mardi, 23 juin 2009
L’homme qui plantait des arbres - Jean Giono - 1953

Lors d’une de ses nombreuses promenades en Haute-Provence, Jean Giono rencontre un jour dans une région quasi désertique un berger des plus extraordinaires qui passe son temps dans sa solitude à planter des arbres, des milliers d’arbres. Les graines qu’il sème ne germent pas toujours, mais inlassablement il continue son travail en vue de réaliser son rêve : transformer ce pays aride en une terre pleine de vie… Et au fil des ans, lorsque Jean Giono revient sans cesse sur ces terres il voit peu à peu les changements s’opérer.
L’homme qui plantait des arbres de l’écrivain français est une magnifique nouvelle s’adressant à tout public et véhiculant une magnifique leçon sur comment de simples gestes effectués avec amour et respect, et cela avec patience et détermination, peuvent avoir des répercussions très positives sur notre environnement pendant de longues années. L’aspect écologiste très marqué étonne pour l’époque d’écriture du texte, aspect qui intervient d’ailleurs aussi dans d’autres textes de Jean Giono. Précise et simple le lecteur est vite conquis par la générosité qui se dégage du récit et qui se présente en véritable hymne à la nature.
Un magnifique livre ! A lire absolument !
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Texte intégral :
Pour que le caractère d'un être humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années. Si cette action est dépouillée de tout égoïsme, si l'idée qui la dirige est d'une générosité sans exemple, s'il est absolument certain qu'elle n'a cherché de récompense nulle part et qu'au surplus elle ait laissé sur le monde des marques visibles, on est alors, sans risque d'erreurs, devant un caractère inoubliable.
Il y a environ une quarantaine d'années, je faisais une longue course à pied, sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence.
Cette région est délimitée au sud-est et au sud par le cours moyen de la Durance, entre Sisteron et Mirabeau ; au nord par le cours supérieur de la Drôme, depuis sa source jusqu'à Die ; à l'ouest par les plaines du Comtat Venaissin et les contreforts du Mont-Ventoux. Elle comprend toute la partie nord du département des Basses-Alpes, le sud de la Drôme et une petite enclave du Vaucluse.
C'était, au moment où j'entrepris ma longue promenade dans ces déserts, des landes nues et monotones, vers 1200 à 1300 mètres d'altitude. Il n'y poussait que des lavandes sauvages.
Je traversais ce pays dans sa plus grande largeur et, après trois jours de marche, je me trouvais dans une désolation sans exemple. Je campais à côté d'un squelette de village abandonné. Je n'avais plus d'eau depuis la veille et il me fallait en trouver. Ces maisons agglomérées, quoique en ruine, comme un vieux nid de guêpes, me firent penser qu'il avait dû y avoir là, dans le temps, une fontaine ou un puit. Il y avait bien une fontaine, mais sèche. Les cinq à six maisons, sans toiture, rongées de vent et de pluie, la petite chapelle au clocher écroulé, étaient rangées comme le sont les maisons et les chapelles dans les villages vivants, mais toute vie avait disparu.
C'était un beau jour de juin avec grand soleil, mais sur ces terres sans abri et hautes dans le ciel, le vent soufflait avec une brutalité insupportable. Ses grondements dans les carcasses des maisons étaient ceux d'un fauve dérangé dans son repas.
Il me fallut lever le camp. A cinq heures de marche de là, je n'avais toujours pas trouvé d'eau et rien ne pouvait me donner l'espoir d'en trouver. C'était partout la même sécheresse, les mêmes herbes ligneuses. Il me sembla apercevoir dans le lointain une petite silhouette noire, debout. Je la pris pour le tronc d'un arbre solitaire. A tout hasard, je me dirigeai vers elle. C'était un berger. Une trentaine de moutons couchés sur la terre brûlante se reposaient près de lui.
Il me fit boire à sa gourde et, un peu plus tard, il me conduisit à sa bergerie, dans une ondulation du plateau. Il tirait son eau - excellente - d'un trou naturel, très profond, au-dessus duquel il avait installé un treuil rudimentaire.
Cet homme parlait peu. C'est le fait des solitaires, mais on le sentait sûr de lui et confiant dans cette assurance. C'était insolite dans ce pays dépouillé de tout. Il n'habitait pas une cabane mais une vraie maison en pierre où l'on voyait très bien comment son travail personnel avait rapiécé la ruine qu'il avait trouvé là à son arrivée. Son toit était solide et étanche. Le vent qui le frappait faisait sur les tuiles le bruit de la mer sur les plages.
Son ménage était en ordre, sa vaisselle lavée, son parquet balayé, son fusil graissé ; sa soupe bouillait sur le feu. Je remarquai alors qu'il était aussi rasé de frais, que tous ses boutons étaient solidement cousus, que ses vêtements étaient reprisés avec le soin minutieux qui rend les reprises invisibles.
Il me fit partager sa soupe et, comme après je lui offrais ma blague à tabac, il me dit qu'il ne fumait pas. Son chien, silencieux comme lui, était bienveillant sans bassesse.
Il avait été entendu tout de suite que je passerais la nuit là ; le village le plus proche était encore à plus d'une journée et demie de marche. Et, au surplus, je connaissais parfaitement le caractère des rares villages de cette région. Il y en a quatre ou cinq dispersés loin les uns des autres sur les flancs de ces hauteurs, dans les taillis de chênes blancs à la toute extrémité des routes carrossables. Ils sont habités par des bûcherons qui font du charbon de bois. Ce sont des endroits où l'on vit mal. Les familles serrées les unes contre les autres dans ce climat qui est d'une rudesse excessive, aussi bien l'été que l'hiver, exaspèrent leur égoïsme en vase clos. L'ambition irraisonnée s'y démesure, dans le désir continu de s'échapper de cet endroit.
Les hommes vont porter leur charbon à la ville avec leurs camions, puis retournent. Les plus solides qualités craquent sous cette perpétuelle douche écossaise. Les femmes mijotent des rancœurs. Il y a concurrence sur tout, aussi bien pour la vente du charbon que pour le banc à l'église, pour les vertus qui se combattent entre elles, pour les vices qui se combattent entre eux et pour la mêlée générale des vices et des vertus, sans repos. Par là-dessus, le vent également sans repos irrite les nerfs. Il y a des épidémies de suicides et de nombreux cas de folies, presque toujours meurtrières.
