : premières pages

Vivre était donc une expérience incroyable, où le plus beau jour de votre existence pouvait s'avérer le dernier, où coucher avec la mort vous garantissait de voir le matin suivant, et où quelques règles d'or s'imposaient avec constance: ne jamais marcher dans le sens du vent, ne jamais tourner le dos à une fenêtre, ne jamais dormir deux fois de suite au même endroit, rester toujours dans l'axe du soleil, n'avoir confiance en rien ni en personne, suspendre son souffle avec la perfection du mort vivant à l'instant de libérer le métal salvateur. Quelques variables pouvaient à l'occasion s'y glisser, la position du soleil dans le ciel, le temps qu'il faisait, et à qui on avait affaire.

De là où il se trouvait, accroupi au sommet du talus qui longeait le sentier, Toorop surplombait sa victime. A l'ouest, le soleil baissait sur l'horizon, laquant d'un jaune orange volcanique la terre ocre du haut Sin-kiang. L'air était sec, encore vibrant de la chaleur accumulée pendant toute la journée, et d'une pureté irréelle. C'était le temps idéal pour tuer quelqu'un.

Un vent frais soufflait de l'est, en provenance des terres basses, le grand désert du Takla-Makan, un mot ouïgour qui signifie «le lieu où vous entrez mais d'où vous ne sortez pas». Torride à l'origine, ici, à deux mille mètres d'altitude, l'air était coupant comme la lame d'une baïonnette. Quand le soleil aurait disparu derrière les sommets blindés à la neige éternelle, il deviendrait glacial en moins de temps qu'il n'en faut pour prendre une inspiration, ou relâcher son dernier souffle.

L'homme était allongé sur le dos. Un bras tendu à la perpendiculaire était venu s'échouer sur un petit massif de chardons, l'autre était replié sous lui. Il était encore vivant, ce n'était pas son jour de chance. Chacune de ses respirations produisait un tressaillement réflexe de ses muscles, et un râle épuisé sortait par intermittence de sa bouche pleine de sang. Toorop lui donnait quelques minutes de sursis, tout au plus, des minutes qui lui paraîtraient des heures. La balle de 12,7 mm avait pénétré la structure biologique en diagonale, à la hauteur du foie, mais Toorop savait qu'elle avait pu se loger jusque dans le cervelet, l'artère fémorale, ou un organe bien plus sensible encore.

Le visage du jeune mec exposait comme un révélateur chimique l'étonnement de cette vie tranchée vicieusement par un projectile fou qui s'était retourné sur lui-même à l'impact, avant de zigzaguer en tous sens à l'intérieur du corps; l'énergie de ce genre de munitions se diffuse avec une telle intensité qu'en plus des traumatismes physiologiques l'onde de choc provoque de graves commotions nerveuses. Un beau visage mandchou, vingt ans, pas plus, les yeux vitreux s'interrogeant pour toujours sur la fragilité de l'existence face au métal de la douleur.

Toorop se souvint de l'aphorisme du Yi-qing servant de référence au quatorzième des Trente-Six Stratagèmes: «Ce n'est pas moi qui réclame le concours du naïf, c'est lui qui se livre à moi.» Le stratagème n° 14 s'intitulait curieusement «Redonner vie à un cadavre» et disait ceci:

Celui qui peut encore agir pour son propre compte ne se laisse pas utiliser.
Celui qui ne peut plus rien faire suppliera qu'on l'utilise.
Se servir de celui qui ne sert plus à rien pour servir nos fins.

Un sermon pas plus obscur qu'un autre vu les circonstances. Et l'homme qui agonisait avait bien servi ses fins. Toorop descendit du talus en sachant déjà ce qu'il convenait de faire.

Trois jeunes busards venaient de se poser en croassant près du corps, et sans lui prêter la moindre attention entreprirent de fourrager dans la vareuse vert olive, forant le tissu d'un seul coup acéré pour remonter un morceau de viande sanguinolente qu'ils engloutissaient d'un mouvement saccadé de la tête. Toorop vit nettement le geste réflexe, ultime, de l'homme condamné qui tentait de reculer l'échéance. Un frémissement de sa carcasse, une main tremblante qui chercha en vain à se soulever de terre et qui y griffonna comme un message illisible. Toorop put détailler un instant le processus naturel à l'œuvre, son regard ne cherchait même pas à éviter la rosace de sang qui s'étoilait sur l'abdomen du soldat, là où les oiseaux accomplissaient leur besogne, et sur la terre jaune orange tout autour de lui, une flaque noire aux contours pourpres que la lande rocailleuse buvait avec avidité.

A son approche, un des busards émit un croassement de mécontentement en battant des ailes, et se raidit dans une posture de parade agressive. Les deux autres continuaient leur festin sur le ventre de l'homme, imperturbables, pataugeant dans une moquette de sang, de tissu spongieux et de morceaux d'intestins.

