mercredi, 30 avril 2008
Un bonheur insoutenable (This Perfect Day) - Ira Levin - 1969

"- Bob, nous ne sommes pas libres. Ni toi ni moi. Aucun membre de la Famille n'est libre.
- Comment veux-tu que je t'écoute comme si tu étais en bonne santé, quand tu dis des choses pareilles ? Evidemment, que nous sommes libres! Libres de la guerre, du besoin et de la faim, libres du crime, de la violence, de l'agressivité, de l'ego...
- Oui, oui, nous sommes libres "de" certaines choses, mais nous ne sommes pas libres de "faire" des choses. Tu dois comprendre cela, Bob. Etre "libre de quelque chose" n'a rien à voir avec la liberté.
Bob plissa le front.
- Libres de faire quoi ? demanda-t-il.
Ils descendirent de l'escalator, firent un demi-tour et s'engagèrent sur le suivant.
- De choisir notre propre classification... d'avoir des enfants lorsque nous le désirons, d'aller où nous le voulons et de faire ce qui nous plaît, de refuser les traitements quand nous ne les voulons pas..."
Dans un futur proche, les nations ont aboli toutes les guerres et la misère en créant UniOrd, un ordinateur central qui gère la vie de tous afin que tout le monde puisse vivre dans la paix et la prospérité. LI RM35M4419 est un jeune garçon tout ce qu'il y a de plus normal : il suit ses traitements contre les maladies mortelles, se confesse toutes les semaines auprès de son conseiller, chante des chansons en hommage au Christ, Marx et Wei, et éprouve le plus grand respect pour les décisions d'UniOrd.
Pourtant un jour à la cour d’école LI RM35M4419 apprend par l’un de ses petits collègues qu’il existerait des incurables : des gens qui ont refusés de se soumettre à UniOrd et aux différents traitements pour volontairement vivre dans la misère. Choqué LI RM35M4419 va directement se confesser auprès de son conseiller, son traitement est adapté et le petit garçon va à nouveau pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais cette question de libre arbitre l’a cependant intrigué. Et comme pour en rajouter, son grand-père, qui le surnomme sans cesse Copeau, lui tient de temps en temps des propos étranges au sujet de ses désirs ou de ses rêves. Mais LI RM35M4419 n’a pas de désirs, il suit ce que UniOrd lui dicte et est parfaitement heureux d’aider ainsi à la prospérité de l’humanité. Après tout, UniOrd sait ce qui est bon pour chaque membre de la famille. Il sait pour quel métier on est destiné, si on doit se marier ou avoir des enfants. Alors à quoi bon "vouloir" quand tout est prévu au mieux pour nous. Mais un jour son grand-père lui demande de vouloir très fortement quelque chose et cela durant la nuit qui précède son traitement. Et les idées se mettent lentement en place dans la tête de LI RM35M4419. Y aurait-il une autre façon de vivre, autrement que sous les ordres de UniOrd ? Pourrait-on agir uniquement pour soi et non pour la famille ? Et si les traitements n'avaient pour but que d'abrutir les cerveaux, et non de prémunir de maladies mortelles? Est-ce que LI RM35M4419 est réellement libre ? Ou est-ce que UniOrd ne représente que le gardien d’une prison dorée.
Et LI RM35M4419 va devenir Copeau, un individu qui va tenter de se libérer d’UniOrd. Mais cela n’est guère chose facile dans une société où des conseillers ne cessent d’examiner l’état et l’évolution psychologique de chacun et où l’on peut facilement se faire par tout un chacun qui ainsi croit agir pour le meilleur.
L’auteur américain Ira Levin s’est durant toute sa carrière distingué en s’attaquant un peu à tous les genres littéraires. Avec Un bonheur insoutenable, il s’attaque cette fois à la science-fiction pure et dure de type dystopique dans la lignée d’œuvres telles que 1984 (1948) de George Orwell, Le meilleur des mondes (1932) d’Aldous Huxley ou de Fahrenheit 451 (1953) de Ray Bradbury. Ira Levin nous décrit donc un monde parfait qui très vite s’avérera pas si parfait que cela, et même totalement inhumain. L’individualité de chacun est inhibée, et cela grâce à des traitements faits à base de dépresseurs. Et comme chacun ne peut plus s’exprimer, il ne reste plus qu’à suivre la voie dictée par l’ordinateur central. Mais ici, contrairement à d’autres romans dystopiques du genre, cet état totalitaire n’est pas produit par la violence, mais est dirigée, justement, dans le bien de la plus grande masse. Petite originalité pour l’époque de publication du roman, Ira Levin décrit comment un ordinateur gère toute la société malgré elle en prévoyant déjà l’impact qu’aura l’informatique sur la société. Ira Levin, toutefois, se rétracte un peu bêtement sur la fin en montrant comment une main humaine garde cependant le contrôle de l’ordinateur. Toute l’histoire se concentre d’ailleurs sur les personnages humains la composant et l’auteur ne se perd guère dans des descriptions techniques futuristes qui dans ce domaine (informatiques, ordinateurs centraux) n’auraient guère gardé de crédibilité dans le temps.
Certains éléments ont quand vieilli et mal supportés, mais le roman reste très bon, trop bon. Dans son style il ressemble trop à des grands classiques du genre dont il ne réussit guère à démarquer et souffre ainsi d’un véritable manque d’originalité.
Un bonheur insoutenable est un bon roman se science-fiction et d’anticipation dystopique, mais qui manque un peu d’originalité par rapport à d’autres romans du genre.
Voir également :
- Un bébé pour Rosemary (Rosemary's Baby) - Ira Levin (1967), présentation
- Les femmes de Stepford (The Stepford Wives) - Ira Levin (1972), présentation
15:04 Écrit par Marc dans Levin, Ira | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : ira levin, litterature americaine, science-fiction, dystopies |
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Commentaires
Ce roman reste pour moi un incontournable de l'anticipation. Bien sûr, en le lisant, on pense au Meilleur des mondes. Mais il me semble justement que la fin propose un renversement des situations assez intéressant.
Écrit par : Laurence | lundi, 05 mai 2008
Un peu sévère en ce qui concerne l'originalité de ce roman, qui en a inspiré beaucoup d'autres.
Un peu sévère en ce qui concerne le rebond final, qui donne un regard différent sur le monde décrit.
Mais c'est votre réaction, et vous l'exprimez bien.
C'est, pour moi, un des tout meilleurs de l'histoire de la S.F.
Écrit par : Georges F. | mardi, 13 mai 2008
Écrit par : CHRISTOPHE | vendredi, 16 mai 2008
Mais, je n'avais jamais pris le temps de lire ce classique de Ira Levin.
Vous m'en avez vraiment donnée l'envie.
Merci pour les futures heures de délectation.
Écrit par : Gilles ARNAUD | lundi, 26 mai 2008
Je trouve aussi cette présentation assez partiale (et partielle).. La fin, malgré ses "bagarres" un peu surfaites, se démarque quand même sensiblement des mythes du totalitarisme des techniques ou des systèmes, pour dévoiler la nomenklatura qui se cache derrière tour système totalitaire, jouissant des plaisirs qu'elle refuse au peuple vulgaire... Par ailleurs certains éléments : l'uniord(inateur, qui communique à distance), les vélos en libre-service, etc. ne sont pas sans faire penser à certains aspects de notre jeune XXIème siècle.
Écrit par : Pierre A | vendredi, 29 août 2008
Écrit par : Annie G. | dimanche, 17 juillet 2011
Écrit par : gabriel leblanc | samedi, 10 mars 2012
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