mercredi, 09 février 2011

Alpha Directions - Jens Harder - 2009

bd, bandes dessinées, jens harder, alpha directions, genese, evolution, litterature allemandeQuatorze milliards d’années résumés en 350 pages, ou comment raconter toute l’histoire de la vie en partant du big bang jusqu’à l’apparition des hominidés en une seule et vaste bande dessinée, tel est l’incroyable défi réalisé par le dessinateur allemand Jens Harder en collaboration avec les éditions Actes Sud pour donner Alpha Directions.

Guère d’intrigue ici sinon celle au combien passionnante de la vie et de sa naissance, représentée par de multiples dessins monochromes mêlant habilement une illustration du passé avec des insertions d’images relatifs à notre savoir et nos croyances, que ce soit d’aujourd’hui ou du passé. Ainsi les illustrations plus scientifiques, ou du moins plus réelles, s’entremêlent avec celles issues de légendes de toute part ou avec des travaux scientifiques du passé. Et même si tout y est ou presque, il ne s’agît ici guère d’un barbant essai scientifique en vulgarisation. C’est à la fois divertissant, profond, parfois drôle et surtout fait réfléchir sur nos connaissances et notre place dans cet univers.

Deux autres tomes sont prévus décrivant l’évolution des premiers hominidés et la naissance des civilisations.

Mais inutile de trop en parler, mieux vaut découvrir Alpha Directions au plus vite !

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Extraits : quelques planches prises au hasard

 

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Présente édition
: Editions Actes Sud, 19 janvier 2009 - 356 pages

 

samedi, 05 juin 2010

Villes du monde (Civitates Orbis Terrarum) - Franz Hogenberg et Georg Braun - 1572-1618

bibliotheca villes du monde

Cinq cents ans après sa publication originale à Cologne reparaît aux éditions Taschen en 2008 cette magnifique collection des gravures et plans de Georg Braun et Frans Hogenberg en un seul volume. Le Civitates Orbis Terrarum, en français Villes du monde, n'est autre q'une superbe collection de plus de 500 illustrations des grandes villes à travers l'Europe, mais aussi en Afrique du Nord et Proche-Orient.

Franz Hogenberg, un graveur dur cuivre et aquafortiste, né en 1535 à Malines en Belgique et mort en 1590 à Cologne, réalisa l'entièreté de ces plans nous faisant revivre les ville d'avant la Guerre des Trente Ans. Georg Braun, éditeur original de ce recueil, un théologien et chanoine, compléta les illustrations de nombreux textes, et cela entre 1572 et 1618, date de la parution en six volumes de ce magnifique atlas d'une autre époque. Les vues des villes reprises, que ce soit sous formes de plans, de panoramas ou de vues à vol d'oiseau sont tout simplement magnifiques et d'une richesse impressionnante. Car au-delà de la vue de ces villes s'en dégage aussi la vie de l'époque, grâce aux nombreux personnages et objets qui ornent ces vues. Les textes de Braun viennent évidemment compléter le tout de façon admirable.
Aujourd'hui encore, l'exactitude de ces représentations permet de nous déplacer dans les noyaux historiques des grandes métropoles européennes; on peut même dire qu'elles nous transportent dans la réalité économique et sociale de l'époque pré-moderne.
Les lieux sont insérés dans leur environnement paysager - champs et prairies, vignes, jardins, rivières ou mers présenté sous un jour avantageux ou inquiétant. Des charrettes pleines, des coches ou des groupes de piétons animent les routes marchandes. Des barques sur les rivières et des embarcations capables de tenir la mer donnent une impression réaliste du commerce de l'époque et de la mutation des villes.
Dans les riches cités marchandes telles Hambourg ou Kiel, les navires sont chargés et sur les quais de Bordeaux on embarque des tonneaux de vin, alors que deux érudits en robe universitaire discutent à Oxford. Les gibets et le champ de justice hors les murs illustrent le pouvoir de juridiction des villes et sont d'importance pour l'histoire du droit. Les costumes des différents pays, peuples et métiers sont remarquablement représentés.
Mais c'est aussi en quelque sorte la dernière vision d'une époque révolue, ce recueil ayant été réalisé juste peu de temps avant les ravages de la Guerre de Trente Ans et des travaux de rénovation de l'époque baroque.
Ce recueil, tel qu'il est réédité en 2008 est à la fois très complet et surtout très ludique et divertissant. De grandes sont tirées, de très nombreux détails existent sur tout.

En bref, ce livre Villes du monde est une invitation unique pour tous les amateurs d'Histoire à voyager à travers l'Europe du XVIème et XVIIème siècle. Tout autre se retrouvera face à un livre d'une beauté exceptionnelle

Villes du monde d'Hogenberg et Braun est tout simplement un ouvrage exceptionnel.

A découvrir !!!

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Extraits :

bibliotheca villes du monde 1


bibliotheca villes du monde 4

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Présente édition : réédition préparée par Stephan Füssel et Rem Koolhaas, Editions Taschen, 5 novembre 2008, 520 pages

mardi, 16 février 2010

L'histoire sans fin (Die unendliche Geschichte) - Michael Ende -1979

bibliotheca l histoire sans fin

Bastien Balthasar Bux est un garçon de douze, orphelin de mère et élevé par un père toujours absent et effacé. Pour échapper à sa vie morne et solitaire il s'évade dans son imaginaire en inventant par l'esprit une multitude de choses. Un jour, alors qu'il est pourchassé par des camarades de classe, pour qui Bastien est le souffre-douleur idéal, il se réfugie dans un magasin de livres antiques. Sous une impulsion autant inattendue qu'incontrôlée, Bastien dérobe y dérobe un livre étrange intitulé L'Histoire sans fin. Le libraire l'avait pourtant prévenu : ce livre est dangereux. Bastien ne peut résister et se lance dans sa lecture. L'histoire raconte une drôle d'histoire se déroulant dans un monde imaginaire du nom de Pays Fantastique, une terre peuplée d'elfes, de fées, de princesses et de monstres en tous genres. Mais le Pays Fantastique est rongé d'un mal étrange, voyant peu à peu s'effacer de nombreux de ses éléments dans un Néant mystérieux. Sa disparition complète est proche. Un héros du nom d'Atréju est nommé par la Petite Impératrice, souveraine incontestée de ce merveilleux pays, pour accomplir une grande quête: trouver un remède afin de sauver leur monde. Bastien est complètement happé par le livre qu'il n'arrive plus à relâcher, et cela au point, qu'il y est propulsé, en passant carrément de l'autre côté du miroir pour entrer dans l'histoire, l'histoire sans fin...

