jeudi, 17 février 2011
Anatomie d’un instant (Anatomía de un instante) - Javier Cercas - 2009
Début années 1980, l’Espagne est une jeune démocratie qui se relève avec beaucoup de peines de plusieurs décennies de dictature franquiste. Mais le pays est loin d’être stable. Des attentats ont lieu, ainsi que des soulèvements populaires. Affaibli, le chef du gouvernement, Adolfo Suarez, démissionne et le Parlement est réuni le 23 février 1981 pour l’investiture du nouveau président. C’est alors que, sous les yeux des caméras, font irruption dans l’hémicycle des militaires sommant tous de se coucher à terre et tirant des coups de feu en l’air. Les images ne seront diffusés que le lendemain, à Madrid, comme ailleurs en Espagne, personne ne se doute encore que le pays est en train de sombrer à nouveau dans la dictature. Toutefois ce coup d’état avortera quelques jours plus tard, le roi refusant de s’allier aux militaires.
Dans Anatomie d’un instant, paru en 2009, l’écrivain Javier Cercas avait à l’époque été terriblement choqué par ces images, le premier coup d’état à être entièrement retransmis, et revient aujourd’hui sur ces événements en analysant cette crise avec une minutie rare, nous livrant ainsi une véritable anatomie d’un instant durant lequel tout aurait pu changer du tout au tout. D’ailleurs le fait que l’Espagne ait réussi à passer outre cet instant a démontré qu’en ce 23 février 1981 la démocratie espagnole est véritablement née pour s’inscrire dans la durée. Et cet instant l’auteur ne va jamais cesser de l’interroger, de l'interpréter dans tous les sens, tout en revoyant continuellement ces images filmés.
Mais l’auteur va conférer une analyse double à son texte, la première considérant avec précision l’état politique de l’Espagne, son évolution qui a permis ce coup d’état, décrit en tous détails et son évolution par après, et une deuxième bien plus personnelle et émotionnelle dans laquelle l’auteur se met lui-même en scène, lui fils de la démocratie par rapport à son père qui n’a surtout connu que la dictature.
Le résultat de cette Anatomie d’un instant est un texte d’une force incroyable, un portrait édifiant de cette Espagne libre naissante, vue et conté par l’un des tous grands auteurs espagnols contemporains.
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Présente édition : traduit de l’espagnol par Elisabeth Beyer et Aleksander Grujicic, éditions Actes Sud, 28 août 2010, 427 pages
13:30 Écrit par Marc dans Cercas, Javier, Critiques littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : javier cercas, 23f, 23 fevrier 2003, essias politiques, essais historiques, espagne, anatomie d'un instant, litterature espagnole |
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mardi, 29 juin 2010
Histoire du règne de Moulay Ismaïl - Dominique Busnot - 1714

Le père Dominique Busnot rédigea l’Histoire du règne de Moulay Ismaïl à la suite de trois voyages effectués au Royaume du Maroc (1714, 1708 et 1712), où, accompagné de pères mercédaires et trinitaires, il cherche à acheter la liberté de quelque cent cinquante esclaves français et chrétiens détenus à Meknès et obligés de travailler au service du puissant monarque. Ces trois voyages représentent un pan d’histoire quelque peu oublié de nos jours et aussi un mélange unique de mission humanitaire et de rachat religieux à la fin du siècle de Louis XIV, sur fond de piraterie barbaresque.
Se concentrant avant tout dans son Histoire du règne de Moulay Ismaïl à la description de ses négociations souvent épiques et toujours infructueuses, le religieux ne peut s’empêcher de donner un portrait fort saisissant de celui qui deviendra pour la postérité plus connu sous le titre de « roi sanguinaire ». Ce roi, né en 1646 et mort en 1727, était déjà fort célèbre à l’époque pour sa cruauté légendaire. De nombreux ouvrages étaient déjà parus en France à ce sujet, et le public faisait preuve d’une curiosité grandissante pour les pays barbaresques et le sort des captifs chrétiens du sultan. Busnot y décrit tout ce qu’il voit, ce qu’il entend au sujet de ce roi, faisant appel à des témoins, et décrivant avec minutie de nombreux événements illustrant ce terrible règne. Ainsi il décrit de nombreux rouages politiques en service autour du monarque ainsi que la façon dont le monarque contrôle son entourage. Ni trop romancé, ni cherchant à masquer ses échecs pourtant prévisibles, Busnot réussit à faire de son récit une narration animée et précise. Et cela dans le but d’informer, de la façon la plus neutre possible, et de donner la parole aux acteurs du drame, en commençant par les captifs eux-mêmes.
Histoire du règne de Moulay Ismaïl de Dominique Busnot plaira énormément à tous les amateurs d’Histoire, principalement ceux intéressés par le règne légendaire de Moulay ismaïl.
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Présente édition : Editions Mercure de France, 24 février 2002, 138 pages
18:58 Écrit par Marc dans Busnot, Dominique, Critiques littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maroc, meknes, essais historiques, moulay ismail, litterature francaise, recits de voyages, recits historiques |
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dimanche, 20 juin 2010
La Sale Guerre : Le témoignage d'un ancien officier des forces spéciales de l'armée algérienne - Habib Souaïdia - 2001

"J'ai vu des collègues brûler vif un enfant de quinze ans. J'ai vu des soldats se déguiser en terroristes et massacrer des civils. J'ai vu des colonels assassiner, de sang-froid, de simples suspects. J'ai vu des officiers torturer, à mort, des islamistes. J'ai vu trop de choses. Autant d'atteintes à la dignité humaine que je ne saurais taire. Ce sont là des raisons suffisantes, j'en suis convaincu, pour briser le mur du silence."
Habib Souaïdia était un officier dans l'armée algérienne. Il a été entraîné dans ce qu'on appellera "la sale guerre", celle qui déchirera son pays depuis 1992, avec l'arrêt du processus électoral face à la victoire annoncée des islamistes du FIS et qui plongera le pays dans la terreur pendant de nombreuses années entre la barbarie de ces islamistes, mais aussi et peut-être surtout les dérives de l'armée algérienne. Souaïdia va ensuite se réfugier en France et va enfin témoigner sur les horreurs qu'il a vécu. "La Sale Guerre" sortira en 2001 et fera l'effet d'une bombe.
Dans ce livre Habib Souaïdia se présente comme un militaire de coeur, qui poussé par un profond esprit patriotique, va s'engager à l'âge de size ans, en 1985, à l'Ecole des cadets de Koléa, dans la plaine de Mitidja. Un an plus tard, l’école est fermée, et il retourne chez lui, à Tébessa, où il passe son bac. En septembre 1989, il s’engage pour vingt-cinq ans dans l’Armée nationale populaire (ANP) et entre dans le saint des saints : l’Académie interarmes de Cherchell, où est formée l’élite militaire algérienne. Souaïdia va y rester trois ans, afin d'apprendre le métier, que ce soit la conduite de chars ou le maniement des fusils d'assaut Kalachnikov ou missiles sol-sol, les arts martiaux, le génie de combat et bien d'autres.
