dimanche, 18 mars 2012
1Q84, Livre 2 : Juillet-septembre - Haruki Murakami - 2009
Japon, 1984. Un second monde est apparu, parrallèle au réel et tout aussi vivant, et qui évolue dans l’année 1Q84. Ce sont deux mondes imbriqués dans lesquels évoluent, en alternance, Aomamé et Tengo, 29 ans tous deux, qui ont fréquenté la même école lorsqu'ils avaient dix ans. A l'époque, les autres enfants se moquaient d'Aomamé à cause de son prénom, « Haricot de soja », et de l'appartenance de ses parents à la nouvelle religion des Témoins. Un jour, Tengo l'a défendue et Aomamé lui a serré la main. Un pacte secret conclu entre deux enfants, le signe d'un amour pur dont ils auront toujours la nostalgie.
Deux mondes En 1984, chacun mène sa vie, ses amours, ses activités.
Tueuse professionnelle, Aomamé se croit investie d'une mission : exécuter les hommes qui ont fait violence aux femmes. Aomamé a aussi une particularité : la faculté innée de retenir quantité de faits, d'événements, de dates en rapport avec l'Histoire.
Tengo est un génie des maths, apprenti-écrivain et nègre pour un éditeur qui lui demande de réécrire l'autobiographie d'une jeune fille échappé ç la secte des Précurseurs. Il est aussi régulièrement pris de malaises lors desquels il revoit une scène dont il a été témoin à l'âge d'un an et demi.
Les deux jeunes gens sont destinés à se retrouver mais où ? Quand ? En 1984 ? Dans 1Q84 ? Dans cette vie ? Dans la mort ?
Suite direct du Livre 1, l’auteur japonais Haruki Murakami nous entraîne ici encore un peu plus dans son histoire si passionnante, magique et envoûtante autour de ses deux personnages Tengo et Aomamé, si attachants, dans ces deux mondes si mystérieux que sont 1984 et 1Q84. Le mystère autour des Little People s’étoffe ici de plus en plus, certaines solutions sont apportées mais pas toutes... et il ne reste plus qu’à attendre de lire le Livre 3.
Avec ce deuxième livre, Haruki Murakami s’affirme de plus en plus dans ce qui sera sûrement son oeuvre phare, 1Q84, un texte unique qui ne cesse de surprendre par sa beauté et sa magie.
Présente édition : traduit du japonais par Hélène Morita, éditions Belfond, 25 août 2011, 529 pages
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Voir également :
- Après le tremblement de terre (Kami no kodomo-tachi wa mina odoru) - Haruki Murakami (2000), présentation
- 1Q84 : Livre 1, Avril, Juin - Haruki Murakami (2009), présentation et extrait
22:27 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Murakami, Haruki | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : haruki murakami, 1q84, fantastique, 1984, litterature japonaise, livre 2 |
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lundi, 02 janvier 2012
1Q84, Livre 1 : Avril-Juin - Haruki Murakami – 2009
Tokyo, avril 1984. Aomamé, 29 ans, mène une vie très solitaire. Elle donne des cours d’arts martiauxdans un centre sportif et de temps à autre elle exerce la profession de tueuse à gages, remplissant des contrats engagés par une riche vieille dame qui cherche à éliminer des hommes qui se sont rendus responsables de graves violences conjugales sans jamais en porter de quelconques suites judiciaires. Et Aomamé est plutôt douée dans ce métier. Mais un jour alors qu’elle partexécuter un contrat, une drôle d’impression l’assaille, un peu comme si, peu avant son meurtre, le monde l’environnant aurait subtilement changé. Rien de bien spectaculaire, juste des détails… et pourtant Aomamé sent bien quelque chose cloche.
Pendant ce temps Tengo, un jeune homme solitaire de 29 ans également, enseigne les maths et s'essaie au roman à ses heures perdues. D’ailleurs il œuvre de temps à autre en tant que nègre pour une maison d’édition.
Chargé de sélectionner des manuscrits en vue du prix des Nouveaux Auteurs, il tombe sous le charme de "La Chrysalide de l'air", roman fantastique écrit par une jeune fille de 17 ans.
Son éditeur, séduit par l'histoire mais nettement moins par sa mise en forme, charge Tengo de ré-écrire le manuscrit.
Le jeune homme rencontre alors Fukaéri, l'auteure dudit roman qui provoque en lui un curieux trouble. Cette fille est simplement étrange, elle ne semble pas avoir écrit ce roman, ni même en étre capable, et pourtant, cette histoire fantastique, elle semble l’avoir réellement vécue.
Aomamé et Tengo, que rien ne semble relier alors que leurs destins vont vite s’avérer être inextricablement liés, voient peu à peu en cet avril 1984 tout leur monde basculer vers quelque chose d’autre, vers l’an 1Q84, un lieu et temps inconnu à la fois dangereux et envoûtant…
Le roman en trois volumes 1Q84 du japonais Haruki Murakami a été, dès sa sortie au Japon en 2009, un véritable phénomène de librairie, battant coup sur coup tous les records de vente tout en rencontrant un véritable succès critique. A l’origine deux volumes étaient parus en 2009, le troisième en 2010, et c’est en 2011 que paraissent en français les deux premiers dans l’attente du dernier pour 2012.
Pourquoi 1Q84 : référence au 1984 de George Orwell ? Certainement un peu. En japonais la lettre Q se prononce "kyu", comme le chiffre 9... Et ce sont ces deux mondes 1984 et 1Q84 qui vont vivre en parallèle, le deuxième semblable au premier avec pourtant un décalage subtil.
Le lecteur est vite entraîné dans cette histoire étrange, aux allures de fantastique sans pour autant entrer dans le genre, à la suite de personnages très attachants. Ce premier tome ne divulgue encore que bien peu de choses sur l’intrigue, mais qu’importe, tout y est pour se retrouver irrésistiblement attiré par sa suite.