L'Histoire sans fin de l'écrivain allemand Michael Ende a été publié pour la première fois en 1979 et a depuis connu un succès sans fin : lu et relu par des enfants et adolescents du monde entier et adapté plusieurs fois, que ce soit au cinéma ou à la télévision. Initialement classé en tant que roman pour la jeunesse, ce roman a réussi à également conquérir un public bien plus adulte, par sa grande richesse et l'imagination débordante dont fait preuve l'auteur. Le roman est également classé dans le genre de la fantasy mais va bien au-delà de cela : si l'histoire reprend des éléments classique du genre, il aborde bien plus le pouvoir immense de l'imagination et de la lecture, thèmes pour lesquelles ce roman est un véritable plaidoyer. D'ailleurs cette terre imaginaire qu'est le Pays Fantastique est créé par les rêves et l'imagination des hommes et, l'héros Atréju le découvrira bien assez vite, il est détruit aujourd'hui par le Néant car les hommes ne rêvent plus. Et Bastien, comme dans tout bon roman initiatique se verra transformé, non pas en se faisant à la réalité mais en apprenant à exploiter son imaginaire.
Le lecteur suit avec grand plaisir ces aventures fantastiques, et comme Bastien, il est de plus pris dans l'histoire, une histoire sans fin, car bien au-delà du texte présent, tout peut être imaginé comme suites possible ou histoires secondaires. L'auteur lance d'ailleurs à de multiples reprises de nombreuses pistes pour de quelconques continuités, notamment en utilisant fréquemment l'expression "Ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois". De plus, Atréju accepte de terminer les histoires commencées par Bastien au pays fantastique pour lui permettre de rentrer dans le monde des humains.
Pour le lecteur l'effet sera pratiquement le même que pour Bastien, le livre, en tout cas dans sa version originale, en mettant en place une savante mise en abîme afin que le lecteur s'identifie le plus possible au héros. Ainsi, le livre que lit Bastien peut être facilement assimilé à celui que tient le lecteur en main : même titre, même couverture, même mise en page en deux couleurs différenciant ainsi ce qui se passe dans le monde réel et ce qui se passe dans le Pays Fantastique, et quelque part le même pouvoir de transporter le lecteur vers un autre univers dont on reviendra changé. Hélas toutes ces particularités ne sont pas toujours respectés par toutes les éditions, dont notamment la couverture ainsi que l'impression en deux couleurs différentes.
L'histoire sans fin comporte encore bien d'autres astuces que l'on ne découvre qu'au fur et à mesure des relectures, tel par exemple le fait qu'il comporte 26 chapitres se déroulant dans le Pays Fantastique, dont le premier commence par la lettre A, le deuxième par la lettre B et ainsi de suite jusqu'au dernier qui commence par la lettre Z. Le prologue, dont le titre est "Livres d'occasion", écrit à l'envers (image de la vitrine de l'antiquaire vue de l'intérieur du magasin) a une importance particulière dans l'histoire, déjà par l'introduction qu'il fait, mais aussi du fait qu'il est aussi présent dans le livre relu par le vieillard de la montagne errante, ce qui signifie que ce dernier lit et écrit non pas le livre dérobé par Bastien mais bien celui que le lecteur a entre ses mains. Il est à noter aussi que le nom de l'auteur "Ende" signifie "fin" en allemand.
L'adaptation cinématographique la plus célèbre aujourd'hui reste celle de Wolfgang Peterson datant de 1984, celle-ci ne réussit toutefois guère à rendre la densité et la complexité du roman original.

L'histoire sans fin est un roman pas comme les autres, unique et merveilleux à plus d'un titre, et qui emporte le lecteur par un foisonnement impressionnant d'histoires fantastiques et palpitantes, toujours original et très astucieux, posant une réflexion profonde sur le pouvoir et la place de l'imagination et du rêve en chacun de nous. Un roman parfait pour la jeunesse, mais aussi pour un public plus âgé.

Un roman à lire et à relire... sans fin.

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Présente édition : Editions Livre de Poche, 1 mars 2008, 497 pages

jeudi, 24 décembre 2009

Le renard était déjà le chasseur (Der Fuchs war damals schon der Jäger) - Herta Müller - 1992

bibliotheca le renard etait deja le chasseur

En Roumanie, sous la dictature de Ceausescu, dans un petit village habitée par la minorité allemande su pays. Adine est une enseignante proche d'auteurs et compositeurs dissidents. Un jour elle s'aperçoit que des inconnus entrent chez elle en son absence et y découpent jour après jour la fourrure de renard qui décore son appartement. Se sentant menacée elle est persuadée d'être espionnée, surtout qu'elle découvre qu'une de ses amies fréquente justement un officier de la Securitate, la police secrète roumaine. Le renard est le chasseur : les victimes se rapprochent de leurs bourreaux, les amis disparaissent ou se trahissent... et la chute du dictateur n'y changera rien.

D'une écriture simple et poétique, l'écrivaine allemande d'origine roumaine Herta Müller, Prix Nobel de littérature en 2009, nous conte ici dans Le renard était déjà le chasseur un récit étrange et cruel qui nous fait revivre les difficultés matérielles et existentielles que l'auteur a bien connues sous la dictature roumaine où l’expression ne pouvait guère échapper à l’oppression. Ce roman, en une succession d'images saisissantes, nous dépeint cette vie oppressée que vivent les personnages d'Adina et de Clara au quotidien, et cela nous contant des scènes de vie, souvent anodines et banales de prime abord, mais qui dans l'ensemble se révèlent terriblement cruelles.
Ce texte, Le renard était déjà un chasseur, comme la majorité de l'œuvre de Herta Müller, est tout simplement sublime, présentant une forme remarquable et un fond des plus poignants.

A lire !

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Voir également :
- L’Homme est un grand faisan sur terre (Der Mensch ist ein großer Fasan auf der Welt) - Herta Müller (1986), présentation et extrait
- La Convocation (Heute wär ich mir lieber nicht begegnet) - Herta Müller (1997), présentation et extrait

lundi, 23 novembre 2009

La Convocation (Heute wär ich mir lieber nicht begegnet) - Herta Müller - 1997

bibliotheca la convocation

“Depuis que le réveil, en guise de tic-tac, dit con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, je n‘ai pu m'empêcher de penser au commandant Albu (...). Dès que la fenêtre était devenue grise, j‘avais vu au plafond la bouche d'Albu en très grand, le bout de sa langue rose qui pointait derrière sa denture inférieure, et entendu sa voix narquoise : Pourquoi être à bout de nerfs, nous ne faisons que commencer.”