C'est une époque où l'armée est en grande puissance. Mais le malaise gagne peu à peu le pays, sous la forme d'une opposition religieuse. En effet, dehors, le Front islamique du salut (FIS), créé en mars 1989, conquiert la rue et les esprits. Après le triomphe des municipales de mai 1990, ses militants commencent, là où ils sont en force, à imposer la loi de la chorta islamiya - la police islamique -, notamment aux femmes. Habib, qui ne s’intéresse aucunement à la politique, s’accroche au mythe : ” l’armée était là pour protéger le peuple et la nation, pas pour rétablir l’ordre ou intervenir dans les problèmes intérieurs “. Mais quand éclate la grève insurrectionnelle de mai 1991 au cours de laquelle le FIS réclame la dawla islamiya, la république islamique, il n’en est plus si sûr. Un conflit s'annonçait, d'ailleurs des armes commençaient à circuler aux abords des mosquées.
A la fin de ses trois années de formation, Habib Souaïdia entre en volontaire dans les "forces spéciales". Et la guerre civile commence, l'armée se voyant de plus en plus menacée dans sa position de pouvoir par les islamistes.
Au début, enthousiaste pour ce combat qu'il croit juste, Souaïdia va très vite déchanter. L'armée va tout faire pour sauver sa place au pouvoir au dépit de l'ordre et de la sécurité. Les massacres vont s'enchaîner, se multiplier. Et s'ils ne trouvent plus rien à reprocher aux islamistes, ils vont attribuer leurs propres massacres à ces islamistes. L'Algérie va connaître ses pires heures...
Des années plus tard, après avoir été emprisonné en 1995 et 1999 pour avoir osé dénoncer les exécutions sommaires et questionner la torture, Habib Souaïdia va fournir ce témoignage exceptionnel, question de "ne pas se sentir complice de crimes contre les humanité" dit-il. Et le choc est énorme. Il était difficile d'y comprendre quelque chose lors de cette guerre, ici on la vit de l'intérieur, dans toute son horreur. Sans remettre en question le moins du monde la violence islamiste, Habib Souaïdia dénonce la stratégie du pouvoir militaire – "il faut terroriser les terroristes", qui a conduit à "la mort inutile de dizaines de milliers de civils, que rien ne justifiait". La stratégie d'un pouvoir qui n'a jamais cherché à analyser et à comprendre la situation du peuple algérien, ses motivations sociales et économiques aussi bien que religieuse.
Mais pour lui le combat n'est pas fini, on ne trahit pas l'armée impunément,Habib Souaïdia sera condamné à mort par contumace par un procès militaire algérien. Depuis lors il vit réfugié en France en attente d'un hypothétique réhabilitation.
"La sale guerre" de Habib Souaïdia est un document choc, incontournable sur son sujet, qui permet de mieux comprendre cette guerre obscur qui, pendant des années, a terrorisé tout un pays en massacrant des dizaines de milliers de civils.
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Présente édition : Editions Folio Gallimard, 29 août 2001, 340 pages
16:05 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Souaïdia, Habib | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : essais, guerre d algerie, la sale guerre, essais politiques, habib souaidia, recits autobiographiques, essais historiques, litterature algerienne, temoignages |
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samedi, 05 juin 2010
Villes du monde (Civitates Orbis Terrarum) - Franz Hogenberg et Georg Braun - 1572-1618

Cinq cents ans après sa publication originale à Cologne reparaît aux éditions Taschen en 2008 cette magnifique collection des gravures et plans de Georg Braun et Frans Hogenberg en un seul volume. Le Civitates Orbis Terrarum, en français Villes du monde, n'est autre q'une superbe collection de plus de 500 illustrations des grandes villes à travers l'Europe, mais aussi en Afrique du Nord et Proche-Orient.
Franz Hogenberg, un graveur dur cuivre et aquafortiste, né en 1535 à Malines en Belgique et mort en 1590 à Cologne, réalisa l'entièreté de ces plans nous faisant revivre les ville d'avant la Guerre des Trente Ans. Georg Braun, éditeur original de ce recueil, un théologien et chanoine, compléta les illustrations de nombreux textes, et cela entre 1572 et 1618, date de la parution en six volumes de ce magnifique atlas d'une autre époque. Les vues des villes reprises, que ce soit sous formes de plans, de panoramas ou de vues à vol d'oiseau sont tout simplement magnifiques et d'une richesse impressionnante. Car au-delà de la vue de ces villes s'en dégage aussi la vie de l'époque, grâce aux nombreux personnages et objets qui ornent ces vues. Les textes de Braun viennent évidemment compléter le tout de façon admirable.
Aujourd'hui encore, l'exactitude de ces représentations permet de nous déplacer dans les noyaux historiques des grandes métropoles européennes; on peut même dire qu'elles nous transportent dans la réalité économique et sociale de l'époque pré-moderne.
Les lieux sont insérés dans leur environnement paysager - champs et prairies, vignes, jardins, rivières ou mers présenté sous un jour avantageux ou inquiétant. Des charrettes pleines, des coches ou des groupes de piétons animent les routes marchandes. Des barques sur les rivières et des embarcations capables de tenir la mer donnent une impression réaliste du commerce de l'époque et de la mutation des villes.
Dans les riches cités marchandes telles Hambourg ou Kiel, les navires sont chargés et sur les quais de Bordeaux on embarque des tonneaux de vin, alors que deux érudits en robe universitaire discutent à Oxford. Les gibets et le champ de justice hors les murs illustrent le pouvoir de juridiction des villes et sont d'importance pour l'histoire du droit. Les costumes des différents pays, peuples et métiers sont remarquablement représentés.
Mais c'est aussi en quelque sorte la dernière vision d'une époque révolue, ce recueil ayant été réalisé juste peu de temps avant les ravages de la Guerre de Trente Ans et des travaux de rénovation de l'époque baroque.
Ce recueil, tel qu'il est réédité en 2008 est à la fois très complet et surtout très ludique et divertissant. De grandes sont tirées, de très nombreux détails existent sur tout.
En bref, ce livre Villes du monde est une invitation unique pour tous les amateurs d'Histoire à voyager à travers l'Europe du XVIème et XVIIème siècle. Tout autre se retrouvera face à un livre d'une beauté exceptionnelle
Villes du monde d'Hogenberg et Braun est tout simplement un ouvrage exceptionnel.
A découvrir !!!
