samedi, 03 novembre 2007

Ilium - Dan Simmons - 2003

bibliotheca ilium

"Rage
Chante, Ô Muse, d'Achille fils de Pélée la rage inextinguible, lui le belliqueux, le meurtrier, destiné à mourir, chante la rage qui coûta aux Achéens tant d'hommes valides, et envoya tant d'âmes brûlantes et vives descendre dans la morne maison de la mort. Et tant que tu y est, Ô Muse, chante la rage des dieux eux-mêmes, si irrascibles et puissants ici sur leur nouvel Olympe, et la rage des post-humains, tout morts et disparus qu'ils puissent être, et la rage de ces quelques rares humains qui restent, tout nombrilistes et inutiles qu'ils puissent être devenus. Et puisque tu chantes, Ô Muse, chante aussi la rage de ces êtres sentiens, pensifs, sérieux mais pas tellement humains là-bas dehors sous la glace d'Europe, mourants dans la cendre soufrée d'Io, et naissants dans les froids replis de Ganymède.
Oh, et chante pour moi aussi, Ô Muse, pauvre Hockenberry le ressuscité contre son gré - pauvre feu Hockenberry, Docteur, Hockenbush pour ses amis, ses amis depuis longtemps retombés en poussière sur un monde depuis longtemps laissé derrière. Chante ma rage, oui, ma rage, Ô Muse, si petite et insignifiante que cette rage paraisse devant la colère des dieux immortels ou comparée à l'ire du belliqueux Achille.
En y repensant, Ô Muse, ne chante rien sur moi. Je te connais. J'ai été ton esclave et ton serviteur, Ô Muse, Ô garce incomparable. Et je n'ai pas confiance, Ô Muse. Pas le moins du monde."


Thomas Hockenberry est un professeur du vingtième siècle spécialisé dans l'oeuvre de l'ancien poète grec Homère qui se retrouve ressuscité en pleine guerre de Troie. Il y est engagé par les Dieux afin de suivre au plus près cette guerre qui restera à jamais dans les annales de l'Histoire. Mais Hockenberry se rend vite compte de certaines disgressions avec le poème de Homère. Ce dernier avait-il tort ou alors cette guerre n'est pas celle qu'il pensait. En effet il s'aperçoit rapidement qu'il n'a pas ressuscité dans le passé mais dans le futur et les Dieux ne sont que des humains utilisant un savoir technologique très avancé. De plus cette Guerre de Troie n'a pas lieu sur Terre, mais sur une planète Mars totalement terraformée.
Loin de là aux confins du système solaire les Moravecs, entités robotiques à l'intelligence artificielle, s'inquiètent des puissances quantiques immenses émises par la planète Mars. Ophu d’Io et Mahnmut seront dépêchés pour tenter de contrer cette menace qui joue contre l’avenir de l’univers tout entier.
Pendant ce temps-là sur Terre l'humanité a fortement régressée. La plupart ont quitté la planète laissant derrière quelques milliers d'habitants vivant dans une société de pur loisir, sous la bienveillante surveillance des « Voynix » (créatures métalliques extra-terrestres dont l’origine n’est pas claire) et ne se déplacent que via des portails, "Faxnods", alors que la majeure partie du globe leur est devenue totalement inconnue. Une poignée de ces humains vont cependant se lancer dans une immense odyssée qui a pour but de premièrement comprendre ce qui est arrivé au monde et puis de trouver un vaisseau spatial qui les emmènera loin de là.

Ilium est un roman de science-fiction paru en 2003 et écrit par l'écrivain américain Dan Simmons principalement célèbre dans le monde de la science-fiction pour son cycle d'Hypérion. Ce vaste roman, premier volume d'un cycle qui sera suivi d'Olympos (2005), est étonnant à plus d'un titre et Dan Simmons ne cesse de nous surprendre en mélangeant habilement les genres. Premièrement on y reconnaît clairement de nombreux éléments tirés du cycle d'Hypérion, un univers de science-fiction, qui se retrouve ici mêlé à la Guerre de Troie, Troie étant aussi appelée Ilion ou Ilium, tel qu'elle est racontée dans L'Iliade par le poète grec de l'Antiquité Homère. D'ailleurs les premières lignes du livre, reprises en début d'article, sont clairement une retranscription des premières lignes de l'oeuvre de Homère (« Chante, ô déesse, le courroux du Péléide Achille, / Courroux fatal qui causa mille maux aux Achéens / Et fit descendre chez Hadès tant d'âmes valeureuses / De héros, dont les corps servirent de pâture aux chiens / Et aux oiseaux sans nombre : ainsi Zeus l'avait-il voulu. »). Mais Dan Simmons n'est ni un historien ou un uchroniste, et donc replace la Guerre Troie dans le futur et sur Mars. Comme dans le cycle de Hypérion on retrouve également de nombreuses références à la littérature, notamment à Marcel Proust et William Shakespeare. De plus la vie des humains sur Terre semble clairement inspirés de la vie des Eloïs dans La machine à explorer le temps (The Time Machine, 1895) de l'écrivain britannique Herbert George Wells.
Et Dan Simmons nous raconte son histoire à partir de trois axes dont les chapitres s'alternent tout au long du roman. Le premier suit Thomas Hockenberry en pleine Guerre de Troie sur Mars, le second les Moravecs et leur voyage vers Mars, et finalement les humains sur Terre dans leur quête pour trouver un vaisseau spatial. Le découpage du récit, l'alternance entre les trois axes et le montage général de l'intrigue sont assez efficaces. hélas les trois axes ne sont valent pas toujours, mais les passages plus faibles sont largement compensés par les plus réussis. L'action terrestre est notamment bien moins réussie alors que Dan Simmons excelle dans les descriptions des événements se déroulant sur Mars, et surtout au Mont Olympe (le martien et non le terrien) avec ses batailles grandioses, ses intrigues politiques et amoureuses et ses conflits entre les Dieux.
Le tout est très épique et fort inventif. Il est cependant difficile d'aborder ce roman dû au fait que Dan Simmons plonge le lecteur directement et abruptement dans son histoire sans trop d'explications préalables. De nombreuses longueurs risquent cependant de lasser certains lecteurs.

La suite d'Ilium est paru en 2005 sous le titre d'Olympos et permet au lecteur de progresser à l'élucidation des nombreuses énigmes posées dans ce roman.

En bref Ilium est un excellent roman de science-fiction, une fresque étonnante mélangeant plusieurs genres, principalement pour les amateurs de vastes cycles et de romans au long terme.

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Voir également:
- Hypérion (Hyperion) - Dan Simmons (1989), présentation
- La chute d'Hypérion (The Fall of Hyperion) - Dan Simmons (1990), présentation
- Endymion - Dan Simmons (1995), présentation
- L'éveil d'Endymion (The Rise of Endymion) - Dan Simmons (1997), présentation

- Olympos - Dan Simmons (2005), présentation

Commentaires

J'en suis restée à Hypérion et l'échiquier du mal, et d'autres petits livres, je note celui-ci dans ma liste à lire !
merci

Écrit par : rennette | mercredi, 07 novembre 2007

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