Elle n’a plus que cela en tête : sa Convocation. La narratrice, une ouvrière travaillant dans une usine de confection qui fournit l'Italie, a été convoquée par la Securitate, les renseignements roumains, après avoir glissé un SOS dans la doublure d’un vêtement de luxe qu’elle cousait. Elle sait qu’ils ne la lâcheront plus. Il faut leur rendre des comptes, élaborer des scénarios pour répondre à leurs questions, se justifier, s’entraîner à supporter la douleur et ne surtout pas perdre la tête.
Assise dans le tramway qui la conduit à sa convocation elle revoit en flash-back les principaux épisodes de sa vie, la vie misérable d’une ouvrière roumaine d’origine allemande dans la Roumanie de Ceausescu. Le tramway ne s'arrête pas à la station où elle doit descendre. Sur un coup de tête elle décide de ne pas se rendre à la convocation…

Dans La Convocation de l’écrivaine allemande d’origine roumaine Herta Müller, Prix Nobel de littérature en 2009, l’auteur reprend ses thèmes qui lui sont si chères, ceux de son expérience de la dictature roumaine en tant que représentante de la minorité germanophone plus particulièrement persécutée par le régime et du désir de fuite vers l’ouest, fuite qu’elle effectuera elle-même en 1987. La fuite reste pourtant ici une idée vague, les motifs et moyens du départ puérils, légers : la narratrice ne rêve pas, n’imagine pas un lendemain ailleurs, tout juste pense-t-elle au besoin d’un ailleurs. Car le présent, sa réalité à elle, celle faite de la peur, de l’angoisse et de l’humiliation, c’est elle qui prime et étouffe la narratrice.

Poète avant tout, Herta Müller y excelle avant tout par son style fait de petites phrases, réduites à l’essentiel, qui telles des coups de pinceaux viennent peindre cette vie perdue dont est victime l’héroïne du roman.

La Convocation est un livre fort et poignant, écrit dans un style magnifique.

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Voir également :
- L’Homme est un grand faisan sur terre (Der Mensch ist ein großer Fasan auf der Welt) - Herta Müller (1986), présentation et extrait

- Le renard était déjà le chasseur (Der Fuchs war damals schon der Jäger) - Herta Müller (1992), présentation

mardi, 10 novembre 2009

Les Nains, tome 2 : Lame de feu (Die Zwerge) - Markus Heitz - 2003

bibliotheca Les nains lame de feu

Le récit reprend exactement là où s'arrête le tome précédent Le Passage de pierre (2003).
La menace ne cesse d'augmenter autour du Pays Sûr. L'armée des Orcs avance, et les Humains tentent tant bien que mal de s'allier pour endiguer cette progression, toujours menée par les Albes impitoyables. Seuls les Nains pourraient définitivement les sauver, mais ceux-ci sont divisés en tentant de désigner leur nouveau roi. Tungdil, prétendant au trône, est enfin arrivé chez les Seconds et a affronté Gandagor dans différentes épreuves. Il ne convoite cependant pas le trône et laisserai volontiers la place à son adversaire, mais celui-ci est aveuglé par sa haine des Elfes. Aussi, pour gagner du temps et puisque la dernière épreuve est proposée par les candidats, Tungdil lance l'idée d'une expédition pour fabriquer la Lame de Feu, seule arme selon les textes à pouvoir terrasser l'Ombre qui s'est emparée du corps du Mage Lios Nudin, devenu Nôd'Onn depuis sa corruption par le Pays Mort. Les deux candidats sont donc en compétition pour se rendre chez les Cinquièmes et en revenir avec l'arme forgée. Ils partiront chacun avec un artisan de chaque corps de métier indispensable, le meilleur de chaque. Escorté des jumeaux Boëndal et Boïndil, dit Furibard, de Bavragor Poing-Marteau le Tailleur de pierres et de Goïmgar Barbe-Brillante le joailler, ils devront d'abord passer par la tribu des Premiers dont on n'a plus de nouvelles depuis plusieurs centaines de cycles afin de réquisitionner les services d'un forgeron et traverser tout le Pays Mort pour se rendre au nord, dans l'ancien territoire de la tribu des Cinquièmes où se trouve Dragonhaleine, la seule forge capable de donner naissance à la Lame de Feu. Tungdil et ses compagnons parviendront-ils au bout de leur quête ? Le sort du monde dépend de leur réussite

Lame de feu, le second tome du cycle des Nains de l'écrivain allemand Markus Heitz, fait directement suite au premier tome Le Passage de pierre, ces deux tomes étant d'ailleurs parus en un seul volume dans l'édition allemande originale. L'histoire continue donc dans le même style, reprenant toujours les mêmes éléments quelque peu usés de la fantasy, mais prend sérieusement de l'ampleur en faisant apparaître de nouveaux personnages qui suivent Tungdil dans sa quête. De plus, alors que le premier tome consistait principalement en un voyage à travers les mondes du Pays Sûr afin d'en faire connaître le plus possible au lecteur, ici, l'accent est plus mis sur l'intrigue en soi en mettant en valeur les différentes intrigues et les combats qui ne manquent guère. Le rythme s'accélère ainsi et les rebondissements se succèdent plus vite. Ces différentes aventures mènent, comme dans toute œuvre de fantasy qui se respecte, à une immense bataille où se confrontent le Bien et le Mal. Le style d'écriture reste toujours aussi simple et efficace, mais l'originalité fait toujours autant défaut.

Lame de feu est une digne suite à Le Passage de pierre, reprenant les mêmes éléments de cette longue saga des Nains.

Très divertissant, mais bien trop peu original, ce roman, comme le précédent plaira avant tout aux grands amateurs de fantasy.

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Extrait :

Boïndil tenait ses couperets prêts, souhaitant comme toujours les abattre sur un Orc pour passer sa fureur sur lui. Brusquement, son expression changea, et un rictus se dessina sur son visage. Sans poser de question, son frère prit son bec-de-corbin à deux mains.

- Je les sens, chuchota Furibard, excité. Grouïk, grouïk, grouïk !

Il ne fallut pas longtemps non plus à Tungdil pour sentir la graisse rance des armures des Orcs, qui jurait avec l'odeur agréable de mousse, de terre humide et celle, aromatique, des aiguilles des sapins.

- Allons-y, nous devons rejoindre la cité.

- N'importe quoi. Ce que nous devons faire, c'est fendre le crâne de ces bêtes ! le contredit ouvertement Boïndil, submergé par sa folie guerrière. Où êtes-vous, mes petits cochons ? Venez, votre boucher vous attend ! lança-t-il, avant de pousser un long grognement porcin.