1Q84 de Haruki Murakaami est un roman passionnant, envoûtant même, qui n’annonce que le meilleur pour ce qui risque d’être une trilogie du meilleur niveau.
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Extrait : les premières pages
La radio du taxi diffusait une émission de musique classique en stéréo. C'était la Sinfonietta de Janacek. Etait-ce un morceau approprié quand on est coincé dans des embouteillages ? Ce serait trop dire. D'ailleurs, le chauffeur lui-même ne semblait pas y prêter une oreille attentive. L'homme, d'un âge moyen, se contentait de contempler l'alignement sans fin des voitures devant lui, la bouche serrée, tel un vieux marin aguerri, debout à la proue de son bateau, appliqué à déchiffrer quelque sinistre pressentiment dans la jonction des courants marins. Aomamé, profondément enfoncée dans le siège arrière du véhicule, écoutait, les yeux mi-clos.
Combien y aurait-il d'auditeurs, à l'écoute des premières mesures de la Sinfonietta de Janacek, qui reconnaîtraient immédiatement ce morceau ? Disons : entre "très peu" et "presque aucun". Mais Aomamé, elle, pour une raison ou une autre, en était capable.
Janacek avait composé cette courte symphonie en 1926. Le thème principal avait été conçu à l'origine pour une fanfare à l'occasion d'une rencontre sportive. Aomamé imaginait la Tchécoslovaquie de 1926. Après la Première Guerre mondiale, le pays s'était enfin libéré de la très longue domination des Habsbourg, les gens buvaient de la bière Pilsner dans les cafés, ils fabriquaient des mitrailleuses efficaces et raffinées, ils goûtaient la paix passagère qui visitait l'Europe centrale. Franz Kafka, encore méconnu, avait disparu deux ans auparavant. Bientôt apparaîtrait Hitler, qui ne ferait qu'une bouchée de ce joli petit pays. Mais, en ce temps-là, tout le monde ignorait que des événements aussi terribles allaient advenir. Ce que l'Histoire enseigne de plus important aux hommes pourrait se formuler ainsi : "A l'époque, personne ne savait ce qui allait arriver."
En écoutant cette musique, Aomamé imaginait les vents qui balayaient sans obstacle les plaines de Bohême et laissait ses pensées vagabonder sur l'Histoire.
1926, c'était la mort de l'empereur Taishô, le commencement d'une ère nouvelle, l'ère Shôwa. Au Japon aussi, ce serait le début d'une époque sombre et terrible. Le modernisme et la démocratie avaient joué leur bref intermède. Celui-ci achevé, le fascisme imposerait sa loi.
L'histoire, comme le sport, était ce qui intéressait le plus Aomamé. Elle ne se lassait pas de lire de nombreux ouvrages historiques, alors qu'elle n'était guère portée sur les romans. En matière d'histoire, elle aimait avant tout que tous les événements soient bien reliés à une chronologie et à un lieu précis. Elle n'avait aucune difficulté à se souvenir des dates. Même quand elle ne l'avait pas apprise par coeur, la chronologie se dessinait automatiquement, du moment qu'elle avait saisi la cohésion d'ensemble des divers événements. Au collège et au lycée, Aomamé avait toujours les meilleures notes de la classe aux contrôles d'histoire, et elle trouvait étrange qu'un élève ait du mal à retenir la succession des dates, alors que c'était si facile d'y parvenir.
Aomamé était son vrai nom. Son grand-père paternel était originaire de la préfecture de Fukushima et là-bas, dans des petites villes ou villages des montagnes, un certain nombre de personnes portaient réellement ce nom d'"Aomamé" - haricots de soja verts. Elle-même ne s'était jamais rendue dans cette région. Avant sa naissance, son père avait rompu avec sa famille. Il en allait de même avec sa lignée maternelle. Par conséquent, Aomamé n'avait jamais rencontré un seul de ses grands-parents. Elle n'avait pour ainsi dire pas voyagé, mais, en de rares occasions, elle avait consulté l'annuaire téléphonique de son hôtel pour chercher si des gens portaient ce patronyme. Jamais elle n'en avait trouvé nulle part, dans aucune ville, grande ou petite. Elle avait chaque fois l'impression d'être une naufragée solitaire jetée dans un immense océan.
Donner son nom était pénible. Dès qu'elle l'avait prononcé, son interlocuteur prenait un air surpris ou la considérait d'un oeil embarrassé. Mademoiselle Aomamé ? Oui, c'est bien ça. Et mon nom s'écrit A-o-m-a-m-é, comme les haricots de soja, bleu-vert, oui. Quand elle avait travaillé dans une entreprise et qu'elle avait dû avoir des cartes de visite, les tracasseries avaient été d'autant plus nombreuses. L'autre regardait longuement, d'un oeil méfiant, la carte qu'elle lui tendait. Comme si elle lui avait fait lire une lettre maléfique à brûle-pourpoint. Lorsqu'elle se présentait au téléphone, il y avait même des rires étouffés. Dans la salle d'attente de la mairie ou de l'hôpital, dès que son nom était appelé, les gens levaient le nez pour la regarder. Quelle tête pouvait bien avoir quelqu'un affublé d'un nom pareil ?
Parfois, les gens se trompaient et l'appelaient "Edamamé" - haricots de soja encore verts - ou même "Soramamé" - fèves. Chaque fois, elle rectifiait. "Non, ce n'est pas Edamamé (ou Soramamé). Bien sûr, ces noms se ressemblent..." Et la personne de s'excuser avec un petit rire. "Voyez-vous, c'est un nom tellement rare..." En trente ans, combien de fois lui avait-il fallu entendre la même chose ? Combien de plaisanteries stupides ?