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Extraits :




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Présente édition : réédition préparée par Stephan Füssel et Rem Koolhaas, Editions Taschen, 5 novembre 2008, 520 pages
20:16 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Hogenberg, Franz et Braun, Georg | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : atlas, essais historiques, franz hogenberg, georg braun, litterature allemande, beaux-livres |
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dimanche, 06 septembre 2009
Le Grand Atlas Ferraris - Joseph de Ferraris - 2009 (1770-1778)

Le Grand Atlas Ferraris est tout simplement un ouvrage exceptionnel qui, publié en 2009 par les éditions Lannoo/Racine en collaboration avec la Bibliothèque royale de Belgique, reprend la célèbre carte de Ferraris, ou carte des Pays-Bas autrichiens, qui établie entre 1770 et 1778 par le comte Joseph de Ferraris, directeur de l’école de mathématique du corps d’artillerie des Pays-Bas, sur commande du gouverneur Charles de Lorraine.
Le général Joseph Jean comte de Ferraris : lorrain, né en 1726 et mort en 1814. Il se distingua dans plusieurs batailles et fut gouverneur militaire de Termonde. Il s'intégra tout à fait aux Pays-Bas autrichiens suite à son mariage en 1776 en la collégiale de Sainte-Gudule avec la comtesse Marie Henriette d'Ursel, membre de l'une de nos anciennes familles patriciennes. Le comte de Ferraris commença par se faire la main « en levant » en 1768 une carte de la Forêt de Soignes ainsi que des domaines de Mariemont et de Tervuren. Fort du résultat de son travail, il obtint l'autorisation en 1770 de l'impératrice Marie-Thérèse de dresser la carte des Pays-Bas autrichiens. Bien secondé par ses « artilleristes », il termina la série complète en 1777. Même Cassini, auteur de la grande carte de France, ne cachait pas son admiration pour l'exactitude de la carte de Ferraris.
Les territoires concernés sont l'actuel territoire belge et luxembourgeois en débordant quelque peu sur les pays voisins. Entièrement réalisée et dessinée à la main par des élèves officiers, la carte de Ferraris avait une vocation exclusivement militaire : elle retraçait les éléments stratégiques les plus importants comme des rivières, des ponts ou des chemins creux permettant d'y cacher des troupes. Et les détails sont réellementimpressionnants . En effet dépourvue de système de référence, la carte renseigne le relief, l'occupation du sol, l'habitat, le réseau routier et le réseau hydrographique, l'organisation paroissiale ainsi que les limites administratives de l'époque. De nombreuses enclaves sont d'ailleurs visibles. Certaines d'entre-elles, appartenant au territoire français en 1770, n'ont été que partiellement cartographiées. L'échelle originale et de 1/11.520 et compte 275 planches.
L'édition parue en 2009 reprend toutes ces cartes à l'échelle 1:20 000e dans un ouvrage faisant 608 pages de dimensions 40,5cm x 51cm et pesant près de 11,5kg. De plus emballé dans un coffret hermétique à poignée en fait un objet tout à fait exceptionnel. Cette édition qui intéressera avant tout un public belge paraît évidemment sous forme bilingue français/néerlandais. Cependant, outre le public belge, cet ouvrage est une référence absolue en cartographie, un document unique en son genre, qui ravira tous les amateurs de cartes et d'histoire, de paysages et de géographie qui y trouveront une source inépuisable d'information et un plaisir des yeux garanti, en découvrant parfois avec étonnement l'évolution du pays depuis le XVIIIème siècle à nos jours.
Le Grand Atlas Ferraris est un ouvrage magnifique qui trouve sa place dans toutes les bibliothèques.
À découvrir !
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19:09 Écrit par Marc dans Ferraris, Joseph de | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : joseph de ferraris, litterature belge, atlas, essais historiques, beaux-livres |
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dimanche, 16 août 2009
Le dévoiement du christianime - Eric Coulon - 2009

« Le catholicisme, le protestantisme et l’Église orthodoxe possèdent une racine commune : le christianisme ».
« Être catholique, être protestant et être orthodoxe c’est indifféremment être chrétien ».
Ces affirmations sont communément admises et vont de soi. Sont-elles pour autant légitimes et doit-on continuer à appeler « christianisme » l’une et l’autre de ces trois religions ?
Eric Coulon, écrivain et philosophe français, nous fait parcourir toute l'histoire du christianisme, depuis sa naissance jusqu'à aujourd'hui pour en voir son évolution. Mais plutôt que de parler d'histoire du christianisme, cet essai nous présente celle des causes, des étapes, des formes et des implications de son altération sous une forme hybride que nous nommons chrétienté. Et c'est cette chrétienté qui, suite à de multiples transformations et évolutions, s'est étendue sur le monde en e façonnant peu à peu. Et connaître son histoire c'est quelque peu connaître ses origines.
Le sujet est bien vaste, mais il est parfaitement maîtrisé dans ce texte à la fois clair et hautement instructif. Dans un souci d'objectivité, Eric Coulon ne prend jamais parti et reste parfaitement neutre par rapport à tels ou autres événements. Son but est clairement de raconter l'histoire de la chrétienté, et non pas de la juger. Le texte est fort bien documenté, l'auteur fournit de multiples détails concernant l'un ou l'autre événement, porte des interrogations poussant à mieux comprendre l'évolution de la religion vers telle voie.
Le édvoiement du christianisme d'Eric Coulon plaira particulièrement aux amateurs d'histoire, celle de la chrétienté et du christianisme ayant eu tant d'implications sur l'histoire générale dans ces 2000 dernières années.
A découvrir !
11:11 Écrit par Marc dans Coulon, Eric | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eric coulon, christianisme, essais historiques, litterature francaise, histoire des religions |
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jeudi, 04 décembre 2008
Hollywood, cinéma et idéologie - Régis Dubois - 2008

Le cinéma, comme tout art d'ailleurs, connaît une certaine dépendance par rapport aux idées de son époque et de la société dans laquelle il est produit. En cela le cinéma hollywoodien, vraisemblablement le plus important du moment, ne fait certainement pas défaut. En plus il ne se garde pas de promouvoir un certain mode de vie, mais également une façon de penser. Au début cette forme de propagande était régie par le pouvoir public, le code Hays entre autres, puis par les restrictions d'âge dans la classification des genres et finalement par les objectifs commerciaux qui jouent le rôle d'une véritable censure. A noter aussi la cérémonie des Oscars, qui, en nous prêchant quels films valent la peine d'être vus, ne récompense qu'un cinéma des plus consensuels et politiquement corrects.