Un grognement lui fit écho.

Goïmgar se fit si petit derrière son bouclier qu'il disparut presque.

- Tais-toi, espèce de fou ! fit-il craintif. Ils…Les tintements et les cliquetis d'armure se rapprochèrent. Furibard savourait le moment les yeux fermés.

- Ils viennent juste de franchir l'enclos, dit-il pour traduire aux autres les bruits qu'ils entendaient. Il doit y en avoir… (il tendit l'oreille) vingt ou plus. (Ses mains maniaient les couperets avec impatience.) Ils nous ont repérés. Ils arrivent sur nous.

Brusquement il ouvrit les yeux et lâcha un triple “grouïk” comme pour les appeler. Boëndal adressa un regard à Tungdil comme pour excuser son frère avant de lui emboîter le pas. Peu après, l'acier heurtait l'acier, remplissant la forêt de chocs sonores.

Je n'arrive tout simplement pas à y croire ! Un de ces jours, il perdra toute raison, tant sa forge de vie est brûlante. Tungdil se sentait dépassé par les événements.

- On ne va pas les laisser se battre seuls ? demanda Bavragor d'un air incrédule en brandissant son marteau de guerre.

- Eh bien si, dit Goïmgar, intimidé. Ce sont eux qui ont commencé, qu'ils se débrouillent.

- Non. On les aide, et ensuite, on se réfugie derrière les murs de la cité, ordonna Tungdil, qui avait tiré sa hache depuis longtemps.

Tous trois se portèrent au secours des jumeaux. Le tailleur de pierre les précéda, puis se jeta en hurlant sur le premier Orc qu'il rencontra. Les monstres, qui tentaient justement d'encercler les deux guerriers, furent surpris par ces renforts inopinés. Leur riposte s'en ressentit.

Peu après, deux douzaines d'Orcs gisaient sur l'humus, Goïmgar s'étant cela dit contenté de rester derrière Bavragor et d'éviter tout contact avec les Peaux-Vertes.

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Voir également :
- Les Nains, tome 1 : Le Passage de pierre (Die Zwerge) - Markus Heitz (2003), présentation

12:26 Écrit par Marc dans Heitz, Markus | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : markus heitz, litterature allemande, les nains, fantasy | |  Facebook | |  Imprimer | |

mercredi, 04 novembre 2009

L’Homme est un grand faisan sur terre (Der Mensch ist ein großer Fasan auf der Welt) – Herta Müller - 1986

bibliotheca l homme est un grand faisan sur terre

Roumanie. Depuis que le meunier Windisch a décidé d’émigrer et de quitter à jamais son pays natal, la Roumanie de Ceausescu, il voit la fin partout dans le village. Peut-être n'a-t-il pas tort. Tout est triste, rien ne change jamais et tout le monde doit être prêt à tout pour survivre. Ou alors il faut émigrer. Mais pour Windisch, il a beau livrer des sacs de farine, et payer, le passeport promis se fait toujours attendre. Sa fille Amélie a le même but que lui, ses moyens sont différents : elle se donne au milicien et au pasteur dans le but d’obtenir ce sésame synonyme de liberté. Un jour, ils partiront… puis, plus tard, ils reviendront, un jour d'été, en visite, revêtus des vêtements qu'on porte à l'Ouest, de chaussures qui les mettent en déséquilibre dans l'ornière de leur village, avec des objets de l'Ouest, signe de leur réussite sociale, et, sur la joue de Windisch, une larme de verre.

Herta Müller, né en 1953 en Roumanie, romancière et poète, est une Allemande du Banat, qui a émigré vers l’Allemagne en 1987, fuyant la dictature de Nicolae Ceaucescu. En 2009 elle obtient le Prix Nobel de littérature, pour « qui avec la concentration de la poésie et l’objectivé de la prose dessine les paysages de l’abandon ».
Ses œuvres traitent plus particulièrement du sort qu’elle a subi elle-même, celui des minorités allemandes de sa région natale et des injustices subies par ceux-ci durant l’ère communiste.
L’Homme est un grand faisan sur terre, écrit en 1986, suit justement le personnage de Windisch, voulant fuir vers l’étranger et qui mène sa vie routinière, sans avenir ni perspective, dans l’attente de son passeport qui lui ouvrira les portes de la liberté. La misère est réelle, et dans ce village, toute personne ayant le moindre pouvoir en profite pour exploiter les autres. Et le lecteur voit ainsi la vie de celui-ci et de sa famille, ses longues journées au moulin, ses discussions sans intérêt avec le veilleur de nuit, sa jalousie pour ceux qui ont réussi à obtenir leur passeport, ses efforts pour en obtenir un soi-même, et sa famille, qui se défait sous ce même désir.
Le tout est porté par une écriture très poétique, qui en de phrases brèves et fortes, toujours belles et très imagées, tels des coups de pinceaux, peignent cette morne vie qui attend. Et tel un tableau les multiples courts chapitres, ressemblant plus à des photos prises un instant donné, viennent donner peu à peu l’image globale de la situation, Müller nous montrant plus les choses que de nous les raconter.

L’Homme est un grand faisan sur terre est un roman poétique décrivant avec force une société perdue et à l’abandon.

A lire !

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Extrait : premier chapitre

"L’ornière

Des roses poussent autour du monument aux morts. Un buisson de roses. Si folles qu’elles étouffent l’herbe. Les fleurs sont blanches, rabougries, serrées comme des fleurs en papier. Elles froufroutent. C’est l’aube. Il fera bientôt jour.

Chaque matin, quand Windisch fait tout seul la route qui le mène au moulin, il compte : quel jour sommes-nous ? Arrivé devant le monument aux morts, il compte les années. Plus loin, près du premier peuplier, à l’endroit où le vélo s’enfonce toujours dans la même ornière, il compte les jours. Et le soir, quand Windisch ferme le moulin, il compte encore une fois les années et les jours.

De loin, il voit les petites roses blanches, le monument aux morts et le peuplier. Lorsque, par temps de brouillard, Windisch passe à bicyclette, il a le blanc des roses et le blanc de la pierre juste sous les yeux. Windisch passe au travers. Il a le visage humide et va jusqu’au moulin. Deux fois déjà le buisson de roses n’a eu que des épines et les mauvaises herbes dessous étaient roussies. A deux reprises le peuplier a perdu tant de feuilles sue le bois a failli éclater. Deux fois la neige a recouvert les routes.

Devant le monument aux morts, Windisch compte deux années et, dans l’ornière près du peuplier, deux cent vingt et un jours.

