mardi, 21 juillet 2009

Les Trésors de la mer Rouge - Romain Gary - 1971

bibliotheca les tresors de la mer rouge

"Ce ne sont ni les trésors engloutis qui dorment au sein des grands fonds sous-marins que je suis allé chercher pour vous sur ces eaux que l'art des conteurs arabes a peuplé de fabuleuses histoires. Ni les perles que l'on n'y pêche plus guère, ni les rubis, émeraudes et diamants que l'eunuque Murad a jetés dit-on, dans la mer Rouge par l'ordre de son maître Ibn Séoud, afin qu'ils rejoignent dans l'inaccessible le fils préféré du dernier conquérant d'Arabie des temps modernes. Ni l'or clandestin transporté par les boutres aux mâts obliques vers les coffres des trafiquants indiens... Les trésors que j'ai ramenés de là-bas sont immatériels et, lorsque la plume ne s'en saisit pas, ils disparaissent à jamais. Le romancier que je suis, amoureux de ces diamants éphémères, parfois très purs, parfois noirs, mais toujours uniques et bouleversants dans leur mystérieux éclat, est parti à leur recherche vers cette mine de richesse et de pauvreté inépuisable que l'on appelait jadis l'âme humaine - je dis "jadis", car le mot est passé de mode, avec son écho d'au-delà. "

Initialement écrits pour une série de reportages pour France-Soir en 1970, Les Trésors de la mer Rouge est publié le 22 décembre 1971 aux éditions Gallimard. L'introduction ci-dessus, premières lignes du texte, résument parfaitement le contenu de ce texte, fait de multiples récits notés par l'écrivain, journaliste et ancien militaire Romain Gary lors d'un voyage en moto autour de la mer Rouge. Il commence à Djibouti, un pays de néant qui voit survivre les derniers signes de l'Empire colonial français qui se dissout de plus en plus, pour continuer ensuite au Yemen. Il y rencontre des militaires français damnés par la solitude de la fin de l'empire colonial, des prostituées parcheminées dont la vie s'échange contre un troupeau de chameau, des têtes brûlées, des bédouins ivres de kat et de kalachnikov, des femmes perles...

"Je n'ai pas le temps de dire un mot que déjà elle est nue, assise sur le bord du lit de camp, les jambes ouvertes sur un sexe d'une noirceur qui fait pâlir la nuit...
Je demeure coi, saisi de stupeur : tout ce corps à soldat est couvert de signatures. Je dis bien de signatures : des hommes ont fait tatouer leurs noms sur cette véritable pierre tombale sous laquelle reposent les rêves des hommes sans amour. Des noms, des dates, comme sur un lieu de passage. Je lis sur le sein : légionnaire Strauss, 1965 ; caporal Bianchi, 1967... Au-dessus du sexe : Kriloff, roi des b..."

Ce qu'il voit avant tout dans ce voyage est un monde en plein changement, fin du colonialisme et le début des indépendance africaines. Mais ce monde moderne qui s'annonce fait vivre à ses côtés un autre vivant encore quelque part loin dans le passé et soumis aux fortes traditions d'antan, ainsi que dans une culture si difficilement compréhensible pour nous. Mais à travers ces récits c'est surtout la folie de l'homme qui se dégage, Romain Gary ne se faisant guère plus d'illusions sur les soi-disant bienfaits du colonialisme, et c'est bien celle-ci qui s'en prend le plus dans ce texte. D'ailleurs sa quête première était de retrouver un homme français, il le constatera par lui-même, devenu complètement fou. Mais dans ces terres abandonnées la folie guette partout et tout le monde...

Ce texte dresse le portrait fascinant d'une région du monde ainsi que d'une époque tellement importante à la fois pour la France et pour tous les pays d'Afrique : celle de la fin du colonialisme. Ce livre est d'ailleurs essentiel pour bien comprendre ces événements. L'écriture est magnifique, les mots de Gary emportent le lecteur à sa suite à la découverte de ces pays de la mer Rouge pour un voyage fait de dépaysement, mais aussi et surtout d'horreur et de folie.

A lire de toute urgence !

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dimanche, 14 octobre 2007

Terra Nullius (Terra Nullius - En resa genom ingens land) - Sven Lindqvist - 2005