Régis Dubois invite donc le lecteur à revoir l'histoire du cinéma hollywoodien dans son ensemble en s'attardant sur un certain nombres de films servant d'études de cas. Tel par exemple Naissance d'une nation (The Birth of a Nation, 1915) de D.W. Griffith qui est souvent considéré comme le premier long-métrage de l'histoire du cinéma, ne fait-il pas l'apogée de la race blanche américaine et protestante face à la menace représentée par les Noirs d'Amérique? Et qu'en est-il du Tarzan (1932) de W.S. Van Dyke qui représente un homme blanc éduqué depuis son plus jeune âge au milieu de la jungle et qui, sûrement à cause de ses origines blanches et donc supérieures, en devient le maître incontesté. D'ailleurs, la crise faisant rage pendant les années aux Etats-Unis, le cinéma se caractérise aussi par d'invraisemblables happy end montrant comment le bien finit toujours par triompher du mal et que tout le monde vit en fin de compte dans le meilleur des mondes. La Seconde guerre mondiale verra son lot de films de propagande jusqu'au Jour le plus long (1962), véritable démonstration de la force et de la puissance de l'armée américaine. Le débarquement sera d'ailleurs vu d'une autre façon bien plus tard, dans Il faut sauver le soldat Ryan (Saving Private Ryan, 1997), par Steven Spielberg, mais son fond idéologique ne change qu'en apparence. Les années 70 verront apparaître de nombreux cinémas parallèles, la blaxploitation par exemple, mais pour bien peu de temps car non-supportés commercialement, pour donner dans les années quatre-vingts l'apogée des Rocky et Rambo, l'américain musclé conquérant du monde. Forrest Gump en 1994 (Robert Zemekis) est une véritable œuvre révisionniste au triomphe de la culture américaine si supérieure. Et l'analyse de Régis Dubois tend jusqu'au début des années 2000 avec le film 300 de Zack Snyder (2007), véritable pamphlet fasciste et militariste qui légitime à l'exemple de la glorieuse Sparte face aux barbares Perses les guerres américaines contre l'Axe du Mal (guerres en Irak et en Afghanistan, tensions avec l'Iran, ...).
Évidemment pas tous les films américains n'entrent dans ces catégories, Régis Dubois nous le rappelle tout au long de son essai, mais à bien y réfléchir, le cinéma des studios n'y échappe que bien peu souvent. Car combien de fois se dressent face au héros WASP (White Anglo-Saxon Protestant) ces autres, les méchants, souvent représentés par des Noirs, des Viets, des Latinos, des Russes et arabes/perses musulmans.
L'approche de ces nombreux films est bien sûr historique et politique, mais Régis Dubois, dans ses analyses, les aborde à la fois par leur portée sociale, les réactions engendrées par la presse, et même pour les films les plus récents, par les avis émis sur divers blogs et forums internet. Et cela sans oublier que le cinéma est aussi un art simple et complexe à la fois qui ne se résume que difficilement qu'en une seule idée. Ainsi cet ouvrage va à la fois capter les adeptes de ce 7ème Art hollywoodien ainsi que ceux qui s'intéressent plus aux divers aspects de la critique sociale et politique de cet art à travers l'Histoire. Ils y apprendront les différents mécanismes de représentation qui ont été utilisés jusqu'à aujourd'hui afin de conformer un art à une unique façon de penser.
Il est à noter que Hollywood, cinéma et idéologie s’inscrit dans le prolongement direct du précédent livre de Régis Dubois, Une histoire politique du cinéma, paru en 2007 également aux éditions Sulliver. La vision historique plus générale de ce premier livre est ici approfondie à travers des exemples parlants relevant du cinéma aujourd'hui dominant.
En bref Hollywood, cinéma et idéologie est un livre essentiel à conseiller à la fois aux cinéphiles et à tous ceux plus intéressés par l'influence socio-politique de cet art sur la société.
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Extraits :
Glorification de l’individualisme
Tous les films hollywoodiens mettent en scène un premier rôle (parfois deux, un masculin et un féminin), des seconds rôles et des rôles de moindres importances. De la sorte ils imposent, d’une certaine manière, une hiérarchie parmi les personnages et, en dernière instance, parmi les Hommes. Notons que les prix d’interprétation (les Oscars notamment) reprennent cette même classification. Aussi les films hollywoodiens fonctionnent-il sur un modèle hiérarchisé et individualiste. Ce qui n’était pas le cas des premiers films soviétiques d’Eisenstein, par exemple, qui inventa la figure de la « masse-héros » (les masses laborieuses étaient « le » héros de l’histoire). Dans le cinéma hollywoodien cette vision individualiste est renforcée par le phénomène du star system. La vedette, reconnue comme telle, tient le premier rôle, son nom figure en ouverture et en lettres capitales au générique, elle a le monopole du gros plan et c’est elle qui oriente la perspective narrative, faisant survenir les événements, motivant et justifiant dans le même temps les changements de plans. C’est à elle que le spectateur est convié à s’identifier par un subtil jeu égocentrique de mise en scène des regards (regard de la caméra, regard du spectateur et regard du personnage) . Le second rôle ne sera lui par conséquent qu’un faire-valoir, objet, adjuvant ou opposant, destiné à réaliser ce complexe processus de projection-identification. Les films hollywoodiens imposent en ce sens une hiérarchie des personnages, hiérarchie donnée comme modèle au spectateur et, insidieusement, à la société (voir pour exemple le type de relation homme/femme développé dans Fenêtre sur cour).
Par ailleurs, beaucoup de récits hollywoodiens, et ce n’est bien sûr pas un hasard, sont construits sur le modèle du success story : un individu – en général un quidam parti de rien ou face à une difficulté importante – surmonte un à un tous les obstacles qui entravent son ascension sociale, professionnelle ou autre et, parce qu’il fait montre de vertus (il est d’ordinaire courageux, loyal, volontaire) parvient à atteindre son but (l’amour, la réussite, le succès). Cette conception idéologique, « éminemment favorable à l’éthique capitaliste » nous dit Hennebelle, est inscrite dans les fondements même de l’american dream : toute personne, si elle s’en donne les moyens, peut accéder au bonheur et à la réussite ; tout le monde a les mêmes chances au départ... C’est le mythe du self-made-man si cher à la nation américaine. Cette conception darwiniste de la réussite personnelle, fondée sur la valeur physique et morale de l’individu, permet du même coup de justifier les inégalités présentes au sein de la société : puisque le héros parvient à ses fins (grâce à son courage, à sa valeur morale), celui qui ne réussit pas est le seul responsable de son échec.
Manichéisme, simplification et désinformation
La simplification à outrance, la naïveté et l’invraisemblance des situations décrites, le manque de profondeur psychologique de la plupart des personnages, « l’inadéquation entre les sujets traités et la problématique du peuple américain », tout ceci tendrait, selon Hennebelle, à désinformer le spectateur et à maintenir une sorte de statu quo, dans l’intérêt de la classe dominante. L’auteur parle dans ce cas « d’ambiguïté idéologique » (les problèmes sociaux et politiques sont posés de manière erronée et incomplète), de « falsification historique » (les luttes sociales sont réduites à des rivalités interindividuelles par gommage des données économiques, sociales et politiques) et rappelle que la résolution des intrigues hollywoodiennes ne repose jamais sur une analyse politique sérieuse ou pertinente, mais sur des notions de Bien et de Mal. Notons que cette désinformation se vérifie aussi au sujet des films qualifiés de soi-disant « progressistes » : du fait qu’ils ne s’attaquent pas vraiment aux problèmes ni à leurs sources réelles, ceux-ci tendent invariablement à dénaturer les luttes sociales et tombent le plus souvent dans la dénonciation superficielle sans jamais mettre en accusation les vraies causes ni les vrais coupables. Un bouc émissaire sera par exemple montré du doigt pour répondre du racisme américain comme c’est le cas dans Crossfire (Feux Croisés d’Edward Dmytryck, 1947) ou dans Edge of the City (L’Homme qui tua la Peur de Martin Ritt, 1957) et dans tant d’autres films timidement contestataires. Le « vilain » sera alors puni et tout pourra rentrer dans l’ordre, comme s’il faisait figure d’exception, comme si le problème pouvait se résoudre ainsi.