Tous les matins, quand Windisch roule dans l’ornière en cahotant, il se dit : « Ça va être la fin. » Depuis que Windisch veut émigrer, il voit la fin partout dans le village. Le temps s’arrête pour ceux qui veulent rester. Que le veilleur de nuit reste, c’est pour Windisch au-delà de la fin.

Et quand Windisch a compté deux cent vingt et un jours et qu’il est passé en brinquebalant dans l’ornière, il pose pied à terre pour la première fois. Il met la bicyclette contre le peuplier. On entend ses pas. Des tourterelles sauvages s’envolent des cerisiers. Elles sont grises comme la lumière. Seul le froissement de leurs ailes permet de les percevoir.

Windisch se signe. La poignée de la porte est mouillée. Elle lui reste collée à la main. La porte de l’église est fermée à clé. Saint Antoine est enfermé derrière le mur. Il a à la main un lis blanc et un livre marron.

Windisch a froid. Il regarde la route. Elle s’arrête là où les herbes envahissent le village. Tout là-bas au bout de la route un homme marche. Ligne noire dans les champs. La houle herbeuse le soulève au-dessus de la terre."

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Voir également :
- Le renard était déjà le chasseur (Der Fuchs war damals schon der Jäger) - Herta Müller (1992), présentation
- La Convocation (Heute wär ich mir lieber nicht begegnet) - Herta Müller (1997), présentation et extrait

mercredi, 21 octobre 2009

Les Nains, tome 1 : Le Passage de pierre (Die Zwerge) - Markus Heitz - 2003

bibliotheca les nains tome 1 le passage de pierre

Le monde est gouverné par les forces du mal qui, sous l’impulsion du dieu Tion et de ses serviteurs les orcs, trolls et ogres, ont réduit l’humanité à l’esclavage. Mais une terre est restée à l’abri du mal : le Pays Sûr, qui entouré de montagnes et gardé les enfants du forgeron, les Nains des clans du premier Boengar, du second Beruin, du quatrième Goïmdil et du cinquième Giselbart (Guiselbart). Les Nains du troisième, Lorimbur le traître, dans leur forteresse des montagnes noires, cherchent à détruire tous les autres nains et renient le dieu Vracas. A l’intérieur de ce Pays Sûr vivent les humains de Weyron, Idoslan et d'autres royaume, ainsi que les elfes d'Alandur et des Plaines Dorées. Des kobolds et gnomes vagabondent à travers les terres, et les mages veillent sur la source de la magie. Les forces de Tion n’ont jamais réussi à entrer en ce pays, malgré de multiples attaques. Mais un jour, cela pourrait bien changer.
Et c’est ce qui va arriver aux alentours du 5000ème cycle solaire, quand les Nains du cinquième, Giselbart, s’apprêtent à affronter une armée de l’ombre bien plus redoutable qu’à l’habitude. Les forces du mal sont cette fois accompagnés de créatures bien plus puissantes, dont la simple évocation glace le sang du plus vaillant guerrier. Alors que les Nains de Giselbart sont de plus victimes d’une fièvre contagieuse qui les affaiblit, le sort du Pays Sûr n’a jamais été aussi incertain.
Près de mille cycles plus tard, le jeune Nain Tungdil, fils adoptif du mage Lod-Ionan le patient, qui a grandi loin de ses frères parmi les humains dans l'un des royaumes magiques, se met en route pour porter un message à un ancien élève du vieux mage. Mais ce voyage, aux allures banales, se transforme rapidement en une quête désespérée dans laquelle Tungdil se retrouve acteur d’un sombre jeu de pouvoirs. Les différents clans de Nains ne s’entendent depuis la première brêche causée dans le Pays Sûr par les forces du Mal. L’un d’entre eux ne donne d’ailleurs même plus signe de vie.
Et pendant ce temps les armées des ténèbres, de plus en plus redoutables, ne cessent de progresser…

Le Passage de pierre est le premier tome d’une longue série de romans de fantasy, le cycle des Nains, écrits par l’écrivain allemand Markus Heitz, et qui sera notamment directement suivi par le tome 2 : La Lame de feu, ces deux premiers tomes n’en formant qu’un seul dans l’édition originale allemande, qui en 2009 compte déjà 4 tomes.
Markus Heitz nous propose dans cette série un univers merveilleux très proche de celui développé par J. R. R. Tolkien dans ses célèbres romans, en mettant cette fois l’accent sur le peuple des Nains, fiers et robustes combattants que l’auteur voit ici comme les ultimes défenseurs de l’humanité. Outre cette différence, ce roman est pratiquement du Tolkien, avec la même efficacité, mais avec bien moins de poésie, de beauté et de profondeur. Et c’est par ce manque d’originalité que le tout souffre, malgré le talent de conteur de l’auteur qui n’a pas su s’élever au-dessus de ce qu’on peut considérer comme de la simple fan fiction, bien peu originale et guère innovante. L’histoire est de plus bien simple et trop linéaire ; elle s’étoffe toutefois quelque peu dans les tomes suivants. Les personnages sont attachants mais bien trop stéréotypés.

Au final Le Passage de pierre, premier tome du cycle des Nains de Markus Heitz, est un roman qui même s’il est bien divertissant, manque cruellement d’originalité.

Le roman reste toutefois à conseiller à tous les inconditionnels du genre de la fantasy.

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Voir également :
- Les Nains, tome 2 : Lame de feu (Die Zwerge) - Markus Heitz (2003), présentation et extrait

14:03 Écrit par Marc dans Heitz, Markus | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fantasy, markus heitz, litterature allemande, les nains | |  Facebook | |  Imprimer | |

lundi, 02 mars 2009

Les inventeurs de maladies, manoeuvres et manipulations de l'industrie pharmaceutique (Die Krankheitserfinder: Wie wir zu Patienten gemacht werden) - Jörg Blech - 2003

bibliotheca les inventeurs de maladie

"Les gens bien portants sont des malades qui s'ignorent." C'est sur ce principe que le médecin Knock, dans la pièce Knock ou le Triomphe de la médecine de Jules Romains, fait enfin triompher la médecine sur le monde, càd. mettre tout le monde sous traitement. Et ce tiomphe a peut-être réellement eu lieu depuis. En tout cas c'est ce que pense un certain nombre de personnes.

