lundi, 22 octobre 2007

Les Piliers de la Terre (The Pillars of Earth) - Ken Follett - 1989

bibliotheca les piliers de la terre

Angleterre, XIIe siècle. Le pays est ravagé par les guerres de succession qui causent famines et misères parmi la population. Dans la petite ville de Kingsbridge le prieur Philippe souhaite édifier une magnifique cathédrale à la gloire de Dieu, mais pour cela il doit s'opposer à son supérieur hiérarchique, un évêque machiavélique et assoiffé de pouvoir qui conte bien détourner les fonds pour la construction de la cathédrale vers un autre chantier, celui de son château personnel. De plus, les seigneurs locaux voient également d'un mauvais cette cathédrale qui pourrait faire de Kingsbridge, ville encore assez insignifiante, un véritable centre économique qui pourrait leur faire de l'ombre. Toutefois il peut compter sur l'appui du valeureux constructeur Tom Builder prêt à tout afin de construire l'édifice de sa vie, Aliéna une riche bourgeoise issue d'une famille déchue et bien d'autres. Alors que pendant ce temps-là les puissants se déchirent inlassablement obligeant chacun à se mettre du bon côté afin d'arriver à ses fins.

Les piliers de la terre, paru en 1989, est généralement considéré comme le meilleur roman de l'écrivain britannique Ken Follett. Il délaisse ici ses habituelles intrigues plus tournés vers le roman d'espionnage ou policier pour une livrer une immense fresque historique se déroulant sur plusieurs décennies afin de suivre la construction d'une cathédrale ainsi que l'évolution de la ville de Kingsbridge. Autour de ce sujet principal Ken Follett essaie d'y incorporer quasi tout le moyen-âge, que ce soit les guerres, la politique, l'économie par ses différents métiers et professions, la religion... Et il faut dire que Ken Follett y réussit parfaitement. Il nous fait revivre le moyen-âge presque comme si on y était. Le tout est très intéressant et j'ai particulièrement aimé les descriptions d'ordre architectural où l'auteur nous décrit entre autres l'évolution du style romain vers le gothique.
Mais ce roman souvent caractérisé à tort comme chef-d'oeuvre comporte également les habituels défauts que l'on peut retrouver dans la plupart des romans de Ken Follett. Premièrement les personnages, même s'ils sont bien attachants, sont bien trop superficiels et n'ont aucune envergure. La vision de Ken Follett est également trop manichéenne car on retrouve d'un côté les personnages très gentils et de l'autre les très méchants. Cela n'a hélas que bien peu de sens dans une oeuvre qui se veut à la base aussi complexe. De plus en tant que bon auteur de best-sellers les rebondissements sont nombreux et même trop nombreux. La petite guéguerre entre le prieur Philippe et l'évêque et de nombreuses autres finissent par lasser à la fin. A chaque fois le méchant essaie de faire un tour au gentil qui finit par l'emporter, et puis quelques pages plus loin cela recommence de la même façon. Outre la construction de la cathédrale, Ken Follett y intègre également un deuxième fil rouge autour d'un procès d'antan qui impliquait plusieurs personnages de l'histoire avant même que celle-ci ne commence, sans toutefois réussir à garder l'intérêt du lecteur autour de cela qui va pourtant mener de façon prévisible au dénouement final de toute l'histoire. On regrettera également une certaine complaisance de l'auteur dans la description de certaines scènes de violence, notamment de viols. C'est un vain procédé assez classique dans de nombreux mauvais romans historiques traitant du moyen-âge d'y intégrer de dures scènes à la violence gratuite afin de bien noter à quel point l'époque a dû être dure et terrible à vivre. Et comme tout bon best-seller celui-ci contient un nombre de pages bien trop important (plus de 1000) dont de bien nombreuses qui sont superflues.

Mis à part ces nombreuses critiques le roman reste toutefois bien divertissant et fera passer le temps à de bien nombreux lecteurs.

A noter la sortie en octobre 2007 d'une suite pas encore traduite à Les piliers de la terre et intitulée World Without End qui reprend l'histoire deux siècles plus tard des descendants de certains personnages du présent roman alors que la Peste noire ravage l'Europe et notamment Kingsbridge.

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Extrait :

Prologue

1123

Les jeunes garçons arrivèrent de bonne heure pour la pendaison. Il faisait encore sombre quand les trois ou quatre premiers d'entre eux s'étaient glissés hors de leur taudis, silencieux comme des chats dans leurs bottes de feutre. Une mince pellicule de neige fraîche recouvrait la petite ville, comme une couche de peinture neuve, et leurs empreintes furent les premières à en souiller la surface immaculée. Ils passèrent entre les huttes de bois serrées les unes contre les autres et suivirent les rues, où la boue avait gelé, jusqu'à la place du marché silencieuse où la potence attendait.

