jeudi, 04 janvier 2007

Le pain nu (al-khubz al-hâfî) – Mohamed Choukri - 1980

bibliotheca le pain nu

Roman autobiographique où l’auteur raconte son enfance marquée par la misère et l’exil.
Le récit commence dans les années 1940 quand Mohamed Choukri, alors âgé de sept ans suit sa famille qui quitte le Rif, leur région d’origine, pour échapper à la famine et à la misère. Ils s’installent à Tanger. Son père, un déserteur de la légion espagnole, est un homme alcoolique, violent et haï par toute la famille. Un jour, celui-ci tue son fils, le frère de Mohamed, dans un accès de violence. Mohamed Choukri détestera tellement son père au point de totalement l’effacer de sa vie, allant même jusqu’à oublier son nom.
La misère va hélas continuer pour Mohamed et les siens. A cause de la misère, sa famille replie bagage et part pour Tétouan, puis Tanger et enfin Oran. Mohamed Choukri va petit à petit se distancer de sa famille et devenir un sans domicile. Il survit à l'aide de petits métiers, serviteur dans une famille française dans le rif algérien, ou guide pour marins arrivant à Tanger, il apprend l'espagnol et vit déjà dans un milieu peuplé de prostituées, de petits et grands voleurs.

Le pain nu dont le titre arabe est al-khubz al-hâfî fut d'abord publié en anglais, dans une adaptation faite par Paul Bowles sous le titre For Bread Alone (1973), puis traduit en France par l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun, où il paraît en 1980. Cette autobiographie a vite été un immense succès international. Dans son pays d’origine il restera cependant interdit de publication jusqu’en l’an 2000. Cette censure, décidée en 1983 et, semble-t-il, recommandée par les dignitaires religieux et politiques, était motivée par les nombreuses références à la prise de drogue et d’alcool de l’auteur ainsi que des descriptions crues de ses multiples expériences sexuelles (prostitution, pédophilie, expériences homosexuelles, …). De plus, sur les dires de Mohamed Choukri lui-même, la critique du père n’avait pas été acceptée, le père étant reconnu comme quasiment sacré dans sa culture (extrait d’un entretien de Mohamed Choukri dans Le Matin du Sahara en 1999).
Sa publication n’a de plus pas été aidée dans le monde arabe par une édition bien trop conformiste. Tout cela n’a cependant pas empêché Le pain nu de devenir un roman phare de la littérature marocaine et lui-même d’être considéré comme l’un des auteurs les plus emblématiques du pays. La censure a finalement été levée en 2000. Il faudra attendre ce moment pour que le roman soit publié pour la première fois en langue arabe trois ans avant le décès de son auteur à l’âge de soixante-huit ans.
Dans Le pain nu, Mohamed Choukri ne cesse de nous fasciner en nous racontant sa jeunesse picaresque de façon très directe et sans détours. C'est un témoignage bouleversant qui permet à chaque lecteur de plonger dans un univers très dur parfois mais malheureusement réel. Le style est brusque et souvent choquant. Mohamed Choukri n’avait jamais la chance d’avoir une vie familiale dite normale. Cette enfance volée sera d’ailleurs le sujet principal de ce roman. Il n’avait pas accès à l’école. Son éducation se faisait parmi les voyous, les drogués et les prostituées. D’ailleurs Mohamed Choukri n’a appris à lire et à écrire qu’à l’âge de vingt-et-un ans suite à une rencontre avec l’écrivain américain Paul Bowles, qui vivait à ce moment-là à Tanger et qui traduira d’ailleurs plus tard son autobiographie. Durant son enfance il n’a sans cesse été exploité, principalement par son père mais aussi par certains employeurs, à un point qu’il dira considérer le vol comme légitime dans la tribu des salauds.

Alors que dans Le pain nu, Mohamed Choukri nous conte avant tout son enfance et adolescence marquée par la misère et l’exil, il terminera son autobiographie dans deux autres livres : Le temps des erreurs (1994) et Visages (1996).

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Voir également :
- Le temps des erreurs (Zemen El Akhtaa) - Mohamed Choukri - 1992

Commentaires

Ces tribulations racontées sous forme de confession sans emphase m'ont fasciné.

Écrit par : edouard | vendredi, 05 janvier 2007

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