dimanche, 20 juin 2010
La Sale Guerre : Le témoignage d'un ancien officier des forces spéciales de l'armée algérienne - Habib Souaïdia - 2001

"J'ai vu des collègues brûler vif un enfant de quinze ans. J'ai vu des soldats se déguiser en terroristes et massacrer des civils. J'ai vu des colonels assassiner, de sang-froid, de simples suspects. J'ai vu des officiers torturer, à mort, des islamistes. J'ai vu trop de choses. Autant d'atteintes à la dignité humaine que je ne saurais taire. Ce sont là des raisons suffisantes, j'en suis convaincu, pour briser le mur du silence."
Habib Souaïdia était un officier dans l'armée algérienne. Il a été entraîné dans ce qu'on appellera "la sale guerre", celle qui déchirera son pays depuis 1992, avec l'arrêt du processus électoral face à la victoire annoncée des islamistes du FIS et qui plongera le pays dans la terreur pendant de nombreuses années entre la barbarie de ces islamistes, mais aussi et peut-être surtout les dérives de l'armée algérienne. Souaïdia va ensuite se réfugier en France et va enfin témoigner sur les horreurs qu'il a vécu. "La Sale Guerre" sortira en 2001 et fera l'effet d'une bombe.
Dans ce livre Habib Souaïdia se présente comme un militaire de coeur, qui poussé par un profond esprit patriotique, va s'engager à l'âge de size ans, en 1985, à l'Ecole des cadets de Koléa, dans la plaine de Mitidja. Un an plus tard, l’école est fermée, et il retourne chez lui, à Tébessa, où il passe son bac. En septembre 1989, il s’engage pour vingt-cinq ans dans l’Armée nationale populaire (ANP) et entre dans le saint des saints : l’Académie interarmes de Cherchell, où est formée l’élite militaire algérienne. Souaïdia va y rester trois ans, afin d'apprendre le métier, que ce soit la conduite de chars ou le maniement des fusils d'assaut Kalachnikov ou missiles sol-sol, les arts martiaux, le génie de combat et bien d'autres.
C'est une époque où l'armée est en grande puissance. Mais le malaise gagne peu à peu le pays, sous la forme d'une opposition religieuse. En effet, dehors, le Front islamique du salut (FIS), créé en mars 1989, conquiert la rue et les esprits. Après le triomphe des municipales de mai 1990, ses militants commencent, là où ils sont en force, à imposer la loi de la chorta islamiya - la police islamique -, notamment aux femmes. Habib, qui ne s’intéresse aucunement à la politique, s’accroche au mythe : ” l’armée était là pour protéger le peuple et la nation, pas pour rétablir l’ordre ou intervenir dans les problèmes intérieurs “. Mais quand éclate la grève insurrectionnelle de mai 1991 au cours de laquelle le FIS réclame la dawla islamiya, la république islamique, il n’en est plus si sûr. Un conflit s'annonçait, d'ailleurs des armes commençaient à circuler aux abords des mosquées.
A la fin de ses trois années de formation, Habib Souaïdia entre en volontaire dans les "forces spéciales". Et la guerre civile commence, l'armée se voyant de plus en plus menacée dans sa position de pouvoir par les islamistes.
Au début, enthousiaste pour ce combat qu'il croit juste, Souaïdia va très vite déchanter. L'armée va tout faire pour sauver sa place au pouvoir au dépit de l'ordre et de la sécurité. Les massacres vont s'enchaîner, se multiplier. Et s'ils ne trouvent plus rien à reprocher aux islamistes, ils vont attribuer leurs propres massacres à ces islamistes. L'Algérie va connaître ses pires heures...
Des années plus tard, après avoir été emprisonné en 1995 et 1999 pour avoir osé dénoncer les exécutions sommaires et questionner la torture, Habib Souaïdia va fournir ce témoignage exceptionnel, question de "ne pas se sentir complice de crimes contre les humanité" dit-il. Et le choc est énorme. Il était difficile d'y comprendre quelque chose lors de cette guerre, ici on la vit de l'intérieur, dans toute son horreur. Sans remettre en question le moins du monde la violence islamiste, Habib Souaïdia dénonce la stratégie du pouvoir militaire – "il faut terroriser les terroristes", qui a conduit à "la mort inutile de dizaines de milliers de civils, que rien ne justifiait". La stratégie d'un pouvoir qui n'a jamais cherché à analyser et à comprendre la situation du peuple algérien, ses motivations sociales et économiques aussi bien que religieuse.
Mais pour lui le combat n'est pas fini, on ne trahit pas l'armée impunément,Habib Souaïdia sera condamné à mort par contumace par un procès militaire algérien. Depuis lors il vit réfugié en France en attente d'un hypothétique réhabilitation.
"La sale guerre" de Habib Souaïdia est un document choc, incontournable sur son sujet, qui permet de mieux comprendre cette guerre obscur qui, pendant des années, a terrorisé tout un pays en massacrant des dizaines de milliers de civils.
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Présente édition : Editions Folio Gallimard, 29 août 2001, 340 pages
16:05 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Souaïdia, Habib | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : essais, guerre d algerie, la sale guerre, essais politiques, habib souaidia, recits autobiographiques, essais historiques, litterature algerienne, temoignages |
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mercredi, 07 octobre 2009
Moi, Osmane, pirate somalien - Laurent Mérer - 2009

La piraterie dans le golfe d’Aden au large de la Somalie n’a jamais été aussi virulente qu’en cette année 2009. Des bandes armées quittent les côtes somaliennes sur de petites embarcations pour prendre le contrôle de navires marchands dans le but de se négocier de belles rançons. Les autorités somaliennes sont impuissantes, les autres tentent de s’organiser afin de reprendre le contrôle de cette vaste mer, lieu de passage stratégique au commerce international. Mais leur efforts semblent vains.