Une odeur de tripaille et de merde lui chatouillait les narines au gré des souffles du vent. Le parfum de l'homme mort, ou en train de mourir, une fragrance qui lui laissa comme un arrière-goût de bière rance dans la bouche. Toorop venait d'extirper le «schiskov» de son étui dorsal, un Aurora, une arme polyvalente capable de faire face à toutes les situations d'urgence, et tout bonnement le meilleur fusil d'assaut au monde. Toorop arma la culasse d'un coup sec, mit en joue et logea une balle en plein dans la tête du soldat.

Le coup de feu résonna longuement dans la chambre d'écho naturelle des hautes montagnes. Toorop y entendit le soupir de soulagement de l'homme enfin délivré de ce monde de chair et d'acier, enfin libéré de la vie, et des trois busards.

A l'instant où les rapaces fusaient vers le ciel écorché du crépuscule, les ailes pleines de sang, alors que l'écho du coup de feu résonnait encore dans l'espace immense qui s'étendait devant lui, Toorop s'était dit que la situation réclamait sans doute un passage de Rûmî, ou bien un couplet de Dead Man Walking, mais il sentit une douce vibration se propager le long de sa cuisse, interrompant net le flux de ses pensées. Sa main plongea dans la poche de son battle-dress et en ressortit armée d'un petit cellulaire Motorola GPS. L'écran à cristaux liquides affichait un message du commandement général l'informant de la présence de drones chinois dans le secteur. De l'alphanumérique, crypté par un programme spécial CIA que les tronches du chiffre de l'APL pouvaient toujours essayer de décoder, y compris avec leurs Fujitsu hautement parallèles, développés grâce aux fonds yakuzas dans leurs usines souterraines du Sichuan. D'après les trafiquants russes qui avaient fourni le logiciel, le cryptage était incassable, la somme des ressources informatiques de la planète n'y suffirait pas, même au bout de cinquante ans de travail ininterrompu. Réencodage Transfini sur Modélisation Chaotique, avait dit le binoclard à l'accent british chargé de faire la démo aux guérilleros ouïgours, qui avaient mollement apprécié en dodelinant de la tête. Pour les Ouïgours, ça signifiait simplement qu'Allah ne voulait pas que l'APL puisse décoder leurs communications. Ce qui était la moindre des choses.
 

Toorop se tourna vers l'ouest, là où le ciel combinait des fulgurances azurées avec des machines laiteuses aux reflets de napalm, puis s'agenouilla à côté du cadavre pour commencer le pillage. Un automatique de fabrication locale, copie conforme de l'indémodable Colt modèle 1911. Deux chargeurs pleins en sus. Une grenade à main de fabrication française accrochée à l'autre bout. Dans la poche de la vareuse, il dénicha un paquet de Kool fabriquées à Pékin. Il détestait les Kool mais il pourrait les échanger contre des Marlboro russes ou des Camel indiennes.

Il retourna le cadavre du pied en le faisant rouler sur la terre rocailleuse. L'AK-74 était sanglé crosse en l'air en travers de son dos. Intact, un chargeur de trente balles enclenché, flambant neuf, tout frais sorti des chaînes de montage robotisées du ministère de la Planification militaire. Toorop préleva le butin d'une main expérimentée. C'était la loi des montagnes, le secret transparent de la nature, le code de la chasse, l'étrange rituel de la vie et de la mort et sa fétichisation par le trophée, toutes ces conneries, une simple habitude. Remontant aux origines du monde.

D'un geste sûr, Toorop releva les manches de la vareuse de montagne; le biobippeur GPS formait une petite boursouflure de carbone noir courant juste sous la peau au niveau du poignet gauche, au-dessus d'une très jolie montre en or. Le biobippeur avait pour principale fonction d'envoyer régulièrement un signal radio digital donnant la position et l'état métabolique de son porteur, une technologie copiée sur celle de l'US Army. Pour l'heure, une petite diode rouge y pulsait en silence, l'air de dire que son porteur n'était pas au mieux de sa forme, et qu'il resterait sûrement un bon moment à cette position.

Toorop perça l'épiderme de la pointe de son couteau de combat, y désincrusta le petit composant, le jeta au fond du ravin, et la montre en or au fond d'une de ses poches.

Il retourna une nouvelle fois le corps, et acheva la fouille en prélevant sa plaque d'identification magnétique et quelques biftons chiffonnés, en diverses monnaies locales. La plaque militaire, c'était juste pour donner un peu de boulot aux bureaucrates de l'APL. La caillasse, ce serait pour plus tard, les bars à putes d'Almaty, quelques ecstas new-look achetés à des dealers kazakhs, éventuellement un film de Taiwan en version russe dans une salle de cinéma datant de l'époque soviétique, constructivisme pompier et sièges rapiécés ayant vu passer les culs de toutes les générations depuis Khrouchtchev au moins.