Si je n'étais pas née avec un nom pareil, peut-être ma vie aurait-elle pris un tour différent. Si je m'étais appelée "Satô" ou "Tanaka" ou encore "Suzuki", un patronyme bien banal, j'aurais peut-être eu une existence plus tranquille et regardé les autres d'un oeil plus tolérant. Possible.
Aomamé, les yeux clos, écoutait la musique avec attention. Elle se laissait envahir par les belles vibrations produites par l'unisson des bois. Brusquement, quelque chose la frappa. La qualité de la musique était trop bonne pour une radio de taxi. Même à faible volume, le son était profond et les harmoniques clairement restitués. Elle ouvrit les yeux, se redressa et examina la stéréo encastrée dans le tableau de bord. L'appareil était tout noir, élégant et brillant. Elle ne pouvait voir le nom du fabricant mais comprenait bien que c'était un modèle de prix, avec ses multiples réglages et son affichage numérique vert en façade. Sans doute un appareil de première qualité. Pour un taxi ordinaire appartenant à une compagnie, une aussi belle installation stéréo, c'était étonnant.
Aomamé examina l'intérieur de la voiture plus attentivement. Elle n'y avait pas vraiment prêté attention en montant, car elle était absorbée dans ses pensées, mais avec un examen plus minutieux elle voyait bien que ce n'était pas un taxi ordinaire. La qualité de l'équipement intérieur était remarquable, le confort des sièges parfait. Et surtout, le calme régnait dans l'habitacle. La voiture semblait être équipée d'un dispositif antibruit, et le vacarme extérieur ne pénétrait pratiquement pas à l'intérieur. Comme dans un studio insonorisé. Peut-être s'agissait-il d'un taxi indépendant ? Il existait parmi eux des chauffeurs qui dépensaient sans compter afin d'améliorer leur véhicule. Elle chercha de l'oeil la plaque d'enregistrement, en vain. Il n'avait cependant pas l'air d'être un clandestin, sans permis. Il y avait bien un compteur qui calculait précisément le prix de la course. Il indiquait alors 2 150 yens. Mais on ne voyait nulle part de plaque portant le nom du chauffeur.
"C'est une belle voiture ! Très silencieuse, dit Aomamé dans le dos du chauffeur. Qu'est-ce que c'est, comme marque ?
- Une Toyota Crown Royal Saloon, répondit l'homme d'un ton laconique.
- On entend bien la musique.
- C'est une voiture silencieuse. C'est pour cette raison que je l'ai choisie. Et pour ce qui est de l'insonorisation, les Toyota sont parmi les meilleures au monde."
Aomamé approuva et se renfonça dans son siège. La façon de parler du chauffeur l'intriguait. Comme s'il laissait entendre que des paroles importantes n'avaient pas été dites. Par exemple, qu'il n'avait rien à critiquer sur l'isolation sonore des Toyota, certes, mais qu'il y avait un problème à propos de quelque chose. Voilà, par exemple. Et puis, une fois qu'il avait fini de parler, subsistait un petit bloc de silence lourd de sens. Dans l'espace étroit de la voiture se découpait nettement comme un nuage miniature imaginaire. Qui provoquait chez Aomamé une certaine inquiétude.
"Vraiment silencieuse, reprit-elle comme pour chasser ce petit nuage. En plus, votre installation stéréo est de première qualité.
- Quand je l'ai achetée, j'ai jugé que c'était indispensable, répondit le chauffeur sur le ton d'un officier d'état-major retraité qui veut expliquer une opération militaire du passé. Je passe énormément de temps dans ma voiture, je voulais entendre des sons aussi bons que possible, et en outre..."
Aomamé attendit la suite. Il n'y eut pas de suite. Elle ferma de nouveau les yeux et se concentra sur la musique. Aomamé ne savait pas quelle sorte d'homme était Janacek. En tout état de cause, il n'avait vraisemblablement pas imaginé que des hommes de 1984 auraient écouté sa musique dans une voiture parfaitement silencieuse, une Toyota Crown Royal Saloon, coincée dans de terribles embouteillages sur une autoroute urbaine de Tokyo.
Mais pourquoi, se demandait Aomamé, perplexe, ai-je su immédiatement qu'il s'agissait de la Sinfonietta de Janacek ? Et aussi pourquoi est-ce que je savais que ce morceau avait été écrit en 1926 ?
Elle n'était pas spécialement fan de musique classique. N'avait pas non plus de souvenirs personnels sur Janacek. Pourtant, à l'instant où elle avait entendu une simple mesure du morceau, ces diverses données s'étaient inscrites comme un flash dans sa tête. Comme une nuée d'oiseaux qui auraient fait irruption dans une chambre par une fenêtre ouverte. En outre, cette musique laissait à Aomamé une curieuse impression de "tordu". Non pas de douloureux ou de déplaisant. Elle ressentait seulement que tous les constituants de son corps s'étaient comme retournés et tordus. Aomamé n'en comprenait pas la raison. Serait-ce cette Sinfonietta qui provoque en moi cette sensation incompréhensible ?
"Janacek", prononça Aomamé presque sans s'en rendre compte. Puis elle pensa qu'elle aurait mieux fait de s'abstenir.
"Pardon ?
- Janácek. L'homme qui a composé cette musique.
- Je ne savais pas.
- Un compositeur tchèque.
- Ah..., fit l'homme d'un ton admiratif.
- Vous êtes indépendant ? demanda Aomamé, pour changer de sujet.
- Oui", répondit le chauffeur. Puis il laissa un silence. "Je travaille en indépendant. C'est ma deuxième voiture.
- Les sièges sont très confortables.
- Je vous remercie. Au fait, madame, dit le chauffeur en tournant légèrement la tête vers Aomamé. Est-ce que vous êtes pressée ?
- On m'attend à Shibuya. C'est pourquoi je vous ai demandé de prendre la voie express.
- A quelle heure est votre rendez-vous ?
