mardi, 03 juillet 2007

L’archéologue et le mystère de Néfertiti - Pierre Boulle - 2005

bibliotheca l archeologue et le mystere de nefertiti

Découvrir l’Egypte antique à bord d’un biplan, tel est le but que s’est fixé un jeune couple d’anglais pour leur vacances. Mais rien ne se passe comme prévu entre les deux, et ils décident de se séparer afin de continuer leur route chacun de son côté. C’est à Louqsor que l’homme, le narrateur, rencontre un beau soir à l’hôtel un archéologue indépendant, auteur d’un livre trouvé à la bibliothèque de l’hôtel : 'Tell el-Amarna, The city of Aton'. Les deux décident de faire un bout de chemin ensemble pour retourner au Caire. Mais lorsqu’ils survolent le site de Tell al-Amarna, vestiges de l’ancienne cité de Akhenaton dédié au dieu du soleil, une panne de carburant fait s’écraser le biplan dans une colline non loin du site en question. C’est la mort assurée… Mais à la plus grande surprise des deux voyageurs, leur avion a atterri au sein même d’un temple caché derrière une fausse paroi et qui est resté jusqu’à présent encore inconnu de tous. L’archéologue comprend vite que ce temple était dédié à Néfertiti, illustre épouse du roi Akhenaton et femme influente de la dix-huitième dynastie d’Egypte. Néfertiti était une souveraine puissante et charismatique qui joua n rôle religieux prépondérant dans l’Egypte antique. C’est elle aussi qui éleva le pharaon Toutankhamon. Cependant les historiens savent encore bien peu de choses au sujet de Néfertiti. Mais la découverte de nos deux aventuriers vont définitivement amener plus de lumière sur ce éminent personnage historique. Plus que cela l’archéologue va mettre à jour un immense complot qui à l’époque la vie même de la souveraine…

L’archéologue et le mystère de Néfertiti est un roman posthume du grand écrivain français Pierre Boulle, auteur entre autres de grands classiques tels Le pont de la rivière Kwaï (1952) ou La planète des singes (1963). Lorsque Pierre Boulle décède en 1994, ce roman est encore inconnu de tous. Le manuscrit ne sera trouvé que cinq ans plus tard par sa nièce qu’il considérait comme sa fille Christiane Loriot et de son mari Jean Loriot. C’est dans la cave de l’ancien domicile parisien de Pierre Boulle, que le couple Loriot a retrouvé des valises pleines de manuscrits et autres documents. Cependant Pierre Boulle avait l‘habitude de dactylographier ses textes sur des pelures qui supportent mal l’humidité des sous-sols. Après avoir séché plusieurs dizaines de milliers de ces pelures et après les avoir analysés minutieusement, Jean Loriot a découvert de nombreux brouillons de romans déjà publiés, mais aussi des nouvelles totalement inédites et finalement le roman L’archéologue et le mystère de Néfertiti qui avait été dactylographié par l’auteur sur le recto d’un autre manuscrit.
C’est enfin en 2005 que ce roman paraîtra pour la première fois au grand public, soit plus de dix ans après la mort de Pierre Boulle et vraisemblablement plus de cinquante ans après avoir été écrit.

Mais que vaut donc finalement ce roman tant attendu. Si L’archéologue et le mystère de Néfertiti présente beaucoup de points positifs qui le rendent digne des plus grands romans de Pierre Boulle, ce texte contient également un certain nombre de défauts. L’intrigue est originale à plus d’un titre et tient à la fois du roman d’aventures, genre cher à Pierre Boulle, du roman policier, historique et on y retrouve même un soupçon de fantastique. Derrière les découvertes archéologiques narrées dans le roman se forme petit à petit une véritable intrigue policière dont le crime avait lieu il y a près de trois mille ans. Les deux héros mettent à jour, tels de vrais détectives, tous les tenants et aboutissants d’un complot politico-religieux en analysant soigneusement les traces laissés par les vestiges qu’ils explorent. En véritable roman à énigme L’archéologue et le mystère de Néfertiti passionnera tous les amateurs de romans policiers dans le style des aventures de Sherlock Holmes de Arthur Conan Doyle, avec en plus ce cadre antique égyptien qui apporte une dimension supplémentaire au roman.
Mais hélas on reconnaît dans ce roman aussi une œuvre de jeunesse de Pierre Boulle, qui malgré de nombreuses qualités présente aussi de défauts. On sent que l’intrigue et le déroulement des différentes actions ne sont pas parfaitement maîtrisés. La découverte de départ, càd. du temple en question, est bien peu crédible. Le suspense ne tient pas toujours et les invraisemblances de toutes sortes sont assez courantes.

