dimanche, 02 mars 2008

Jusqu'au dernier jour de mes jours - Jacqueline Harpman - 2004

bibliotheca jusqu au dernier jour de mes jours

Jusqu'au dernier jour de mes jours est un recueil de nouvelles de l'écrivaine belge Jacqueline Harpman au contenu assez hétéroclite. Les différentes nouvelles n'ont guère de lien entre elles sauf peut-être le fait que Harpman s'y voit dans la peau de différents personnages fort dissemblables, une multitude de destins féminins qui se suivent sans se ressembler. Comme par exemple dans la nouvelle qui inaugure ce recueil et qui d'ailleurs en porte le titre, Jacqueleine Harpman s'y voit en résistante lors de la Seconde Guerre mondiale où elle sa bat pour venger la mort de son père et d'autres résistants. Elle y décrit une mission de sabotage qui hélas tourne mal, mais qui en même temps, va représenter un tournant sentimental dans la vie de la jeune résistante. Dans la nouvelle dénommée Angélique, Jacqueline Harpman réinterprète avec beaucoup d'ironie et d'humour le mythe de Saint-Georges et son combat contre le Dragon, en racontant cette célèbre jistoire du point de vue de la princesse qui va servir d'appât au monstre.
Les histoires se suivent sans se ressembler, certaines meilleures que d'autres, et toujours fortement allégoriques sur la position de la femme et de ses (res-)sentiments dans la société en faisant appel à des questions qui trouvent un écho plus ou moins prononcé dans l'actualité.

En bref, Jusqu'au dernier jour de mes jours de Jacqueline Harpman est un beau recueil qui manque hélas un peu de cohérence.

Les nouvelles reprises sont les suivantes:

- Jusqu'au dernier jour de mes jours
- Les Donatiens
- Angélique
- Jamais plus
- Le creux des mains des femmes
- L'amour, ma chère, toujours l'amour
- Les clameurs de la gloire

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Extrait: Angélique

Oh ! là ! là ! Toujours saint Georges! toujours le dragon! l'ange et la bête, les vertus et les vices, la victoire du bon droit! Et moi? Qui pense à moi? Ces messieurs se disputent entre eux, le meilleur l'emporte, c'est la moindre des choses, et aussi que le pape accourt et sanctifie le sauveteur des vierges, mais, par le Dieu des chrétiens et tous les Dieux des païens, qu'on oublie un peu trop, ne pourrait-on penser à moi? C'est que j'existe, dans cette histoire, j'en suis même le noeud, l'objet de l'intérêt général, tout a tourné autour moi, dont on ne parle jamais.

La terreur régnait dans le pays que le dragon parcourait à pas lents, selon le rythme de son appétit. Il ne mangeait pas très souvent, et seulement des vierges: toute autre nourriture lui donnait des coliques et de l'eczéma, dont il se plaignait amèrement.

- Concevez-vous mon malheur? Je suis le dragon le plus maigre de la famille et tous mes frères se moquent de moi. On dit que c'est un trouble psychosomatique: peut-être bien, mais que voulez-vous que cela me fasse quand je me tords de douleur après un mauvais repas et que je traîne pendant des mois ces plaies suintantes qui me rendent affreux à voir? Je voudrais me marier, avoir des enfants, de beaux dragonnaux vigoureux, mais aucune dragonne ne veut de moi, même plus toute jeune, même veuve, même dépucelée hors mariage!

Les pères de famille à qui il tenait ce langage se détournaient aussi poliment qu'ils pouvaient et couraient enfermer leurs filles dans les donjons les mieux protégés, mais le dragon exaspéré crachait des flammes et exigeait un repas.

- Je ne vous en demande que deux ou trois. Une seule, si vous n'en avez davantage. Je meurs de faim. Je ne suis pas gourmand, même pas gourmet, si elle est vierge, je la mangerai, grasse ou bossue, bigle ou boiteuse, l'esthétique n'a rien à voir dans l'affaire: c'est juste un problème de digestion.

Les maisons flambaient, les paysans désespérés regardaient les champs s'embraser, le blé et la vigne partir en fumée. L'hiver s'annonçait mal, sans pain et sans vin.

- Seigneur, notre bon maître, il faut faire quelque chose!

- Ta fille est-elle vierge?

- Aux Dieux ne plaise!

Moi, je l'étais, comme il plaisait à ma mère.

...

 

Voir également :
- Du côté d’Ostende - Jacqueline Harpman (2006), présentation

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