- A quatre heures et demie.
- Il est quatre heures moins le quart. Je pense que vous n'y serez pas.
- Les embouteillages vont continuer ?
- Il doit y avoir un gros accident plus loin. Ce ne sont pas des bouchons ordinaires. Ça n'avance presque pas depuis un bon moment."
Pourquoi ce chauffeur n'écoute-t-il pas les informations sur le trafic à la radio ? se demanda Aomamé, étonnée. Voie express totalement bloquée en raison d'embouteillages monstres. D'habitude, les chauffeurs de taxi recherchent les fréquences réservées à ces bulletins.
"Vous comprenez ce qui se passe sans même écouter la radio ?
- Ça ne sert à rien, les infos trafic, dit le chauffeur, d'une voix atone. Ces trucs, c'est à moitié faux. La régie du réseau routier ne diffuse que ce qui lui convient. Ici et maintenant, avec mes yeux, avec ma tête, je comprends qu'il se passe vraiment quelque chose.
- Et donc, selon vous, ces embouteillages ne vont pas se dissiper facilement ?
- Sûrement pas, confirma tranquillement le chauffeur en hochant la tête. Je vous le garantis. Une fois qu'elle est bouchée comme ça, la voie express, c'est l'enfer. Votre rendez-vous, c'est pour une affaire importante ?"
Aomamé réfléchit.
"Oui. Très. Je dois rencontrer un client.
- C'est ennuyeux. Je suis désolé mais vous n'y serez sûrement pas à temps."
Sur ces mots, le chauffeur secoua légèrement la tête à plusieurs reprises, comme s'il voulait soulager une courbature. Les rides de sa nuque bougeaient à la manière d'un animal préhistorique. A cette vue, Aomamé se souvint brusquement de l'objet pointu et aiguisé placé au fond de son sac en bandoulière. Ses paumes étaient moites de sueur.
"Bon, qu'est-ce que vous me proposez ?
- Rien. On ne peut rien faire avant la prochaine sortie. La voie express, ce n'est pas une route ordinaire, on ne peut pas descendre le plus près possible d'une gare pour prendre le train.
- La prochaine sortie ?
- C'est Ikejiri, mais si ça se trouve, on n'y arrivera pas avant le coucher du soleil."
Pas avant le coucher du soleil ? Aomamé s'imagina enfermée dans ce taxi jusqu'au crépuscule. La musique de Janacek continuait. Les cordes qui jouaient en sourdine ressortaient à présent au premier plan, comme pour atténuer l'émotion croissante d'Aomamé. La sensation de distorsion qu'elle avait éprouvée depuis un moment avait sensiblement disparu. Qu'est-ce que ç'avait donc été ?
Aomamé avait arrêté ce taxi non loin de Kinuta, et la voiture roulait depuis Yôga sur la voie express n° 3. Au début, le flot des voitures s'écoulait tranquillement. Mais, un peu avant Sangenjaya, les embouteillages avaient brusquement commencé. Ensuite, la circulation avait été presque bloquée. Dans le sens Tokyo banlieue, on circulait normalement. Mais le sens inverse était affreusement embouteillé. D'ordinaire, à un peu plus de trois heures de l'après-midi, il n'y avait pas de bouchons sur la voie express n° 3 dans ce sens. C'est pourquoi Aomamé avait indiqué au chauffeur de l'emprunter.
"Je ne vous compterai pas le temps passé sur la voie express, dit le chauffeur en regardant dans le rétroviseur. Ne vous faites pas de souci pour ça. Mais, dites-moi, c'est embêtant si vous êtes en retard à votre rendez-vous ?
- Bien sûr, ce serait ennuyeux ! Mais on dirait qu'il n'y a rien à faire, non ?"
Le chauffeur regarda de nouveau brièvement Aomamé dans le rétro. Il portait des lunettes de soleil légèrement teintées. A cause de la lumière, Aomamé ne pouvait voir son expression.
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Présente édition : traduit du japonais par Hélène Morita, éditions Belfond, 25 août 2011, 533 pages
Voir également :
- Après le tremblement de terre (Kami no kodomo-tachi wa mina odoru) - Haruki Murakami (2000), présentation
- 1Q84, Livre 2 : Juillet-Septembre - Haruki Murakami (2009), présentation
12:42 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Murakami, Haruki | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : haruki murakami, litterature japonaise, 1984, 1q84, livre 1, fantastique |
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jeudi, 17 novembre 2011
Le Livre des Morts (Library of The Dead) - Glenn Cooper - 2009
New York, 2009. Six personnes trouvent la mort. Elles n’ont aucun point commun entre elles, ni, semble-t-il, leurs meurtriers. Pourtant elles ont toutes reçu quelques jours auparavant une carte postale illustrant une pierre tombale et annonçant la date de leur mort.
La police se lance dans l’enquête. Si rien ne semble relier ces crimes, elles doivent pourtant être l’œuvre d’une même personne, ou du moins se faire dans un dessein commun. Et hormis la police, la presse s’empare également de l’affaire titrant ses unes avec les crimes du mystérieux « Tueur de l’Apocalypse ». En quelques jours la panique est semée dans toute la ville.
Will Piper, un ancien profiler d’élite dont la carrière a brutalement été interrompue à la suite d’un drame personnel, cherche en vain des indices et va tout mettre en œuvre pour faire arrêter ces meurtres. Mais très vite il est mené dans l’un des secrets les mieux gardés du pays, dans la Zone 51, où se trouve un étrange manuscrit écrit par des moines de l’île britannique de Wight plusieurs siècles plutôt, Le Livre des Morts dans lequel toutes ces victimes seraient inscrites il y a des siècles de cela.