Le berger qui ne fumait pas alla chercher un petit sac et déversa sur la table un tas de glands. Il se mit à les examiner l'un après l'autre avec beaucoup d'attention, séparant les bons des mauvais. Je fumais ma pipe. Je me proposai pour l'aider. Il me dit que c'était son affaire. En effet : voyant le soin qu'il mettait à ce travail, je n'insistai pas. Ce fut toute notre conversation. Quand il eut du côté des bons un tas de glands assez gros, il les compta par paquets de dix. Ce faisant, il éliminait encore les petits fruits ou ceux qui étaient légèrement fendillés, car il les examinait de fort près. Quand il eut ainsi devant lui cent glands parfaits, il s'arrêta et nous allâmes nous coucher.
La société de cet homme donnait la paix. Je lui demandai le lendemain la permission de me reposer tout le jour chez lui. Il le trouva tout naturel, ou, plus exactement, il me donna l'impression que rien ne pouvait le déranger. Ce repos ne m'était pas absolument obligatoire, mais j'étais intrigué et je voulais en savoir plus. Il fit sortir son troupeau et il le mena à la pâture. Avant de partir, il trempa dans un seau d'eau le petit sac où il avait mis les glands soigneusement choisis et comptés.
Je remarquai qu'en guise de bâton, il emportait une tringle de fer grosse comme le pouce et longue d'environ un mètre cinquante. Je fis celui qui se promène en se reposant et je suivis une route parallèle à la sienne. La pâture de ses bêtes était dans un fond de combe. Il laissa le petit troupeau à la garde du chien et il monta vers l'endroit où je me tenais. J'eus peur qu'il vînt pour me reprocher mon indiscrétion mais pas du tout : c'était sa route et il m'invita à l'accompagner si je n'avais rien de mieux à faire. Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur.
Arrivé à l'endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit que non. Savait-il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c'était une terre communale, ou peut-être, était-elle propriété de gens qui ne s'en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.
Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis, je crois, assez d'insistance dans mes questions puisqu'il y répondit. Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu'il y a d'impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n'y avait rien auparavant.
C'est à ce moment là que je me souciai de l'âge de cet homme. Il avait visiblement plus de cinquante ans. Cinquante-cinq, me dit-il. Il s'appelait Elzéard Bouffier. Il avait possédé une ferme dans les plaines. Il y avait réalisé sa vie. Il avait perdu son fils unique, puis sa femme. Il s'était retiré dans la solitude où il prenait plaisir à vivre lentement, avec ses brebis et son chien. Il avait jugé que ce pays mourait par manque d'arbres. Il ajouta que, n'ayant pas d'occupations très importantes, il avait résolu de remédier à cet état de choses.
Menant moi-même à ce moment-là, malgré mon jeune âge, une vie solitaire, je savais toucher avec délicatesse aux âmes des solitaires. Cependant, je commis une faute. Mon jeune âge, précisément, me forçait à imaginer l'avenir en fonction de moi-même et d'une certaine recherche du bonheur. Je lui dis que, dans trente ans, ces dix mille chênes seraient magnifiques. Il me répondit très simplement que, si Dieu lui prêtait vie, dans trente ans, il en aurait planté tellement d'autres que ces dix mille seraient comme une goutte d'eau dans la mer.
Il étudiait déjà, d'ailleurs, la reproduction des hêtres et il avait près de sa maison une pépinière issue des faînes. Les sujets qu'il avait protégés de ses moutons par une barrière en grillage, étaient de toute beauté. Il pensait également à des bouleaux pour les fonds où, me dit-il, une certaine humidité dormait à quelques mètres de la surface du sol.
Nous nous séparâmes le lendemain.
L'année d'après, il y eut la guerre de 14 dans laquelle je fus engagé pendant cinq ans. Un soldat d'infanterie ne pouvait guère y réfléchir à des arbres. A dire vrai, la chose même n'avait pas marqué en moi : je l'avais considérée comme un dada, une collection de timbres, et oubliée.
Sorti de la guerre, je me trouvais à la tête d'une prime de démobilisation minuscule mais avec le grand désir de respirer un peu d'air pur. C'est sans idée préconçue - sauf celle-là - que je repris le chemin de ces contrées désertes.
Le pays n'avait pas changé. Toutefois, au-delà du village mort, j'aperçus dans le lointain une sorte de brouillard gris qui recouvrait les hauteurs comme un tapis. Depuis la veille, je m'étais remis à penser à ce berger planteur d'arbres. « Dix mille chênes, me disais-je, occupent vraiment un très large espace ».
J'avais vu mourir trop de monde pendant cinq ans pour ne pas imaginer facilement la mort d'Elzéar Bouffier, d'autant que, lorsqu'on en a vingt, on considère les hommes de cinquante comme des vieillards à qui il ne reste plus qu'à mourir. Il n'était pas mort. Il était même fort vert. Il avait changé de métier. Il ne possédait plus que quatre brebis mais, par contre, une centaine de ruches. Il s'était débarrassé des moutons qui mettaient en péril ses plantations d'arbres. Car, me dit-il (et je le constatais), il ne s'était pas du tout soucié de la guerre. Il avait imperturbablement continué à planter.
Les chênes de 1910 avaient alors dix ans et étaient plus hauts que moi et que lui. Le spectacle était impressionnant. J'étais littéralement privé de parole et, comme lui ne parlait pas, nous passâmes tout le jour en silence à nous promener dans sa forêt. Elle avait, en trois tronçons, onze kilomètres de long et trois kilomètres dans sa plus grande largeur. Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme - sans moyens techniques - on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la destruction.
Il avait suivi son idée, et les hêtres qui m'arrivaient aux épaules, répandus à perte de vue, en témoignaient. Les chênes étaient drus et avaient dépassé l'âge où ils étaient à la merci des rongeurs ; quant aux desseins de la Providence elle-même, pour détruire l'œuvre créée, il lui faudrait avoir désormais recours aux cyclones. Il me montra d'admirables bosquets de bouleaux qui dataient de cinq ans, c'est-à-dire de 1915, de l'époque où je combattais à Verdun. Il leur avait fait occuper tous les fonds où il soupçonnait, avec juste raison, qu'il y avait de l'humidité presque à fleur de terre. Ils étaient tendres comme des adolescents et très décidés.