Toorop sortit de sa rêverie pour marcher jusqu'au cheval kirghize, une belle jument grise pommelée de noir, qui se laissa monter sans résistance. Sa propre monture avait succombé trois jours auparavant à une mauvaise chute; cette jument était une pure bonté d'Allah, auraient dit les Ouïgours, elle était à la fois robuste et peu farouche, jeune et expérimentée, une vraie canasse de montagnard. Il lui flatta le museau, la prit par la bride, grimpa sur la selle réglementaire de l'APL, avec ses boucles de laiton frappées de l'étoile rouge, puis redescendit le sentier jusqu'au cadavre, lui jeta un dernier coup d'œil, accrocha le Barrett à la selle, plaça son Aurora dans l'étui dorsal, l'AK-74 chinois en bandoulière sur sa poitrine, et d'un petit jappement accompagnant le coup de talon fit avancer l'animal à la rencontre de l'adret, tournant le dos aux blanches hauteurs du Turugart Shanku.

Son ombre évoquait celle d'un don Quichotte harnaché pour une guerre oubliée, dans le silence élémentaire de la nature.

Le bruit des sabots sur la rocaille couvrit le croassement des busards qui venaient tournoyer de nouveau au-dessus du cadavre derrière lui, puis plus tard, alors qu'il atteignait le fond de la passe, une rafale de vent froid lui fit prendre conscience que le soleil venait de disparaître derrière les montagnes, une ombre bleu ardoise s'abattait sur les roches d'un gris lunaire, le ciel virait à un violet abyssal, les premières étoiles étaient visibles, un croissant de lune apparaissait entre deux sommets neigeux, masses de cendres piégées dans un faisceau de lumière noire et laquées de vif-argent, l'astre nocturne serait au zénith au cœur de la nuit.
C'était d'une beauté à couper le souffle.
 

Tuer son couple d'hommes par semaine, au bas mot. Vivre sur la bête en prélevant armes, munitions, nourriture, drogues, argent liquide - ou plastique -, vêtements, chevaux. Traquer sans relâche les communications ennemies afin de prévoir le mouvement des patrouilles de gardes-frontières, se déplacer constamment, de nuit, en évitant les drones de recherche et de destruction, attendre parfois des jours entiers avant de voir une silhouette apparaître dans l'œilleton de la lunette, tenter d'engager comme un dialogue silencieux avec la cible, juste avant de presser la détente, puis s'enfoncer à nouveau dans les ténèbres afin de s'y fondre, et y dormir un peu, dans l'attente d'un autre matin, d'un nouvel homme à tuer.

Telle était désormais sa vie, et Toorop n'y trouvait rien à redire. Comme il l'avait fait remarquer très longtemps auparavant à une correspondante de guerre en quête de «personnages pittoresques», il fallait bien que quelqu'un s'en charge. Il fallait bien qu'une poignée d'hommes mauvais se battent au bout du monde, pour des causes perdues, et parfois pour bien pire. Il fallait bien que la roue de l'histoire continue de broyer des existences, si le reste du monde voulait continuer à se nourrir d'images de télévision.

Sur le moment la fille de la BBC n'avait rien répondu, son caméscope numérique braqué sur lui comme l'œil noir et globuleux d'une machine vampire. Mais Toorop avait su d'instinct qu'elle l'avait pris pour un fou. Avant de se demander comment elle s'y était prise pour le deviner aussi vite. Seul un dingue, en effet, pouvait passer son temps dans les montagnes et les steppes d'Asie centrale avec deux ou trois livres chinois de stratégie en poche, une couverture de survie arctique de l'armée russe capable d'endurer des températures inférieures à moins 50 degrés centigrades, une trousse médicale de l'US Air Force comprenant tout le kit d'urgence, plus des boîtes entières de méta-amphétamines de pointe, sous toutes les formes possibles, patches transcutanés, capsules auto-injectables, comprimés, chacune d'entre elles répondant à une fonction bien précise, renforcement de l'activité sensorielle, ou motrice, lutte contre la fatigue, oxygénation, taux de globules rouges, tonus mémoriel, capacité de traitement de l'information. Plus fort qu'un peloton cycliste du Tour de France, avait-il dit en souriant, la pharmacopée du chasseur d'hommes moderne. Sur le moment il n'avait pu en dresser la liste complète à la fille. Il avait juste marmonné un truc comme: «La guerre est une science qui ne permet aucune erreur.»

Les journalistes, occidentaux surtout, étaient de ceux à qui il fallait sans cesse rappeler les évidences.

Toorop s'était toujours demandé pourquoi le don s'était révélé à lui durant les derniers mois de la guerre en Croatie et en Bosnie.

Il faut dire que pendant la première partie du conflit bosniaque, l'armée gouvernementale fut incapable de réagir de façon coordonnée face aux assauts conjugués de l'armée yougoslave et des milices de Karadzic, d'Arkan ou de Seselj. Mettons à sa décharge que, pendant les premiers mois de la guerre, l'armée gouvernementale bosniaque n'existait tout bonnement pas, l'Etat lui-même venant à peine d'être créé et reconnu par les Nations unies. C'est pourquoi, durant cette période, les combattants bosniaques formèrent une cohorte hétéroclite de bandits, aventuriers, mercenaires, têtes brûlées et soldats perdus encadrant des recrues qui venaient tout juste de lâcher leur guitare électrique pour tenir un AK-47.