Le jeune Osmane est Somalien… et pirate. Il échappe miraculeusement aux commandos de la Marine qui pourchassent un groupe de pirates en fuite dans le désert après échange d’une rançon. Son secours lui perrmet de revenir sur son histoire, son passé si tragique et pourtant si conventionnel qu’ont vécu et vivent toujours de nombreux Somaliens. Et c’est ce destin tragique qui va mener Osmane de Mogadiscio, la capitale en ruines suite à de multiples guerres, au village de Garaacad, où il va partager la rude vie des hommes de la côte, des hommes qui à l’origine vivaient de la pêche et qui aujourd’hui se voient presque obligés de recourir à la piraterie pour survivre.
Pour tous ceux intéressés par la problématique de la piraterie actuelle le livre Moi, Osmane, pirate somalien, paru en mai 2009 aux éditions Koutoubia, et écrit par l’écrivain français Laurent Mérer, ancien vice-amiral d’escadre de la Marine française, est un incontournable. Le lecteur plonge en plein dans le sujet par deux récits. Un premier qui, sous la forme d’un roman de fiction, nous conte dans un récit certes imaginaire même si très réaliste la vie tragique d’un jeune Somalien qui finira par devenir pirate et un deuxième qui est plus un essai, sur la piraterie actuelle en exposant les problèmes rencontrés et les solutions envisageables. Et le lecteur se rendra vite compte qu’entre l’un et l’autre, les solutions au problème ne sont guère évidentes. Le premier texte frappe par son réalisme et sa terrible intensité donnant un regard humaniste au sujet traité en défendant ainsi le point de vue des Somaliens, le second par son excellente documentation en portant le problème vers un niveau plus universel.
Et Laurent Mérer connaît bien son sujet dans la mesure où il a été actif en tant qu’amiral dans l’océan indien en 2001, au début des affaires de piraterie. Ayant été récompensé de nombreuses fois déjà pour ses écrits, il prouve ici une fois encore dans ce magnifique livre ses nombreuses qualités littéraires.
A la fois un roman poignant et une analyse saisissante, Moi, Osmane, pirate somalien est un livre unique concernant le vaste sujet de la piraterie moderne.
Un livre à découvrir !
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14:44 Écrit par Marc dans Mérer, Laurent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : laurent merer, litterature francaise, piraterie, somalie, romans de societe, essais politiques |
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vendredi, 14 août 2009
TAZ : Zone Autonome Temporaire (TAZ : Temporary Autonomous Zone) - Hakim Bey - 1991

La TAZ (Temporary Autonomous Zone ou Zone Autonome Temporaire) ne se définit pas, elle est "auto-explicite" comme le veut son auteur Hakim Bey. Des "Utopies pirates" du XVIIIe au réseau planétaire du XXIe siècle, la TAZ se manifeste à qui sait la voir, "apparaissant-disparaissant" pour mieux échapper aux Arpenteurs de l’Etat, et est donc en quelque sorte une zone vouée à qu'un seul but, celui de la liberté. Un tel état ne peut être que temporaire, il occupe provisoirement un territoire, dans l’espace, le temps ou l’imaginaire, et se dissout dès lors qu’il est répertorié. La TAZ fuit les TAZs affichées, les espaces "concédés" à la liberté : elle prend d’assaut, et retourne à l’invisible. Elle est une "insurrection" hors le Temps et l’Histoire, une tactique de la disparition. La forme d’organisation promue ici en est son absence même, l’anarchie ontologique comme l’indique le sous-sous-titre et c’est avant tout de libération individuelle qu’il est question, de destruction des symboles, de démantèlement du conditionnement et de la pensée unique.
La TAZ ne peut exister qu'en préservant un certain anonymat ; comme son auteur, Hakim Bey, dont les articles apparaissent et disparaissent ici et là, toujours libres de droits, sous forme de livre ou sur le Net.
L'œuvre se veut avant tout poétique (Poetic Terrorism est son sous-titre). Hakim Bey, de son vraisemblable nom Peter Lamborn Wilson, (Hakim Bey signifie "M. le Juge" en turc"), se voit comme un poète et anarchiste ontologiste qui, en partant des utopies pirates, des cosaques, des enfants sauvages et bien d'autres, recherche à travers la société ces zones de liberté qu'ils qualifient de TAZs, zones que l'on a retrouvé dans le passé dans les cultures minoritaires et qui voient aujourd'hui, à l'ère de l'internet et des réseaux mondiaux, plus encore d'occasions d'apparaître. Mais guère de leçon de morale ici. La TAZ se crée ou ne se crée pas, peu importe. C'est avant tout un état d'esprit, voire une poésie. C'est d'ailleurs ce côté poétique qui enlève quelque peu le sérieux des propos, le but pour Hakim Bey n'étant pas de générer des insurrections mais de montrer des voies, autres que celles que l'on connaît.
L'influence de ce texte a été immense, notamment dans les milieux de la cyber-culture où le terme de TAZ est passé dans le langage courant. L'auteur, dans un souci de liberté, permet de plus que son texte puisse être librement piraté et reproduit (sauf traductions évidemment). D'ailleurs il est aujourd'hui facile de le retrouver un peu partout sur internet.
Cet excellent essai hors normes, souvent étrange, toujours drôle et d'une certaine beauté, est un magnifique pamphlet pour la liberté et contre la pensée unique qui régit nos sociétés.
Un livre unique en son genre.
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Extrait :
Chapitre premier : Utopies pirates
Au XVIIIe siècle, les pirates et les corsaires créèrent un «réseau d'information» à l'échelle du globe: bien que primitif et conçu essentiellement pour le commerce, ce réseau fonctionna toutefois admirablement. Il était constellé d'îles et de caches lointaines où les bateaux pouvaient s'approvisionner en eau et nourriture et échanger leur butin contre des produits de luxe ou de première nécessité. Certaines de ces îles abritaient des «communautés intentionnelles», des micro-sociétés vivant délibérément hors-la-loi et bien déterminées à le rester, ne fût-ce que pour une vie brève, mais joyeuse.