bibliotheca terra nullius

Dans ses récents carnets de voyages de succèdent et s'entre-mêlent choses vues, souvenirs et rêves d'enfance, et surtout renvois incessants à l'histoire. Il emporte avec lui des valises pleines de disquettes et de livres, farfouille là-dedans, exhume des faits et des théories oubliés, va sur place, hante les musées et bibliothèques et tout cela à la recherche de ce qui nous sommes, nous Occidentaux, et de ce que nous avons faits.
Après avoir voyagé à travers l'Afrique pour son livre Exterminez toutes ces brutes! (Utrota varenda jävel, 1992) qui retrace les massacres perpétués par les coloniaux, Sven Lindqvist s'attaque cette fois-ci à l'Australie et à son trouble passé qu'on essaie depuis de faire oublier. Il parcourt ainsi plus de 10.000 kilomètres sur la trace des anciens Européens depuis le XIXe siècle.
Ainsi par exemple à Pinjarra en Austealie, il se procure une brochure de l'office du tourisme qui propose certes une promenade touristique mais ne dit rien sur le seul événement qui l'a rendu célèbre, à savoir la prise en 1834 par le capitaine britannique Sterling d'immenses et riches terres verdoyantes considérées comme Terra nullius, càd. une terre qui n'appartient à personne, du moins à personne digne de ce nom. Car ces terres appartenaient aux Aborigènes, peuple natif du continent australien. Sterling avait investi dans ces terres, mais peu à peu il s'est rendu compte que les Aborigènes étaient plus nombreux que prévus et lorsqu'ils commençaient à se rebeller il ne reste plus qu'une solution, les chasser de là, voire les exterminer. Accompagné de onze soldats et de cinq soldats Sterling fait une attaque surprise dans le camps de la tribu nyungar. Résultat: une centaine de morts suivie d'une vague de terreur à travers toute la région.
Les Aborigènes étaient à l'époque considérés comme inférieurs, et comme le prédisait Charles Darwin: dans une période future, les races civilisés de l'homme extermineront et remplaceront les races sauvages partout dans le monde. Et ce massacre de Sterling n'était que le début de ce qui va conduire à une réelle extermination des Aborigènes sur plus de cent ans. A partir de là, Sven Lindqvist nous relate une multitude d'exemples similaires qui se sont déroulés au cours du temps à travers toute l'Australie et comment les survivants ont été maltraités depuis. Et malgré ces multiples descriminations que cette ethnie va subir, Linqvist dcrit aussi comment celle-ci va essayer de survivre malgré tout et s'affirmer, notamment ar son art.
Mais Lindqvist se pose aussi l'essentielle question de la dette qu'a la société d'aujourd'hui sur les massacres d'hier. Les Australiens d'aujourd'hui ne peuvent être tenus responsables des crimes de leurs aïeuls, pourtant ils en profitent via l'héritage qui leur a été laissé.

Terra Nullius
est un livre édifiant, toujours troublant et dont le sujet continue tel un cauchemar à vivre en nous.

A lire absolument!

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Extrait : les premiers chapitres

1

Terra nullius. Du latin terra, terre, sol, pays, et nullius, personne.
En d’autres termes : la terre qui n’appartient à personne. Ou du moins à personne digne de ce nom.

À l’origine, la terre qui n’appartient pas à l’Empire romain. Au Moyen Âge, la terre qui n’appartient à aucun souverain chrétien. Plus tard, la terre qu’aucun pays européen n’a encore revendiquée. La terre qui revient de droit au premier pays européen à l’envahir.

Une terre vide. Une terre déserte. Une terre qui redeviendra déserte puisque ses habitants, jugés si peu nombreux, sont les représentants d’une race inférieure, naturellement vouée à disparaître.

Terra nullius. Concept juridique apparu au XIXe siècle pour justifier l’occupation par les Européens de grandes parties de la surface du globe. Ce concept s’est avéré d’une grande utilité pour justifier l’invasion de l’Australie par les Britanniques.

2

Moorundie ? Morrundie ?… Au Royal Automobile Club d’Adélaïde, ce nom ne disait rien à personne.

– C’est pourtant là qu’ont eu lieu les premiers affrontements entre Blancs et Noirs dans le sud de l’Australie, dis-je.Tout un peuple a été exterminé : le peuple Ngaiawong, qui vivait là depuis plus de cinq mille ans. Il doit bien y avoir une plaque commémorative ou quelque chose de ce genre ?

Non, aucune trace de ce nom sur leurs cartes ou leurs itinéraires. Ils me conseillèrent d’aller voir au South Australian Museum où, là non plus, personne ne put me renseigner. Par le biais d’expositions dans les musées, les indigènes vivent de nos jours dans un présent permanent, un maintenant éternel sans avenir ni passé. Aucune trace, aucun témoignage ne subsiste de ce qui est arrivé à ces peuples lors de l’invasion par les Blancs.

– Pourtant c’est là que l’explorateur Edward John Eyre a mené sa recherche scientifique sur les premiers habitants de l’Australie, insistai-je. C’est précisément à Moorundie qu’il a rassemblé le matériau nécessaire à la rédaction de son traité, Manners and Customs of the Aborigines of Australia, qui est à l’origine de tout ce que ce musée présente sur les Aborigènes…

Non, le bureau d’informations du musée ne pouvait rien pour moi et me priait de m’adresser à l’office du tourisme, lequel me renvoya vers un autre office du tourisme, tout aussi incompétent en la matière. Moorundie semblait avoir été définitivement rayé de la carte.

3

Autour de moi, à Adélaïde, les préparatifs en vue du “Jour de la Réconciliation” allaient bon train. “Sorry”, pouvait-on lire sur des affiches. “Pardon”, clamaient cinquante mille manifestants à la peau blanche protestant contre le refus du gouvernement d’exprimer publiquement des regrets pour les torts causés – dans le passé et encore aujourd’hui – aux premiers habitants de l’Australie. Cinquante mille Blancs témoignaient de leur solidarité avec les Noirs en réclamant des excuses officielles.

Les neuf cent cinquante mille autres habitants d’Adélaïde, qui n’étaient pas descendus dans la rue, se rallièrent à eux en écrivant, les jours suivants, des lettres sur Internet. Pour tous il apparaissait clairement que “Sorry” n’était pas une simple formule de politesse. Si le gouvernement acceptait de présenter des excuses publiques aux Aborigènes, ne serait-ce qu’en murmurant un vague “Pardon”, la génération actuelle se rendrait responsable des exactions commises par les générations précédentes, théoriquement couvertes par la prescription. On assisterait alors à un déferlement de demandes de dédommagement émanant de personnes n’ayant en commun avec les victimes de ces anciens crimes que leur couleur de peau.