C'est en participant à l'offensive de l'été 95 au sein d'une unité des forces spéciales bosniaques qu'il fut comme saisi par un état de grâce. Rien de l'exaltation religieuse, ou mystique, ni de cette cocaïne naturelle qui irrigue le cerveau lorsque l'excitation du danger est à son comble, non, juste comme si une vieille équation acariâtre, qui résistait depuis un bon moment, venait d'être matée; la guerre était sans nul doute la chose la plus simple à faire, mais c'était surtout la plus difficile à réussir. La seule règle étant qu'il n'y en a aucune, ou plutôt que chaque guerre invente les siennes propres, dans le chaos créateur de la violence. Et que ce sont ceux qui prononcent ces règles qui finalement l'emportent. Dans l'ex-Yougoslavie, comme dans tous les territoires dévastés que Toorop avait depuis traversés, ces règles échappaient pour une bonne part aux belligérants eux-mêmes, ceux qui les édictaient se réunissaient dans de vastes salles de conférences internationales pour décider du sort des armes en lieu et place des hommes qui mouraient sur le terrain. Cela devait désormais être intégré comme une de ces nouvelles lois de la guerre que chaque époque emporte avec elle, une fois morte, et Toorop s'était dit qu'il mourrait probablement avec elle.

Début novembre, de retour à Sarajevo dans l'attente des accords de Dayton, Toorop élut domicile dans un faubourg de la ville, Hrasnica, situé juste en contrebas du mont Ingman, le verrou stratégique qui était resté tout le temps de la guerre l'unique cordon ombilical reliant la capitale de l'Etat bosniaque au petit territoire qu'il contrôlait.

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Présente édition : Editions Folio, 4 avril 2001, 719 pages

vendredi, 23 octobre 2009

Blind Lake - Robert Charles Wilson - 2003

bibliotheca blind lake

Dans les petites villes américaines de Crossbank et de Blind Lake se sont installés deux complexes scientifiques, des centres d’observation astronomiques d’un nouveau type, qui, à l’aide d’une toute nouvelle technologie fondée sur l’utilisation d’ordinateurs quantiques, réussissent à décupler les capacités d’observation des télescopes spatiaux. Grâce à l’Œil, nom donné à cette technologie, les scientifiques sont capables d’observer en grandeur nature la vie se déroulant sur des planètes lointaines. Alors que le centre de Crossbank s’est fixé d’étudier une planète à priori vide, celui de Blind Lake se centre sur l’observation d’un Sujet, un être extra-terrestre, dénommé « le Homard » en raison de sa morphologie et qui vit dans une cité de niveau préindustriel. Le sujet semble centré sur ses activités difficilement définissables, lorsqu’un beau jour, il entreprend un pèlerinage qui pourrait bien lui être fatal.
Au même moment l’armée boucle le site de Blind Lake en empêchant toute personne de fuir. Y compris les communications vers l’extérieur sont toutes coupés. Cette quarantaine étant scrupuleusement respectée pour cause de danger mortel : toute personne qui tente de sortir du complexe scientifique est froidement massacrée par des drones de combat qui ceinturent la zone. Etant habitué à vivre dans une zone de haute sécurité, les scientifiques, journalistes et autres travailleurs journaliers pris au piège au moment de la fermeture de l’enclave se posent tous la même question : Combien de temps cela va durer ? Mais alors que les jours passent, voire les semaines, la question qui s’impose peu à peu est celle du pourquoi. En effet aucune source de danger n’a été identifiée à Blind Lake : seul changement est le comportement différent du Sujet, mais cela ne peut avoir de répercussions sur terre. Et si quelque chose de grave s’était passé à Crossbank ? Personne à Blind Lake ne peut le savoir, même si les interrogations se multiplient. Puis peu à peu des informations réussissent à filtrer et il semblerait que Crossbank, pour une raison encore inconnue, aurait été bloqué, puis détruit…

Les romans de l’écrivain canadien Robert Charles Wilson étonnent toujours par leur qualité, en faisant de la science-fiction à la fois intelligente et divertissante, et par leur humanisme, en se concentrant sur des personnages très crédibles et toujours attachants. Et pour Blind Lake le sujet est fort et prenant : l’observation d’une vie extra-terrestre, vue à travers une caméra dont personne ne sait si elle montre de vraies images et évocations intelligente des possibilités de communications entre des êtres fondamentalement différents
Mais l’écrivain se concentre plus sur la société qui s’est mise en place à Blind Lake et qu’il tente de décortiquer sur ses réactions face à une situation de crise qui est la mise en quarantaine de tout ce beau monde par l’armée. Et le texte en devient un véritable roman psychologique, tant chaque personnage est profondément analysé et mise ne scène. Les interrogations sur le Sujet et ses motivations pour un jour quitter son existence routinière renvoient aux propres habitants de Blind Lake, quelque peu gangrenés par le routine quotidienne et l'absence d'ouverture sur le monde. Sauf peut-être pour les trois journalistes qui arrivent sur le site en espérant se stabiliser dans la routine.
Certaines invraisemblances existent toutefois, tel entre autres le calme de la population face à la situation de crise qui les frappe, mais aussi cette technologie si évoluée qui n’est pas toujours crédible.