Sur base d'un grand nombre d'articles parus dans de nombreuses revues scientifiques, le rédacteur scientifique allemand Jörg Blech mène son enquête sur les abus de l'industrie pharmaceutique qui semblent vouloir trouver une maladie pour tout le monde, y compris pour les gens sains. Et selon Blech, les lobbys pharmaceutiques n'hésitent pas à manipuler les instances médicales pour créer peu à peu de nouvelles maladies, par exemple en modifiant certaines normes biologiques, tels par exemple le taux du cholestérol dans le sang ou la tension artérielle, taux fixés de façon aléatoire et sans réelle justification scientifique. D'ailleurs le cas du cholestérol démontre bien comment on ne traite plus une maladie, mais un facteur de risque qui pourrait donner une maladie. De nombreux autres exemples sont donnés qui démontrent comment l'industrie a toujours essayé de trouver une maladie pour chaque molécule qu'elle fabriquait. Même des épreuves naturelles de la vie sont interprétées comme étant pathologiques. Au passage Jörg Blech s'attaque évidemment aussi au corps médical qui dans son ensemble est très complaisant envers les lobbys pharmaceutiques et donnent ainsi le quasi monopole du savoir et de l'éducation scientifique aux industries.

Cet essai de Jörg Blech interpelle le lecteur à tout instant, les exemples donnés sont clairs et facilement compréhensibles, et la conception que l'on peut avoir de la médecine va être totalement bouleversée.

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Extrait :

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La ménopause a beau être une phase naturelle dans la vie d'une femme, l'establishment médical ne l'a jamais considérée comme utile. « La ménopause est la période la plus désagréable dans la vie des couples, déclarait en 1910 le médecin slovaque Arnold Lorand. Pas seulement pour la femme qui est directement affectée, mais aussi, dans une mesure presque égale, pour l'homme qui doit user de la plus grande patience. » Par chance, le même Dr Lorand pensait avoir découvert un remède contre les désagréments de la ménopause. Des extraits d'ovaires de truie auraient ainsi eu la capacité de « repousser le vieillissement de quelques années » ou du moins d'« adoucir ses effets, lorsque l'âge terrifiant s'est d'ores et déjà installé ».

Peu après, dans les années 1940, les laboratoires pharmaceutiques se mirent à produire en grande quantité l'oestrogène si convoité, non plus à partir de porcins, mais à partir de l'urine de juments pleines (ce qui a donné son nom à un produit célèbre : le Premarin, dont l'origine est pregant mares urine). [...]

Il fallut pourtant attendre la parution aux États-Unis, en 1966, du best-seller Feminine Forever pour voir l'hormone sexuelle se transformer en une drogue de masse. Le jeune Robert Wilson, gynécologue new-yorkais, décrit dans cet ouvrage l'urine de jument comme un remède miracle, prometteur d,une jeunesse éternelle. « Pour la première fois dans l'histoire, les femmes, égales biologiques des hommes, peuvent prendre part aux promesses de demain... Grâce à la thérapie hormonale, elles peuvent compter sur un bien-être accru et une jeunesse durable.»

Robert Wilson accomplit également sa mission auprès du corps médical. « À 50 ans, il n'y a plus d'ovules, plus de follicules, plus de thèques, plus d'oestrogène – une véritable catastrophe galopante », assurait-il doctement dans une revue médicale en 1972. Heureusement, les oestrogènes viennent au secours de ces femmes. « Ni les seins, ni les organes génitaux ne se flétriront. Partager la vie de ces femmes sera particulièrement agréable, et elles ne deviendront ni bêtes ni vilaines.»

Ce que personne ne savait encore à l'époque, c'est que le laboratoire pharmaceutique Wyeth-Ayerst avait financé les dépenses de Wilson liées à la rédaction de son livre. Par la suite, l'entreprise sponsorisa également sa Wilson Research Foundation, dont les bureaux étaient situés sur Park Avenue, à Manhattan. En outre, elle rémunérait le médecin pour les conférences sur son abécédaire hormonal qu'il tenait devant des associations de femmes.

Ces relations ne furent rendues publiques qu'en 2002, par le fils de Robert Wilson, Ronald Wilson. Le laboratoire Wyeth-Ayerst, devenu depuis Wyeth, était alors le plus grand fabricant d'hormones au monde. Médecin à Zurich, Barbara Wanner commente : « Il est intéressant de remarquer que la définition de la ménopause comme maladie est apparue exactement au moment où étaient disponibles des hormones de synthèse susceptibles de traiter cette maladie nouvellement définie.

Des millions de femmes se sont laissé duper par cette propagande. Les oestrogènes furent décrits comme une substance indispensable à la vie – et le fait que beaucoup de femmes survivent pendant 40 ans sans cette substance ne fut même pas évoqué. En 1981, l'Organisation mondiale de la Santé se plia d'ailleurs à la nouvelle définition de la ménopause, la désignant comme maladie du déficit oestrogénique. Quant au fait que bien des femmes âgées sont en parfaite santé et qu'elles vivent en moyenne plus longtemps que les hommes, cela ne semblait pas être à l'ordre du jour.

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dimanche, 31 août 2008

Abysses (Der Schwarm) - Frank Schätzing - 2004

bibliotheca abysses

Plus rien ne semble aller, les catastrophes s'accumulent de partout dans le monde : des bancs de méduses extrêmement toxiques envahissent les plages de l’Europe, des millions de vers étranges s’agglutinent au large de la Norvège, des baleines et orques attaquent les touristes sur la côte canadienne, des crabes toxiques enhaissent la terre à plusieurs endroits, ... et cela jusqu'à un immense tsunami qui ravage une bonne partie de l'Europe. C'est un peu comme si la mer se révoltait. Et lorsque la nature devient violente c'est l'humanié toute entière qui est menacée. Mais qui est à l'origine de ce cataclysme et comment faire pour l'arrêter.
Des scientifiques du monde entier sont vite réunis sur une base militaire américaine afin de comprendre ce qui se passe, et trouver des solutions pour sauver l'humanité.

Abysses de l'écrivain allemand Frank Schätzing est un excellent thriller écologique, à deux pas du genre de la science-fiction, qui depuis sa parution en 2004 a connu un succès commercial à travers le monde entier. En près de 900 pages, Frank Schätzing livre ici un roman doté d'une documententation hors norme sur l'évolution de la faune marine et qui passionne d'un bout à l'autre. L'intrigue est solide, bien montée, et toujours prenante. La mer devient un personnage à part entière au fil des pages et le lecteur suit avecbeaucoup d'intérêt son évolution ainsi que les conséquences de cette évolution sur l'être humain. D'autre part il suit le parcours d'une multitude de scientifiques aux prises avec la survie de l'humanité et qui doit en même temps se battre contre des ennemis bien plus humains que ceux venus des fonds des océans. Et si ce danger des fonds des mers semblent plus sortir du domaine de la science-fiction, Frank Schätzing lui donne cependant une véritable crédibilité. Mais outre la parfaite documentation et l'habile intrigue données au roman, on ressent une volonté réelle de l'auteur éveiller les consciences sur le drame écologique qui est en train de se produire actuellement tout en donnant une réflexion plus profonde sur la place de l'être humain dans son environnement.