Les garçons méprisaient tout ce que leurs aînés appréciaient. Ils dédaignaient la beauté et raillaient la bonté. Ils éclataient de rire à la vue d'un infirme et, s'ils apercevaient un animal blessé, ils le lapidaient à mort. Ils se vantaient de leurs blessures, ils arboraient avec orgueil leurs cicatrices, et réservaient leur admiration toute particulière aux mutilations : un garçon à qui il manquait un doigt, c'était un roi. Ils adoraient la violence : ils pouvaient parcourir des lieues pour voir le sang couler et jamais ils ne manquaient une pendaison. Un des garçons pissa au pied de la potence. Un autre gravit les marches de l'échafaud, posa ses pouces sur sa gorge et s'affala, le visage crispé dans une macabre parodie de strangulation ; les autres s'exclamèrent d'admiration, et deux chiens débouchèrent sur la place du marché en aboyant. Un très jeune garçon commença imprudemment à croquer une pomme et un des aînés lui donna un coup de poing sur le nez et la lui vola. Le cadet se soulagea en lançant une pierre aiguisée sur un chien qui rentra chez lui en hurlant. Puis il n'y eut plus rien à faire, alors ils s'accroupirent sur le pavé sec du portail de la grande église, attendant qu'il se passe quelque chose.

La lueur des chandelles vacilla derrière les volets des maisons cossues de bois et de pierre, alignées tout autour de la place, demeures d'artisans et de négociants prospères. Déjà les servantes et les apprentis allumaient les feux, faisaient chauffer l'eau et préparaient le porridge. Le ciel vira du noir au gris. Les gens sortirent de chez eux, baissant la tête au passage du seuil de la porte, emmitouflés dans de lourds manteaux de grosse laine, et descendirent en frissonnant jusqu'à la rivière où ils s'approvisionnaient en eau.

Bientôt un groupe de jeunes gens, valets d'écurie, ouvriers et apprentis, firent leur entrée sur la place du marché. Ils chassèrent à coups de pied et à coups de poing les jeunes garçons du porche de l'église, puis s'adossèrent aux arches de pierre sculptées, se grattant, crachant par terre et discutant avec une assurance étudiée de la mort par pendaison. S'il a de la chance, dit l'un d'eux, son cou se brise dès qu'il tombe, c'est un trépas rapide et sans douleur : mais sinon, il reste suspendu là à devenir cramoisi, sa bouche s'ouvrant et se fermant comme un poisson hors de l'eau, jusqu'à ce qu'il s'étrangle ; un autre affirma que mourir de cette façon peut prendre le temps qu'il faut à un homme pour parcourir une demi-lieue ; et un troisième déclara que ce pouvait être encore pire, qu'il avait assisté à une pendaison où, le temps que l'homme soit mort, son cou avait un pied de long.

Les vieilles femmes formaient un groupe de l'autre côté de la place, aussi loin que possible des jeunes gens qui risquaient de crier des remarques vulgaires à leurs grands-mères. Elles s'éveillaient toujours de bon matin, les vieilles, même si elles n'avaient plus à s'inquiéter de bébés ni d'enfants ; elles étaient les premières à avoir leurs feux allumés et leurs âtres balayés. Leur meneuse reconnue, la robuste veuve Brewster, vint les rejoindre, roulant un tonneau de bière aussi facilement qu'un enfant pousse un cerceau. Elle n'avait pas eu le temps d'ôter le couvercle qu'attendait déjà une petite foule de clients avec des cruches et des seaux.

Le bailli du prévôt ouvrit la grande porte, pour laisser entrer les paysans qui habitaient le faubourg, dans les maisons adossées au mur de la ville. Les uns apportaient des œufs, du lait et du beurre frais à vendre, d'autres venaient acheter de la bière ou du pain, d'autres encore restèrent sur la place du marché en attendant la pendaison. De temps en temps, les gens levaient la tête, comme des moineaux inquiets, et jetaient un coup d'œil au château sur la colline qui dominait la ville. Ils voyaient la fumée monter régulièrement de la cuisine et parfois la lueur d'une torche derrière les fenêtres en meurtrière du donjon de pierre. Et puis, au moment où le soleil devait commencer à se lever derrière l'épais nuage gris, les lourdes portes en bois du poste de garde s'ouvrirent et un petit groupe apparut. Le prévôt allait en tête, montant un beau cheval noir, suivi d'un char à bœufs transportant le prisonnier ligoté. Derrière le chariot chevauchaient trois hommes. Bien que d'aussi loin on ne pût distinguer leurs visages, leurs vêtements révélaient qu'il s'agissait d'un chevalier, d'un prêtre et d'un moine. Deux hommes d'armes fermaient la marche.

Ils s'étaient tous rendus la veille à la cour de justice du comté, qui se tenait dans la nef de l'église. Le prêtre avait surpris le voleur la main dans le sac ; le moine avait identifié le calice d'argent comme appartenant au monastère ; le chevalier était le suzerain du voleur, il l'avait reconnu comme un fugitif ; et le prévôt l'avait condamné à mort.