La création avait l'air, d'ailleurs, de s'opérer en chaînes. Il ne s'en souciait pas ; il poursuivait obstinément sa tâche, très simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l'eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d'homme, avaient toujours été à sec. C'était la plus formidable opération de réaction qu'il m'ait été donné de voir. Ces ruisseaux secs avaient jadis porté de l'eau, dans des temps très anciens. Certains de ces villages tristes dont j'ai parlé au début de mon récit s'étaient construits sur les emplacements d'anciens villages gallo-romains dont il restait encore des traces, dans lesquelles les archéologues avaient fouillé et ils avaient trouvé des hameçons à des endroits où au vingtième siècle, on était obligé d'avoir recours à des citernes pour avoir un peu d'eau.
Le vent aussi dispersait certaines graines. En même temps que l'eau réapparut réapparaissaient les saules, les osiers, les prés, les jardins, les fleurs et une certaine raison de vivre.
Mais la transformation s'opérait si lentement qu'elle entrait dans l'habitude sans provoquer d'étonnement. Les chasseurs qui montaient dans les solitudes à la poursuite des lièvres ou des sangliers avaient bien constaté le foisonnement des petits arbres mais ils l'avaient mis sur le compte des malices naturelles de la terre. C'est pourquoi personne ne touchait à l'œuvre de cet homme. Si on l'avait soupçonné, on l'aurait contrarié. Il était insoupçonnable. Qui aurait pu imaginer, dans les villages et dans les administrations, une telle obstination dans la générosité la plus magnifique ?
A partir de 1920, je ne suis jamais resté plus d'un an sans rendre visite à Elzéard Bouffier. Je ne l'ai jamais vu fléchir ni douter. Et pourtant, Dieu sait si Dieu même y pousse ! Je n'ai pas fait le compte de ses déboires. On imagine bien cependant que, pour une réussite semblable, il a fallu vaincre l'adversité ; que, pour assurer la victoire d'une telle passion, il a fallu lutter avec le désespoir. Il avait, pendant un an, planté plus de dix mille érables. Ils moururent tous. L'an d'après, il abandonna les érables pour reprendre les hêtres qui réussirent encore mieux que les chênes.
Pour avoir une idée à peu près exacte de ce caractère exceptionnel, il ne faut pas oublier qu'il s'exerçait dans une solitude totale; si totale que, vers la fin de sa vie, il avait perdu l'habitude de parler. Ou, peut-être, n'en voyait-il pas la nécessité ?
En 1933, il reçut la visite d'un garde forestier éberlué. Ce fonctionnaire lui intima l'ordre de ne pas faire de feu dehors, de peur de mettre en danger la croissance de cette forêt naturelle. C'était la première fois, lui dit cet homme naïf, qu'on voyait une forêt pousser toute seule. A cette époque, il allait planter des hêtres à douze kilomètres de sa maison. Pour s'éviter le trajet d'aller-retour - car il avait alors soixante-quinze ans - il envisageait de construire une cabane de pierre sur les lieux mêmes de ses plantations. Ce qu'il fit l'année d'après.
En 1935, une véritable délégation administrative vint examiner la « forêt naturelle ». Il y avait un grand personnage des Eaux et Forêts, un député, des techniciens. On prononça beaucoup de paroles inutiles. On décida de faire quelque chose et, heureusement, on ne fit rien, sinon la seule chose utile : mettre la forêt sous la sauvegarde de l'État et interdire qu'on vienne y charbonner. Car il était impossible de n'être pas subjugué par la beauté de ces jeunes arbres en pleine santé. Et elle exerça son pouvoir de séduction sur le député lui-même.
J'avais un ami parmi les capitaines forestiers qui était de la délégation. Je lui expliquai le mystère. Un jour de la semaine d'après, nous allâmes tous les deux à la recherche d'Elzéard Bouffier. Nous le trouvâmes en plein travail, à vingt kilomètres de l'endroit où avait eu lieu l'inspection.
Ce capitaine forestier n'était pas mon ami pour rien. Il connaissait la valeur des choses. Il sut rester silencieux. J'offris les quelques œufs que j'avais apportés en présent. Nous partageâmes notre casse-croûte en trois et quelques heures passèrent dans la contemplation muette du paysage.
Le côté d'où nous venions était couvert d'arbres de six à sept mètres de haut. Je me souvenais de l'aspect du pays en 1913 : le désert... Le travail paisible et régulier, l'air vif des hauteurs, la frugalité et surtout la sérénité de l'âme avaient donné à ce vieillard une santé presque solennelle. C'était un athlète de Dieu. Je me demandais combien d'hectares il allait encore couvrir d'arbres.
Avant de partir, mon ami fit simplement une brève suggestion à propos de certaines essences auxquelles le terrain d'ici paraissait devoir convenir. Il n'insista pas. « Pour la bonne raison, me dit-il après, que ce bonhomme en sait plus que moi. » Au bout d'une heure de marche - l'idée ayant fait son chemin en lui - il ajouta : « Il en sait beaucoup plus que tout le monde. Il a trouvé un fameux moyen d'être heureux ! »
C'est grâce à ce capitaine que, non seulement la forêt, mais le bonheur de cet homme furent protégés. Il fit nommer trois gardes-forestiers pour cette protection et il les terrorisa de telle façon qu'ils restèrent insensibles à tous les pots-de-vin que les bûcherons pouvaient proposer.
L'œuvre ne courut un risque grave que pendant la guerre de 1939. Les automobiles marchant alors au gazogène, on n'avait jamais assez de bois. On commença à faire des coupes dans les chênes de 1910, mais ces quartiers sont si loin de tous réseaux routiers que l'entreprise se révéla très mauvaise au point de vue financier. On l'abandonna. Le berger n'avait rien vu. Il était à trente kilomètres de là, continuant paisiblement sa besogne, ignorant la guerre de 39 comme il avait ignoré la guerre de 14.