“Pardon pour quoi ?” rétorquaient leurs détracteurs. Comme si les crimes n’avaient été commis que d’un seul côté ! C’était dans la nature des choses que la civilisation la plus avancée sur le plan technique et militaire l’emporte, voilà tout. Il s’était passé en Australie le même scénario qu’en Amérique du Nord, en Amérique latine, en Sibérie ou en Asie centrale. De grandes parties du globe étaient actuellement peuplées par des envahisseurs européens qui en avaient écarté le peuple d’origine. Lequel, à son tour, avait écarté un autre peuple encore plus ancien.

Faut-il alors rendre des comptes à chacun ? Auquel cas, qui va payer l’addition ? Et au nom de quoi ?

4

J’ai fini par localiser Moorundie/Morrundie sur un ordinateur du service de cartographie au ministère de l’Environnement. L’endroit était situé au bord du fleuve Murray, légèrement au sud de Blanchetown.

Par une belle et fraîche journée de juin, je quitte donc Adélaïde. C’est l’époque où chez moi, en Suède, les vignobles verdissent, l’époque où le blé d’automne, dans les champs, a des reflets roux et où les touffes de bruyère semblent constellées d’étoiles. Quelque part dans le Gotland, un chemin clair de gravillons trahit un sol calcaire, et, au loin, une colline dénudée aux lignes douces a un avant-goût d’Écosse.

Mais on ne trouve ici nul pin, sapin, bouleau, tilleul, chêne ou orme. Dans cette contrée ne poussent que l’acacia et l’eucalyptus, un point c’est tout. À ceci près qu’en Australie ces deux espèces peuvent prendre n’importe quelle forme. Étant les seuls à pousser, ces deux arbres revêtent une richesse de formes qui sur d’autres continents est répartie plus équitablement entre différentes espèces de végétaux.

Les cimes des arbres se balancent tels des nuages dans le ciel. La verdure semble flotter dans l’air, comme appuyée contre le vide. Soudain quelque chose – un bouquet d’aneth – se détache de cette ligne verte. Et voilà que le paysage, dans le poing humide d’une racine, nous tend un bouquet d’arbres en contrebas.

En aval de Blanchetown, le fleuve coule lentement et charrie du limon qui rend son lit humide et fertile. Un sentier longe le fleuve. Le nom de Moorundie vient d’une île formée de limons, au milieu du fleuve.

5

C’est ici qu’est venu John Eyre le 15 juin 1839, et il crut être arrivé au paradis. On y trouvait en effet tout ce qui était nécessaire pour vivre bien : de l’eau, de grands arbres, une terre fertile ainsi que des milliers d’oiseaux et de poissons. Oui, c’était vraiment l’endroit rêvé pour s’installer. Il se dépêcha de rentrer à Adélaïde pour acquérir du tout nouveau gouvernement colonial mille quatre cent onze arpents de terrain près de Moorundie. Il devenait ainsi propriétaire terrien au paradis.

La condition d’achat était que cette terre n’appartînt à personne d’autre, qu’elle fût, comme on disait alors, terra nullius : la terre de personne, une terre inhabitée.

Mais il y avait un hic : Moorundie était tout sauf une terre inhabitée. Les Aborigènes vivaient là depuis au moins cinq mille ans et entendaient bien y rester. Chaque fois qu’un troupeau de bétail traversait le continent en provenance des anciennes colonies pénitentiaires de Sydney et Melbourne, à l’est, pour rejoindre la nouvelle colonie d’immigrants à Adélaïde, il y avait des problèmes à la hauteur de Moorundie. Un expert de l’époque décrivit la situation en ces termes : “Dès lors que les Blancs furent d’une force suffisante, on ne pouvait s’attendre qu’à un massacre généralisé des Noirs.”

Eyre nota dans son journal : “Les hommes n’avaient qu’une idée en tête : se venger, c’est-à-dire tuer chaque indigène qu’ils voyaient.” Tirer sur tout ce qui bougeait permettait peut-être sur le moment de dégager la voie. Mais cela rendait d’autant plus difficiles le prochain passage de bétail et a fortiori l’installation définitive de Blancs dans la vallée.

C’est ce qui se passa : les altercations s’intensifièrent au fil des ans pour culminer en 1841 dans un véritable massacre. Les soldats blancs décimèrent les Aborigènes, sans aucune distinction d’âge ou de sexe. Les chiffres officiels ne firent état que de trente morts parmi la communauté noire alors que le nombre réel de victimes était largement supérieur.

Après le massacre, Eyre fut envoyé à Moorundie avec pour mission de mieux connaître les indigènes et de mettre un terme à ces échauffourées.Trois ans plus tard il confia que, durant son séjour là-bas, les Européens n’avaient pas eu à subir de dommage sérieux ni d’attaque en règle de la part des autochtones. Eyre parvint ainsi à limiter certains abus de pouvoir exercés par les Blancs, tout en posant les fondations d’un régime paternaliste qui prévoyait la distribution mensuelle de lait et de sucre. Cependant il ne put éviter à la communauté aborigène de se sentir spoliée, humiliée et honteuse. Les Noirs succombèrent en masse aux maladies introduites par les Blancs, qui eurent tôt fait de les contaminer. Les hommes blancs, en manque de femmes, couraient en effet après les femmes noires et leur transmettaient des maladies vénériennes. En 1841, celles-ci étaient encore inconnues à Moorundie. Trois ans plus tard, beaucoup d’Aborigènes se trouvaient à l’article de la mort.