Le thriller Le Livre des Morts de l’auteur américain Glenn Cooper a tout pour plaire : un beau mélange des genres entre polar, fantastique et roman historique, une idée bien originale, des personnages attachants, une écriture belle et efficace… et pourtant le roman ne m’a convaincu qu’à moitié. Par moment trop léger, on s’en lasse assez vite, surtout que le suspense ne tient pas vraiment. On connaît ou devine assez rapidement les tenants et aboutissants de l’intrigue, la quatrième de couverture nous en dit déjà bien assez, et le développement qui en est fait par l’auteur ne passionne pas vraiment. Il reste néanmoins que Le Livre des Morts de Glenn Cooper reste un thriller très divertissant, original et souvent bien intéressant, mais pas plus que cela.
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Présente edition : traduit de l’américain par Carine Chichereau, éditions Le Cherche Midi, 25 mars 2010, 419 pages
21:19 Écrit par Marc dans Cooper, Glenn, Critiques littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : glenn cooper, litterature americaine, thrillers, le livre des morts, fantastique, romans policiers |
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mardi, 07 juin 2011
Le livre du grand secret - Serge Brussolo - 1999
Le jeune Purcell passait toutes ses vacances d’été en Alaska chez son grand-père Darian Forbes, un ancien héros de guerre et écrivain quelque peu oublié de nos jours. Purcell a toujours vu son grand-père comme un héros, mais tout le monde, y compris ses parents le considéraient comme fou. L’été de ses onze ans a été le dernier pour Purcell à passer là-bas. Son grand-père sur le point de mourir semble vouloir lui transmettre un tas de secrets dont l’existence de planques éparpillées à travers le pays, un livre secret écrit à l’encre invisible et surtout il veut avertir le gamin contre « Eux »,ceux qui dirigent le monde et qui vont le tuer pour le faire taire à jamais. Car Darian Forbes connaît des secrets qui pourraient faire trembler le monde, tous contenus dans le livre à l’écriture invisible et qui ne se révélera qu’au bout de dix ans et cela pendant une demi-heure à peine avant de disparaître à nouveau. Et ces pages sont censés contenir ni plus ni moins tout l’avenir de l’humanité. Purcell devra être à la hauteur des responsabilités que lui confie son grand-père, à moins que tout cela ne soient que des histoires et que le grand Darian Forbes a réellement succombé à la folie. Seul le temps permettra de trancher à ce sujet…
Et si cet incroyable héritage lui aussi n’était autre chose que peur et folie pour Purcell…
Paru en 1999 Le livre du grand secret du très prolifique auteur français Serge Brussolo invite son lecteur comme à l’accoutumée dans son œuvre à la découverte d’un mystère dont on ne distinguera jamais pour sûr le vrai du faux, le réel du fantastique. Les genres se mêlent : roman policier, science-fiction, fantastique… ou tout simplement de l’imaginaire à la Brussolo. Ici tout tourne autour d’un écrivain oublié, ancien héros de guerre, que certains prétendent fous et paranoïaque et d’autres impliqué dans de grands secrets, et qui laisse à son petit fils un héritage des plus étranges. Le jeune Purcell devra faire la part des choses au sacrifice de sa santé, autre récurrence chez Brussolo qui voit le héros payer physiquement pour ses découvertes et évolutions. Ce roman plutôt court impressionne et passionne dès les premières pages par son côté glauque et mystérieux, mais aussi par la simplicité de sa mise en scène qui ne manque toutefois guère d’efficacité. Le trouble est vite jeté, c’est envoûtant même et le mystère entourant ce livre dit du grand secret est une belle trouvaille.
Le livre du grand secret de Serge Brussolo est très classique à l’œuvre de l’auteur, très bon sans être le meilleur et qui ravira un large public à la quête de frissons et de mystère.
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Présente édition : Editions J’ai Lu, 8 novembre 2000, 125 pages
Voir également :
- Trajets et itinéraires de l’oubli – Serge Brussolo (1981), présentation et extrait
- Bunker - Serge Brussolo (1985), présentation
- Les emmurés - Serge Brussolo (1990), présentation
- Boulevard des banquises - Serge Brussolo (1990), présentation
- Baignade accompagnée - Serge Brussolo (1999), présentation
- La Princesse noire - Serge Brussolo (2004), présentation
- La mélancolie des sirènes par trente mètres de fond - Serge Brussolo (2004), présentation
- La maison des murmures - Serge Brussolo (2005), présentation
- Dortoir interdit - Serge Brussolo (2009), présentation et extrait
21:43 Écrit par Marc dans Brussolo, Serge, Critiques littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : serge brussolo, litterature francaise, le livre du grand secret, fantastique, science-fiction |
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lundi, 21 mars 2011
Real TV - Hieronymus Donnovan - 2010
1993 à Machin-les-Mines. Deux ados vont passer un weekend ensemble à la maison alors que les parents sont en voyage. Au programme : films vidéo et Super Nintendo sur téléviseur géant.
Mais tout ne va pas se passer comme prévu. Et le weekend tant rêvé se transforme peu à peu en un cauchemar. Cela commence par l’implosion mystérieuse de la télévision, un accident au vidéoclub, une nouvelle télé qui diffuse des images étranges d’une jeune fille séquestrée dans la salle de bains d’un voisin... Les deux jeunes ne sont pas encore au bout de leur surprise, car le pire reste à venir.
Les années 1990 représentent une période particulière pour la culture ado de l’époque. Ce qui intéressait c’étaient les films VHS loués au vidéoclub, de préférence des films d’horreur dans le style de Halloween ou de Vendredi 13, de temps à autre un petit porno si on réussissait à en louer un. Quentin Tarantino sortait ses premiers films dont Reservoir Dogs et Pulp Fiction, et côté musique la mode était au grunge poussé par Nirvana et son leader culte Kurt Cobain. Puis il y avait la Super Nintendo, la plus formidable des consoles de jeux de l’époque que l’on retrouvait rapidement dans tout ménage. Et pour tout ado le rêve était de se retrouver seul à la maison et de pouvoir profiter pleinement de tous ces divertissements qui le tentaient continuellement.