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Extrait : premières pages

14 janvier

À Huanchaco, sur la côte péruvienne

C'est en ce mercredi que se scella le destin de Juan Narciso Ucañian, mais le monde n'en fut pas informé.

Quelques semaines plus tard, l'information fut diffusée sur une vaste échelle, mais le nom d'Ucañian ne fut jamais prononcé. Car des noms, alors, il y en avait trop, et il faisait simplement partie du lot. S'il avait été possible de l'interroger immédiatement après et de lui demander ce qui s'était passé à l'aube de ce mercredi, la similitude avec des événements qui s'étaient produits au même moment tout autour du globe aurait sauté aux yeux. Et sans doute son avis, parce qu'il émanait d'un simple pêcheur, aurait-il mis en évidence une série de corrélations complexes qui ne sont devenues apparentes que plus tard. Mais Juan Narciso Ucañian ne dit mot, et le Pacifique, au large de Huanchaco, dans le nord du Pérou, ne révéla rien, lui non plus. Ucañian resta muet, comme les poissons qu'il avait pêchés toute sa vie durant. Lorsque, finalement, on le retrouva dans une statistique, l'affaire était déjà passée au stade supérieur et les détails le concernant personnellement ne présentaient plus qu'un intérêt mineur.

De la même manière, avant cette date fatidique du 14 janvier, il ne se serait trouvé personne pour lui accorder la moindre importance ou défendre ses intérêts.

Cette indifférence à son égard n'aurait pas étonné Ucañian.

Il ne se réjouissait pas du tout de l'évolution qui s'était opérée. Au fil du temps, le village de Huanchaco avait gagné ses galons de plage paradisiaque et était devenu un haut lieu du tourisme international. Les étrangers affluaient, enchantés par cet endroit où les autochtones sortaient en mer sur d'archaïques barques en jonc, mais lui, ça lui faisait une belle jambe. Ce qui était vraiment archaïque, c'était que certains continuent encore à sortir. Car la majeure partie de ses concitoyens gagnaient leur vie sur les chalutiers-usines et dans les usines de farine et d'huile de poisson, grâce auxquels le Pérou, en dépit de la raréfaction dudit poisson, continuait à figurer en tête des pays producteurs de pêche, avec le Chili, la Russie, les Etats-Unis et les grands pays asiatiques. En dépit d'El Niñio, Huanchaco s'étendait de tous côtés, les hôtels étaient à touche-touche, les dernières réserves de la nature étaient pillées sans vergogne. Tout le monde se débrouillait pour en tirer profit d'une façon ou d'une autre. Tout le monde, sauf Ucañian, à qui il ne restait pratiquement plus que sa petite barque si pittoresque, un caballito, un « petit cheval », nom qui leur avait été donné autrefois par les conquistadores, charmés. Mais, tel que c'était parti, les caballitos allaient bientôt disparaître à leur tour.

Le millénaire commençant avait visiblement décidé de se séparer d'Ucañian et de ses semblables.

Il ne savait plus où il en était. D'un côté, il avait le sentiment d'être puni. Par El Niñio, qui visitait le Pérou depuis la nuit des temps et dont il n'était pas responsable. Par les écologistes, qui dans leurs congrès discutaient surexploitation des océans et réduction des quotas, au point qu'on voyait littéralement les yeux accusateurs de ces politiciens se tourner vers les patrons de pêche, pour s'apercevoir soudain que c'était leur propre image qui leur était renvoyée comme par un miroir. Ensuite, leurs regards allaient se poser sur Ucañian, qui n'était pas plus responsable du désastre écologique que d'El Niñio. Ce n'était pas lui qui avait demandé la présence des usines flottantes, ni celle des chalutiers japonais et coréens tapis dans la zone des deux cents milles en attendant de pouvoir se ruer sur le poisson local. Ucañian n'était responsable de rien de tout cela, mais il finissait par en douter lui-même, commençait à se sentir vaguement coupable. Comme si c'était lui qui remontait de la mer les thons et les maquereaux par millions de tonnes.

Il avait vingt-huit ans et il était l'un des derniers de son espèce.

Ses cinq frères aînés travaillaient à Lima. Ils le prenaient pour un demeuré parce qu'il acceptait de sortir en mer, à bord d'une barque qui était pour ainsi dire l'ancêtre de la planche à voile, et d'attendre dans les eaux désertées de la côte que les bonites et les maquereaux veuillent bien mordre. Ils lui répétaient que c'était inutile, qu'on ne pouvait pas redonner du souffle aux morts. Or, c'était du souffle de son père qu'il s'agissait, son père qui, malgré ses soixante-dix ans tout proches, avait continué à sortir tous les jours. Sauf que depuis quelques semaines, c'était fini. Maintenant, le vieil Ucañian ne sortait plus. Il restait couché, avec une toux bizarre et des taches sur la figure, et il était en train de perdre la tête. Et Juan Narciso se cramponnait à l'idée qu'il pourrait garder le vieil homme en vie tant qu'il continuerait à maintenir la tradition.

Mille ans auparavant, bien avant l'arrivée des Espagnols, les ancêtres d'Ucañian, les Yunga et les Moche, utilisaient déjà ces barques en jonc. Ils peuplaient la côte tout du long, du Nord au Sud, jusqu'à la région de la ville actuelle de Pisco, et livraient leur poisson à la puissante métropole de Chan Chan. À l'époque, la région était riche en wachaques, des marais proches de la côte, alimentés par des sources d'eau douce souterraines. C'était là que poussaient en quantité les roseaux avec lesquels Ucañian et les survivants de son peuple continuaient à fabriquer leurs caballitos, exactement comme le faisaient les anciens. Pour construire un caballito, il fallait de l'adresse et la paix de l'âme. Le résultat était exceptionnel. Longue de trois à quatre mètres, avec une proue pointue qui s'arrondissait en montant très haut, légère comme une plume, cette barque de roseaux tressés était pratiquement insubmersible. Dans les temps anciens, c'était par milliers qu'elles fendaient les flots en sillonnant cette côte appelée « le Poisson d'Or » car, même les mauvais jours, on rentrait chargé d'un butin plus important que celui qu'Ucañian et ses pareils osaient à peine imaginer, à présent, dans leurs rêves les plus fous.

Mais les marais disparurent, et avec eux les joncs.

