lundi, 18 juin 2007

L’enfant de sable - Tahar Ben Jelloun - 1985

bibliotheca l enfant de sable

« L’enfant que tu mettras au monde sera un mâle, ce sera un homme, il s’appellera Ahmed même si c’est une fille ! »

Sur la place Jamâ-El-Fnâ à Marrakech, un conteur relate la troublante histoire d’Ahmed, huitième fille d’un couple qui faute d’héritier, décide de l’élever comme un garçon. En effet lors de la huitième grossesse de sa femme, le père décide de conjurer ce sort maudit qui ne fait lui donner que des filles. Il perçoit cela comme une disgrâce et décide de faire croire à tous que son huitième enfant sera un garçon. Il y croira lui-même si fort, que lui aussi ne verra qu’un fils dans les traits de sa fille. L’enfant va grandir en garçon et en découvrant petit à petit sa féminité il décidera de la cacher, ayant bien compris que dans cette société il valait bien mieux être de sexe masculin. Il ira même jusqu’à épouser une fille délaissée qui l’accompagnera dans sa chute vertigineuse avant qu’il ne disparaisse mystérieusement.
Le récit du conteur fait alors place à ceux de plusieurs spectateurs qui croient avoir reconnu la personne et plusieurs versions sont donnés sur le devenir de Ahmed. Mais selon tus les prétendus témoins, son destin ne pourra être que très chaotique et forcément tragique.

L'enfant de sable de l’écrivain marocain de langue française Tahar Ben Jelloun est un magnifique et très original roman mêlant brillamment contes et légendes à des sujets tabous (enfance saccagée, prostitution, machisme, l’homme-femme, la sexualité…) dans la société maghrébine et marocaine. L'enfant de sable a immédiatement été un grand succès et sa suite, La nuit sacrée (1987), dans laquelle Tahar Ben Jelloun donne la parole au personnage d’Ahmed pour que celui-ci donne sa propre version des faits, a obtenu le prix Goncourt 1987.
L’histoire commence admirablement dans la plus pure ambiance de la place Jamâ-El-Fnâ à Marrakech au rythme d’un conteur de rue. D’abord le récit suit le point de vue d'Ahmed raconté par le conteur prétendant se baser sur un manuscrit laissé par Ahmed lui-même. Ensuite la narration se démultiplie et devient assez chaotique tout en gardant cependant une certaine structure. Le résultat en est que le roman devient extrêmement vivant au dépit parfois du lecteur qui risque de s’y perdre un peu. Tahar Ben Jelloun aborde brillamment le sujet de la femme dans la société mais le roman est aussi un formidable conte philosophique sur la quête de l’identité. Et comme souvent dans son œuvre, Tahar Ben Jelloun y traite aussi de la sexualité et de la frustration qui y est souvent liée.
L’écriture est envoûtante et le roman est d’un bout à l’autre très prenant. Cependant toute la dernière partie du roman, la deuxième moitié, est parfois trop confuse et la fin laisse une certaine frustration au lecteur.

L’enfant de sable est un très original roman sur la condition féminine et la quête de son identité.

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Extrait :

Il y avait d'abord ce visage allongé par quelques rides verticales, telles des cicatrices creusées par de lointaines insomnies, un visage mal rasé, travaillé par le temps. La vie - quelle vie ? une étrange apparence faite d'oubli - avait dû le malmener, le contrarier ou même l'offusquer. On pouvait y lire ou deviner une profonde blessure qu'un geste maladroit de la main ou un regard appuyé, un œil scrutateur ou malintentionné suffisaient à rouvrir. Il évitait de s'exposer à la lumière crue et se cachait les yeux avec son bras. La lumière du jour, d'une lampe ou de la pleine lune lui faisait mal : elle le dénudait, pénétrait sous sa peau et y décelait la honte ou des larmes secrètes. Il la sentait passer sur son corps comme une flamme qui brûlerait ses masque, une lame qui lui retirerait lentement le voile de chair qui maintenait entre lui et les autres la distance nécessaire. Que serait-il en effet si cet espace qui le séparait et le protégeait des autres venait à s'annuler ? Il serait projeté nu et sans défenses entre les mains de ceux qui n'avaient cessé de le poursuivre de leur curiosité, de leur méfiance et même d'une haine tenace; ils s'accommodaient mal du silence et de l'intelligence d'une figure qui les dérangeait par sa seule présence autoritaire et énigmatique.

La lumière le déshabillait. Le bruit le perturbait. Depuis qu'il s'était retiré dans cette chambre haute, voisine de la terrasse, il ne supportait plus le monde extérieur avec lequel il communiquait une fois par jour en ouvrant la porte à Malika, la bonne qui lui apportait la nourriture, le courrier et un bol de fleur d'oranger. Il aimait bien cette vieille femme qui faisait partie de la famille. Discrète et douce, elle ne lui posait jamais de questions mais une complicité devait les rapprocher.

Le bruit. Celui des voix aiguës ou blafardes. Celui des rires vulgaires, des chants lancinants des radios. Celui des seaux d'eau versés dans la cour. Celui des enfants torturant un chat aveugle ou un chien à trois pattes perdu dans ces ruelles où les bêtes et les fous se font piéger. Le bruit des plaintes et lamentations des mendiants. Le bruit strident de l'appel à la prière mal enregistré et qu'un haut-parleur émet cinq fois par jour. Ce n'était plus un appel à la prière mais une incitation à l'émeute. Le bruit de toutes les voix et clameurs montant de la ville et restant suspendues là, juste au-dessus de sa chambre, le que le vent les disperse ou en atténue la force.

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Voir également :
- Harrouda – Tahar Ben Jelloun (1973), présentation

- La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun (1976), présentation

- La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun (1977), présentation

- Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun (1978), présentation
- L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun (1994), présentation
- Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun (2004), présentation
- Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun (2005), présentation

Commentaires

Ce livre m'a été offert il y a des années et je ne l'ai toujours pas lu. Je suis retombé dessus par hasard il y a quelques jours alors je suis très contente d'en voir une critique ;-)

Écrit par : Leeloo | mercredi, 20 juin 2007

Il y a longtemps que j'ai lu ce livre, mais il m'en reste encore des traces. Il est très beau.
Je vois que tu lis le soleil des scorta, celui là m'a beaucoup plu aussi. Des images chaudes et lumineuses, la famille, le clan, qui enferme mais qui tient chaud et qui sécurise, conforte et réconforte...

Écrit par : sylvie | lundi, 17 septembre 2007

Lu et beaucoup aimé

Écrit par : manureva | mercredi, 15 juin 2011

slt.........je vois ke l'histoire de ce livre c'est une réalité de mentalité des arabe en général..c tres intéraissant

Écrit par : hind | mercredi, 15 juin 2011

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