Il y a quelques années, j'ai examiné pas mal de documents secondaires sur la piraterie, dans l'espoir de trouver une étude sur ces enclaves - mais il semble qu'aucun historien ne les ait trouvées dignes d'être étudiées (William Burroughs et l'anarchiste britannique Larry Law en font mention - mais aucune étude systématique n'a jamais été réalisée). J'en revins donc aux sources premières et élaborai ma propre théorie. Cet essai en expose certains aspects. J'appelle ces colonies des «Utopies Pirates».
Récemment Bruce Sterling, un des chefs de file de la littérature Cyberpunk, a publié un roman situé dans un futur proche. Il est fondé sur l'hypothèse que le déclin des systèmes politiques générera une prolifération décentralisée de modes de vie expérimentaux: méga-entreprises aux mains des ouvriers, enclaves indépendantes spécialisées dans le piratage de données, enclaves socio-démocrates vertes, enclaves Zéro-travail, zones anarchistes libérées, etc. L'économie de l'information qui supporte cette diversité est appelée le Réseau; les enclaves sont les Iles en Réseau (et c'est aussi le titre du livre en anglais: Islands in the Net).
Les Assassins du Moyen Âge fondèrent un «État» qui consistait en un réseau de vallées de montagnes isolées et de châteaux séparés par des milliers de kilomètres. Cet État était stratégiquement imprenable, alimenté par les informations de ses agents secrets, en guerre avec tous les gouvernements, et son seul objectif était la connaissance. La technologie moderne et ses satellites espions donnent à ce genre d'autonomie le goût d'un rêve romantique. Finies les îles pirates! Dans l'avenir, cette même technologie - libérée de tout contrôle politique - rendrait possible tout un monde de zones autonomes. Mais pour le moment ce concept reste de la science-fiction - de la spéculation pure.
Nous qui vivons dans le présent, sommes-nous condamnés à ne jamais vivre l'autonomie, à ne jamais être, pour un moment, sur une parcelle de terre qui ait pour seule loi la liberté ? Devons-nous nous contenter de la nostalgie du passé ou du futur? Devrons-nous attendre que le monde entier soit libéré du joug politique, pour qu'un seul d'entre nous puisse revendiquer de connaître la liberté? La logique et le sentiment condamnent une telle supposition. La raison veut qu'on ne puisse se battre pour ce qu'on ignore; et le coeur se révolte face à un univers cruel, au point de faire peser de telles injustices sur notre seule génération.
Dire : «Je ne serai pas libre tant que tous les humains (ou toutes les créatures sensibles) ne seront pas libres» revient à nous terrer dans une espèce de nirvana-stupeur, à abdiquer notre humanité, à nous définir comme des perdants.
Je crois qu'en extrapolant à partir d'histoires d'«îles en réseau», futures et passées, nous pourrions mettre en évidence le fait qu'un certain type d'«enclave libre» est non seulement possible à notre époque, mais qu'il existe déjà. Toutes mes recherches et mes spéculations se sont cristallisées autour du concept de «zone autonome temporaire» (en abrégé TAZ). En dépit de la force synthétisante qu'exerce ce concept sur ma propre pensée, n'y voyez rien de plus qu'un essai (une «tentative»), une suggestion, presque une fantaisie poétique. Malgré l'enthousiasme ranteresque de mon langage, je n'essaie pas de construire un dogme politique. En fait, je me suis délibérément interdit de définir la TAZ - je me contente de tourner autour du sujet en lançant des sondes exploratoires. En fin de compte, la TAZ est quasiment auto-explicite. Si l'expression devenait courante, elle serait comprise sans difficulté... comprise dans l'action.
12:55 Écrit par Marc dans Bey, Hakim | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : taz, zone autonome temporaire, hakim bey, peter lamborn wilson, essais, essais philosophiques, romans philosophiques, essais politiques |
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dimanche, 07 juin 2009
Le Dessous des Cartes, tome 2 : Atlas d'un monde qui change - Jean-Christophe Victor, Virginie Raisson et Frank Tétart - 2009

Le monde ne cesse de changer, que ce soit pour des raisons économiques, politiques et écologiques. Et aujourd'hui, plus que jamais, dans un monde à l'aube d'une mondialisation totale qui voit apparaître de nouveaux rapports de force, des conflits futurs et de nouvelles puissance, ce genre de livre-atlas, Le Dessous des Cartes, Tome 2 : Atlas d'un monde qui change, est plus nécessaire que jamais pour tous ceux qui veulent appréhender ce qui se passe autour d'eux. Basé sur une émission télévisuelle diffusée sur la chaîne franco-allemande ARTE, ce livre en reprend le principe en se basant uniquement sur des cartes, plusieurs centaines de cartes claires, pédagogiques, esthétiques et à différentes échelles, qui à elles seules vont expliquer toutes les problématiques actuelles. Ce tome 2 fait suite à un atlas paru en 2005. Dans l’introduction, Virginie Raisson du LEPAC (Laboratoire d’Études Politiques et Cartographiques) pose les enjeux de ce deuxième volume. Elle insiste sur le fait que si le premier volume était davantage un constat, celui-ci se veut davantage prospectif.
Les cartes sont géographiques, politiques, démographiques et nous font parfaitement comprendre tout sujet de multiples points de vue. Les textes explicatifs sont concis et rigoureux et complètent parfaitement les cartes présentées. Pour bien nous explique ce monde en plein mouvement, l'atlas s'organise autour de trois parties. La première consacrée aux « chocs de la mondialisation » révèle un monde plus grand plus fluide et moins sûr, plus riche et moins égal, plus développé et plus fragile ; la deuxième souligne que « le redéploiement des rapports de force » résulte avant tout d’enjeux énergétiques, de reconfigurations géopolitiques, d’un « faux choc des civilisations » ou de nouvelles stratégies et alliances militaires. La dernière partie, voulue comme un épilogue, offre un questionnement critique sur les frontières de l’Europe, autour de la Turquie, du Kosovo ou de Chypre, et sur l’avenir du projet européen. De nombreuses originalités s'y retrouvent également, tel par exemple une étude géopolitique des micro-états (dont le Lichtenstein ou le Vatican) ou de conflits quelque peu oubliés de nos jours, mais qui malgré tout pèsent de tout leur poids sur le monde actuel (par exemple la problématique du Sahara occidental ou du Somaliland).
