jeudi, 03 janvier 2008

L’inspecteur Ali – Driss Chraïbi - 1991

bibliotheca l inspecteur ali

Brahim Orourke est l’auteur de plusieurs romans dont une série policière à succès mettant en scène le célèbre personnage l’inspecteur Ali. Par ses écrits Brahim Orourke est devenu une véritable légende dans son pays d’origine dans lequel il est récemment retourné vivre accompagné de Fiona, sa femme écossaise, enceinte, et de ses enfants. Quand l’histoire débute on apprend que le couple va recevoir la visite des parents de Fiona, Jock et Susan, qui n’ont jamais auparavant fait de voyages au Maroc et qui donc en ressentent certaines appréhensions. Brahim Orourke, appréhendant certaines appréhensions de la part de ses beaux-parents, s’inquiète également. De plus que le moment est bien mal choisi. En effet Brahim Orourke décide de donner une nouvelle orientation assez radicale à sa carrière d’écrivain en voulant abandonner à jamais l’inspecteur Ali. Son but est d’écrire un roman politico-social, Le Second Passé simple, où il dénoncera les injustices que subit l’homme arabe dans le monde. Hélas il n’arrivera jamais à ses fins, et à force d’insister dans cette voie il finit par écrire un livre, pas celui espéré, mais plutôt une nouvelle aventure de l’inspecteur Ali qui réussira à reprendre le dessus sur l’écrivain.

L’inspecteur Ali est un bien étrange roman policier, d’ailleurs ce n’est pas vraiment un. Un policier, caractère récurrent dans l’œuvre de Driss Chraïbi, est mis en scène, mais ce dont il est question est plutôt son auteur, un écrivain marocain qui pourrait être le double parfait de Driss Chraïbi lui-même. Mais finalement il est bien difficile de cerner le sujet exact de ce livre, et peut-être que cela n’est pas si important que cela. Derrière cette mise en abîmes autour du personnage de l’écrivain, renforcée par l’avertissement qui ouvre le roman indiquant que le vrai auteur ne serait autre que l’inspecteur Ali lui-même, on ressent la volonté de Chraïbi d’écrire sur sa longue carrière bibliographique et de se poser une multitude de questions sur son devenir, son succès et sa motivation réelle d’écrire.
Mais il s’agît également du conflit orient-occident présent dans la famille même du personnage. Les références à son précédent roman Le Passé simple (1954) qui mettait en scène l'incompréhension et la rupture entre un père, ancré dans les traditions, et un fils, de retour après de longues études en Occident, sont nombreuses. L’auteur Brahim Orourke tentant même d’écrire une suite à ce roman. Ici, par contre, Driss Chraïbi semble voir une conciliation possible entre l’orient et l’occident, et cela principalement grâce aux personnages féminins du livre, un peu comme si les véritables coupables des conflits entre orient et occident n’étaient autres que les hommes et leur fierté culturelle.

Le roman est écrit avec énormément d’humour et de tendresse et donne l’occasion à Driss Chraïbi de dresser une irrésistible galerie de personnages et de situations. Malgré ses sujets plutôt intéressants et son style très vif et prenant, le lecteur se sentira cependant un peu perdu par la complexe construction du texte.

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Voir également :
- L’homme qui venait du passé - Driss Chraïbi (2004), présentation et extrait

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