Hieronymus Donnovan nous fait parfaitement revivre cette époque avec son formidable roman Real TV à la suite de ses deux personnages que sont Arnaud et Rémi et qui vont subir un weekend catastrophique, inspiré du cinéma de l’époque avec sa dose de grotesque, de fantastique et d’horreur. S’y ajoute un style de narration bien propre aux ados de l’époque, une inventivité exceptionnelle et un suspense bien réel. La narration est faite dans le style ado et en respectant la mode ado de l'épqoue au point où les personneges deviennent terriblement crédibles, malgré leurs nombreux clichés issus de la culture de l'époque.
Bref Real TV a tout ce qu’il faut pour accrocher le lecteur, et présente une belle incusrion dans l'univers ado des années 1990.
Real TV a été édité en vue d’être lu sur mobile avant tout et est donc disponible dans une version gratuite incluant les 5 premiers chapitres. La seconde version, payante (3,99 €) contient l’ensemble du roman (25 chapitres).
Plus d'infos sur ce livre sur : www.hieronymusdonnovan.com .
Pour commander ce livre :
Storylab.fr
Présente édition : éditions Storylab.fr, 3 avril 2010, 149 pages
13:58 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Donnovan, Hieronymus | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : hieronymus donnovan, horreur, fantastique, litterature francaise, real tv, storylab |
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dimanche, 06 février 2011
Les Mystères de Harper Connelly, tome 1 : Murmures d’outre-tombe (Grave Sight) - Charlaine Harris - 2005
“Depuis que j'ai survécu à la foudre, je suis capable de sentir et de revivre les derniers instants des morts. Contrairement aux apparences, cela peut s'avérer utile : on me contacte pour retrouver les personnes disparues... enfin, décédées devrais-je dire.
Du coup, j'en ai fait mon métier. C'est sûr, tout le monde n'apprécie pas la façon dont je gagne ma vie mais, puisque je dois vivre avec ce "don", autant m'en servir.
Tolliver, mon demi-frère, m'accompagne. Un associé dont je ne peux me passer. Aujourd'hui, nous allons à Sarne dans l'espoir de retrouver une adolescente. Dénicher le corps ? Facile ! Mais quitter la ville, c'est une autre affaire !"
Voici le quatrième de couverture qui explique bien l’entièreté de ce premier roman Murmures d'outre-tombe d’une série de quatre jusqu’à présent, Les Mystères de Harper Connelly, et qui est publié pour la première fois en 2011 par les éditions J’ai Lu. L’écrivain américain Charlaine Harris est déjà connu dans le domaine de la littérature jeunesse par d’autres séries du même type dont Lilly Bard et La Communauté du Sud qui met en scène le personnage désormais bien célèbre qu’est Sookie Stackhouse. Pourtant ce n’est ici que le premier roman de l’auteur que je lis et je dois dire que la lecture a été une agréable surprise. Guère original à la base, le roman reprend de nombreux éléments bien connu du genre du fantastique américain contemporain : une sorte de médium comme héros, des enquêtes policières et des meurtres qui ne trouveront leur explication que grâce au surnaturel. Cet épisode ressemble d’ailleurs plus au scénario d’un épisode d’un feuilleton télé qu’à un véritable roman. Rien d’étonnant dès lors d’apprendre que la chaîne américaine CBS vient d’en acheter les droits, pour justement en faire une série télévisée.
Il n’empêche que ce roman est pourtant bien prenant. L’enquête dans laquelle Harper Connelly est mêlée semble se résoudre en à peine une dizaine de pages. Et c’est après que les choses commencent à devenir sérieux, le tout se corse, le suspense monte et l’histoire, même si elle s’avère bien simple au final, ne l’est guère pour arriver à son dénouement. Le style de l’auteur est certes simple, mais bien entraînant, utilisant parfaitement la narration à la première personne pour que le lecteur s’attache le plus au personnage principal, ressentant à la fois ses doutes, ses peurs et ses interrogations. Le tout est très prenant et bien divertissant et finalement j’ai lu ce texte au cours d’une même soirée.
Les Mystères de Harper Connelly, tome 1 : Murmures d’outre-tombe de Charlaine Harris est un roman jeunees prometteur d’une belle série à venir. Très prenant et divertissant, mais par manque d’une originalité réelle, ce roman ne restera peut-être pas définitivement dans la mémoire du lecteur.
Pour commander ce livre :
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Présente édition : traduit de l’américain par Sophie Dalle, éditions J’ai Lu, 19 janvier 2011, 280 pages
18:45 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Harris, Charlaine | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fantastique, romans policiers, charlaine harris, harper connelly, les mysteres de harper connelly, murmures d'outre-tombe, litterature francaise |
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samedi, 05 février 2011
Un lieu incertain - Fred Vargas - 2008
Adamsberg part pour trois jours à un colloque de policiers à Londres, accompagné de ses deux collègues Estalère et Danglard. Tout devait se passer de la façon la plus normale, mais leur homologue britannique de Scotland Yard, Radstock, est averti d’une découverte macabre, par un original du nom de Clyde-Fox : face au gothique et baroque cimetière de Highgate à Londres plusieurs paires de chaussures font face à l’entrée des lieux. Le problème est que les pieds se trouvent encore à l’intérieur ! Alors qu’une enquête se met en place autour de cette macabre découverte, les trois français rentrent à Paris pour découvrir un autre meurtre tout aussi macabre : dans un pavillon près de Paris, un homme a été assassiné et mis en petits morceaux, écrasés en fines miettes avant d’être éparpillés à travers toute une pièce. L’affaire est on ne peut plus sérieuse. Adamsberg découvre vite que derrière ces deux crimes immondes se cache une histoire de vampires, ainsi que de chasseurs de vampires, et il se lance sur une piste des plus dangereuses le menant jusqu’au fin fond de la Serbie.