Le Dessous des Cartes, Tome 2 : Atlas d'un monde qui change est un livre-atlas essentiel et unique en son genre, qui permettra à tous de facilement appréhender le monde d'aujourd'hui.
Á découvrir !
13:14 Écrit par Marc dans Victor, Jean-Christophe, Raisson, Virginie et Tétart, Frank | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-christophe victor, virginie raisson, frank tetart, arte, le dessous des cartes, essais politiques, atlas, litterature francaise |
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jeudi, 04 décembre 2008
Hollywood, cinéma et idéologie - Régis Dubois - 2008

Le cinéma, comme tout art d'ailleurs, connaît une certaine dépendance par rapport aux idées de son époque et de la société dans laquelle il est produit. En cela le cinéma hollywoodien, vraisemblablement le plus important du moment, ne fait certainement pas défaut. En plus il ne se garde pas de promouvoir un certain mode de vie, mais également une façon de penser. Au début cette forme de propagande était régie par le pouvoir public, le code Hays entre autres, puis par les restrictions d'âge dans la classification des genres et finalement par les objectifs commerciaux qui jouent le rôle d'une véritable censure. A noter aussi la cérémonie des Oscars, qui, en nous prêchant quels films valent la peine d'être vus, ne récompense qu'un cinéma des plus consensuels et politiquement corrects.
Régis Dubois invite donc le lecteur à revoir l'histoire du cinéma hollywoodien dans son ensemble en s'attardant sur un certain nombres de films servant d'études de cas. Tel par exemple Naissance d'une nation (The Birth of a Nation, 1915) de D.W. Griffith qui est souvent considéré comme le premier long-métrage de l'histoire du cinéma, ne fait-il pas l'apogée de la race blanche américaine et protestante face à la menace représentée par les Noirs d'Amérique? Et qu'en est-il du Tarzan (1932) de W.S. Van Dyke qui représente un homme blanc éduqué depuis son plus jeune âge au milieu de la jungle et qui, sûrement à cause de ses origines blanches et donc supérieures, en devient le maître incontesté. D'ailleurs, la crise faisant rage pendant les années aux Etats-Unis, le cinéma se caractérise aussi par d'invraisemblables happy end montrant comment le bien finit toujours par triompher du mal et que tout le monde vit en fin de compte dans le meilleur des mondes. La Seconde guerre mondiale verra son lot de films de propagande jusqu'au Jour le plus long (1962), véritable démonstration de la force et de la puissance de l'armée américaine. Le débarquement sera d'ailleurs vu d'une autre façon bien plus tard, dans Il faut sauver le soldat Ryan (Saving Private Ryan, 1997), par Steven Spielberg, mais son fond idéologique ne change qu'en apparence. Les années 70 verront apparaître de nombreux cinémas parallèles, la blaxploitation par exemple, mais pour bien peu de temps car non-supportés commercialement, pour donner dans les années quatre-vingts l'apogée des Rocky et Rambo, l'américain musclé conquérant du monde. Forrest Gump en 1994 (Robert Zemekis) est une véritable œuvre révisionniste au triomphe de la culture américaine si supérieure. Et l'analyse de Régis Dubois tend jusqu'au début des années 2000 avec le film 300 de Zack Snyder (2007), véritable pamphlet fasciste et militariste qui légitime à l'exemple de la glorieuse Sparte face aux barbares Perses les guerres américaines contre l'Axe du Mal (guerres en Irak et en Afghanistan, tensions avec l'Iran, ...).
Évidemment pas tous les films américains n'entrent dans ces catégories, Régis Dubois nous le rappelle tout au long de son essai, mais à bien y réfléchir, le cinéma des studios n'y échappe que bien peu souvent. Car combien de fois se dressent face au héros WASP (White Anglo-Saxon Protestant) ces autres, les méchants, souvent représentés par des Noirs, des Viets, des Latinos, des Russes et arabes/perses musulmans.
L'approche de ces nombreux films est bien sûr historique et politique, mais Régis Dubois, dans ses analyses, les aborde à la fois par leur portée sociale, les réactions engendrées par la presse, et même pour les films les plus récents, par les avis émis sur divers blogs et forums internet. Et cela sans oublier que le cinéma est aussi un art simple et complexe à la fois qui ne se résume que difficilement qu'en une seule idée. Ainsi cet ouvrage va à la fois capter les adeptes de ce 7ème Art hollywoodien ainsi que ceux qui s'intéressent plus aux divers aspects de la critique sociale et politique de cet art à travers l'Histoire. Ils y apprendront les différents mécanismes de représentation qui ont été utilisés jusqu'à aujourd'hui afin de conformer un art à une unique façon de penser.
Il est à noter que Hollywood, cinéma et idéologie s’inscrit dans le prolongement direct du précédent livre de Régis Dubois, Une histoire politique du cinéma, paru en 2007 également aux éditions Sulliver. La vision historique plus générale de ce premier livre est ici approfondie à travers des exemples parlants relevant du cinéma aujourd'hui dominant.
En bref Hollywood, cinéma et idéologie est un livre essentiel à conseiller à la fois aux cinéphiles et à tous ceux plus intéressés par l'influence socio-politique de cet art sur la société.