Il n’empêche que la lecture est très agréable, voire même passionnante et il aurait été bien dommage que ce roman ne soit jamais publié.

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Extrait :

A la limite extrême de la perte de vitesse, l'avion passa dans un trou d'air et perdit d'un seul coup plusieurs mètres d'altitude. La montagne se dressa bien au-dessus de nous, mon dernier espoir s'évanouit. Elle était maintenant toute proche; un grand mur vertical, contre lequel nous allions nous écraser. C'était la mort certaine. Je me courbai sur les commandes pour faire un virage et aborder le sol dans le sens de la vallée.

A ce moment, l'archéologue, devenu littéralement fou de terreur, se jeta sur moi et me paralysa. Il était trop tard pour éviter la catastrophe. Enfoui sous le corps de mon passager qui se cramponnait à moi, j'aperçus distinctement la falaise de pierre brune à une longueur de bras de l'hélice immobile. Résigné, je songeai que, de cette façon au moins, je ne souffrirais pas, et ma dernière vision, avant de pénétrer dans le royaume des ombres, fut celle d'une femme au bras d'un gentleman au teint bistre, qui se penchait avec un sourire railleur sur des inscriptions très anciennes.

Or, en cet instant infinitésimal qui devait être celui de notre inévitable écrasement, se passa un événement étrange, dont je ne connus pas immédiatement la nature exacte.

Je m'attendais instinctivement, je crois, à un choc violent à la tête, qui me ferait perdre conscience, et un réflexe m'avait fait fermer les yeux au moment précis de l'impact. Dans le centième de seconde qui suivit, je fus stupéfait de ne ressentir aucune douleur et de continuer à penser.

J'essayai d'analyser mes sensations. Il y avait eu un choc, qui avait fait trembler toute la carlingue, mais mon corps était intact; j'en avais pleinement conscience.

Rouvrant mes yeux encore aveuglés par l'éclatante lumière du soleil égyptien, je me trouvai plongé dans une obscurité profonde, mais ces ténèbres n'étaient pas celles de la mort. La pensée que je pouvais ne plus être ne me vint pas immédiatement à l'esprit. Par un miracle que je ne pouvais expliquer, l'avion ne s'était pas arrêté. Comprenez-vous? Il se mouvait toujours. Imaginez-vous mes impressions de stupeur, de doute, d'émerveillement? Il avait continué son vol au-delà de la falaise, «au travers» de la paroi. Il avait crevé cette muraille rocheuse que j'avais presque touchée du doigt.

Il roulait maintenant; il roulait sur une surface rugueuse, mais à peu près plane. Le choc avait rejeté mon compagnon sur son siège. J'avais inconsciemment placé la main sur le levier de commande, et je sentais au bout des doigts toutes les trépidations d'un appareil qui s'est posé sur une mauvaise piste.

Le mouvement n'était pas très rapide. Le premier choc avait considérablement diminué la vitesse. Il y en eut un deuxième. Je sentis l'avion heurter un obstacle invisible et, après un dernier tressaillement, s'immobiliser dans les ténèbres.

Alors la pensée que je pouvais être mort effleura mon esprit. Il était admissible, après tout, qu'un trépas soudain paralysât les sens, empêchant la perception de toute douleur, en suscitant pendant un temps très court une hallucination paraissant prolonger l'existence. Mais cette idée s'évanouit à peine formée; je sentais trop bien mon corps vivant, mon corps tremblant. Mes yeux s'accoutumaient à l'obscurité qui n'était pas aussi complète que je l'avais cru. Je distinguai devant moi des ombres qui n'étaient pas le néant. Je me retournai et aperçus une lueur, comme celle qui brille au bout d'un long souterrain. Au loin, je reconnus, éclairé par le soleil, le sommet que nous avions rasé quelques instants auparavant.

Sans m'occuper de mon passager, qui restait immobile, la tête enfouie dans ses mains, je sautai hors de l'avion. A la faible clarté qui venait du tunnel, je m'aperçus d'abord de quelque chose d'insolite dans l'apparence de mon appareil. Cela me frappa comme un élément incongru que je n'arrivais pas à préciser. Il me fallut plusieurs secondes d'observation réfléchie avant de comprendre pleinement que les ailes avaient disparu. Il ne restait plus que la carlingue.

[...]

Je pris une torche électrique à l'intérieur de la carlingue et éclairai une des colonnes. Il comprit et poussa une exclamation.