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Voir également:
- Exterminez toutes ces brutes ! (Utrota varenda jävel) - Seven Lindqvist (1995), présentation et extrait

vendredi, 05 octobre 2007

Zovy : 1947, au cœur de l’insurrection malgache - René Radaody-Ralarosy - 2007

bibliotheca zovy

Pour le Madagascar la période qui commence le 29 mars 1947 pour se terminer en décembre 1948 a été l’une des périodes les plus importantes, mais aussi des plus terribles, de l’insurrection malgache contre le colonisateur français, insurrection qui a d’ailleurs été réprimée dans le sang donnant un nombre de victimes estimé aux alentours de 8000 à 12.000 personnes. L’indépendance ne sera obtenue que bien des années plus tard. Zovy ("qui vive" en malgache), titre du roman, était aussi le mot de passe utilisé par les insurgés nationalistes et indépendantistes auquel les membres du MDRM (Mouvement démocratique de la rénovation malgache) devaient répondre Vorona ("oiseau" en malgache). L’écrivain René Radaody-Ralarosy est né en 1937 dans une famille tananarivienne francophile et deviendra plus tard élève à l’école militaire de Saint-Cyr où il côtoie les coloniaux. Mais plutôt que d’écrire un témoignage d’époque René Radaody-Ralarosy utilise la forme de la fiction pour nous raconter les événements de 1947 dont il a été témoin en inventant des personnages qui vont être acteurs actifs ou passifs des événements réels et tragiques de cette période. Ce très réussi croisement entre fiction et réalité facilite au lecteur la découverte de pan de l’histoire malgache. Son roman nous invite ainsi à découvrir cette terrible histoire se déroulant dans l’univers complexe de la colonie française du Madagascar avec ses colons et riches bourgeois français, ses légionnaires maghrébins, sénégalais et indochinois, les anciens combattants malgaches revenus de l’Afrique du Nord ou de l’Europe où ils ont combattu au côté de la France lors de la Seconde Guerre mondiale etc. Le but est de nous raconter l’insurrection de l’intérieur, et non pas comme une accumulation de faits historiques, en s’attachant à un certain nombre de personnages hauts en couleurs qui va vivre de multiples aventures à travers cette insurrection jusqu’à son malheureux dénouement. L’auteur réussit à parfaitement rendre les aspirations complexes et contradictoires des insurgés
Le style d’écriture est sobre et parfaitement adapté. La structure du roman n’est toutefois pas toujours réussie : tout chapitre est monté systématiquement comme une scène au théâtre où l’auteur commence par la mise en scène et s’ensuit un dialogue qui pousse jusqu’à la fin du chapitre. Certains passages sont de plus un peu longs.

Zovy : 1947. Au cœur de l’insurrection malgache est malgré quelques défauts un intéressant roman sur l’insurrection malgache de 1947 et sur la décolonisation en général.

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Extraits :

« Voilà Velo : avec un certain nombre de camarades, et sous le couvert du MDRM, nous nous préparons au combat. Toi qui viens des maquis d’Auvergne, je ne te rappellerai pas la nécessité du secret dans la clandestinité. Tout doit être cloisonné et personne ne doit connaître les autres groupes. Je te dirai seulement qu’un certain nombre de camarades de guerre avec ces civils se préparent. A Fianarantsoa même, des camarades détournent des armes et des munitions et mettent en place des caches dans les forêts alentour. Il en est de même à Tananarive et à Diego. D’autres camarades prennent en main la population. J’ai besoin de toi pour venir avec moi dans la région de Moramanga : il y aura tout à monter, recruter des troupes, prendre ne main la population, constituer des réserves de vivres, d’armes et de munitions, et tout cela dans la clandestinité, loin des regards de l’administration, des colons et du MDRM. «  (p.38).

« Dès que le chef d’escadron Germain apprit l’occupation d’Ambohimiadana, il s’y rendit, intégrant sa jeep dans un convoi de ravitaillement. Ambohimiadana se trouvait à une soixantaine de kilomètres de Tananarive et l’on y parvenait en longeant la rivière Sisaony. La route était très mauvaise, avec souvent des trous et des grosses pierres qui avaient été dénudées par la dernière saison des pluies. Ils mirent trois heures avant d’arriver. Ambohimiadana était un village bâti sur une hauteur, à 1500 mètres d’altitude, dominant une vallée rizicole, avec des collines plantées d’eucalyptus, et dès le coucher du soleil le froid vous mordait. Il était dommage, pensait Germain, que d’aussi beaux paysages soient gâchés par le spectacle de ces maisons incendiées. Accompagné d’un sous-officier malgache, il alla se présenter au colonel qui avait commandé l’opération. Le village continuait à brûler après que les maisons eurent été fouillées. Le colonel Gomez, vétéran de l’Armée d’Afrique et qui avait mené des tirailleurs algériens pendant toute la guerre, contemplait ce spectacle, appuyé sur une canne : - Voilà ce que nous sommes amenés à faire, dit-il à Germain, je n’aime pas beaucoup ça. Mes tirailleurs rechignent à la tâche et mettent beaucoup de mauvaise volonté. S’ils n’avaient pas tiré en l’air et reculé aux premiers accrochages, nous serions arrivés avec une journée d’avance et nous aurions pris au nid tout l’état-major de la rébellion du secteur. Ce baroud va sans doute donner des idées à mes tirailleurs une fois rentrés au pays et nous aurons les pires ennuis. «  (p.148)
Copyright: Editions Sépia

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jeudi, 04 octobre 2007

Exterminez toutes ces brutes ! (Utrota varenda jävel) - Sven Lindqvist - 1992

bibliotheca exterminez toutes ces brutes

"Vous en savez déjà suffisamment. Moi aussi. Ce ne sont pas les informations qui nous font défaut. Ce qui nous manque, c’est le courage de comprendre ce que nous savons et d’en tirer les conséquences."