J'ai vu Elzéard Bouffier pour la dernière fois en juin 1945. Il avait alors quatre-vingt-sept ans. J'avais donc repris la route du désert, mais maintenant, malgré le délabrement dans lequel la guerre avait laissé le pays, il y avait un car qui faisait le service entre la vallée de la Durance et la montagne. Je mis sur le compte de ce moyen de transport relativement rapide le fait que je ne reconnaissais plus les lieux de mes dernières promenades. Il me semblait aussi que l'itinéraire me faisait passer par des endroits nouveaux. J'eus besoin d'un nom de village pour conclure que j'étais bien cependant dans cette région jadis en ruine et désolée. Le car me débarqua à Vergons.
En 1913, ce hameau de dix à douze maisons avait trois habitants. Ils étaient sauvages, se détestaient, vivaient de chasse au piège : à peu près dans l'état physique et moral des hommes de la préhistoire. Les orties dévoraient autour d'eux les maisons abandonnées. Leur condition était sans espoir. Il ne s'agissait pour eux que d'attendre la mort : situation qui ne prédispose guère aux vertus.
Tout était changé. L'air lui-même. Au lieu des bourrasques sèches et brutales qui m'accueillaient jadis, soufflait une brise souple chargée d'odeurs. Un bruit semblable à celui de l'eau venait des hauteurs : c'était celui du vent dans les forêts. Enfin, chose plus étonnante, j'entendis le vrai bruit de l'eau coulant dans un bassin. Je vis qu'on avait fait une fontaine, qu'elle était abondante et, ce qui me toucha le plus, on avait planté près d'elle un tilleul qui pouvait déjà avoir dans les quatre ans, déjà gras, symbole incontestable d'une résurrection.
Par ailleurs, Vergons portait les traces d'un travail pour l'entreprise duquel l'espoir était nécessaire. L'espoir était donc revenu. On avait déblayé les ruines, abattu les pans de murs délabrés et reconstruit cinq maisons. Le hameau comptait désormais vingt-huit habitants dont quatre jeunes ménages. Les maisons neuves, crépies de frais, étaient entourées de jardins potagers où poussaient, mélangés mais alignés, les légumes et les fleurs, les choux et les rosiers, les poireaux et les gueules-de-loup, les céleris et les anémones. C'était désormais un endroit où l'on avait envie d'habiter.
A partir de là, je fis mon chemin à pied. La guerre dont nous sortions à peine n'avait pas permis l'épanouissement complet de la vie, mais Lazare était hors du tombeau. Sur les flancs abaissés de la montagne, je voyais de petits champs d'orge et de seigle en herbe; au fond des étroites vallées, quelques prairies verdissaient.
Il n'a fallu que les huit ans qui nous séparent de cette époque pour que tout le pays resplendisse de santé et d'aisance. Sur l'emplacement des ruines que j'avais vues en 1913, s'élèvent maintenant des fermes propres, bien crépies, qui dénotent une vie heureuse et confortable. Les vieilles sources, alimentées par les pluies et les neiges que retiennent les forêts, se sont remises à couler. On en a canalisé les eaux. A côté de chaque ferme, dans des bosquets d'érables, les bassins des fontaines débordent sur des tapis de menthes fraîches. Les villages se sont reconstruits peu à peu. Une population venue des plaines où la terre se vend cher s'est fixée dans le pays, y apportant de la jeunesse, du mouvement, de l'esprit d'aventure. On rencontre dans les chemins des hommes et des femmes bien nourris, des garçons et des filles qui savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes. Si on compte l'ancienne population, méconnaissable depuis qu'elle vit avec douceur et les nouveaux venus, plus de dix mille personnes doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier.
Quand je réfléchis qu'un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu'il a fallu de constance dans la grandeur d'âme et d'acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d'un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu.
Elzéard Bouffier est mort paisiblement en 1947 à l'hospice de Banon.
15:24 Écrit par Marc dans Giono, Jean | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : litterature francaise, contes, jean giono, fables, ecologie |
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jeudi, 17 juillet 2008
Aux Etats-Unis d'Afrique - Abdourahman A. Waberi - 2006

Et si le monde était radicalement différent de celui que l’on connaît. Imaginons un monde dans lequel l’Afrique serait le continent le plus prospère au monde avec ses immenses cités, ses centres d’affaires, sa monnaie qui fait la loi sur toutes les places financières, sa politique qui fait référence pour le restant du monde. Une Afrique qui regorgerait de savants et d’artistes réputés, d’industries innovantes et à la pointe de la technologie. Bref, imaginons un monde où l’Afrique serait un véritable eldorado, et occuperait finalement la place qu’occupe l’Occident dans le monde réel. Et cette Afrique serait également indifférente au sort des millions de réfugiés caucasiens prêts à risquer leur vie pour avoir une infime part du gâteau.
Le chemin vers cette terre promise africaine, Maya l'a déjà emprunté, il y a bien longtemps. Elle a été arrachée à la misère et à la faim par un homme providentiel, Docteur Papa, alors en mission humanitaire en Normandie. Il l'adopte et l'emmène à Asmara, en Erythrée.Mais à présent Maya doit partir, retrouver l'Europe et ses maux, se rapprocher des siens. Elle entame un long et douloureux périple vers les terres sombres et misérables qui l'ont vu naître.
Aux Etats-Unis d’Afrique de l’écrivain djiboutien Abdourahman A. Waberi tente d’inverser complètement l’état politique et économique du monde dans le but évident de mieux faire comprendre aux gens des pays riches la misère que vivent ceux vivant en Afrique. Le message de cette fable utopique est clair : et si vous étiez à notre place ! Abdourahman A. Waberi se garde bien de faire de l’Afrique un paradis, économique certes, mais victime des mêmes maux que l’Occident du réel. Il ne s’agît guère d’une dénonciation ou d’un appel à la révolution, mais d’un constat, inversé dans le but de marquer les esprits. Et il faut dire que l’effet voulu porte ses fruits : impossible de ne pas être scandalisé par ce qui se passe dans le monde décrit par Abdourahman A. Waberi et il n’est pas toujours évident de se rendre que c’est exactement ce qui se passe dans le monde réel.