- Un monument souterrain! Un tombeau peut-être? Aurions-nous eu la chance...

Je voulus me rendre compte de la disposition générale des lieux. Décrivant lentement un demi-cercle avec ma torche, à partir du tunnel, je vis que nous avions débouché dans une salle de vastes dimensions. La partie à droite, par rapport à l'axe suivi par l'avion, révéla deux rangées de colonnes, séparées par un intervalle de plusieurs mètres et ornées de motifs papyriformes. Au-delà, sur la muraille brune, se détacha une longue bande horizontale, plus claire, où apparaissaient des sculptures.

- Un bas-relief, murmura mon compagnon.

Il m'arracha la lampe des mains et se précipita vers cette muraille. J'eusse attendu plus de méthode de sa part, et j'étais sur le point de lui en faire la remarque, mais je ne pus prononcer une parole, tant le spectacle que je venais d'entrevoir m'avait ému.

Dans le geste instinctif que j'avais fait pour conserver la torche électrique, le faisceau lumineux avait rapidement balayé la partie centrale du local, opposée au tunnel, que je n'avais pas encore explorée mais où j'avais deviné dans l'ombre des formes confuses. Celles-ci s'étaient brusquement précisées. Comme à la lueur d'un éclair, j'avais eu devant les yeux, pendant une fraction de seconde, une scène si étrange que je restai muet et stupide.

Au centre du tableau (cela m'avait impressionné à la manière d'une immense toile), il y avait une potence, une authentique, une classique, une sinistre potence, et à cette potence était accroché un pendu. En dessous du pendu et un peu en arrière, une partie de ses os gisant sur une petite plate-forme, l'autre en désordre sur le sol, il y avait un squelette; un squelette humain, j'avais eu le temps de distinguer le crâne. Mes yeux avaient enregistré ce cliché avec la fidélité d'une plaque photographique. On ne peut pas se tromper sur ce genre d'image, et d'ailleurs j'apercevais encore dans l'ombre la hideuse silhouette du gibet, avec le corps allongé qui y était suspendu.

Je restai un moment immobile, pétrifié par le caractère profondément incohérent de cette vision au fond d'un caveau égyptien. La peur me saisit en même temps que je retrouvai l'usage de mes membres. Mon premier réflexe fut de rejoindre mon compagnon. Il avait atteint le fond de la pièce et sa lumière dansait sur la muraille. Je me dirigeai vers cette lueur, traversant la salle en oblique, me rapprochant ainsi de la potence. Je fis trois pas dans cette direction en lui parlant pour me rassurer.

- Attendez-moi!

Je m'arrêtai, car plusieurs phénomènes inexplicables se produisirent. D'abord, le son de ma voix était démesurément enflé, hors de proportion avec l'intention que j'avais mise dans ma prière. Ensuite, j'avais senti un frôlement sur ma jambe. Enfin, j'en étais certain, dans le silence pesant du caveau qui avait suivi l'éclat de mes paroles, j'avais perçu un léger cliquetis, tout près de moi, à ma droite.

- Je vous en prie, murmurai-je encore, attendez-moi.

La voûte et les murailles déformèrent de nouveau le son d'une manière qui me terrifia. Je n'osai même pas répondre à son appel. Il me cherchait enfin, mais, trompé par ces bizarres échos, il tâtonnait avec le faisceau le long de la muraille. Je fis un nouveau pas en avant et sentis, cette fois-ci, une résistance devant ma jambe. J'entendis encore le cliquetis. Je tournai les yeux vers la droite. A la lueur diffusée par la torche, je vis un autre squelette, effondré sur le sol au pied d'une colonne, et il me sembla voir bouger quelque chose dans la masse répugnante de ses os.

Je respirai péniblement et fis un pas de plus. La résistance s'accentua, et j'eus l'impression qu'une main invisible me tirait en arrière. Il y eut un bruit prolongé d'objets qui s'entrechoquent. J'osai encore risquer un regard. Le squelette remuait, je n'en pouvais plus douter. Je voyais et j'entendais. Les os se heurtaient. Je tournai brusquement la tête pour échapper à cette hallucination. J'étais alors presque à la hauteur de la potence et j'aperçus... non, ce ne pouvait être une hallucination, jamais mes nerfs ne m'avaient joué de pareils tours!