Sven Lindqvist



Dans le roman Au cœur des ténébres (Heart of Darkness, 1899) l’écrivain Joseph Conrad fait écrire à son personnage le colon Kurtz en conclusion d ‘un rapport sur la mission civilisatrice de l’homme blanc en Afrique la phrase suivante « Exterminez toutes ces brutes ! ». Pourquoi Kurtz résume-t-il sa mission en de tels mots et que signifiaient ces mots pour Conrad et ses contemporains. C’est ce que cherche à découvrir via ce livre l’écrivain et voyageur Sven Lindvist. Il remonte le temps aux origines des massacres faits au nom de la civilisation en étudiant un certain nombre d’actes commis lors du colonialisme (dont principalement ceux du Congo Belge et de l’Empire britannique) pour arriver au génocide des juifs par les nazis. Les exemples son bien connus, même s’ils sont souvent volontairement oubliés, tels par exemple les massacres systématiques des Indiens des Amériques, celui des Tasmaniens par les Australiens, des Guanches sur les Iles Canaries en 1541, des Herero par les troupes allemandes à partir de 1890, lors de tueries organisées, et de l'enfermement en camps de concentration. L'exemplarité française n'est pas oubliée : Lindqvist rappelle à notre bon souvenir l'histoire de la colonne Voulet et Chanoine, qui traça un sillon de feu et de sang sur les bords du fleuve Niger. Le livre de Lindqvist est hanté d'un questionnement essentiel : animés par quelle raison les Européens ont-ils perpétré les catastrophes génocidaires que l'on connaît ? Lindqvist rassemble des témoignages de l’époque de Conrad, de scientifiques ou autres qui par les paroles donnent une justification quelque part à ces massacres, dont entre autres : Darwin et la sélection naturelle, dont les travaux sont réinterprétés en un Si les peuples indigènes, moins ou non développés, disparaissent, c'est en vertu d'une loi naturelle raciale qui voit l'extermination des non-européens, Lyell, Cuvier, … Il reprend également certaines œuvres de grands écrivains de l’époque dont H.G. Wells, important opposant aux massacres de l’époque, dont il cite La Guerre des Mondes (The War of the Worlds, 1898). A Linqvist de conclure qu’une part non négligeable de la pensée européenne baigne dans ces eaux racistes qui justifient les pires actes.
Mais ce voyage dans le temps s’accompagne d’un voyage bien réel à travers l’Afrique où Lindvist s’accompagne de son ordinateur et écrit petit à petit son livre. Car pour Lindvist la compréhension de tout cela ne peut que s’accompagner d’un voyage en Afrique pour enfin disparaître dans le désert et ainsi en quelque sorte refaire le voyage de Kurtz au fin fond de ces mondes hostiles.
Mais attention il ne s’agît ici certainement pas d’un travail académique (même si de nombreuses références sont donnés en fin de livre), mais plutôt d’une réflexion libre présentée sous une forme très agréable et écrit dans un style très soigné et vivant. Les 169 chapitres sont souvent courts, très compacts, et touchent directement.
Il est cependant à regretter que ce que Linqvist nous explique à l’aide de multiples exemples historiques se retrouve de façon certes moins explicative et moins détaillée mais bien plus puissante dans l’excellent roman Au cœur des ténèbres (Heart of Darkness, 1899) de Joseph Conrad qui est à la base de ce livre.

Un livre immense, très troublant et essentiel afin de comprendre les méfaits du colonialisme.

A noter que Sven Lindqvist, auteur de très nombreux livres dont assez peu sont traduits en français, a également écrit sur un sujet semblable Terra nullius (Terra nullius - en resa genom ingens land, 2005) qui retrace l'anéantissement des Aborigènes australiens.

Extrait :

Vers In Salah

1

Vous en savez déjà suffisamment. Moi aussi. Ce ne sont pas les informations qui nous font défaut. Ce qui nous manque, c’est le courage de comprendre ce que nous savons et d’en tirer les conséquences.

2

Le Tademaït, “le désert des déserts”, est la région la plus morte du Sahara. Pas la moindre trace de végétation.Toute vie est éteinte. Le sol est seulement recouvert de ce vernis du désert, noir et brillant, que la chaleur a arraché à la pierre.

Le bus de nuit, le seul qui circule entre El Golea et In Salah, prend, avec un peu de chance, sept heures de route. Pour trouver un siège, il faut se battre avec une douzaine de soldats en gros godillots qui ont appris à faire la queue à l’école de combat rapproché de l’armée algérienne, à Sidi Bel Abbes. Le passager qui porte sous le bras le cœur de la pensée occidentale stocké sur un vieux disque dur est clairement handicapé.

Au début de la route transversale, vers Timimoun, on sert de la soupe de patates chaude et du pain par un trou dans le mur. Puis l’asphalte défoncé prend fin et le bus continue à travers le désert.

