mardi, 01 mai 2007

Mort d’un parfait bilingue - Thomas Gunzig - 2001

bibliotheca mort d un parfait bilingue

« Maintenant on se demandait vraiment quel effet pouvait bien faire une balle dans le ventre ou un éclat d'obus dans la figure. On se demandait comment c'était une vie sans jambes ou sans bras, une vie à plus rien y voir et enfin à quoi ça pouvait servir qu'on se les gèle, qu'on nous réveille à des heures impossibles, que les camions militaires soient aussi pourris, si ça aidait à gagner la guerre ou si c'était juste à l'image de l'univers, nul du centre à la périphérie. »

1978. La guerre fait rage. Dans une ville ressemblant fortement au Sarajevo d’après-guerre qui attire tout type d’aventuriers le héros, mercenaire par hasard et par nécessité, va tomber dans une spirale du crime suite à une liaison avec la maîtresse d’un parrain mafieux, chanteur de pp has been. Pour sauver sa peau, il doit accepter une abominable mission, tuer une rivale en musique chanteuse officielle des troupes engée aux combats, et pour cela il doit s’enrôler dans un bataillon militaire d’élite, dont les exactions sont retransmises au jour le jour à la télévision, comme une émission de variétés. Le tout est sponsorisé par les plus grandes multinationales qui tirent un profit immense de ce carnage.


Mort d’un parfait bilingue, publié en 1991, n’est pas un roman comme les autres. Pour certains un coup de maître et pour d’autres bien peu de choses, ce roman ne fera certainement pas l’unanimité auprès des lecteurs. Thomas Gunzig nous raconte la descente aux enfers de son héros dans le pays de la sale guerre, qui poussé par la faim commence à commettre de petits délits avant de devenir pillard et assassin. Un guerre sanglante sans règles aucunes. Mais moderne aussi, car l’un des enjeux de cette terrible guerre est finalement la course à l’audimat de certaines sociétés multinationales sans scrupules.
L’ambiance est glauque à souhait, l’humour très terriblement noir, pour finalement nous montrer tous les travers de l’être humain une fois sortie du cadre d’une société bien réglementée. Et le résultat est dur, les scènes et propos de violence s’accumulent à n’en plus finir dans ce monde où tout semble condamné à jamais. Le style de narration, fait de chapitres courts montés en parallèle, est impressionnant mais parfois également confus. Mais Thomas Gunzig en fait parfois un peu trop ce qui risque de faire fuir un bon nombre de lecteurs : trop de violence, trop de grotesque, trop peu de logique dans le récit, seront en fonction du lecteur soit des qualités soit des défauts. A chacun de voir.

A noter que le titre n’a à priori rien à voir avec le sujet du roman, et s’explique plus par le côté surréaliste belge de l’auteur, le titre de parfait bilingue étant un idéal à atteindre pour tout Belge, souvent à contre-cœur par les étudiants de ce pays. A Gunzig de casser ce reste de politiquement correcte dans son univers si chaotique, et indiquer dès le départ que le héros ne deviendra pas quelqu’un comme il faut.

Ce roman a obtenu le Prix Rossel en 2001.

Mort d’un parfait bilingue est un roman tout simplement inclassable.

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Voir également :
- Kuru - Thomas Gunzig (2005), présentation
10 000 litres d'horreur pure : modeste contribution à une sous-culture - Thomas Gunzig (2007), présentation et extrait

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