Auteur de polars à succès, Fred Vargas surprend ici avec Un lieu incertain par un polar aux limites du fantastique plongeant le lecteur dans une trouble affaire de vampires autour de meurtres des plus macabres. Le policier Adamsberg, fidèle à lui-même, fascine dans ce roman, bien plus que dans d’autres de ses aventures. Et tout cela au plus grand plaisir de tous les amateurs du genre. Plus que dans d’autres romans de cet auteur, l’ambiance est bien plus forte, plus tendue. De plus, tout au long du texte, il est difficile de voir où l’auteur va nous mener, et on se laisse ainsi aller de surprise en surprise, mais à la fin on se rend compte à quel point le tout est bien construit et imaginé. Fred Vargas démontre son talent d’orfèvre du genre, réussissant parfaitement à jouer avec ses codes en vigueur tout en y insérant des éléments de fantastique et d’horreur.
Un lieu incertain est un polar passionnant… et macabre à souhait.
A lire !
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Présente édition : Editions J’ai Lu, 13 octobre 2010, 381 pages
Voir également :
- Le marchand d'éponges - Edmond Baudoin et Fred Vargas (2010), présentation et extraits
- Pars vite et revient tard – Fred Vargas (2001), présentation
04:57 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Vargas, Fred | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fred vargas, litterature francaise, romans policiers, thrillers, vampires, fantastique, un lieu incertain |
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mardi, 01 février 2011
Le bal du diable - Nadine Monfils - 2008
Nina est une jeune femme avec tout l’avenir devant elle. Elle croque l’amour avec gourmandise n’hésitant pas à se laisser aller aux pires actes pour satisfaire ses envies. un jour pourtant tout va changer. Ses parents veulent qu’elle épouse quelqu’un, un vieux comte vivant dans un château. D’abord Nina se révolte, mais très vite, lorsqu’elle rencontre son promis, elle change d’avis et décide de se donner entièrement à lui. Elle ignore encore que ce comte n’est autre que le diable en personne et le château vers lequel il l’entraîne l’antichambre aux enfers. Nina va vite se rendre compte des dangers qu’elle encourt et doit coûte que coûte fuir les lieux. Mais alors qu’elle déambule dans ce vaste domaine elle découvre toute une population d’êtres, des nains, des fétichistes, des monstres, des personnages de cirque, des anges aux ailes de cuir... tous voués au plaisir charnel sous les ordres du comtes en personne. La fuite de Nina va se transformer en une véritable descente aux enfers du sexe...
Le bal du diable de l’écrivain belge Nadine Monfils est un superbe conte de fées évidemment, vous l’aurez compris, entièrement réservé à un public adulte. L’auteur recrée ici un univers merveilleux et surréaliste dans lequel se perd une jeune fille arrivant à vivre ses fantasmes les plus vénéneux. La littérature érotique a ses côtés positifs et souvent surtout ses côtés bien plus négatifs. Ici ce n’est guère le cas, et il faut dire que tout est assez réussi. Le conte fonctionne, l’histoire tient la route autour de personnages attachants et intrigants tout en donnant même un beau suspense qui tient jusqu’à la fin. Un certain humour est également omniprésent. L’auteur y joue de nombreux clichés et fantasmes, avec une imagination impressionnante.
Le bal du diable est un très beau roman du genre, un véritable conte de fées pour adultes. Bref, un texte à découvrir !
Pour commander ce livre :
LA MUSARDINE
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Présente édition : Editions La Musardine, 18 novembre 2010, 186 pages
11:28 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Monfils, Nadine | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nadine monfils, litterature belge, erotisme, libertinage, romans erotiques, romans pornographiques, romans libertins, le bal du diable, conte de fees, merveilleux, fantastique |
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vendredi, 28 janvier 2011
La maison des murmures - Serge Brussolo - 2005
Qui était réellement Rex Feinis, le grand acteur et séducteur du cinéma muet hollywoodien ? Un véritable dieu vivant ? Un tueur en série dissimulé derrière le masque de la célébrité ? Un psychopathe jouissant de la protection des grands studios ? Pire encore ? Certains parlent même de fantôme, d’extra-terrestre ? En tout cas nombreux sont ceux qui s’intéressent encore à lui, malgré le fait que ses films ne soient plus diffusés, car tous les droits ont été achetés par un collectionneur richissime et fou qui refuse leurs transmissions. C’est ce même collectionneur qui va engager Sarah Katz, la fille d’une starlette assassinée, afin d’inventorier les décombres de la maison de Rex Feinis, une magnifique bâtisse qui était située à Beverly Hills et que l’on surnommait La maison des murmures. Celle-ci s’est en effet effondrée lors d’un tremblement de terre ensevelissant le grand acteur. les décombres ont été précieusement gardés dans des conteneurs que Sarah Katz doit examiner. Très vite celle-ci se rend compte que sous chaque pierre se cache un secret et que peu à peu, alors que la lumière se fait sur la vie de Feinis, elle y entrevoit aussi son propre passé, étrangement mêlé à celui de la star. Et elle va vite découvrir que sa propre existence est menacée par les découvertes qu’elle fait...