C’est le rodéo garanti. Le bus se comporte comme un jeune pur-sang sauvage. Dans un concert de tremblements de vitres et de grincements d’amortisseurs, il saute, retombe et rebondit, transmettant chaque secousse au disque dur que je tiens sur les genoux ainsi qu’au tas de blocs de construction oscillants que forment les disques, mous, de ma colonne vertébrale. Quand il n’est plus supportable de rester assis, je m’accroche à la barre du toit ou je m’accroupis.

C’est exactement tout cela que j’ai craint. C’est cela que j’ai désiré.

La nuit est fantastique sous le clair de lune. Heure après heure, le désert blanc défile : pierre et sable, pierre et gravier, pierre et sable – le tout brillant comme la neige. Heure après heure. Il ne se passe rien, sauf quand un feu surgit dans l’obscurité, signalant à l’un des passagers de descendre, et de s’enfoncer droit dans le désert.

Le bruit de ses pas disparaît dans le sable. Il disparaît à son tour. Et nous disparaissons aussi dans les ténèbres blanches.

3

Le cœur de la pensée européenne ? Oui, il existe une phrase, une phrase simple et courte, qui résume l’histoire de notre continent, de notre humanité, de notre biosphère, de l’holocène à l’“Holocauste”.

Elle ne dit rien sur l’Europe en tant que foyer originel de l’humanisme, de la démocratie et du bien-être sur Terre. Elle ne dit rien sur ce dont nous tirons fierté à juste titre. Elle exprime seulement la vérité que nous préférons oublier.

J’ai étudié cette phrase pendant plusieurs années. J’ai réuni une quantité de documentation que je n’ai jamais pris le temps de dépouiller. J’aimerais disparaître dans ce désert où personne ne peut me joindre, où j’ai tout le temps possible. Disparaître et revenir seulement quand j’aurai compris ce que je sais déjà.

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Voir également:
- Terra Nullius (Terra Nullius - En resa genom ingens land) - Sven Lindqvist (2005), présentation et extrait

lundi, 15 janvier 2007

Maroc (Morocco) - Daniel Easterman - 2002

bibliotheca morocco

De nos jours à Oxford en Angleterre. Nick, un ancien agent de police spécialisé dans la lutte contre le terrorisme, est sans nouvelles de son ex-femme Nathalie. Un jour, son fils Peter reçoit une lettre au contenu inquiétant de la part de sa mère qui semble indiquer qu’elle veuille se suicider. Cette lettre a été postée à Deauville, et Nick décide de s’y rendre afin de retrouver Nathalie. Suite à une petite enquête il retrouve sa trace, mais arrive trop tard : Nathalie est déjà morte,elle s'est suicidée. Nick trouve à côté du cadavre de son épouse une pile de documents faisant état d’affaires secrètes s’étant déroulé dans le passé familial de Nathalie. Cela concerne les parents de Nathalie et quelque chose que ceux-ci auraient vécu alors qu’ils vivaient dans les années quarante au Maroc : papiers officiels rédigés sous le régime de Vichy au Maroc, bulletins de la Résistance,… Son intuition et son expérience lui soufflent qu'il y a là un lien certain avec la mort de sa femme. Mais lequel ? Nick envoie son fils sur place afin de découvrir de quoi il s’agît réellement. Mais l’affaire semble plus sérieuse qu’il ne le pensait au départ. Au bout de quelques jours, Peter est retrouvé mort dans un hôtel à Ouarzazate. Affligé par cette nouvelle, Nick se rend immédiatement au Maroc. Mais dans sa quête de vérité Nick ne sait pas encore dans quelle terrible affaire il va plonger. Tout le monde là-bas semble vouloir cacher quelque chose, les seuls acceptant de l’aider se feront assassiner. En effet Nick est sur le point de découvrir un immense secret concernant la France collaboratrice et son passé colonial. Un secret qu’encore aujourd’hui, après tant d’années, personne n’a encore envie de voir sortir à la lumière du jour.

Maroc (Morocco) est une saisissante enquête policière qui nous mène d’Angleterre au Maroc, entre Ouarzazate et Marrakech à travers les temps entre aujourd'hui et l'époque de l’occupation coloniale française du Maroc et le régime de Vichy. C’est un thriller étonnant, au contexte (celui du Maroc sous la colonie française) fort original et dans lequel Easterman distille le suspense avec grand maîtrise au fil des chapitres. L’histoire, surtout celle des années quarante au Maroc, est racontée par de multiples points de vue (lettres, extraits de journaux intimes, documents officiels, témoignages), nous faisant découvrir petit à petit tous les mystères de l’histoire au même rythme que Nick, de nos jours, mène son enquête semée d’embûches. Il en ressort une atmosphère très réussie de cette terrible époque de collaboration et d’occupation. Mais cette multiplicité rend le tout petit à petit de plus en plus dense et prenant. Hélas Easterman semble lui-même s’embrouiller, et retrouve vers la fin d’énormes raccourcis que l’auteur utilise afin de conclure son histoire. Le dénouement final est tout simplement incrédible et n’a aucun intérêt. Ce qui est bien dommage vu la qualité du roman jusque là.

A noter que Daniel Easterman est le pseudonyme de Denis M. MacEoin, romancier et professeur spécialisé dans les études islamiques. Il utilise son pseudonyme régulièrement afin de publier des thrillers et autres romans plus légers et non scientifiques.