Eurocentrisme, phallocentrisme et négation de l’Autre
De film en film le cinéma hollywoodien a construit un modèle-type de héros, instituant ainsi au fil du temps une norme pour longtemps indépassable. Jusqu’il y a encore peu en effet (disons jusqu’aux années 70), le personnage principal d’un film hollywoodien était pour ainsi dire toujours de sexe masculin, blanc, hétérosexuel voire protestant. Tous les autres personnages ne répondant pas à cette norme étaient invariablement relégués à l’arrière-plan, dans des rôles subalternes souvent dégradants, à moins qu’ils ne fussent tout simplement absents. La femme, « fille de joie ou mère aimante », nous dit Hennebelle, demeurait « le faire-valoir du mâle, sa perdition ou son refuge ». Les Noirs, les Indiens, les Latinos ou les Asiatiques étaient toujours soit rejetés en hors-champ, soit présentés comme de bons sauvages ou des êtres exotiques, intégrés et dociles au mieux, au pire comme des êtres fourbes, cruels et dangereux . De même que les rôles d’homosexuels oscillaient inlassablement entre maniaques pervers et marginaux victimes . Les exemples abondent en la matière dans le cinéma classique, des Nègres violents de Birth of a Nation (Naissance d’une Nation, Griffith, 1915) aux meutes hurlantes et sanguinaires de Stagecoach (La Chevauchée Fantastique, Ford, 1939), du Japonais sadique de Forfaiture (DeMille, 1915) aux assassins de Rope (La Corde, Hitchcock, 1948), sans oublier la galerie de femmes fatales, d’épouses envahissantes et de potiches stupides dont est (sur)peuplé le cinéma hollywoodien (chez Ford, Hawks, Hitchcock, etc.). Tel fut le sort de l’Autre hollywoodien pendant plus d’un demi-siècle. Mais aujourd’hui les choses ont-elles tant changé ? Eddie Murphy, Jackie Chan, les Indiens de Danse avec les Loups ou les personnages féminins ou gays de la plupart des productions hollywoodiennes ont-ils réellement un statut beaucoup plus enviable que par le passé ?
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Voir également:
- Une histoire politique du cinéma (2007), présentation
12:32 Écrit par Marc dans Dubois, Régis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, essais historiques, essais politiques, litterature francaise, regis dubois, histoire du cinema |
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jeudi, 23 octobre 2008
Une histoire politique du cinéma - Régis Dubois - 2007

Le cinéma, comme tout art d’ailleurs, connaît toujours une forte influence subie par l’environnement politique et social dans lequel il est créé. Evidemment il y a le fait des censures établies par certains régimes dictatoriaux, mais au-delà de cela, l’état et la société influent directement à la fois sur le contenu des scénarios, la forme des films et bien d’autres. Certains films ont été faits à une certaine époque et n’auraient pu être faits à une autre. Et il existe des liens évidents entre l’apparition des mouvements cinématographiques et les bouleversements sociopolitiques d’un pays, voire d’une région.
L’écrivain et essayiste français, déjà auteur de nombreux livres sur le cinéma dont Hollywood, cinéma et idéologie, 2008 (également aux éditions Sulliver), nous propose ainsi ici de revisiter toute l’histoire de cet art à partir du cinéma muet jusqu’au années 2000, et cela non pas d’un point de vue artistique, mais purement politique et idéologique. Le livre est chapitré en fonction des grandes périodes politiques de l’Histoire : le cinéma muet du début de siècle, l’entre-deux guerres, la Seconde guerre mondiale, la Guerre froide, l’après-68, les années 80 et les années 90 à l’heure de la mondialisation. Toutefois l’auteur se concentre avant tout sur les cinémas européens (français avant tout), russes et américains tout en se permettant des incursions dans d’autres pays et régions tels l’Afrique et l’Asie par exemple. D’un cinéma contestataire en passant par un cinéma d’endoctrinement et de propagande, jusqu’au pur divertissement, l’auteur revoie ainsi les principaux courants de l’histoire et leur influence sur le septième art, en démontrant même comment des films à priori apolitiques peuvent parfaitement cadrer dans le cadre sociopolitique d’une époque. Si de nombreux ne sont que cités, pour chaque période certains sont analysés de façon plus précise, donnant ainsi une image plus en profondeur des périodes traités.
En véritable pédagogue Régis Dubois réussit à admirablement bien synthétiser tout cela en à peine 200 pages, en s’adressant à la fois aux spécialistes du domaine ainsi qu’aux autres. Ce livre réussit à donner envie de revoir tous les films cités, mais incite aussi le lecteur à être plus vigilant par rapport à ce qu’il voit sur grand écran en gardant à l’esprit la dimension politique que possède toute œuvre d’art.
Une histoire politique du cinéma de Régis Dubois est un beau livre de référence sur l'histoire du septième art, idéal pour tout amateur de films.
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Voir également:
- Hollywood, cinéma et idéologie - Régis Dubois (2008), présentation et extrait
10:22 Écrit par Marc dans Dubois, Régis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, essais historiques, essais politiques, litterature francaise, regis dubois, histoire du cinema |
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dimanche, 05 octobre 2008
L'Etat et la langue - Robert Lafont - 2008

"Dès l’instant où les Grecs empruntent l’alphabet aux Phéniciens pour écrire leur langue, l’État pointe sous la forme de la Cité. Langue et écriture se prêtent désormais secours dans son service. Comme il y a pour la communication orale une fixation systémique dite phonologie, il y a pour fixer la langue en écrit un système phonématique, dont l’État établit les règles. D’après le codage grec se construit le codage latin, le nôtre, avec son contrôle maximal de la Lettre sous ses trois aspects de système de langue écrite, de système de ce qui sert à l’écrire, et de système de ce qu’on écrit avec elle sous l’autorité et quelquefois la censure de l’État.
Ainsi naquirent en Gaule romaine deux langues nouvelles : oc au Sud, oïl au Nord, dont l'auteur suit en parallèle émergence et développement dans un salubre réexamen de l'Histoire de France.
De l'Antiquit à la fin du XVIIème siècle, l'Etat se construit et impose son hégémonie en instrumentalisant l'outil linguistique et en le codifiant. le pouvoir centralisateur enfin installé, la France, déclare une et indivisible, devient un Etat intérieurement oppressif, extérieurement conquérant, intellectuellement convaincu de sa supériorité à tout autre." cf. éditions Sulliver.