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Extraits :
Glorification de l’individualisme
Tous les films hollywoodiens mettent en scène un premier rôle (parfois deux, un masculin et un féminin), des seconds rôles et des rôles de moindres importances. De la sorte ils imposent, d’une certaine manière, une hiérarchie parmi les personnages et, en dernière instance, parmi les Hommes. Notons que les prix d’interprétation (les Oscars notamment) reprennent cette même classification. Aussi les films hollywoodiens fonctionnent-il sur un modèle hiérarchisé et individualiste. Ce qui n’était pas le cas des premiers films soviétiques d’Eisenstein, par exemple, qui inventa la figure de la « masse-héros » (les masses laborieuses étaient « le » héros de l’histoire). Dans le cinéma hollywoodien cette vision individualiste est renforcée par le phénomène du star system. La vedette, reconnue comme telle, tient le premier rôle, son nom figure en ouverture et en lettres capitales au générique, elle a le monopole du gros plan et c’est elle qui oriente la perspective narrative, faisant survenir les événements, motivant et justifiant dans le même temps les changements de plans. C’est à elle que le spectateur est convié à s’identifier par un subtil jeu égocentrique de mise en scène des regards (regard de la caméra, regard du spectateur et regard du personnage) . Le second rôle ne sera lui par conséquent qu’un faire-valoir, objet, adjuvant ou opposant, destiné à réaliser ce complexe processus de projection-identification. Les films hollywoodiens imposent en ce sens une hiérarchie des personnages, hiérarchie donnée comme modèle au spectateur et, insidieusement, à la société (voir pour exemple le type de relation homme/femme développé dans Fenêtre sur cour).
Par ailleurs, beaucoup de récits hollywoodiens, et ce n’est bien sûr pas un hasard, sont construits sur le modèle du success story : un individu – en général un quidam parti de rien ou face à une difficulté importante – surmonte un à un tous les obstacles qui entravent son ascension sociale, professionnelle ou autre et, parce qu’il fait montre de vertus (il est d’ordinaire courageux, loyal, volontaire) parvient à atteindre son but (l’amour, la réussite, le succès). Cette conception idéologique, « éminemment favorable à l’éthique capitaliste » nous dit Hennebelle, est inscrite dans les fondements même de l’american dream : toute personne, si elle s’en donne les moyens, peut accéder au bonheur et à la réussite ; tout le monde a les mêmes chances au départ... C’est le mythe du self-made-man si cher à la nation américaine. Cette conception darwiniste de la réussite personnelle, fondée sur la valeur physique et morale de l’individu, permet du même coup de justifier les inégalités présentes au sein de la société : puisque le héros parvient à ses fins (grâce à son courage, à sa valeur morale), celui qui ne réussit pas est le seul responsable de son échec.
Manichéisme, simplification et désinformation
La simplification à outrance, la naïveté et l’invraisemblance des situations décrites, le manque de profondeur psychologique de la plupart des personnages, « l’inadéquation entre les sujets traités et la problématique du peuple américain », tout ceci tendrait, selon Hennebelle, à désinformer le spectateur et à maintenir une sorte de statu quo, dans l’intérêt de la classe dominante. L’auteur parle dans ce cas « d’ambiguïté idéologique » (les problèmes sociaux et politiques sont posés de manière erronée et incomplète), de « falsification historique » (les luttes sociales sont réduites à des rivalités interindividuelles par gommage des données économiques, sociales et politiques) et rappelle que la résolution des intrigues hollywoodiennes ne repose jamais sur une analyse politique sérieuse ou pertinente, mais sur des notions de Bien et de Mal. Notons que cette désinformation se vérifie aussi au sujet des films qualifiés de soi-disant « progressistes » : du fait qu’ils ne s’attaquent pas vraiment aux problèmes ni à leurs sources réelles, ceux-ci tendent invariablement à dénaturer les luttes sociales et tombent le plus souvent dans la dénonciation superficielle sans jamais mettre en accusation les vraies causes ni les vrais coupables. Un bouc émissaire sera par exemple montré du doigt pour répondre du racisme américain comme c’est le cas dans Crossfire (Feux Croisés d’Edward Dmytryck, 1947) ou dans Edge of the City (L’Homme qui tua la Peur de Martin Ritt, 1957) et dans tant d’autres films timidement contestataires. Le « vilain » sera alors puni et tout pourra rentrer dans l’ordre, comme s’il faisait figure d’exception, comme si le problème pouvait se résoudre ainsi.
Eurocentrisme, phallocentrisme et négation de l’Autre
De film en film le cinéma hollywoodien a construit un modèle-type de héros, instituant ainsi au fil du temps une norme pour longtemps indépassable. Jusqu’il y a encore peu en effet (disons jusqu’aux années 70), le personnage principal d’un film hollywoodien était pour ainsi dire toujours de sexe masculin, blanc, hétérosexuel voire protestant. Tous les autres personnages ne répondant pas à cette norme étaient invariablement relégués à l’arrière-plan, dans des rôles subalternes souvent dégradants, à moins qu’ils ne fussent tout simplement absents. La femme, « fille de joie ou mère aimante », nous dit Hennebelle, demeurait « le faire-valoir du mâle, sa perdition ou son refuge ». Les Noirs, les Indiens, les Latinos ou les Asiatiques étaient toujours soit rejetés en hors-champ, soit présentés comme de bons sauvages ou des êtres exotiques, intégrés et dociles au mieux, au pire comme des êtres fourbes, cruels et dangereux . De même que les rôles d’homosexuels oscillaient inlassablement entre maniaques pervers et marginaux victimes . Les exemples abondent en la matière dans le cinéma classique, des Nègres violents de Birth of a Nation (Naissance d’une Nation, Griffith, 1915) aux meutes hurlantes et sanguinaires de Stagecoach (La Chevauchée Fantastique, Ford, 1939), du Japonais sadique de Forfaiture (DeMille, 1915) aux assassins de Rope (La Corde, Hitchcock, 1948), sans oublier la galerie de femmes fatales, d’épouses envahissantes et de potiches stupides dont est (sur)peuplé le cinéma hollywoodien (chez Ford, Hawks, Hitchcock, etc.). Tel fut le sort de l’Autre hollywoodien pendant plus d’un demi-siècle. Mais aujourd’hui les choses ont-elles tant changé ? Eddie Murphy, Jackie Chan, les Indiens de Danse avec les Loups ou les personnages féminins ou gays de la plupart des productions hollywoodiennes ont-ils réellement un statut beaucoup plus enviable que par le passé ?