En français le livre paraît sous deux titres: Maroc pour la version grand format et Morocco pour la version poche.

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lundi, 08 janvier 2007

Chronique d'une enfance inachevée - Jacqueline Corbisier - 2006

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Henry, industriel belge descendant s'une riche famille de colons, et Micky, héritière d'une noblesse sans le sou, se marient dans les années 50 et partent vivre au Congo. Au début leur union semble idyllique, de plus la vie au Congo semble bien agréable pour tous ceux qui en ont les moyens. Mais très vite les problèmes commencent. Henry se met à boire et devient de plus en plus agressif envers sa femme. Celle-ci va d'ailleurs trouver consolation auprès d'un amant. La petite Julie va naître de cette relation et devra survivre dans un univers familial des plus difficiles. Rejetée par son père, ivrogne et violent, aimée par sa mère, douce mais docile et craintive, elle est considérée comme une bâtarde et est élevée quasi comme une fille d'indigènes. C'est à ce moment-là que la colonie belge du Congo va commencer à petit à petit demander son indépendance. Le pays sombre dans le chaos et la famille de Julie décide de fuir pour la Belgique. Mais pour Julie la Belgique est un pays étranger dans lequel elle n'a pas de repères. Et ses problèmes ne font que commencer.

Chronique d'une enfance inachevée est le premier roman de l'auteur belge Jacqueline Corbisier qui paraît en 2006. Ce très beau roman nous conte le destin bouleversant de la famille de Julie, depuis 1914 à 1978 entre l'Afrique, l'Europe et même l'Amérique. On est à la fois ému et surpris par l'extraordinaire itinéraire de l'enfance de Julie, tiraillée entre les différentes cultures et continents. De plus le destin de Julie sera bousculé par l'Histoire, notamment celle de l'Indépendance du Congo qui donne lieu à des passages particulièrement réussis du roman. Mais ce qui fait avant tout la qualité de ce roman sont les différents personnages créés par l'auteur qui sont tous particulièrement bien travaillés et toujours touchants dans leur humanité.

Chronique d'une enfance inachevée est un roman très intéressant écrit par un auteur fort prometteur.

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samedi, 06 janvier 2007

Le sacrilège malais - Pierre Boulle - 1951

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Un jeune ingénieur arrive en Malaise en 1935 pour travailler dans la société SOPHIA dont le métier est de cultiver des hévéas en vue de la production de caoutchouc. Il y sera engagé en tant que planteur dans une plantation. Mais la vie dans une plantation au sein d'une société coloniale n'est pas toujours évidente. Il doit faire face à la rigueur de la société qui n'a qu'un seul but officiel qui est l'efficacité. Mais derrière ce principe se cachent toutes les faiblesses humaines qui, loin de tout en Malaisie, ressortent facilement. Alors qu'au s'annoncent déjà les premiers signes de la Seconde Guerre mondiale.

Le sacrilège malais qui sort en 1951 est le second roman du célèbre romancier Pierre Boulle après William Conrad (1950) et clairement l'oeuvre la plus autobiographique.
Lui-même avait été engagé en 1936 dans la plantation de hévéas de Sungei Tinggi, à cinquante miles de Kuala Lumpur. Et tel qu'il le décrit dans son roman tout ne s'est pas toujours bien passé. On sent que Le sacrilège malais est l'oeuvre d'un homme désabusé. Il s'attaque à la fois à l'organisation ridicule faite d'une bureaucratie stérile et de la folie des grandeurs des dirigeants des sociétés tels la SOPHIA. Pierre Boulle nous décrit comment et pourquoi on recrute des ingénieurs, des hommes habitués à penser avec leur tête, pour les faire participer à la vie d'un système et le non-sens l'emportent largement sur le souci de l'efficacité. Il critique également la vie sociale menée par ses hommes expatriés loin de chez eux et un peu obligés de faire vie commune et dans laquelle d'un point de vue amour il ne restait guère le choix qu'entre les bordels et l'adultère. Mais Pierre Boulle y décrit également tout ce dur et absurde travail qui a été effectué par tous ces gens pour finalement retrouver le tout détruit après la Seconde Guerre mondiale.
Dans l'oeuvre plus générale de Pierre Boulle, on retrouve déjà certains événements préfigurant son plus célèbre et troisième roman: Le Pont de la rivière Kwaï (1952). Le meilleur exemple en est l'épisode de la construction du bungalow sur le sommet du Bukit Gila, la montagne folle.
Le sacrilège malais est un très bon roman, souvent présenté comme un roman d'aventures mais qui prend plus la forme d'une chronique au quasi jour le jour. Que peu de suspense, d'ailleurs Pierre Boulle empêche également tout identification aux personnages faisant finalement de la société SOPHIA le seul personnage d'intérêt. Mais on apprend énormément de choses sur les sociétés coloniales comme la SOPHIA, depuis sa création jusqu'à sa fin.

Un roman intéressant.