Si Blind Lake n’est pas ce que l’on pourrait appeler un grand roman, ni d’ailleurs le meilleur de Robert Charles Wilson, il reste toutefois bien au-delà de la moyenne de la production du genre.

Tout aussi divertissant qu’intelligent, Blind Lake de Robert Charles Wilson est un roman à mettre entre toutes les mains.

A découvrir !

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Voir également:
- Les Fils du vent (Gypsies) - Robert Charles Wilson (1988), présentation
- Le Vaisseau des Voyageurs (The Harvest) - Robert Charles Wilson (1992), présentation
- Darwinia - Robert Charles Wilson (1998), présentation
- Les Chronolithes (The Chronoliths) - Robert Charles Wilson (2001), présentation
- Spin - Robert Charles Wilson (2005), présentation

jeudi, 08 janvier 2009

La faune de l'espace (The Voyage of The Space Beagle) - Alfred Elton Van Vogt - 1950

bibliotheca la faune de l espace

Le Fureteur, immense astronef d'exploration galactique, rencontre au cours de son long voyage une multitude de formes d'intelligences extra-terrestres qui les exposent à de nombreux dangers, souvent totalement imprévisibles pour l'homme. Comme pour tout vaisseau d'exploration, l'équipage du Fureteur est composé de scientifiques en tout genre et de toutes disciplines imaginables. Parmi eux Elliott Grosvenor, un nexialiste et d'ailleurs seule défenseur de sa science encore si peu connue tentera de prouver à ses co-équipiers méfiants à quel point cette nouvelle discipline peut contribuer à résoudre des problèmes complexes, et cela surtout autour de quatre cas précis où, suite à un contact extra-terrestre tout le vaisseau est mis en péril.
Dans le premier cas, après avoir atterri sur une planète dévastée, les membres de l'exploration découvrent un Zorl (en anglais: Coeurl), un puissant félin doté de tentacules préhensiles au niveau du cou ; il peut vivre plusieurs siècles et se nourrit uniquement d'id, c'est-à-dire de l'énergie vitale liée à la présence de potassium dans les corps vivants. Sa force musculaire est très grande, tout comme son intelligence. Les poils vibratiles de ses oreilles lui servent à maîtriser l'énergie, à émettre et à recevoir des vibrations sur toutes les longueurs d'onde possibles. Celui-ci verra les êtres humains comme des proies faciles et se laissera capturer sans problème pour ensuite les tuer l'un après l'autre en toute tranquillité et ainsi prendre le contrôle du vaisseau.
Ensuite le vaisseau semble attaqué par le moyen d'hallucinations hypnotiques lancés par les Riims, une race aviaire devenue incapable de voler, mais douée de télépathie, et qui, à partir d'une planète toute proche semble par leurs compétences télépathiques faire dévier l'astronef vers un crash sur leur planète.
Une autre rencontre se fait avec Ixtl (Xtl en anglais), un être affreux, couleur rouge vif, doté de quatre jambes et de quatre bras terminés par huit doigts. Son corps cylindrique est quasi immortel et il en maîtrise intégralement la structure moléculaire. La race des Ixtls a forcé son évolution biomoléculaire jusqu'à être capable de résister à des charges énergétiques de très forte puissance. Pour se reproduire, un Ixtl a besoin de guuls, c'est-à-dire d'hôtes vivants dans lesquels il dépose ses œufs. Les œufs n'ont besoin que de quelques heures pour éclore et se nourrissent ensuite de leur hôte vivant. Et ces guuls Ixtl va les trouver en l'équipage du Fureteur.
Plus tard, à l'approche de la grande galaxie M33 d'Andromède, le Fureteur subit un train d'ondes cérébrales qui suggère aux membres de l'équipage de rentrer chez eux. Plus tard, des monstres apparaissent dans l'astronef...
Ainsi les humains découvrent des civilisations extra-terrestres disparues, d'autres en pleines essors, certaines espèces qui ne nécessitent guère de planète pour subsister et se multiplier, pour finalement en découvrir l'une des plus terribles, celle se trouvant à l'intérieur même de l'astronef, l'être humain...

