jeudi, 10 mai 2007
Days - James Lovegrove - 1997

Days est le premier et ("d'aucuns le pensent encore") le plus beau Gigastore du monde. 7 étages qui font chacun 6 kilomètres carrés de surface, 666 rayons, tel est le complexe commercial Days, desservi par quatre gares ferroviaires, où tout ce qui peut être vendu y est effectivement vendu, des chaussettes dépareillées aux filles de joie en passant par les livres, les animaux exotiques, la gastronomie du monde, les cravates, les horloges, les instruments de musiques et les collections les plus folles. Tout se vend, mais essentiellement aux plus riches. Car pour avoir un compte chez Days et posséder une de leurs cartes (de la pitoyable Aluminium pour les plus pauvres à l'incroyable Osmium), il faut un compte suffisamment approvisionné. Ceux qui ne peuvent pas avoir de compte devront se contenter d’errer des journées entières devant les magnifiques vitrines vivantes ou alors, pour les plus persévérants, ils triment toute leur vie pour espérer un jour avoir l'autorisation d'ouvrir un compte.
C'est le cas du couple Trivett, Linda et Gordon Trivett, qui se sont privés de tout pendant des années afin d’obtenir l’une de ces célèbres cartes Days. Aujourd’hui, le jour est enfin arrivé où ils se rendront pour la première fois au Gigastore pour découvrir contre toute attente le monde violent et impitoyable de la consommation à outrance.
Franck Hubble est employé en tant que vigil chez Days, et cela depuis trente ans. Il fait parti de la police tactique, les fantômes comme on les appelle, car leur but est passer inaperçu à travers les foules pour attraper sur le fait les voleurs. Franck est tellement bon dans son métier qu’au fil des années il passe de plus en plus inaperçu au point même de ne plus être capable de se distinguer dans un mirroir. Mais aujourd’hui il a décidé enfin de démissionner pour retrouver sa liberté et peut-être même son apparence.
Le Gigastore est dirigé par sept frères, héritiers du fondateur du magasin Septimus Days. Celui-ci avait construit toute sa réussite autour du chiffre 7. 7 étages, 777 rayons (aujourd’hui plus que 666 après que les héritiers se soient installés au septième étage), sept héritiers, … Ceux-ci ont un grave problème à régler qui arrive aujourd’hui à son point culminant: le rayon Livres serait en guerre avec le rayon Informatique pour une question de partage d’espace de vente.
Une journée qui s ‘annonce bien mouvementée pour les différents héros du roman et qui marquera à jamais leur vie.
Days est un formidable roman d’anticipation traitant de façon très satirique et très sombre de la société de consommation qui est la nôtre. La satire est à peine poussée et toujours très caricaturale. James Lovegrove nous décrit un monde dirigé par l’argent, la possession et la volonté continuelle de consommer de plus en plus. Le Gigastore est le point culminant de cette société et est présentée dans le roman comme un temple dédié à un dieu malfaisant (d’où les nombreuses références au diable p.ex. 666 rayons), temple de la société moderne dans laquelle le pouvoir d’achat a remplacé toute autre valeur humaine. Le couple Trivett est l’exemple même de gens qui vont tout faire pour obtenir le droit d’entrer dans ce monde, mais finalement qu’obtiennent-ils à part le droit de s’endetter à tort et à travers en étant poussé à acheter n’importe quoi. On achète pour acheter sans se soucier de ses besoins ou moyen, et c’est pour cela que Days est là.
La dénonciation est très forte dans ce roman, même si parfois un peu simpliste. Le récit suit pas à pas tous les héros du roman à travers ce Gigastore durant toute une journée. Le style est très fluide, les descriptions souvent bien précises, le ton toujours ironique. La construction du roman est très travaillée. Certaines descriptions tombent carrément dans le burlesque, tel par exemple l’ameutement des clients lors des ventes flash. Mais lorsqu’on voit à la télévision les images des foules qui se ruent dans les magasins dès l’ouverture des soldes, on se rend vite compte que le roman n’est qu’à peine exagéré de ce point de vue. Les différents personnages vont se rejoindre et se rencontrer à la fin du roman lors de son dénouement en apothéose. Le lecteur est vraiment pris dans le défilement des événements, le suspense tient jusqu’au bout. De plus le décor du Gigastore est très crédible, l’ambiance ressentie en devient très réaliste.
Ce roman écrit en 1997, donc il n’y a pas si longtemps que cela, a cependant déjà un peu vieilli. Si dans les idées il est plus actuel que jamais, dans les descriptions du Gigastore et de certaines de ses pratiques commerciales il semble avoir été largement dépassé par la réalité.
En tout cas ce roman réussit parfaitement à nous ouvrir les yeux sur cet aspect de notre société.
Days de l’écrivain britannique James Lovegrove est un excellent roman d’anticipation, un pamphlet contre l’actuelle société de consommation.
A lire !
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Voir également :
- Royaume - Désuni (Untied Kingdom) - James Lovegrove (2003), présentation
14:54 Écrit par Marc dans Lovegrove, James | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, romans d anticipation, litterature britannique, james lovegrove |
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Commentaires
Bref, génial :]
Écrit par : Caroline | dimanche, 13 mai 2007
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