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Voir également:
- Une histoire politique du cinéma (2007), présentation
12:32 Écrit par Marc dans Dubois, Régis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, essais historiques, essais politiques, litterature francaise, regis dubois, histoire du cinema |
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jeudi, 23 octobre 2008
Une histoire politique du cinéma - Régis Dubois - 2007

Le cinéma, comme tout art d’ailleurs, connaît toujours une forte influence subie par l’environnement politique et social dans lequel il est créé. Evidemment il y a le fait des censures établies par certains régimes dictatoriaux, mais au-delà de cela, l’état et la société influent directement à la fois sur le contenu des scénarios, la forme des films et bien d’autres. Certains films ont été faits à une certaine époque et n’auraient pu être faits à une autre. Et il existe des liens évidents entre l’apparition des mouvements cinématographiques et les bouleversements sociopolitiques d’un pays, voire d’une région.
L’écrivain et essayiste français, déjà auteur de nombreux livres sur le cinéma dont Hollywood, cinéma et idéologie, 2008 (également aux éditions Sulliver), nous propose ainsi ici de revisiter toute l’histoire de cet art à partir du cinéma muet jusqu’au années 2000, et cela non pas d’un point de vue artistique, mais purement politique et idéologique. Le livre est chapitré en fonction des grandes périodes politiques de l’Histoire : le cinéma muet du début de siècle, l’entre-deux guerres, la Seconde guerre mondiale, la Guerre froide, l’après-68, les années 80 et les années 90 à l’heure de la mondialisation. Toutefois l’auteur se concentre avant tout sur les cinémas européens (français avant tout), russes et américains tout en se permettant des incursions dans d’autres pays et régions tels l’Afrique et l’Asie par exemple. D’un cinéma contestataire en passant par un cinéma d’endoctrinement et de propagande, jusqu’au pur divertissement, l’auteur revoie ainsi les principaux courants de l’histoire et leur influence sur le septième art, en démontrant même comment des films à priori apolitiques peuvent parfaitement cadrer dans le cadre sociopolitique d’une époque. Si de nombreux ne sont que cités, pour chaque période certains sont analysés de façon plus précise, donnant ainsi une image plus en profondeur des périodes traités.
En véritable pédagogue Régis Dubois réussit à admirablement bien synthétiser tout cela en à peine 200 pages, en s’adressant à la fois aux spécialistes du domaine ainsi qu’aux autres. Ce livre réussit à donner envie de revoir tous les films cités, mais incite aussi le lecteur à être plus vigilant par rapport à ce qu’il voit sur grand écran en gardant à l’esprit la dimension politique que possède toute œuvre d’art.
Une histoire politique du cinéma de Régis Dubois est un beau livre de référence sur l'histoire du septième art, idéal pour tout amateur de films.
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Voir également:
- Hollywood, cinéma et idéologie - Régis Dubois (2008), présentation et extrait
10:22 Écrit par Marc dans Dubois, Régis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, essais historiques, essais politiques, litterature francaise, regis dubois, histoire du cinema |
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jeudi, 17 juillet 2008
Aux Etats-Unis d'Afrique - Abdourahman A. Waberi - 2006

Et si le monde était radicalement différent de celui que l’on connaît. Imaginons un monde dans lequel l’Afrique serait le continent le plus prospère au monde avec ses immenses cités, ses centres d’affaires, sa monnaie qui fait la loi sur toutes les places financières, sa politique qui fait référence pour le restant du monde. Une Afrique qui regorgerait de savants et d’artistes réputés, d’industries innovantes et à la pointe de la technologie. Bref, imaginons un monde où l’Afrique serait un véritable eldorado, et occuperait finalement la place qu’occupe l’Occident dans le monde réel. Et cette Afrique serait également indifférente au sort des millions de réfugiés caucasiens prêts à risquer leur vie pour avoir une infime part du gâteau.
Le chemin vers cette terre promise africaine, Maya l'a déjà emprunté, il y a bien longtemps. Elle a été arrachée à la misère et à la faim par un homme providentiel, Docteur Papa, alors en mission humanitaire en Normandie. Il l'adopte et l'emmène à Asmara, en Erythrée.Mais à présent Maya doit partir, retrouver l'Europe et ses maux, se rapprocher des siens. Elle entame un long et douloureux périple vers les terres sombres et misérables qui l'ont vu naître.
Aux Etats-Unis d’Afrique de l’écrivain djiboutien Abdourahman A. Waberi tente d’inverser complètement l’état politique et économique du monde dans le but évident de mieux faire comprendre aux gens des pays riches la misère que vivent ceux vivant en Afrique. Le message de cette fable utopique est clair : et si vous étiez à notre place ! Abdourahman A. Waberi se garde bien de faire de l’Afrique un paradis, économique certes, mais victime des mêmes maux que l’Occident du réel. Il ne s’agît guère d’une dénonciation ou d’un appel à la révolution, mais d’un constat, inversé dans le but de marquer les esprits. Et il faut dire que l’effet voulu porte ses fruits : impossible de ne pas être scandalisé par ce qui se passe dans le monde décrit par Abdourahman A. Waberi et il n’est pas toujours évident de se rendre que c’est exactement ce qui se passe dans le monde réel.
Le roman laisse le lecteur étonné, étourdi et bouleversé. L’idée de l’inversion a déjà été utilisée quelque fois en littérature ou au cinéma dans le but de dénoncer une situation inacceptable. Mais souvent, et comme c’est d’ailleurs le cas ici, cette idée qui peut être attrayante dès les premières pages ne réussit cependant pas à maintenir l’attention du lecteur dès que celui-ci a capté le message. Et il devient donc difficile d’en venir à bout. De plus le style de narration, souvent confus et fort distancié, n’aide guère à la lecture du roman. La prose utilisée par Abdourahman A. Waberi est cependant magnifique et pleine de poésie.
Aux Etats-Unis d’Afrique est donc un roman très intéressant qui, hélas, ne réussit pas à captiver le lecteur jusqu’au bout.