Le roman laisse le lecteur étonné, étourdi et bouleversé. L’idée de l’inversion a déjà été utilisée quelque fois en littérature ou au cinéma dans le but de dénoncer une situation inacceptable. Mais souvent, et comme c’est d’ailleurs le cas ici, cette idée qui peut être attrayante dès les premières pages ne réussit cependant pas à maintenir l’attention du lecteur dès que celui-ci a capté le message. Et il devient donc difficile d’en venir à bout. De plus le style de narration, souvent confus et fort distancié, n’aide guère à la lecture du roman. La prose utilisée par Abdourahman A. Waberi est cependant magnifique et pleine de poésie.
Aux Etats-Unis d’Afrique est donc un roman très intéressant qui, hélas, ne réussit pas à captiver le lecteur jusqu’au bout.
19:52 Écrit par Marc dans Waberi, Abdourahman A. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique, contes, europe, fables, essais politiques, utopies, abdourahman a waberi, litterature djiboutienne |
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jeudi, 26 avril 2007
Les aventures de Pinocchio. Histoire d'un pantin (Le avventure di Pinocchio. Storia di un burattino) - Carlo Collodi - 1883

« Il était une fois...- Un roi ! s'écriront aussitôt mes petits lecteurs. Non, les enfants, vous vous trompez. Il était une fois un morceau de bois »
... ainsi commence l'histoire.
Geppetto, un pauvre menuisier italien, fabrique à partir d'un morceau de bois qui pleure, rit et parle comme un enfant une marionnette qu'il nomme Pinocchio. Le pantin prend vit au plus grand plaisir de son créateur mais hélas il s'avère être un véritable fripon. Sa désobéissance va lui causer tout pleins de problèmes, ses aventures vont se succéder, que ce soit dans le champ des Miracles, ses mauvaises rencontres avec Mangefeu, le Chat et le Renard qui le pendent, son séjour dans le ventre du requin ou sa transformation en âne, avant qu'il devienne enfin un petit garçon sage fait de chair et d'os.
Pinocchio est devenu à travers les temps l'un des personnages les plus célèbres de la littérature enfantine. Le conte de fée du même nom va très vite devenir le chef-d’œuvre universel la littérature pour enfants. La célébrité va être telle que de ce conte sont nés des lieux communs universels qui sont passés dans le langage courant et que l’on dit aux enfants comme par exemple : « ton nez va s’allonger si tu mens » ou « tes oreilles vont pousser comme des oreilles d’âne si tu travailles mal à l’école ».
C'est en 1881 que naît ce personnage sous la plume de Carlo Collodi, un journaliste polémiste et écrivain pédagogue italien. Carlo Collodi traduit en 1875 Les Contes de Perrault pour un éditeur florentin. C'est à partir de là qu'il va se lancer dans l'écriture d'histoires à but éducatif. En 1881 Collodi va confier un feuilleton intitulé Histoire d'une marionnete au journal Giornale per i Bambini, qui sera la première version des Aventures de Pinocchio et qui s'arrêtaient au chapitre 15, c'est-à-dire au moment où Pinocchio est pendu à un arbre par des brigands. Mais sous la poussée populaire Collodi étendra son roman pour en faire le chef-d’œuvre que l'on connaît de nos jours et qui sera finalement publié en 1883.
A travers cette oeuvre Collodi tente d'apprendre les bonnes vertus à ses petits lecteurs, en effet à chaque fois que Pinocchio fait une bêtise il s'en retrouve puni, et souvent son acte a également des conséquences sur ses proches. Les valeurs mises en avant sont la famille, l'école, le travail et l'amour (à noter qu'aucune mention est faite à la religion par cet auteur fortement laïque). Il s'agît en effet d'un roman initiatique exemplaire (le pantin qui doit apprendre à vivre pour devenir un vrai petit garçon) Malgré cela, le roman n'apparaît pas du tout moraliste, car finalement il se veut avant tout divertissant et est doté d'une rare beauté poétique. Le lecteur suit les aventures du pantin avec beaucoup de joie et de bonne humeur à travers ses nombreuses aventures qui feront son initiation.
Il est à noter que Les aventures de Pinocchio est le second livre le plus vendu en Italie (derrière La Divine comédie de Dante Alighieri) et a fortement aidé la langue toscane à devenir la langue italienne de référence (vu qu'à l'époque malgré tous les dialectes d'usage en Italie, ce livre écrit en toscan a été lu par des enfants de tout le pays).
Les Aventures de Pinocchio auraient été traduites dans plus de 400 langues. Les adaptions au petit ou grand écran, que ce soit sous forme de film ou de dessin animé, sont très nombreuses au point que le personnage animé est devenu au fil des ans plus célèbre que l’œuvre littéraire dont il s'inspire.
Les Aventures de Pinocchio est finalement le conte de fée par excellence, immortel et universel qui fait rêver encore de nos jours petits et grands.
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Extrait: les deux premiers chapitres
Chapitre 1
Comment Maître Cerise, le menuisier, trouva un morceau de bois qui pleurait et riait comme un enfant.
Il était une fois…
- Un roi ! - vont dire mes petits lecteurs.
Eh bien non, les enfants, vous vous trompez. Il était une fois… un morceau de bois.
Ce n’était pas du bois précieux, mais une simple bûche, de celles qu’en hiver on jette dans les poêles et dans les cheminées.
Je ne pourrais pas expliquer comment, mais le fait est qu’un beau jour ce bout de bois se retrouva dans l’atelier d’un vieux menuisier, lequel avait pour nom Antonio bien que tout le monde l’appelât Maître Cerise à cause de la pointe de son nez qui était toujours brillante et rouge foncé, comme une cerise mûre.
Apercevant ce morceau de bois, Maître Cerise devint tout joyeux et, se frottant les mains, marmonna :
- Ce rondin est arrivé à point : je vais m’en servir pour fabriquer un pied de table.
Sitôt dit, sitôt fait : pour enlever l’écorce et le dégrossir, il empoigna sa hache bien aiguisée. Mais comme il allait donner le premier coup, son bras resta suspendu en l’air car il venait d’entendre une toute petite voix qui le suppliait :
- Ne frappe pas si fort !