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Voir également:
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William Conrad - Pierre Boulle (1950), présentation
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Le Pont de la rivière Kwaï - Pierre Boulle (1953), présentation
Le bourreau - Pierre Boulle (1954), présentation
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La planète des singes - Pierre Boulle (1963), présentation
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L’archéologue et le mystère de Néfertiti - Pierre Boulle (2005), présentation et extrait
- L'enlèvement de l'obélisque - Pierre Boulle (2007), présentation

mardi, 05 décembre 2006

Kim - Rudyard Kipling - 1901

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A Lahore en Inde lors de la colonie britannique, Kimball O'Hara, dit Kim, est le fils d'un soldat britannique aujourd'hui décédé. À la mort de son père, pour tout héritage, Kim porte autour du cou, dans un porte-amulette en cuir, trois documents qui le recommandent à l'armée britannique et à une loge maçonnique. Il ne connaît pas le sens de ces papiers, sauf qu'un jour, « un grand taureau sur champ vert, avec le colonel sur son grand cheval et neuf cents diables » viendront le chercher. Ce petit orphelin fait s vie principalement en mendiant et en travaillant de petit boulot en petit boulot. L'un de ses employeurs occasionnels est le marchand de chevaux Mahbub Ali, qui est également un informateur des services secrets britanniques. Un jour Kim rencontre un vieux moine tibétain qui cherche à se libérer de ce qu'il appelle le Cycle de la Vie. Pour cela il est en quête d'un ruisseau qui serait doté de vertus mystiques. Kim va devenir son disciple, son chela (guide), et commence alors une longue marche à travers l'Inde coloniale. Les deux pèlerins vont tomber plus tard sur un régiment de soldats britanniques, les Mavericks, qui vont prendre en charge le petit garçon et l'éduquer. Kim va devenir ainsi petit à petit un espion au service de la couronne britannique dans le "Grand Jeu", un conflit politique qui opposa la Grande-Bretagne à la Russie en Asie centrale.

Le roman Kim de Rudyard Kipling a été publié d'abord sous forme de feuilleton dans le McClure's Magazine entre décembre 1900 et octobre 1901. Il sera ensuite publié en entier en 1901 par MacMillan & Co. Ltd en octobre 1901. Ce roman est souvent considéré comme le chef d'oeuvre de Rudyard Kipling et résume finalement toute l'oeuvre du célèbre écrivain britannique. Il y résume cette double culture indienne et britannique qui lui est chère, l'enfance et la vie en Inde, la philosophie indienne et le colonialisme britannique. Kim est à la fois un un récit picaresque, un roman initiatique, d'espionnage... Mais c'est avant tout n formidable roman d'aventures dans toute sa beauté écrit avec beaucoup d'humour et de poésie. La portée de ce roman est immense, on y apprend en effet de nombreux aspects de l'époque, historiques ou politiques et aussi et surtout culturels. Le style d'écriture de Kipling peut paraître aujourd'hui un peu désuet et ampoulé et certains passages sont un peu plus difficiles. Cela n'enlève cependant rien à cette magnifique oeuvre.

Cet excellent roman représente également une excellente lecture pour les plus jeunes lecteurs.

Un chef d'oeuvre!

Rudyard Kipling a obtenu le Prix Nobel de littérature en 1907.

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lundi, 03 octobre 2005

Bug-Jargal - Victor Hugo - 1826

bbbbugjargalEn 1818, l'auteur de ce livre avait seize ans et il paria qu'il écrirait un volume en quinze jours. Il fit Bug-Jargal.

Le frère aîné de Victor Hugo, Abel, organisait chez lui des dîners littéraires pour Victor et d'autres jeunes de son âge. C'est lors de l'un de ces dîners que Victor Hugo présenta cette histoire d'un esclave menant une rébellion à Saint-Domingue.

Cette histoire a été inspirée par les faits de Toussaint Louverture et la libération de Haïti, et c'était la première fois que le héros d'un roman européen est un Noir, le leader d'une révolution. A l'encontre de beaucoup d'autres livres de l'époque, Victor Hugo ne présente pas les Noirs comme des esclaves qui ne font que obéir à l'homme blanc, mais leur attribue de réelles personnalités. A l'époque ce fut une révolution, aujourd'hui on pensera qu'il aurait pu en faire encore plus dans ce sens. Victor Hugo dénonce dans ce roman le colonialisme, qui ici pour lui se résume uniquement à une exploitation des terres par des esclaves, et n'y parle point du leurre de l'apport technique ou culturel que les colons auraient dû fournir à ces pays.

Bug-Jargal a été publié pour la première fois en tant que feuilleton dans le périodique Le Conservateur Littéraire durant l'été 1820. Victor Hugo a retravaillé son texte en l'améliorant en 1825 pour qu'il soit publié en tant que roman en 1826.

Bug-jargal est au fait un roman d'aventures décrivant les péripéties de Léopold d'Auvernay, jeune officier de l'armée française, qui part pour Saint-Domingue, colonie française à l'époque, pour retrouver sa promise, fille d'un colon français, et l'épouser. Cependant la veille de son mariage les esclaves, menés par le mystérieux Bug-Jargal, se révoltent contre la domination des colons, et sa future épouse se fait enlever par un esclave, de qui Léopold pensait être l'ami. Commence ensuite pour Léopold une course-poursuite à travers l'île pour retrouver sa bien-aimée et pour assouvir sa vengeance...

Il ne s'agit pas du plus grand livre de Victor Hugo, loin de là même, mais Bug-Jargal présente quand même de nombreux points intéressants.

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Voir également :
- Le dernier jour d’un condamné - Victor Hugo (1829), présentation et extrait
- Lucrèce Borgia - Victor hugo (1833), présentation
- Claude Gueux - Victor Hugo (1834), présentation et texte intégral

- Les Misérables - Victor Hugo (1862), présentation et extrait