L'état et la langue ont toujours été liés, sa place dans la société, son rôle à la fois politique et culturel est indéniable. L'historien et linguiste français Robert Lafont nous en fait ici un compte rendu dans ce magnifique essai publié en 2008 aux éditions Sulliver, en partant de l'Antiquité pour e concentrer ensuite sur la situation en France longtemps divisée entre une langue d'oïl, venant du Nord et défendue par le pouvoir, et une langue d'oc venant du sud, avant la mise en place au XVIIème siècle d'un ultime outil linguistique qu'est l'Académie française. Les passionnés d'Histoire de France, mais générale aussi, et de linguistique seront ravis par ce compte-rendu historique et son développement par la suite, véritable synthèse d'années de recherches menées par l'auteur. Robert Lafont nous décrit tout cela avec grande précsion et un véritable talent de synthèse. En véritable conteur Robert Lafont rend cet essai parfaitement divertissant pour toute personne moins habituée à ce genre de travaux académiques.
Conseillé à tous les amateurs d'histoire et de linguistique!
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Extraits :
Le Royaume de France : Déboires militaires, éclat culturel
La guerre des Albigeois avait installé le pouvoir royal sur la Méditerranée. Louis IX était mort à Tunis, mais avait fait construire l’énorme forteresse d’Aigues-Mortes. Les terres de Toulouse, par la mort, coup sur coup et suspecte d’Alphonse et de Jeanne son épouse, étaient intégrées directement au royaume, province de «Langue d’oc», du nom du langage qu’on lui reconnaissait. La maison parente des Anjou régnait en Provence. Mis à part l’Ouest aquitain, la France semblait avoir fait son plein de Midi occitan.
Trois quarts de siècle après, le royaume se désagrégeait. La dynastie était passée des Capétiens aux Valois, ce qui mettait en fureur le roi d’Angleterre. Il y avait eu conflit entre Jean le Bon et ses États généraux, toute prétention sur l’Aquitaine et la Bourgogne avait été abandonnée au traité de Brétigny. Le roi de France prisonnier était mort à Londres.
Charles V redressa la situation, combattit victorieusement Anglais et Castillans, secondé par ses fameux généraux Boucicaut et du Guesclin. Le sentiment français place sous ce fondateur de la Bibliothèque royale et ce constructeur de la Bastille un rayonnement nouveau de Paris, que son petit-fils Charles VII devait rétablir après les catastrophes de la folie du fils Charles VI, de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, de la défaite d’Azincourt et de l’invasion anglaise.
Jeanne d’Arc, arrivée de Lorraine, terre d’Empire, habile militaire autant que figure mythique, avait pris Orléans et rétabli le roi de France sur son trône. Celui-ci se laissera mourir de faim, par peur d’être empoisonné par son fils, le futur Louis XI, et meurt en fait en 1461, mais Jeanne par sa légende mystique, la prise qu’elle fit d’Orléans, le couronnement du souverain qu’elle replaça à Reims et sa mort sur le bûcher, assura la sacralité de son trône.
Deux écrivains marquent cette époque de la fin du XIVe et du début du XVe siècle. L’un, qui l’ouvre, est une écrivaine d’origine vénitienne, Christine de Pisan. Elle est attachée à la cour de France par le choix de son père, astrologue de Charles V. Veuve d’un notaire royal à 25 ans, elle se fait écrivain de profession, ce en quoi elle innove. Elle produira une œuvre immense pendant une quarantaine d’années, en grande partie inspirée par sa vie solitaire et soutenue par le lyrisme courtois. Elle inonde l’Europe aristocratique des copies de sa production et contribuera ainsi à faire du français royal une langue «de classe» qui déborde son domaine propre. La déploration des malheurs et de la stupidité de la guerre est un autre volet de son œuvre, qui colle à son époque.
François Villon la ferme, en prolongeant la longue tradition des goliards, écolier de Paris, grand artiste au demeurant, poète sous divers noms d’emprunt, maître dans le genre de la ballade. Il finit mal, blessant un prêtre dans une bagarre, poursuivi pour vol, disparu après 1457 dans sa «cavale».
À ces deux pôles ainsi hautement illustrés de la création parisienne, on peut ajouter Charles d’Orléans, fils du duc Louis, fait prisonnier par les Anglais à Azincourt, détenu vint-cinq ans. Une fois libéré, il tint à Blois une cour brillante où il accueillit un moment Villon. Lui-même poète de l’allégorie dans la tradition du Roman de la Rose. Et Alain Chartier, un des grands diplomates de son temps, notaire royal, ambassadeur à travers l’Europe, poète émouvant dans l’apologie de la paix, qu’il enferme en des formes poétiques fixes. Dans un royaume déchiré et incertain de son avenir, la langue du roi prend un éclat qu’elle ne perdra pas.
La «Descente au Sud» du français
Il a été remarqué par les historiens de la langue française que sa conquête administrative des terres du royaume ménage, au Nord de l’occitan, une bande résistante tout au long du XIVe siècle. Il est hasardeux d’attribuer cette «marche» linguistique à des usages locaux protégés, alors qu’il s’agit visiblement de deux larges mobilités zonales. A l’Ouest, du recul d’un occitan du Poitou encore solide au XIe siècle et, en allant vers l’Auvergne, d’une instabilité dialectale qui a laissé jusqu’à nos jours la zone hybride du «croissant». A l’Est, tout est clair : c’est le franco-provençal de terrain qui résiste et résistera jusqu’à aujourd’hui.
A l’Ouest, une avance de la langue du Nord a été masquée par l’usage du latin jusque vers 1400. En Auvergne, pourtant pleinement occitane, un fait politique a été déterminant: l’investiture de la province a été donnée vers 1360 à Jean de Berry, qui installe sa cour à Riom. A partir de là l’écrit français se répand. Les deux villes jumelles de Clermont et Monferrand attendront cependant 1400 pour franciser leurs documents.
À l’Est, le barrage dans l’écrit parait institutionnalisé autour des bourgeoisies des cités marchandes. La plus importante est Lyon, carrefour de commerce européen. Elle garde bien sa langue dans l’usage social écrit jusqu’à 1360. Le français cependant pénètre alors dans la comptabilité publique et dans les registres de taxes. C’est une entrée par l’officialité «pondéreuse». Au XVe il règne, mais le dialecte domine encore dans les procès-verbaux des délibérations communales.
Ce relais sera pris par une littérature populaire: la preuve en est la persistance du guignol lyonnais jusqu’à l’époque moderne. La date de mutation est à peu près la même en Forez et en Bresse, où les documents dialectaux sont nombreux. Tout cela, on le voit, atteste une résistance franco-provençale qui ne s’explique bien que par un sentiment identitaire survivant dans la société des pouvoirs locaux. De même à Genève, hors de France, et en Dauphiné. Dans cette province, qui devient l’apanage du fils aîné du roi de France en 1349, les comptes de Grenoble passent au français peu avant cette date. La limite de l’expansion de la scripta nordique se trace là au cours du XVe siècle : le Haut Dauphiné bascule au français tandis qu’Embrunais et Gapençais gardent l’occitan. C’est là sans doute encore une affirmation d’appartenance linguistique.