Imaginez la tête de ce brave Maître Cerise !
Ses yeux égarés firent le tour de la pièce pour comprendre d’où pouvait bien venir cette voix fluette, mais il ne vit personne.
Il regarda sous l’établi : personne ! Il ouvrit une armoire habituellement fermée mais, là non plus, il n’y avait personne. Il inspecta la corbeille remplie de copeaux et de sciure : rien ! Il poussa même la porte de son atelier et jeta un coup d’œil sur la route. Pas âme qui vive ! Mais alors ?
- J’ai compris - dit-il en riant et en grattant sa perruque - cette voix, je l’ai imaginée. Remettons-nous au travail.
Empoignant de nouveau sa hache, il en asséna un formidable coup au morceau de bois.
- Aïe ! Tu m’as fait mal ! - se lamenta la même petite voix.
Cette fois, Maître Cerise en fut baba. Il resta bouche bée, la langue pendante, les yeux exorbités, comme la figurine de pierre d’une fontaine.
Mais d’où peut bien sortir cette voix qui fait « aïe » ? Pourtant il n’y a personne ici. Ou alors ce morceau de bois aurait appris à pleurer et à se lamenter comme un enfant ? C’est impossible. Le bout de bois que voici, c’est du bois à brûler, une bûche comme une autre, juste bonne à mettre dans le feu pour faire cuire une casserole de haricots. A moins que quelqu’un ne soit caché làdedans ? S’il y a quelqu’un, on va bien voir ! Tant pis pour lui.
Il saisit à deux mains le pauvre morceau de bois et se mit à le cogner sans pitié contre les murs de la pièce.
Puis il tendit l’oreille pour entendre les lamentations de la petite voix. Il attendit deux minutes, mais rien ne se manifesta. Il attendit cinq minutes, dix minutes : toujours rien !
- J’ai compris - dit-il en s’efforçant de rire et en se grattant la perruque - voilà la preuve que cette voix qui fait « aïe » sort tout droit de mon imagination ! Remettons-nous au travail.
Et parce qu’il avait eu très peur, il s’essaya à chantonner pour se donner un peu de courage.
Posant sa hache, il prit le rabot pour rendre bien lisse et propre le bois mais, alors qu’il rabotait, il entendit un petit rire :
- Arrête ! Tu me fais des chatouilles sur tout le corps !
Cette fois, le malheureux Maître Cerise s’effondra, comme foudroyé. Quand il rouvrit les yeux, il était assis à même le sol.
Son visage était décomposé. Une terrible peur avait changé jusqu’à la couleur de son nez qui, de rouge, avait viré au bleu foncé.
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Chapitre 2
Maître Cerise offre le morceau de bois à son ami Geppetto qui le prend pour se fabriquer une marionnette extraordinaire capable de danser, de tirer l’épée et de faire des sauts périlleux.
C’est alors qu’on frappa à la porte.
- Entrez - dit le menuisier, sans avoir la force de se relever.
Un petit vieux tout guilleret entra dans l’atelier. Il avait pour nom Geppetto mais les enfants du voisinage, quand ils voulaient le mettre hors de lui, l’appelaient Polenta au motif que sa perruque jaune ressemblait fort à une galette de farine de maïs.
Geppetto était très susceptible. Gare à qui lui donnait de la Polenta ! Il devenait une vraie bête et il n’y avait plus moyen de le tenir.
- Bonjour, Maître Antonio - dit Geppetto - Qu’est-ce que vous faites assis par terre ?
- J’apprends le calcul aux fourmis.
- Grand bien vous fasse !
- Qu’est-ce qui vous amène chez moi, compère Geppetto ?
- Mes jambes ! Maître Antonio, je suis venu vous demander une faveur.
- Me voici, prêt à vous rendre service - répondit le menuisier en se relevant.
- Ce matin, il m’est venu une idée.
- Voyons cela.
- J’ai pensé que je pourrais faire une belle marionnette en bois, mais une marionnette extraordinaire capable de danser, de tirer l’épée et de faire des sauts périlleux. Avec elle, je pourrai parcourir le monde en dénichant ici ou là un quignon de pain et un verre de vin. Qu’en dites-vous ?
- Bravo Polenta ! cria la petite voix, celle qui sortait on ne sait d’où.
A s’entendre appelé ainsi, Geppetto devint rouge comme une pivoine et, fou de rage, se tourna vers le menuisier :
- Pourquoi m’offensez-vous ?
- Qui donc vous a offensé ?
- Vous m’avez appelé Polenta !…
- Mais ce n’est pas moi.
- Ben voyons ! Ce serait moi, par hasard ! Moi, je dis que c’est vous.
- Non !
- Si !
- Non !
- Si !
S’échauffant de plus en plus, ils passèrent des paroles aux actes. Ils s’agrippèrent, se chiffonnèrent, se griffèrent et se mordirent.
Le combat fini, Maître Antonio avait dans les mains la moumoute de Geppetto et Geppetto se rendit compte qu’il avait entre ses dents la perruque grise du menuisier.
- Donne-moi ma perruque ! - cria Maître Antonio
- Et toi, rends-moi la mienne et faisons la paix.
Chacun ayant repris sa perruque, les deux petits vieux se serrèrent la main et jurèrent de rester bons amis pour la vie entière.
- Donc, compère Geppetto - dit le menuisier pour sceller la paix retrouvée - que puis-je faire pour vous être agréable ?
- Il me faudrait du bois pour fabriquer ma marionnette.
Tout content, le menuisier fila prendre sur l’établi le bout de bois qui lui avait fait si peur. Mais comme il s’apprêtait à le remettre à son ami, le bout de bois se dégagea d’une violente secousse, lui échappa des mains et alla frapper durement les tibias du pauvre Geppetto.
- Eh bien, Maître Antonio, voilà une jolie manière de faire des cadeaux ! Vous m’avez quasiment estropié !
- Mais je vous jure que ce n’est pas moi !
- Alors, c’est moi !
- C’est la faute de ce bout de bois
- Je vois bien que c’est du bois, mais c’est vous qui me l’avez envoyé dans les jambes !
- Moi, je n’ai rien envoyé !
- Menteur !