La faune de l'espace
de l'écrivain de science-fiction canadien Alfred E. Van Vogt est au fait une compilation de quatre nouvelles de l'auteur, qui sont Black Destroyer (1939, chapitres 1 à 6), Discord in Scarlet (1939, chapitres 13 à 21), M33 in Andromeda (1943, chapitres 22 à 28) et War of Nerves (1950, chapitres 7 à 12) et qui ont toutes un thème central, celui d'une rencontre extra-terrestre. Une trame générale a été ajoutée afin de donner l'aspect d'un véritable roman à ce recueil, de plus des renvois et des rappels ont été faits pour garantir la cohérence de l'ensemble.
Concernant l'histoire en soi, il s'agît ici d'un pur roman de science-fiction, de space-opera plus précisément, qui essaie toutefois toujours d'apporter une réflexion réelle sur la position de l'être humain face à l'autre. Lors de plusieurs passages Van Vogt fait alterner les points de vue de manière à décrire les évènements soit du point de vue de l'équipage du vaisseau, soit du point de vue de l'extra-terrestre dynamisant ainsi l'action et permettant souvent au lecteur de mieux comprendre les motivations des aliens que les protagonistes du récit. Et ainsi se succèdent de multiples conflits, internes et d'ordre politique ou externe et d'ordre plutôt biologique. Le roman contient de nombnreuses références culturelles ou artistiques dont la plus évidente, dans le titre original (The Space Beagle) fait référence au HMS Beagle, le navire qui emporta le naturaliste Charles Darwin en expédition au XIXe siècle. C'est pendant le voyage du Beagle que Darwin établit les fondements de sa théorie de l'évolution.
Et ici aussi, une nouvelle théorie émergera, celle du Nexialisme que Van Vogt présente comme une méthode associative ayant pour but de coordonner les éléments d'un domaine de la connaissance avec eux d'autres domaines de connaissances, et tout cela en sa basant sur des tables de probabilités qui ont pour but de donner des solutions optimisées. Comme souvent chez Van Vogt toutes ses théories semblent de prime abord plutôt géniales mais s'avèrent hélas souvent très vite un peu foireuses, et ainsi que ce soit du nexialisme ou de le Théorie de l'Histoire cyclique, qui permet aux héros du roman de comprendre et de prévoir les passés des espèces rencontrées, même si parfois séduisantes, ne tiennent guère la route tout au long du roman.
Certains éléments du roman ont beaucoup vieilli de nos jours, malgré cela, certaines trouvailles sont toujours aussi surprenantes et originales. Le roman est aussi absolument essentiel pour tout amateur de l'oeuvre d'Alfred E. Van Vogt.

Il est à noter que ce roman est à l'origine du très célèbre film de science-fiction Alien (1979) de Ridley Scott, qui donna dans les années suivantes de très nombreuses suites et autres produits dérivés.

La faune de l'espace est un excellent roman d'Alfred E. Van Vogt, un grand classique de science-fiction.

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Voir également :
A la poursuite des Slans (Slans) - Alfred E. Van Vogt (1946), présentation
- Le cycle du Ā - Alfred E. Van Vogt (1945, 1948 et 1985), présentation

vendredi, 30 mai 2008

Dans la dèche au Royaume Enchanté (Down and Out in the Magic Kingdom) - Cory Doctorow - 2003

bibliotheca dans la deche au royaume enchante

"J'ai vécu assez longtemps pour voir le remède à la mort, assister à l'ascension de la Société Bitchun, apprendre dix langues étrangères, composer trois symphonies, réaliser mon rêve d'enfance d'habiter à Disney World et assister non seulement à la disparition du lieu de travail, mais du travail lui-même."

Julius, ou Jules, a tout d’un jeune homme malgré ses 150 ans. Et il réalise enfin son rêve : celui de vivre à Disney World en Floride. Car Julius fait partie d’une ad-hoc, ces équipes de volontaires qui se sont approprié le parc et ses attractions, qui les entretiennent et les améliorent avec une passion d’adolescents. Julius fait partie de l’ad-hoc qui s’occupe de la Haunted Mansion, la maison hantée, avec son train fantôme, le bal de spectre, etc. C’est une drôle de vie, évidemment, mais en cette fin de XXIème siècle le monde a radicalement changé. C’est l’ère de la Société Bitchun, une société dans laquelle la technologie a réussi à vaincre la mort, puisque l’esprit connecté au réseau peut se sauvegarder à tout moment et, en cas de mort, être réimplanté dans un corps tout neuf, cloné en 24 heures. Le travail aussi a été vaincu en même temps, car depuis l’Energie Libre tout existe à profusion, il suffit de se servir. Et cela a également tué la notion d’argent, car tout est disponible pour chacun et à tout moment. Le résultat en est que tout citoyen se doit de s’investir dans une activité artistique et culturelle pour pouvoir s’épanouir. Et c’est la raison pour laquelle Julius s’investit à Disney World. Mais si plus rien n’a de valeur marchande, il reste une valeur qui prime sur tout le reste : les whuffies. Ceux-ci mesurent en temps réel la popularité et la réputation de chacun. Lorsque les gens vous apprécient ou admirent vos activités, ils vous attribue du whuffie. Si, au contraire, ils ne vous apprécient pas, votre whuffie diminue. Et quand le whuffie est trop bas, on vit seul et on a une vie triste. Infinie, mais vide.
Et pour Julius, il n’y a aucun problème avec cela. Il vit paisiblement à Disney World, avec sa copine Lil, dont il est très amoureux,  et s’entend bien avec tous ses voisins.
Mais un beau jour, Julius est mystérieusement assassiné. Il est de suite ressuscité et peut continuer à vivre sans problème. Mais cette mort va le blesser plus que d’habitude et il sera obnubilé par l’idée de retrouver son meurtrier. D’autant plus qu’il a de sérieux soupçons portés sur Debra, leader de l’ad-hoc qui a entrepris de moderniser l’attraction voisine, le Hall of Presidents, et qu’il suspecte de vouloir également mettre la main sur son manoir hanté. Et Julius n’arrive plus à se détacher de cette idée fixe.
Peu à peu il finit par se fâcher avec ses voisins, puis avec sa petite amie Lil pour finir fâché avec tout le monde. Son whuffie est en chute libre, et événement rarissime, Julius va finir par se retrouver déconnecté du réseau.
Et l’utopie se transforme pour lui en véritable enfer.