19:52 Écrit par Marc dans Waberi, Abdourahman A. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique, contes, europe, fables, essais politiques, utopies, abdourahman a waberi, litterature djiboutienne |
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jeudi, 17 avril 2008
En attendant le vote des bêtes sauvages - Ahamadou Kourouma - 1994

Lors d'une cérémonie purificatoire en six veillées, toute l'histoire du général Koyaga, " président " de la République du Golfe, se dévoile :
Tchao, le père de Koyaga, un grand lutteur, est le premier homme à avoir rompu le tabou de la nudité de sa tribu pour pouvoir arborer les décorations de guerre qu'il a reçues à Verdun en 1917, acte qui marque le début de l'exploitation des hommes nus par les colons français. Lorsqu'il rencontre Nadjouma pour la première fois, Tchao engage avec elle une lutte interminable qui, finalement, se solde par le viol de la plus grande guerrière de son peuple.
De cette union naît Koyaga après douze mois d’une gestation douloureuse. Le marabout Bokana va grâce à sa magie protéger le jeune Koyaga qui deviendra vite un grand chasseur. Engagé dans les armées coloniales françaises, il reçoit les honneurs en Indochine et en Algérie. De retour en son pays, la République du Golfe devenue indépendante, Koyaga se sent également l’âme d’un chef, et c’est tout naturellement qu'il décide de prendre le pouvoir dans le pays en organisant l'assassinat du président Fricassa Santos qu'il remplace. Il installe alors tranquillement son pouvoir, aidé par la magie qui le protège, mais surtout en y entretenant la violence, le sang et la terreur.
Mais l'intronisation du dictateur Koyaga ne sera définitive qu'après une tournée initiatique auprès des autres dictateurs des états d'Afrique de l'ouest. Il acquiert grâce à eux la conscience de se déterminer pour le camp libéral, dans cette Afrique de la guerre froide. Reconnu par ses pairs, protégé par sa mère et le marabout à l’aide d’un vieux Coran et d’un fragment de météorite, Koyaga exerce le pouvoir. Il s'appuie sur la force, la magie, le parti unique, les faux complots dont il réchappe à chaque fois. Les richesses s'accumulent, pour ses proches et pour lui, jusqu'au moment où l'histoire le rejoint : brusquement déséquilibré par la fin de la guerre froide, le système de la dictature et du parti unique s'effondre, ruiné par ses dépenses somptueuses, ruiné aussi par la résistance active des jeunes scolarisés et désormais voués au chômage.
Les soulèvements de tout genre font rage. Mais Koyaga espère toujours retrouver le pouvoir, aidé en cela par le suffrage universel, notamment celui des bêtes sauvages.
Sa mère et le marabout Bokana l’ont abandonné depuis longtemps. Koyaga se souvient juste d’un dernier enseignement : faire dire son récit purificatoire par un griot des chasseurs et son répondeur. Tout avouer, tout reconnaître, sans rien omettre. Ne laisser aucune ombre. Ainsi Koyaga pourrait briguer un nouveau mandat de président avec la certitude d’être réélu. Et si d’aventure les hommes s’avisaient à ne point voter pour lui, les animaux sortiraient de la brousse, se muniraient de bulletin de votes pour le plébisciter.
Le roman En attendant le vote des bêtes sauvages de l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma, révélé en 1976 par Le soleil des indépendances, est une saga satirique de la politique africaine de la seconde moitié du vingtième siècle. Le dictateur Koyaga, personnage principal du récit, n’est autre que l’image parodique du président togolais Étienne Gnassingbé Eyadéma, Kourouma, après avoir vécu près de dix ans au Togo, connaissant parfaitement les mœurs politiques de ce pays. De nombreux autres personnages de la vie politique africaine se retrouvent d’ailleurs dans ce roman : les principaux étant Félix Houphouët-Boigny (l’Homme au totem caïman) de la Côte d’Ivoire (République des Ebènes), Jean Bédel Bokassa (l’Homme au totem hyène) de Centrafrique (République des Deux Fleuves), Mobutu Sese Seko (l'Homme au totem léopard) du Zaïre (République du Grand Fleuve), Ahmed Sékou Touré (l'Homme au totem lièvre) de la Guinée (République des Monts) et Hassan II (l'Homme au totem chacal) du Maroc (Pays des Djébels et du Sable).
Ahmadou Kourouma s’attaque avec beaucoup de finesse et d’humour noir à ces régimes dictatoriaux post-coloniaux, en décrivant parfaitement les ressorts sur lesquels ils se basent. Tout est parfaitement décortiqué, surtout comment le tout finalement se maintient uniquement grâce à la violence et aux mensonges. « La principale institution, dans tout gouvernement avec un parti unique, est la prison. » fait dire Kourouma dans un passage à l’un de ses protagonistes.
Comme souvent chez Kourouma, où le Mal l’emporte généralement sur le Bien politique, tout cela donne une image bien sombre de l’état sauvage de la politique africaine, et à peine une note d’espoir à la fin.
Mais au-delà de la satire et du pamphlet politique, ce roman est tout autant une fable philosophique et fantastique, un portrait unique de l’Afrique du vingtième siècle.
En attendant le vote de bêtes sauvages d’Ahmadou Kourouma est un roman exceptionnel qui donne une vision unique de la vie politique et sociale de l’Afrique.
Incontournable !
15:18 Écrit par Marc dans Kourouma, Ahmadou | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : litterature ivoirienne, essais historiques, parodies, essais politiques, ahmadou kourouma, afrique, satires, romans de societe |
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mardi, 18 mars 2008
La rage au coeur - Ingrid Betancourt - 2001

Je m'appelle Ingrid Betancourt, j'ai quarante ans, je suis mère de deux enfants. Je suis aussi sénateur dans mon pays, la Colombie.
Je dois beaucoup à la France. J'y ai fait mes études. Ce livre écrit en français, est pour moi une façon de maintenir ce lien. Je voulais raconter mon combat au pays qui m'a appris la démocratie et la liberté.
Vous savez combien les cartels de la drogue, cette drogue qui ronge nos enfants, sont puissants chez nous. Vous entendez parfois parler des tueries et des scandales politiques qu'ils provoquent. Mais derrière ces organisations mafieuses, il y a mon peuple, un peuple courageux et fier qui veut sortir de cet engrenage infernal. Depuis maintenant dix ans, je me bats pour lui.