- Geppetto, ne m’offensez pas, sinon je vous appelle Polenta !
- Espèce d’âne !
- Polenta !
- Imbécile !
- Polenta !
- Macaque !
- Polenta !
Trois fois Polenta, c’était une de trop. Geppetto se jeta sur le menuisier et ils s’étripèrent de nouveau.
La bataille terminée, Maître Antonio se retrouva avec deux griffures de plus sur le nez, l’autre avec deux boutons de moins à sa vareuse. Leurs comptes réglés, ils se serrèrent la main et jurèrent de rester bons amis la vie entière.
Sur ce, Geppetto prit le fameux morceau de bois et, après avoir remercié le menuisier, rentra chez lui en boitillant.
trad. de Claude Sartirano
16:41 Écrit par Marc dans Collodi, Carlo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : carlo collodi, litterature italienne, contes, fables, romans picaresques, romans initiatiques, romans jeunesse |
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jeudi, 25 janvier 2007
Le Vicomte pourfendu (Il visconte dimezzato) – Italo Calvino - 1952
Au cours d’une bataille contre les Turcs, le jeune vicomte Médard de Terralba est scindé en deux par un boulet de canons. Des médecins opiniâtres arrivent cependant à sauver le vicomte, du moins une moitié, et le renvoient dans ses terres. Malheureusement les médecins ont sauvé la mauvaise moitié du vicomte, son côté noir et méchant qui d’ailleurs ne tardera pas à sévir. La population est terrorisée et a de plus en plus peur. Le vicomte cherche à faire souffrir, autant qu’il souffre lui-même dans sa chair. Et cela jusqu’au jour où l’on voit apparaître l’autre moitié du vicomte, elle aussi sauvée par des médecins. Cette autre moitié même si elle est d’une immense bonté et d’une générosité sans égale ne fera pas non plus l’unanimité auprès de la population. Un trop de bonté serait-il tout aussi insupportable qu’un trop de cruauté ?
Le Vicomte pourfendu d’Italo Calvino, écrit de juin à septembre 1951 et paru en 1952, est un conte burlesque et dérangeant aux allures voltairiennes sur la dualité de l’homme. Le récit, qui est décrit par les yeux d’un enfant, est plein d’imagination et d‘humour et toujours plein de poésie. On vit ce récit à la fois merveilleux et irréel entre rêve et cauchemar. Ce récit ressemble plus à une farce, mais toujours dotée d’une méditation qui en fait une véritable fable philosophique présentant finalement une allégorie de l’homme contemporain et une réflexion sur le bien et le mal qu’il faut tous deux avoir expérimentés pour connaître le sens profond de la vie.
Le Vicomte pourfendu est un excellent conte philosophique d’Italo Calvino.
Le Vicomte pourfendu est le premier volume d'une trilogie dite « trilogie héraldique » (Trilogia araldica) dont les volumes suivants seront Le Baron perché (Il barone rampante, 1957) et Le Cavalier inexistant (Il cavaliere inesistente, 1959).
22:01 Écrit par Marc dans Calvino, Italo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fables, litterature italienne, italo calvino, romans philosophiques, contes, la trilogie heraldique |
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jeudi, 01 décembre 2005
INDEX - Contes/Fables
Adamek, André-Marcel
- L'oiseau des morts - André-Marcel Adamek (1997), présentation
Agrati, Jean-Marc
- Ils m'ont mis une nouvelle bouche (2006), présentation et extrait
Akutagawa, Ryûnosuke
- Rashômon et autres contes (1915-1922), présentation
Anonyme
- Des étonnantes aventures de Renart et de son compère Ysengrin (2010), présentation et extraits
Bach, Richard
- Jonathan Livingston le goéland (Jonathan Livingston Seagull, 1970), présentation
Baricco, Alessandro
- Novecento pianiste (Novecento, 1994), présentation
- Novecento pianiste (Novecento, 1994), extrait
- Soie (Seta, 1996), présentation
- Sans sang (Senza Sangue, 2002), présentation
Ben Jelloun, Tahar
- L'enfant de sable (1985), présentation et extrait
Blanck, Jean-Sébastien
- Les Maîtres Parleurs (2009), présentation
Blixen, Karen
- L'éternelle histoire (Den udødelige historie, 1958), présentation
Bradi, Lorenzi de
- L'âme damnée et autres récits fantastiques (Veillées corses, 1929), présentation
Bürger, Gottfried August
- Lénore (1774), présentation
- Le Baron de Münchhausen (1786), présentation
Calvino, Italo
- Le Vicomte pourfendu (Il visconte dimezzato, 1952), présentation
Collectif
- Ma'rûf le savetier, un conte des Mille et Une Nuits (1996), présentation
Collodi, Carlo
- Les aventures de Pinocchio. Histoire d'un pantin (Le avventure di Pinocchio. Storia di un burattino, 1883), présentation et extraits
Coudray, Jean-Luc
- Dialogues avec Satan (2008), présentation et extrait
Denon, Vivant
- Point de lendemain (1777-1812), présentation et textes intégraux
Dib, Mohammed
- Cours sur la rive sauvage (1964), présentation
Dickens, Charles
- Un Chant de Noël (A Christmas Carol, 1843), présentation et extrait
Ekman, Kerstin
- Les brigands de la forêt de Skule (Rövarna i Skuleskogen, 1988), présentation
Ende, Michael
- L'histoire sans fin (Die unendliche Geschichte, 1979), présentation
Fermine, Maxence
- Neige (1999), présentation et extrait
- Le Violon noir (2000), présentation
Gaarder, Jostein
- La Belle aux oranges (Appelsinpiken, 2003), présentation
Gaiman, Neil
- Neverwhere (1996), présentation
Gaudé, Laurent
- La mort du roi Tsongor (2002), présentation
- Le soleil des Scorta (2004), présentation et extrait
Giono, Jean
- L’homme qui plantait des arbres (2009), présentation et texte intégral
Hampâté Bâ, Amadou
- Petit Bodiel et autres contes de la savane (1977), présentation et extrait
Hauff, Wilhelm
- La Caravane: contes orientaux (Die Karawane, 1826-1828), présentation
Hemingway, Ernest
- Le vieil homme et la mer (The Old Man and the Sea, 1952), présentation et extrait
Machado, Michèle
- La paix des papillons (2007), présentation et extrait
McKillip, Patricia A.