Dans la dèche au Royaume Enchanté
est le premier roman de l’auteur canadien Cory Doctorow, qui s’est également fait connaître en tant que blogueur sur des sites persos à très fort succès. Fait exceptionnel : ce roman publié outre-Atlantique en 2003 chez l’éditeur Tor et est également publié gratuitement sur internet sous licence Creative Commons. Le roman fut téléchargé plus de 700.000 fois dans les trois premières années de sa publication, ce qui n’a pas empêché la version papier a devenir un gros succès en librairie. Et ainsi, en très peu de temps, Cory Doctorow a acquis une immense notoriété dans le domaine.
Dans ce roman Cory Doctorow mène le lecteur à la suite de Julius, dont la vie va connaître de gros bouleversements une bien étrange utopie qui pourtant ne semble pas si éloignée que cela.
La lecture du roman est plutôt difficile et il est peu évident de s’identifier au personnage de Julius, tant ses préoccupations semblent éloignées de celles d’un citoyen d’aujourd’hui. En effet la vie, la mort, le confort, la sécurité, la réussite sociale, …, sont toutes des notions qui n’ont plus aucune valeur dans le monde décrit par Doctorow. De plus le style de Doctorow tient plus du journaliste que du véritable romancier. Le tout manque un peu de nerfs et vaut plus par l’analyse que par son histoire qui finalement se révèle assez peu entraînante.
Ce roman peut donc être considéré comme assez peu réussi, si ce n’est la compétence d’analyse et de projection de Cory Doctorow, véritable adepte de la culture web, qui décrit avec beaucoup d’intelligence les torts et travers actuelles et futures des réseaux sociaux et autres mondes virtuels. Les whuffies ne sont qu’une transcription de la popularité (qui se compte en nombre de connaissances, de points attribués par d’autres utilisateurs, etc) sur ce type de réseaux. Et Doctorow nous démontre dans ce roman tout l’absurde de ces nouvelles technologies.

Dans la dèche au Royaume Enchanté est un roman certes peu réussi et qui risque de lasser un bon nombre de lecteurs, mais a le mérite de présenter et développer des idées intéressantes sur les nouveaux développement de la société d’internet en devenir.

En bref donc un roman peu abouti mais qui peut même fortement intéresser par ses idées.

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13:53 Écrit par Marc dans Doctorow, Cory | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cory doctorow, science-fiction, utopies, litterature canadienne | |  Facebook | |  Imprimer | |

mercredi, 26 décembre 2007

Les chronolithes (The Chronoliths) - Robert Charles Wilson - 2001

bibliotheca les chronolithesScott Warden, de voyage en Thaïlande, devient témoin de l'apparition du premier chronolithe apparaissant sur terre à Chumphon. Il s'agît d'un immense obélisque apparu de façon instantanée et fait d'une matière bleue opaque inconnue, mais qui porte une inscription des plus mystérieuse. En effet il s'agirait d'un monument célébrant la victoire d'une guerre se déroulant plus de vingt ans dans le futur. Et le vainqueur serait un mystérieux chef de guerre dénommé Kuin. Cet événement va brusquement totalement changer la vie de Scott, et peu à peu aussi celles du reste de l'humanité. Car le monolithe de Chumphon sera suivi d'autres, tous à l'honneur de Kuin, et se propagent peu à peu d'Asie vers le monde entier. Les spéculations font bon train et beaucoup se préparent à une guerre venant d'Asie. D'autres attendent avec espoir l'arrivée de ce Kuin en qui ils voient une sorte de sauveur. La population se divise et l'ordre mondial se transforme petit à petit dans un immense chaos.


Les Chronolithes
est un grand roman de science-fiction de l’auteur canadien d’origine américaine Robert Charles Wilson, auteur qui s’immisce de plus en plus parmi les plus grands du genre depuis le formidable roman Darwinia (1998).