Les historiens de la langue l’ont bien remarqué: jusqu’au milieu de ce XVe au moins, le pays d’oc tout entier campe dans sa langue écrite. Il n’offre guère que l’exception de la Haute Marche limousine, francisée totalement vers 1400 par voisinage, alors que le Limousin et Limoges persisteront cinquante ans encore dans une langue institutionnalisée.
Philippe le Bel le reconnaît quand en 1317 il fait expédition gallicanis in gallico, et occitanis in latino. Peut-être parce que ses scribes ne savaient pas l’oc. Il reconnaît ainsi l’existence dans son royaume d’une bande intermédiaire d’«autre France» qui se défend en son langage mais en latin aussi, signe de romanité persistante et de refus de l’émergence de l’oïl; le Limousin, berceau de la littérature occitane, est un bon exemple de résistance au français de France.
Pour le franco-provençal, la grande exception est la Savoie. Elle est d’ordre dynastique. La Maison régnante, d’origine obscure, qui porte le nom du comté alpin depuis le XIe siècle, laisse filtrer un ou deux documents en français au XIIIe siècle, a pleinement choisi cette langue au XVe. La comtesse demande déjà en 1383 qu’on lui écrive en français pour qu’elle comprenne.
Cette francisation va avoir une conséquence tardive aux frontières occitanes. Le comté de Nice parle et écrit l’oc, comme toute la Provence. Mais en 1388 Jean du Beuil inféode l’ensemble de ses fiefs à Amédée de Savoie. Jean de Grimaldi ne peut empêcher les Niçois d’entériner cette décision moyennant le serment juré sur les Évangiles de respecter leurs libertés et franchises. Or le port de Nice va servir de base commerciale au Piémont et la ville annexée sera gérée par des fonctionnaires qui, quel que fût leur dialecte familial, avaient dû adopter le français s’ils étaient d’un rang supérieur, la langue italienne si inférieur. La conséquence linguistique de ce porte-à-faux historique atteindra le 11 février 1560. Le temps nécessaire pour que Nice et son comté, sous une administration savoyarde relativement libérale, persistent en leur langage écrit comme parlé et développent ainsi une belle culture sur bases autochtones. Leur sentiment d’indépendance a été mis à l’épreuve par l’invasion militaire des Français et de leurs alliés Turcs en 1546. En 1560, siégeant à Nice même, le duc Emmanuel Philibert de Savoie impose l’usage du «vulgaire» à son administration. Dans le comté de Nice, ce vulgaire sera l’italien. Ailleurs, le français.
Cet édit n’est pas sans rappeler dans ses termes l’ordonnance que François Ier avait signée en 1539 dans son château de Villers-Cotterêts et que le Conseil d’État de la République française tire encore aujourd’hui des archives quand il s’agit de barrer la route de la légalité aux «langues régionales».
15:45 Écrit par Marc dans Lafont, Robert | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : essais historiques, linguistique, litterature francaise, robert lafont |
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mercredi, 21 mai 2008
La réfutation majeure - Pierre Senges - 2004

En 1492, Christophe Colomb, à la solde des Espagnols, découvre un nouveau chemin vers les Indes en passant par l’Ouest. Peu après Amerigo Vespucci constate que les terres découvertes par Colomb ne sont guère les Indes mais un tout nouveau continent dont personne ne connaissait l’existence. Du moins c’est ce que les Espagnols veulent bien faire croire au monde. Un nouveau continent a-t-il réellement été découvert ou a-t-il simplement été inventé. Entre 1517 et 1525 apparaît Refutatio major, texte anonyme faussement attribué à Antonio de Guevara, qui dénonce cette immense farce qu’est la découverte du Nouveau Monde et le complot espagnol qui la maintient. Car rien n’est vrai ! Un Nouveau Monde dont personne ne connaissait l’existence, cela ne peut avoir de sens. Les preuves que les Espagnols ne sont que des supercheries. Et le tout n’a pour but que de conforter la monarchie en son pouvoir.
Qui serait assez crédule pour donner foi aux allégations mensongères et totalement fantaisistes de ceux qui ont découvert le prétendu Nouveau Monde ? C’est le message que cherche à passer l’auteur de la Réfutation majeure à ses contemporains du XVIème siècle.
En 2004 l’écrivain français Pierre Senges en fait une traduction suivie d’une enquête en vue de découvrir l’auteur réel de ce texte.
Ecrit sous forme épistolaire comme une lettre adressée au roi, le texte démontre dans une certaine logique qu’il n’y a aucun Nouveau Monde. Page par page l’auteur de la réfutation remet en cause tous les faits et cela en général de façon plutôt crédible. Les arguments mis en avant touchent à la fois les domaines de la géographie, de la politique, de la science et de la philosophie. Même le lecteur d’aujourd’hui se met parfois à douter des faits avant de se reprendre en regard des connaissances d’aujourd’hui. Le tout
Le tout est très plaisant à lire malgré certaines difficultés d’ordre philosophique ou historique. De plus l’enquête faite par Pierre Senges sur l’attribution du texte à son véritable auteur, même si très factuelle, est tout à fait passionnante. Car si ce texte est souvent attribué à Antonio de Guevara, celui-ci est loin d’être le seul susceptible d’avoir écrit ce texte, et parmi les autres suspects on en trouve des plus étonnants.
En bref La réfutation majeure est un livre exceptionnel sur la vérité historique, un magnifique exemple de théorie de complot d’une autre époque et qui donc retrouve écho de nos jours.
A découvrir !
Divers extrait :
Trompé par tant de fables passant pour des promesses, et par cette fausse monnaie qu’après ma mort on jettera dans ma tombe en guise de terre, je n’ai plus comme recours que la solitude et l’exposé des faits, l’un et l’autre si exacts. La solitude, ce serait cette chambre, ou le reflet de mon visage dans une glace, ou bien encore mon seul pouvoir; l’exposé des faits est ce présent livre, que j’abandonne mais que je voudrais semblable à une piqûre d’épingle.
J’ai été pourtant l’un des premiers à accepter l’idée d’une terre nouvelle, située à l’ouest, même réduite, même pauvre, même si elle devait pour l’éternité n’être que la proie des mouettes acharnées sur un tas d’ordures; cette acceptation était une forme d’enthousiasme et la preuve d’un reliquat de jeunesse dans mon corps de vieil hibou. J’ai souscrit aux premières paroles des navigateurs, à peine avaient-ils posé le pied sur le sol espagnol et retiré leurs chapeaux devant leurs souverains. Ils parlaient d’îles et de montagnes; j’ai entendu leurs témoignages prononcés dans un mélange de naïveté et de solennité (c’est-à-dire d’une voix mal assurée) comme, je crois, j’aurais écouté la levée d’une sentence ou, de la bouche d’un juge monolithique, la commutation d’une peine de mort en peine d’exil.