Tandis qu'ils descendaient lentement la colline, le reste de la ville se groupa autour de l'échafaud. Parmi les derniers à arriver, les notables : le boucher, le boulanger, deux tanneurs, deux forgerons, le coutelier et l'armurier, tous avec leurs épouses.

La foule était d'humeur bizarre. En général on aimait bien une pendaison. Le prisonnier était d'ordinaire un voleur et ils détestaient les voleurs avec la passion de gens qui ont durement gagné ce qu'ils possèdent. Mais ce voleur-là n'était pas comme les autres. Personne ne savait qui il était ni d'où il venait. Ce n'étaient pas eux qu'il avait volés, mais un monastère à huit lieues d'ici.

Il avait volé un calice orné de joyaux, un objet d'une si grande valeur qu'il était pratiquement impossible à revendre : ce n'était pas comme voler un jambon, un couteau neuf ou une belle ceinture, dont la perte nuirait à quelqu'un. On ne pouvait pas haïr un homme pour un crime si absurde. Il y eut quelques lazzis et quelques railleries quand le prisonnier pénétra sur la place du marché, mais les injures manquaient de conviction et seuls les jeunes garçons se moquaient de lui avec un certain enthousiasme.

La plupart des gens de la ville n'étaient pas au tribunal, car les jours de cession n'étaient pas fériés, et ils devaient tous gagner leur vie, aussi était-ce la première fois qu'ils voyaient le voleur. Celui-ci paraissait très jeune, entre vingt et trente ans. De taille et de stature normales, il avait pourtant un aspect étrange, dû à sa peau aussi blanche que la neige sur les toits, à ses yeux protubérants d'un vert clair extraordinaire et à ses cheveux couleur carotte. Les filles le trouvèrent laid ; les vieilles le plaignirent ; et les petits garçons rirent en se roulant par terre.

Le prévôt était un personnage familier, mais les trois autres hommes qui avaient scellé le destin du voleur étaient des étrangers. Le chevalier, un gros homme aux cheveux jaunes, était de toute évidence quelqu'un d'une certaine importance, car il montait un destrier, une énorme bête qui coûtait autant d'argent qu'un charpentier en gagne en dix ans. Le moine était beaucoup plus âgé, au moins cinquante ans, un grand homme maigre affalé sur sa selle, comme si la vie était pour lui un fardeau accablant. Le plus remarquable était le prêtre, un jeune homme au nez pointu et aux cheveux noirs et plats, vêtu d'une robe noire et chevauchant un étalon bai. Il avait l'air vif et dangereux d'un chat noir flairant un nid de souriceaux.

Un gamin visa avec soin et cracha sur le prisonnier. Il avait bien ajusté son tir et toucha l'homme entre les yeux. Le condamné grommela un juron et voulut se jeter sur le cracheur, mais il était retenu par les cordes qui l'attachaient aux ridelles de la charrette. Incident banal, sinon que le prisonnier parlait en français normand, la langue des seigneurs. Ce jeune homme était-il de haute naissance ? ou simplement loin de chez lui ?

(...)

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Voir également:
- La nuit de tous les dangers (Night Over Water) - Ken Follett (1991), présentation
- La Marque de Winfield (A Dangerous Fortun) - Ken Follett (1993), présentation
- Le pays de la liberté (A Place Called Freedom) - Ken Follett (1995), présentation
- Le troisième jumeau (The Third Twin) - Ken Follett (1996), présentation
- Apocalypse sur commande (The Hammer of Eden) - Ken Follett (1998), présentation
- Code Zéro (Code to Zero) - Ken Follett (2000), présentation
- Le Réseau Corneille (Jackdaws) - Ken Follett (2001), présentation
- Le vol du Frelon (Hornet Flight) - Ken Follett (2002), présentation

Commentaires

Souvenirs, souvenirs ... Oulala, cela va bientot faire 10 ans que j'ai lu ce livre, je pense... Je l'avais beaucoup apprécié à ce moment là (il faut dire que je lisais pas mal de Ken Follet). Je suis contente d'apprendre qu'il va y avoir une suite :) Ce sera l'occasion de retrouver cet auteur (que j'avais abandonné il est vrai...)

Écrit par : Hasardeuse | lundi, 22 octobre 2007

En ce qui me concerne Je dirai plutôt que c'est vraiment un chef d'oeuvre ! Mais évidemment, je pense que c'est un chef d'oeuvre quand ça me plaît :))) J'ai a-do-ré ce bouquin qui ne m'a pas ennuyé une minute ! 1000 pages ? C'était trop peu ! J'en aurais voulu davantage. Vivement la parution d'Un monde sans fin !!!

Écrit par : Marco | lundi, 22 octobre 2007

Top 10 Ce livre appartient à mon top 10. Malgré ses 1000 pages, il se lit très bien, un réel régal de partager toutes les aventures des personnages.
Vivement la suite !

Écrit par : Olivier | vendredi, 02 novembre 2007

J'ai adoré !

Écrit par : manureva | mercredi, 15 juin 2011

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