Dans Les Chronolithes un autre événement inexplicable vient perturber la réalité du monde, le plongeant petit à petit dans le chaos le plus total, le tout présentant une nouvelle variation sur les voyages à travers le temps, ou plutôt l’utilisation intertemporelle de certains éléments, et de la boucle de rétroaction temporelle, ici, principalement idéologique et politique : un tyran du futur envoie au passé des échos de sa propre gloire, afin de susciter au sein des peuples le fanatisme qui permettra l’avènement de son empire..
Comme à son habitude Robert Charles Wilson et le poids sur l’influence qu’a cet événement fantastique sur le monde. On y reconnaît vite l’inspiration prise auprès des attentats du 11 septembre 2001 de New York, une catastrophe d’origine assez inconnue qui petit à petit plonge le monde dans un certain chaos.
Pour mieux nous le décrire l’auteur nous fait suivre sur plusieurs années son personnage principal de Scott Warden, ainsi que de certains personnages annexes. Mais Robert Charles Wilson garde jusqu’à la fin le secret sur ces mystérieux chronolithes laissant le lecteur dans le doute, tout en lui ayant donné cependant de nombreuses indications sur leur possible signification. Dans ce véritable thriller temporel, tel que nous le présente l’éditeur, l’auteur prend cependant le temps de bien étoffer son histoire et surtout ses personnages qui sont très denses. Le suspense ne vient que très lentement. De plus le lecteur, tel Scott Warden, reste sans cesse perdu et ne sait vers où tout évoluera. Pourtant, même si ouverte, Robert Charles Wilson offre au lecteur une fin impressionnante.

Les Chronolithes est un fantastique et très riche roman de science-fiction, tout à fait époustouflant. Un véritable chef-d’œuvre du genre.

 

Voir également:
- Les fils du vent (Gypsies) - Robert Charles Wilson (1988), présentation
- Le vaisseau des Voyageurs (The Harvest) - Robert Charles Wilson (1992), présentation
- Darwinia - Robert Charles Wilson (1998), présentation
- Blind Lake - Robert Charles Wilson (2003), présentation
Spin - Robert Charles Wilson (2005), présentation

jeudi, 12 avril 2007

Les fils du vent (Gypsies) – Robert Charles Wilson - 1988

bibliotheca les fils du vent

Karen et Laura sont deux sœurs qui se retrouvent à l’âge adulte après s’être perdu de vue suite à une enfance faite de peur, d’errance et de fuite. Car ces deux sœurs, ainsi que leur frère Tim qu’elles recherchent, ont un don mystérieux et secret, celui d’ouvrir des portes vers d’autres mondes, des mondes parallèles où l’histoire s’est déroulée différemment. Des mondes où tout est possible, du plus paradisiaque et idyllique vers le plus cauchemardesque. Ou alors parfois ils sont simplement décalés. Mais leur père adoptif n’a jamais toléré pas ce don, il y a toujours vu un immense danger, et ainsi il ne fut jamais question en famille, sinon au prix d’une raclée. D’ailleurs à raison, car les enfants vont vite se rendre compte qu’ils sont pourchassés à travers ces mondes par un mystérieux homme tout habillé de gris aux intentions ambiguës.
L’âge adulte atteint Karen, qui a longtemps refoulé ce don, tente de mener une vie normale et d’élever son fils comme il se doit. Mais lorsque son mari la quitte et que son fils Michael semble lui aussi posséder ce don étrange, et de plus d’une façon extrêmement forte, Karen fait le point sur sa vie et sur son passé. Mais l’homme en gris a lui aussi détecté les pouvoirs de son fils, et la fuite reprend. Elle va ainsi rejoindre sa sœur et ensemble elles vont essayer de faire face à toutes leurs interrogations du passé et de retrouver leur frère.
D’où viennent-ils ? Qui sont leurs vrais parents ? Qu’est devenu Tim, leur jeune frère dont plus personne n’a entendu parler ? Et qui est ce mystérieux homme en gris qui apparaît tel un songe pour faire peser une menace constante sur leur existence ?

Les fils du vent est l’un des premiers romans de l’auteur canadien de science-fiction Robert Charles Wilson, le troisième en l’occurrence, où celui-ci reprend l’un des thèmes les plus classiques du genre, celui des voyages à travers des mondes parallèles. Ce roman est hélas loin d’être abouti, les personnages ne sont pas trop bien travaillés et la mise en place de l’intrigue et l’élaboration du mystère est parfois hasardeuse. En dévoilant trop bien trop vite, cette course-poursuite à travers des mondes parallèles perd un peu de son suspense. Cependant ce roman se lit avec un plaisir réel et on y retrouve avec enthousiasme les éléments annonciateurs des œuvres plus importantes que l’auteur écrira par la suite tel par exemple Darwinia (1998). L’histoire est intelligemment racontée et les personnages, comme toujours chez Robert Charles Wilson, sont profondément humains. L’une des réussites du roman réside d’ailleurs dans le travail sur les liens familiaux qui unissent les différents personnages et comment ceux-ci réagissent face à ce lourd fardeau qui pèse sur eux. La dimension du totalitarisme religieux, celle de la dictature du Novus Ordo sur l’un des mondes parallèles, préfigure l’Amérique en devenir ainsi que celle décrite plus tard dans le roman Mysterium (1994).

Les fils du vent est un roman très plaisant et intéressant à lire, même si toutefois il n’est pas toujours très abouti.

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Voir également:
- Le vaisseau des Voyageurs (The Harvest) - Robert Charles Wilson (1992), présentation
-
Darwinia - Robert Charles Wilson (1998), présentation

- Les chronolithes (The Chronoliths) - Robert Charles Wilson (2001), présentation 
- Blind Lake - Robert Charles Wilson (2003), présentation
Spin - Robert Charles Wilson (2005), présentation