Au moins, El Niñio était prévisible. Tous les ans, autour de Noël, le courant de Humboldt, un courant d'ordinaire froid, était réchauffé par les alizés, appauvrissant la chaîne alimentaire, et les maquereaux, les bonites et les sardines restaient absents parce qu'ils ne trouvaient pas de quoi se nourrir. C'est pour cette raison que les ancêtres d'Ucañian avaient donné à ce phénomène le nom d' « El Niñio », autrement dit « l'Enfant Jésus ». Parfois l'Enfant Jésus se contentait de chambouler un peu la nature, mais, tous les quatre ou cinq ans, il faisait fondre le châtiment du Ciel sur les pauvres humains, comme s'il voulait les rayer de la surface terrestre. Tornades, pluies diluviennes et torrents de boue emportaient les gens par centaines. ElNiñio venait, puis repartait, c'était comme ça depuis toujours. Si on n'allait pas jusqu'à faire ami-ami, on s'en accommodait, plus ou moins. Mais, depuis que les trésors du Pacifique échouaient dans des chaluts aux ouvertures assez larges pour y faire entrer une dizaine d'avions gros porteurs côte à côte, il n'y avait plus rien à faire, la prière elle-même ne servait plus à rien.

C'est peut-être vrai, pensa Ucañian dans son caballito bercé par la houle, peut-être que je suis bête. Je suis bête et c'est de ma faute. C'est de notre faute à tous, parce que nous nous sommes acoquinés avec un saint patron chrétien qui ne fait rien contre ElNiñio, ni contre les sociétés de pêche, ni contre les accords gouvernementaux. Avant, nous avions des chamans, au Pérou.

Ucañian connaissait par des récits les découvertes faites par les archéologues dans les temples précolombiens près de la ville de Trujillo, juste derrière le Temple de la Lune. Ils avaient trouvé quatre-vingt-dix squelettes allongés, des hommes, des femmes et des enfants, la plupart poignardés. En 560, dans une tentative désespérée d'arrêter la montée des eaux, les grands prêtres avaient sacrifié la vie de quatre-vingt-dix victimes, et El Niñio était parti.

Qui fallait-il sacrifier pour interrompre la surexploitation de l'océan ?

Ucañian frissonna devant ses propres pensées. Il était bon chrétien. Il aimait le Christ et il aimait aussi san Pedro, le saint patron des pêcheurs. Jamais il n'avait laissé passer une fête de san Pedro, quand on transportait sa statue de bois de village en village à bord d'une barque, sans y participer avec ferveur. Et pourtant... Le matin, ils se précipitaient tous à l'église, mais c'était la nuit que brûlait la véritable ardeur. La nuit, sans retenue, on s'adonnait au chamanisme.

Mais y avait-il un dieu capable de venir à leur secours si l'Enfant Jésus lui-même affirmait qu'il n'avait rien à voir avec le nouveau fléau qui s'était abattu sur les pêcheurs, que son influence se limitait aux dérèglements des forces de la nature et que, pour le reste, il convenait de s'adresser aux politiciens et aux lobbies.

Ucañian leva la tête vers le ciel et cligna des yeux.

La journée s'annonçait belle.

Bien loin de la tourmente d'El Niñio, le nord-ouest du Pérou offrait pour l'instant une image idyllique. Depuis des jours entiers, le ciel était bleu et pur. À cette heure matinale, les surfeurs étaient encore au lit. Il y avait une bonne demi-heure, dès avant le lever du soleil, qu'Ucañian était sorti en compagnie d'une dizaine de pêcheurs, fendant les vagues qui roulaient doucement à leur rencontre. À présent, le soleil montait lentement derrière la brume des montagnes et plongeait la mer dans une lumière pastel. L'immensité infinie, qui, l'instant précédent, était encore couleur d'argent, se teintait de bleu tendre. On devinait à l'horizon les silhouettes de quelques énormes cargos qui avaient mis le cap sur Lima.

Ucañian, indifférent à la beauté du jour naissant, attrapa son calcal derrière lui. C'était le traditionnel filet rouge des pêcheurs en caballito, long de plusieurs mètres et sur lequel était accrochée toute une série d'hameçons de différentes tailles.

Assis sur ses talons dans sa petite embarcation de jonc, le dos bien droit, il inspecta les mailles fines d'un œil critique. On ne pouvait pas s'asseoir à l'intérieur d'un caballito, mais, en revanche, une place généreuse était prévue à l'avant pour le matériel et le filet. La pagaie fabriquée dans un bambou de canne de Guayaquil coupé en deux, comme personne n'en utilisait plus au Pérou, était posée en travers devant lui. Elle appartenait à son père. Il l'avait prise pour que le vieil homme puisse sentir la force avec laquelle lui, son fils, l'enfonçait dans l'eau. Depuis sa maladie, Juan posait la pagaie contre son flanc, et sa main droite par-dessus, afin qu'il la sente - la perpétuation de la tradition, le sens de sa vie.

Il espérait que son père reconnaissait ce qu'il touchait ainsi. Car son fils, il ne le reconnaissait plus.

Ucañian acheva l'inspection du calcal. Il l'avait déjà vérifié à terre, mais les filets étaient une chose précieuse et on ne leur accordait jamais trop d'attention. La perte d'un filet signait votre fin. Ucañian pouvait bien se trouver du côté des perdants dans la partie pipée où se jouaient les dernières ressources du Pacifique, il n'avait pas l'intention de s'abandonner à la moindre négligence, pas plus que de se mettre à boire. Rien ne lui était plus insupportable que la vue de ceux qui avaient perdu l'espoir, qui laissaient pourrir leurs barques et leurs filets. Il savait que si son miroir devait un jour lui renvoyer une image pareille, ça le tuerait.

Il scruta les environs. Le territoire de pêche de la petite flotte des caballitos qui fendaient les flots comme lui, à un bon kilomètre de la plage, s'étendait loin de part et d'autre. Aujourd'hui, les «petits chevaux » ne dansaient pas au gré des vagues comme d'habitude. Il n'y avait que très peu de houle. Les pêcheurs allaient passer les prochaines heures à attendre, patiemment, presque avec fatalisme. À présent, des barques en bois plus grandes s'étaient jointes à eux, un chalutier passa, cap au large.

Indécis, Ucañian regarda ses compagnons, hommes et femmes, jeter à l'eau leurs calcals les uns après les autres en prenant bien soin de les amarrer à leur barque. Des bouées rondes, rouges et brillantes, apparurent bientôt à la surface de l'eau. C'était le moment d'y aller à son tour, mais Ucañian, songeant aux jours précédents, n'arrivait pas à se décider.

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Voir également :
- Tod und Teufel - Frank Schätzing (1996), présentation