Le pendu, lui aussi, s'était mis en mouvement; lentement, très lentement, son corps se tendait vers moi. Je voyais ses pieds, maintenant écartés de la verticale, pointer dans ma direction. La brutale réalité de la situation me saisit dans son inexplicable extravagance: j'étais dans un temple égyptien, vieux de milliers d'années peut-être, entre un squelette qui remuait et un pendu qui se balançait au bout d'une potence. Pour ajouter à mes malheurs, un fantôme invisible me tenait captif, me serrait la jambe. En une fraction de seconde me revinrent en mémoire certaines histoires entendues autrefois sur la science occulte des Egyptiens et les mystérieux coups du sort qui frappèrent avec violence les antiques sépultures. J'étais la proie de puissances maléfiques. Je perdis complètement la tête. Je bondis en avant vers mon compagnon, dont le faisceau venait de me repérer et m'éblouissait, mettant dans ce saut tout ce qui me restait d'énergie pour échapper à ces sortilèges.

Je réussis à rompre l'étreinte. Tel avait été mon effort que, emporté par l'élan, je traversai d'un trait, tête basse, l'espace qui me séparait de l'archéologue. Je le heurtai violemment. Il laissa échapper la torche, qui s'éteignit, et nous tombâmes côte à côte devant la scène la plus diabolique qui se soit jamais déroulée au fond d'un sanctuaire de la vieille Egypte. Je veux essayer d'en donner une idée, sans grand espoir d'y parvenir, car l'impression qui s'en dégageait me paraît proprement inexprimable.

Ce que je vis, lorsque, déjà épouvanté, je me trouvai à plat ventre, le menton contre le sol, près de mon ami l'archéologue, c'était une gerbe étincelante, prenant naissance dans le corps même du pendu, qui l'embrasait et distribuait dans tout le caveau de fantastiques ombres; c'était le pendu lui-même, cet atroce pendu, qui se balançait au bout de la potence, non plus d'un mouvement lent, mais au contraire en oscillations rapides, violentes, furieuses, comme si, gardien depuis des siècles de ce sanctuaire, il avait voulu nous convaincre de notre sacrilège par cette manifestation démoniaque; c'était le squelette effondré au bas de la colonne, qui se lançait maintenant dans une sarabande endiablée, accompagnant par des soubresauts insensés de tous ses os le branle frénétique du supplicié déchaîné; c'était le premier squelette, immobile lui, au pied de la potence, affalé comme une victime sur un autel, et dont le crâne se déformait en reflets fantastiques sous la pluie d'étincelles qui prenait sa source dans le corps au bout de la corde; c'était enfin une troisième carcasse humaine, que je n'avais pas encore aperçue, qui formait avec les deux premières un triangle mystérieux. Et comme si cette vision de l'enfer n'était pas suffisante pour nous convaincre de notre crime, comme si nous n'étions pas assez accablés par ce témoignage de nos yeux, une musique accompagnait le tableau. Une musique! Une effroyable cacophonie composée de roulements, de grondements, de rugissements, d'une intensité si profonde que mes oreilles en devinrent bientôt douloureuses et que j'y appliquai instinctivement mes mains, sans pouvoir apaiser en moi l'insupportable résonance de ce monstrueux déchaînement.

Je sentis que tout mon corps allait éclater si je restais là. J'oubliai mon compagnon. Je sautai sur mes pieds et bondis vers l'entrée du souterrain. Je fis un détour pour éviter les squelettes. Je me cognai contre des colonnes, heurtai des obstacles invisibles, et parvins enfin à l'étroit tunnel derrière la carlingue de l'avion. Je courus dans un dernier effort vers la lumière du soleil, arrivai haletant à l'orifice par lequel nous avions fait mystérieusement irruption, et m'assis sur le sol, la tête dans mes mains.

Je ne sais depuis combien de temps j'étais dans cette position quand j'entendis la voix de l'archéologue.

- Monsieur, disait-il, je crois que nous avons eu la chance de faire une découverte qui présente un intérêt exceptionnel au point de vue archéologique.

C'est l'occasion que j'ai attendue toute ma vie et j'ai hâte de me mettre à l'œuvre.

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Voir également:
- William Conrad - Pierre Boulle (1950), présentation
- Le sacrilège malais - Pierre Boulle (1951), présentation
-
Le Pont de la rivière Kwaï - Pierre Boulle (1953), présentation
Le bourreau - Pierre Boulle (1954), présentation
- La planète des singes - Pierre Boulle (1963), présentation

- L'enlèvement de l'obélisque - Pierre Boulle (2007), présentation

Commentaires

Ca a l'air chouette, je vais surement l'acheter demain matin. Bonne soirée à vous

Écrit par : raton laveur | mardi, 03 juillet 2007

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