…
Nonobstant les complots qui ont suivi, se suivent encore, nonobstant les amples calculs, je me suis demandé si la cause de l’invention n’était pas un malentendu. Je crois pouvoir poser à l’origine de ce qui nous tourmente à présent un petit livre, imprimé à Venise lui aussi comme ils semblent tous l’être aujourd’hui, la ville s’enfonçant un peu plus à chaque coup de presse. Un livre qui est le premier à parler de terre nouvelle, de continent vierge, d’îles inutiles, de découvertes, d’Ante Illa, d’Eldorado bien évidemment et de quelques autres créatures dont les noms depuis sont récités sans cesse (ce à quoi je me résigne moi-même volontiers parce qu’il n’est pas mauvais de temps à autre de prononcer des mots inouïs, pour notre convalescence). Le livre, de la taille des plus petits missels in-16 (pour dire la vérité assez médiocrement conçu), même s’il semble parler de voyages et de longs cours, et désigne l’ouest sans ambiguïtés, et le couchant où l’or et le feu se conjuguent sous l’effet de la chaleur, même s’il parle de fleuve charriant des étincelles de lumière, s’il parle de périple, d’initiation, de tempêtes et d’ébullitions, s’il imagine ou promet des territoires inconnus, invisités, s’il lui arrive de prévoir la transformation subie par des créatures blanches au contact de créatures noires et de créatures rouges, s’il lui arrive aussi d’évoquer la face cachée du monde et des fortunes latentes infiniment supérieures aux épiceries du Portugal (un bâton de cannelle ne vaut rien en comparaison du vif-argent), ce livre médiocre contrairement aux apparences n’est pas le journal d’un marin, c’est un traité d’alchimie, comme il s’en produit beaucoup trop de nos jours dans la lignée des œuvres de Pierre Vicot et de Basile Valentin, un livre auquel on a pu souhaiter une bonne fortune, au moins éditoriale: faute de distiller l’or potable, il a fait couler beaucoup d’encre.
…
L’une de ces légendes, qui mérite ma crédulité le temps d’un pas de danse, fait déambuler des hommes sans tête sur les plages des îles récemment découvertes, ces îles de derrière l’horizon où les franciscains d’Olivier Maillard vont dessiner les plans de leurs futures églises. Il existerait là-bas de ces créatures acéphales, aux épaules droites, avec l’air renfrogné des hommes trapus: je rêve de parcourir à mon tour les plages de sable fin et d’or, bon pour les sabliers, je rêve de côtoyer une saison entière les créatures au buste raccourci, dont la tête ne grelotte pas au bout d’une tige. Ni pour eux ni pour moi l’acéphalie n’est une infirmité, puisqu’elle n’empêche pas la marche, elle n’entrave pas les gestes, elle ne prive l’homme ni de ses deux bras ni de ses deux mains et, à la suite d’arrangements commodes, n’occasionne ni surdité, ni cécité. L’acéphalie aurait pour seul désagrément, passant parfois pour avantage, d’interdire le visage, et tout le jeu d’expression qui l’accompagne: de fait, l’homme sans tête se prive des manœuvres en usage à la saison des amours ou pendant les conciles, il ne peut s’inquiéter ni de sa perruque, ni de ses moustaches, confondues alors avec les poils que nous avons sur le ventre. L’acéphale est un mauvais courtisan, s’il est incapable de cette gymnastique propre aux gens de palais, incapable de maîtriser à même la poitrine l’art du sourire ou du dédain, sans lequel il n’y a non seulement pas de politique, mais pour ainsi dire pas de langage. On ne verra pas d’acéphales dans les cours, celles où, en ce moment même, défilent des découvreurs, des cartographes, des prélats, des projets pour le monde nouveau, des propriétaires conscients de ce que clôture veut dire. On ne les verra pas hanter les antichambres, dans le rôle du confident, car il est inimaginable de voir une reine catholique se pencher sur le ventre de l’un de ces monstres afin de partager un secret d’État. S’ils fréquentent les palais, ces acéphales joueront avec beaucoup de compétence le rôle de laquais, ou d’huissier, et on aura l’air de parler devant eux en toute liberté, aussi facilement que devant un buste de bronze. En revanche, l’acéphale échappe aux juges, car ils ne peuvent mettre aucun visage sur le criminel, ni exiger qu’on le décapite; pour toutes ces raisons, l’acéphale m’est plutôt sympathique; j’ignore seulement si ce genre d’amitié pourrait être réciproque.
…
S’il me fallait confier mon texte à l’eau, par mélancolie ou goût dépravé du risque, ou parce que je ne pourrais faire autrement, ou parce que des tempêtes me menacent (mais toujours avec cette prudence exacerbée dont font preuve certains lapidaires, bâtissant une forteresse autour d’un seul caillou), s’il m’arrivait par sagesse d’associer l’immortalité de mon texte à sa disparition, l’un étant le garant de l’autre, j’agirais comme Cristobald Colomb. On dit que l’amiral a enveloppé le récit de sa découverte dans de la toile cirée, prise dans un pain de cire, le tout scellé dans un baril qu’il aurait jeté à la mer ou fixé au moyen d’une très longue corde à la proue de son navire: en cas de naufrage, bateau et hommes et richesses par le fond, le récit continue à danser à la surface, pour les curieux, de passage, égarés là.
Des curieux égarés, en aucun cas des grammairiens: je crains, comme des petits démons en l’absence de vrai diable, des commentateurs et les analystes venus du Latran ou s’exprimant depuis Cordoue, les créatures riches d’un bagage théorique semblable à une trousse de thanatopracteur. Je redoute un baume de commentaire autour du cadavre de mon livre, surtout si le commentaire est avisé, s’il est imparable, jamais inquiet, s’il avance comme une lame; j’évite tous ceux qui comprennent puis expliquent, et paraissent ainsi distribuer une manne venant du plus profond d’eux-mêmes; je redoute leur air de saints généreux et bienfaiteurs, le long des couloirs d’Alcalá, amoureux d’une humanité qu’ils tiennent à leurs genoux; je les redoute et je m’en méfie non comme du diable mais comme d’un charlatan convaincu d’être le diable car il occupe sa place vacante avec un zèle excessif, c’était prévisible; je redoute ces êtres vivant dans l’harmonie de la recension et de la synthèse, car dans leur profonde compréhension se devine un instinct carcéral; j’exorcise l’équanimité, comme l’harmonie de la réussite; je relègue aux confins de mon empire, si j’en ai un, ces créatures ayant renoncé à toute inquiétude; je maudis ceux à qui rien n’échappe et qui, une fois tournée la dernière page d’un livre, sont convaincus d’avoir fait ce qu’il y avait à faire, jouissent de cette tautologie comme du devoir accompli.
12:56 Écrit par Marc dans Senges, Pierre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : nouveau monde, pierre senges, refutatio major, essais historiques, litterature francaise, antonio de guevara |
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