- Les fantômes d'Ombria (Ombria in Shadow, 2002), présentation
Orsenna, Erik
- La grammaire est une chanson douce (2001), présentation et extrait
Oz, Amos
- Soudain dans la forêt profonde (2005), présentation
Pamuk, Orhan
- Le château blanc (Beyaz Kale, 1985), présentation
Pouchkine, Alexandre
- La dame de pique (Pikovaya dama, 1833), présentation et texte intégral
Rodange, Michel
- De Renert oder de Fuuss am Frack an a Maansgréisst (1872), présentation
Voltaire
- Zadig ou la Destinée (1747), présentation et extrait
- Micromégas (1752), présentation et texte intégral
Waberi, Abdourahman A.
- Aux Etats-Unis d’Arfrique (2006), présentation
19:24 Écrit par Marc dans INDEX | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, fables |
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mercredi, 23 novembre 2005
De Renert (oder de Fuuss am Frack an a Maansgréisst) - Michel Rodange - 1872
De Renert (oder de Fuuss am Frack an a Maansgréisst) est une fable de l'écrivain luxembourgeois Michel Rodange.
Publié pour la première fois en 1872, il s'agit en fait d'une adaptation en luxembourgeois du Reinecke Fuchs de Goethe. Michel Rodange en a fait une oeuvre en 14 chants et 6052 vers, en hommage aux contrées et paysages luxembourgeois, mais il s'agit également d'une oeuvre satirique sur la société luxembourgeoise datant de l'époque du jeune état national et de la révolution industrielle.
Etant donné, qu'à la fois la bourgeoisie en place et l'Eglise se sont sentis à juste titre attaqués, cette oeuvre poétique est restée longtemps méconnue, et même censurée. De nos jours, le Renard (Renert oder de Fuuss am Frack an a Maansgréisst) compte comme la plus grande oeuvre littéraire en luxembourgeois du 19ième siècle.
Présentation en luxembourgeois:
De Renert oder de Fuuss am Frack an a Maansgréisst ass eng Fabel vum Lëtzebuerger Schrëftsteller Michel Rodange.
Si koum 1872 fir d'éischt eraus an ass eng Adaptatioun vum Goethe sengem Reineke Fuchs op Lëtzebuergesch. De Rodange huet aus deer Matière e Lidd vun ingesamt 14 Gesäng a 6052 Verse gemaach, en Hommage un d'Lëtzebuerger Landschaften a Géigenden, mee gläichzäiteg och e Spottgedicht op d'Lëtzebuerger Gesellschaft vun der Zäit vum jonken Nationalstat an der industrieller Revolutioun.
Well vill Bierger an och d'Kierch sech gertrëppelt gefillt hunn, blouf d'Gedicht laang verkannt a gouf esouguer zenséiert. Haut awer gëtt de Renert als dat gréisste Stéck Literatur a Lëtzebuerger Sprooch vum 19. Joerhonnert ugesinn.
Voir également:
- Michel Rodange - biographie
17:58 Écrit par Marc dans Rodange, Michel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, fables, michel rodange, litterature luxembourgeoise, poesie |
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mardi, 04 octobre 2005
La mort vue par Maurice Maeterlinck

Maurice Maeterlinck, Les débris de la guerre, 1916
Le message de Maurice Maeterlinck dans ses oeuvres est clair: Il n'y a pas de mort. Dans l'Oiseau Bleu, Maurice Maeterlinck l'annonce dans le Septième Tableau qui se déroule au cimetière:
Mytyl: Où sont-ils les morts?...
Tyltyl: Il n'y a pas de morts...
La mort et la menace des morts est un complet malentendu.
Cette croyance, défendue par Maeterlinck se rattache aux conceptions fondamentales de la philosophie romantique de la Nature. La continuité qui règne entre les êtres qui constituent l'univers vivant implique que la mort ne soit que le transfert de l'être à l'intérieur de l'âme du monde.
La mort transfère l'esprit en quelque autre lieu dans la grande association, le réveille quelque part ailleurs.
Novalis
Dans "Devant Dieu", Maeterlinck déclare que la mort ne serait qu'une "invention de l'Homme". Vie et mort ne sont que des étapes dans la vie continue de l'âme du monde.
Voir également:
17:22 Écrit par Marc dans Maeterlinck, Maurice | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : contes, fables, maurice maeterlinck, litteratue belge, prix nobel de litterature, theatre, surrealisme |
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dimanche, 02 octobre 2005
L'Oiseau Bleu - Maurice Materlinck - 1909
Les fictions de Maurice Maeterlinck (Prix Nobel 1911), écrivain symboliste belge du début du XXe siècle, aiment jouer avec les mondes parallèles, ceux que sa poésie invente et auxquels son théâtre donne vie pour mieux montrer l’invisible. C’est cette expérience que vont faire Tyltyl et Mytyl, enfants d'un pauvre bûcheron. Une nuit, ces deux enfants observent depuis la fenêtre de leur chambre, les yeux brillants d’envie, les nourritures que mangent les riches, et qu’ils ne goûteront jamais. Apparaît alors la Fée Bérylune et leur offre un Diamant, qui, quand on le tourne, fait apparaître et disparaître des mondes invisibles... En échange, elle les charge de trouver l’Oiseau Bleu qui seul peut guérir sa fille malade. Cette pièce féerique raconte l'odyssée de deux jeunes âmes qui aprennent, grâce aux lieux symboliques qu'ils fréquentnent, à voir l'essence de toutes choses cachée derrière les apparences.
Un must à découvrir ou à redécouvrir pour enfants et aussi pour adultes.
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Voir également:
- Pelléas et Mélisande - Maurice Maeterlinck (1892), présentation
- Pelléas et Mélisande -La symbolique des noms dans Pelléas et Mélisande, sujet
- L'Oiseau Bleu - La mort vue par Maurice Maeterlinck, sujet
18:23 Écrit par Marc dans Maeterlinck, Maurice | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maurice maeterlinck, contes, fables, prix nobel de litterature, litterature belge, surrealisme, theatre |
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