Dans La maison des murmures l’auteur français Serge Brussolo mène son lecteur dans un thriller passionnant à l’imaginaire fou dans le Hollywood des années soixante et celui bien plus ancien du cinéma muet, sur les traces d’une légende du cinéma qui semble toujours hanter le monde d’aujourd’hui tel un fantôme ressuscité par la passion que lui vouent encore certains. Le lecteur est immédiatement accroché par ce destin hors du commun qui apparaît peu à peu au fil des pages, Brussolo jouant admirablement avec le suspense en nous en donnant plusieurs versions sans qu’aucune ne soit jamais réellement confirmée ni réfutée. La construction est très classique, en tout cas pour cet auteur qui enchaîne les romans à très grande vitesse. mais à chaque fois on est à nouveau surpris par où l’auteur nous mène, généralement bien loin du point de départ. D’autres éléments bien classiques de l’oeuvre de l’auteur interviennent ici aussi, telle une héroïne au passé trouble et mal dans sa peau qui va au cours de l’aventure subir énormément de mutilations physiques, un personnage mystérieux qui plane sur tout le roman, un lieu supposé être maudit...
La maison des murmures est un thriller dans la plus pure tradition des romans de Serge Brussolo. Passionnant, souvent malsain et toujours efficace... bref un thriller à découvrir !
Pour commander ce livre :
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Présente édition : Editions Plon, 4 mai 2005, 326 pages
Voir également :
- Trajets et itinéraires de l’oubli – Serge Brussolo (1981), présentation et extrait
- Bunker - Serge Brussolo (1985), présentation
- Les emmurés - Serge Brussolo (1990), présentation
- Boulevard des banquises - Serge Brussolo (1990), présentation
- Le livre du grand secret - Serge Brussolo (1999), présentation
- Baignade accompagnée - Serge Brussolo (1999), présentation
- La Princesse noire - Serge Brussolo (2004), présentation
- La mélancolie des sirènes par trente mètres de fond - Serge Brussolo (2004), présentation
- Dortoir interdit - Serge Brussolo (2009), présentation et extrait
14:15 Écrit par Marc dans Brussolo, Serge, Critiques littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : serge brussolo, thrillers, romans policiers, romans de mystere, fantastique, imaginaire, la maison des murmures, litterature francaise |
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vendredi, 21 janvier 2011
Le bourreau - Pierre Boulle - 1954
Le narrateur, un européen en fuite de ses démons au fin fond de la Chine rencontre un jour dans une auberge un vieux Chinois qui tient à lui conter une histoire incroyable. Ce dernier est un ancien médecin qui a assisté dans les années 1920 à un fait divers très singulier. A l’époque, dans sa ville natale, il était en charge de vérifier et de confirmer le décès des condamnés à mort après leur exécution. Mais un jour, après la peine affligée, un policier vient arrêter toutes les personnes impliqués dans l’exécution. Il prétend que le condamné n’a pas été exécuté, mais qu’en fait il a été tué. Et que ce n’est pas la première fois que cela arrive. Le bourreau avoue de suite ses crimes. En effet pour les sept condamnés dont il tranché la tête il leur a d’abord administré un poison redoutable, juste quelques minutes avant, tuant ainsi ces pauvres hommes avant que ne tombe le sabre de la justice. Le vieux Chinois, présent à toutes les étapes de la condamnation du bourreau, fait le récit de son procès et, par ce biais, raconte la vie du tortionnaire pervers ou humaniste. Car en Chine c’est toute la vie de l’accusée qui est passée au crible afin de pouvoir comprendre ce crime. Et l’histoire de cet assassin si particulier est véritablement particulière : des années auparavant, en conflit avec son père, le bourreau quittait son village pour une odyssée morbide et sinistre où, acoquiné à une femme horriblement laide, aveugle et décharnée, il va aller de Charybde en Scylla. Les années passe et au fil de leurs terribles aventures le couple n’héritera que d’un flacon, devenu à leurs yeux mystique et intouchable, et contenant un terrible poison. Il se développe alors dans leurs têtes un plan fou et meurtrier autour de ce poison...
Le bourreau, paru initialement en 1954, est un véritable petit bijou de l’auteur français Pierre Boulle, dont l’oeuvre globale reste assez peu connue, se résumant souvent à ces deux gros succès internationaux que sont Le Pont de la rivière Kwai (1953) et La Planète des singes (1963).
Ici, Pierre Boulle s’avère vite être un conteur hors pair, accrochant son lecteur dès les premières pages par la personnalité trouble du narrateur, l’ambiance sombre qui ressort du récit ainsi que par le terrible mystère qu’il nous expose. Et on se rend vite compte que c’est un bien étrange roman d’aventures dans lequel on plonge, à travers une Chine somptueuse et terrible. Le roman traite de la folie, celle qui va pousser le bourreau à tuer et aussi celle du narrateur en conflit avec son ange, sorte de bonne conscience qui l’empêche de savourer cette histoire. Mais Pierre Boulle y traite aussi des ressorts de la fiction et la manière dont on la compose, opposant continuellement le conteur et son auditeur ainsi que l’auteur et le lecteur. Il joue de tous les styles en véritable virtuose en amenant le lecteur vers une fin cruelle. Des ratés existent hélas aussi dans ce qui n’est finalement que l’un des premiers romans de ce grand écrivain que deviendra Pierre Boulle.
Le bourreau de Pierre Boulle est un étonnant et dérangeant roman d’aventures, l’un de ses premiers, qui, même s’il comporte certaines erreurs et ratés, est un véritable bijou littéraire, captivant d’un bout à l’autre.
A découvrir !
Pour commander ce livre :
AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com
Présente édition : Editions Le Cherche Midi, 11 mars 2010, 213 pages
Voir également :
- William Conrad - Pierre Boulle (1950), présentation
- Le sacrilège malais - Pierre Boulle (1951), présentation
- Le Pont de la rivière Kwaï (1953), présentation
- La planète des singes - Pierre Boulle (1963), présentation
- L’archéologue et le mystère de Néfertiti - Pierre Boulle (2005), présentation et extrait
- L'enlèvement de l'obélisque - Pierre Boulle (2007), présentation
12:35 Écrit par Marc dans Boulle, Pierre, Critiques littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le bourreau, pierre boulle, litterature francaise, romans d aventures, peine de mort, fantastique |
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