C'est dangereux. Mes enfants ont été menacés, j'ai dû me séparer d'eux pendant trois ans, et je risque de les voir partir à nouveau loin de moi. A deux reprises, la mafia a tenté de me tuer. Je suis consciente du danger, mais il ne me fera pas reculer. L'espoir est là.
Ingrid Betancourt
Ingrid Betancourt est né en 1961 en Colombie au sein d’une riche famille bourgeoise. Son père était ministre de l’éducation dans les années 1970, alors que sa mère a été élue députée dans les années 1980. Durant toute son enfance, elle entend les amis de ses parents débattre de l'avenir de la Colombie. Ces amis s’appellent Pablo Neruda, Gabriel Marquez ou Fernando Botero, et vont petit à petit lui apprendre l’amour pour son pays mais aussi pour la politique. En grandissant, alors qu'elle vivait dans l'insouciance et le confort, elle prend conscience des ravages provoqués dans son pays par les cartels de la drogue et la corruption des dirigeants. A l’âge adulte elle décide de se lancer dans la politique afin de sauver son pays. Ses messages politiques sont certes simples, et mêmes naïfs, mais représentent le minimum nécessaire pour sortir son pays du pétrin actuel. Avec le parti vert Oxygène, qu’elle a créé elle-même, elle acquiert vite une grande popularité et se fait élire députée, puis sénateur, avec des scores impressionnants. Hélas tenir un discours honnête dans un pays gangréné par la corruption peut s’avérer très dangereux. De nombreux puissants de tout le pays vont essayer de lui mettre des bâtons dans les roues, mais poussé par son courage, et peut-être son inconscience, elle fera fie de tous les dangers et ne cessera de se battre.
La rage au cœur est un poignant récit autobiographique de la part de la politicienne franco-colombienne Ingrid Betancourt. Ce récit, publié en 2001, paraît évidemment avant son enlèvement, le 23 janvier 2002, par les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (les FARC) , enlèvement qui rendra son combat célèbre dans le monde entier. A l’heure de la rédaction de cet article, elle est d’ailleurs toujours retenue contre son gré par les FARCS. L’intérêt de ce livre, contrairement à de nombreux autres traitant de la vie d’Ingrid Betancourt et publiés depuis son enlèvement, est de bien expliquer son combat politique et cela dans un récit très émouvant et passionnant. En fait cela se lit comme un véritable roman, un thriller politique même. Elle raconte ici toutes les années de lutte, et cela de ses premiers succès électoraux où elle avait pris pour emblème le préservatif "avec Ingrid, vous êtes bien protégés" aux années noires où elle dut se séparer des ses enfants, cédant à des menaces de mort. Mais ce livre permet surtout aux lecteurs d’aujourd’hui de mieux comprendre la situation politique de la Colombie des années 2000 qui a abouti à l’enlèvement d’Ingrid Betancourt.
La rage au cœur est un récit autobiographique à la fois fort et attachant de la part d’Ingrid Betancourt, et de plus un récit qui nous éclaire sur la situation politique actuelle de la Colombie.
A lire !
22:58 Écrit par Marc dans Betancourt, Ingrid | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : ingrid betancourt, colombie, litterature francaise, litterature colombienne, recits autobiographiques, essais politiques, essais historiques |
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mercredi, 02 janvier 2008
Amnesty International - Rapport 2007 - La situation des droits humains dans le monde - 2007
Alors que l'année 2007 vient de s'achever, l'heure idéale est venue pour tirer un bilan de la situation du monde. L'organisation non gouvernementale Amnesty International, comme tous les ans, nous propose une revue du respect, ou plutôt du non-respect, des droits humains dans son Rapport 2007 - La situation des droits humains dans le monde.
Sorti en octobre 2007 ce très complet rapport Amnesty International rend compte de la situation des droits de l'hommes dans plus de 153 pays et territoires dans la période allant de janvier à décembre 2006. Par pays on y voit les multiples conflits armés, répression et discriminations, et le tout est parfaitement expliqué dans le contexte historique et culturel du pays. Mais à force de feuilleter cet ouvrage on se rend compte à quel point le monde va mal en ces périodes où la politique de la peur domine, où des dirigeants sans principes de tous pays manipulent délibérément les inquiétudes pour susciter des divisions, réprimer l'opposition et éviter d'avoir des comptes à rendre, et où des gouvernements entretiennent un climat d'intolérance propice aux conflits et aux exactions, créant un véritable espace de non-droit que des entreprises et des groupes armés exploitent à leurs propres fins.
L'époque dans laquelle on vit n'est certainement pas joyeuse, et rien de mieux que de s'en rendre compte en feuilletant ce très intéressant et très captivant Rapport 2007 d'Amnesty International. Quand nous entendons parler de non-respect des droits de l'homme, nos pensées se dirigent quasi immédiatement vers les pays du tiers-monde et certaines dictatures qui font la une des médias quasi quotidiennement, trop rarement nous voyons ce qui se passe dans notre propre pays où les injustices sont peut-être moins spectaculaires mais tout autant abondantes. La plupart des pays européens et pleins d'autres prétendant respecter les droits humains figurent dans ce rapport qui ne cessera d'éclairer le lecteur sur de bien nombreux problèmes.
Outre des compte-rendus dressés par pays on y trouve également une multitude d'articles permettant de mieux cerner le contexte mondial dans son ensemble, notamment un très bel article d'Irene Khan, secrétaire générale d'Amnesty International, qui préface le rapport. De nombreux tableaux informatifs viennent compléter le tout.
Il n'est pas une habitude sur ce site de présenter des livres qui ne font pas partie du domaine de la fiction. Cette exception en vaut cependant largement la peine, tant ce livre est incontournable.
A découvrir!
Le Rapport 2007 - La situation des droits humains dans le monde peut être commandé en ligne sur le site d'Amnesty International ou alors via n’importe quelle librairie.
14:20 Écrit par Marc dans Amnesty International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amnesty international, essais politiques, rapport, 2007, droits humains, droits de l homme |
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