samedi, 04 novembre 2006

Les hirondelles de Kaboul - Yasmina Khadra - 2002

bibliotheca les hirondelles de kaboul

"Une prostituée a été lapidée sur la place. J'ignore comment je me suis joint à la foule de dégénérés qui réclamait du sang. J' étais comme absorbé par un tourbillon. Moi aussi, je voulais être aux premières loges, regarder de près périr la bête immonde. Et lorsque le déluge de pierres à commencé à submerger le succube, je me suis pris à ramasser des cailloux et à le mitrailler, moi aussi. J'étais devenu fou, Zunaira. Comment ai-je osé ?"

A Kaboul, une ville qui se meurt dû au régime impitoyable des talibans, les destins de deux couples vont se croiser jusqu'à un dénouement fatal dont personne ne survivra. Il y a d’un côté Atiq Shawquat, un ancien combattant devenu geôlier et qui a perdu toute sa fierté, et son épouse Mussarat, droite et courageuse mais atteinte d’une maladie incurable. Puis, il y a Mohsen et la belle Zunaira, un couple bourgeois, éduqué et libéral, qui dans la société actuelle afghane n'arrive plus à vivre et s’accroche à l’amour comme pour échapper à la folie et donner un sens à leur existence. Mais les talibans veillent dans une ville que la folie guette et qui est à deux pas de tomber dans le barbarisme le plus total.

Yasmina Khadra, ancien militaire algérien exilé en France et de son vrai nom Mohammed Moulessehoules, nous conte ici un récit terriblement bouleversant. Il s'agît finalement juste d'une histoire d'amour tragique. Mais Yasmina Khadra choisit de placer son histoire dans le cadre du Kaboul des talibans, une ville aux mains du fondamentalisme religieux et qu'il décrit comme "l'antichambre de l'au-delà. Une antichambre obscure où les repères sont falsifiés, un calvaire pudibond; une insoutenable latence observée dans la plus stricte intimité.". Yasmina Khadra lui-même avait été fortement choqué par la montée de ce même fondamentalisme dans son pays d'origine. Au fil des pages de ce récit, surviennent des personnages complexes en quête d'une liberté inespérée et qui périront, non pas en se révoltant, mais juste en voulant vivre. Les hirondelles de Kaboul est une terrible fable noire définitivement pessimiste à l'atmosphère dense et oppressante. Le style est plutôt lyrique sans être trop original. mais la lecture, du à la dureté des propos, est souvent éprouvante.

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Extrait: Avant-propos

"Au diable vauvert, une tornade déploie sa robe à falbalas dans la danse grand-guignolesque d'une sorcière en transe; son hystérie ne parvient même pas à épousseter les deux palmiers calcifiés dressés dans le ciel comme les bras d'un supplicié. Une chaleur caniculaire a resorbé les hypothétiques bouffées d'air que la nuit, dans la débâcle de sa retraite, avait omis d'emporter. Depuis la fin de la matinée, pas un rapace n'a rassemblé assez de motivation pour survoler ses proies. Les bergers, qui, d'habitude, poussaient leurs maigres troupeaux jusqu'au pied des collines, ont disparu. A des lieues à la ronde, hormis les quelques sentinelles tapies dans leurs miradors rudimentaires, pas âme qui vive. Un silence mortel accompagne la déréliction à perte de vue.

Les terres afghanes ne sont que des champs de bataille, arènes et cimetières. Les prières s'émiettent dans la furie des mitrailles, les loups hurlent chaque soir à la mort, et le vent, lorsqu'il se lève, livre la complainte des mendiants au croassement des corbeaux.

Tout paraît embrasé, fossilisé, foudroyé par un sortilège innommable. Le racloir de l'érosion gratte, désincruste, débourre, pave le sol nécrotique, érigeant en toute impunité les stèles de sa force tranquille. Puis, sans préavis, au pied des montagnes rageusement épilées par le souffle des fournaises, surgit Kaboul... ou bien ce qu'il en reste: une ville en état de décomposition avancée.

Plus rien ne sera comme avant, semblent dire les routes crevassées, les collines teigneuses, l'horizon chauffé à blanc et le cliquetis des culasses. La ruine des remparts a atteint les âmes. La poussière a terrassé les vergers, aveuglé les regards et cimenté les esprits. Par endroits, le bourdonnement des mouches et la puanteur des bêtes crevées ajoutent à la désolation quelque chose d'irréversible. On dirait que le monde est en train de pourrir, que sa gangrène a choisi de se développer à partir d'ici, dans le Pashtoun, tandis que la désertification poursuit ses implacables reptations à travers la conscience des hommes, et leurs mentalités.

Personne ne croit au miracle des pluies, aux féeries du printemps, encore moins aux aurores d'un lendemain clément. Les hommes sont devenus fous; ils ont tourné le dos au jour pour fare face à la nuit. Les saints patrons ont été destitués. Les prophètes sont morts et leurs fantômes crucifiés sur le front des enfants...

Et pourtant, c'est ici aussi, dans le mutisme des rocailles et le silence des tombes, parmi la sécheresse des sols et l'aridité des coeurs, qu'est née notre histoire comme éclôt le nénuphar sur les eaux croupissantes du marais."


Extrait: pris du premier chapitre

"Le mollah lève une main majestueuse pour apaiser le hurleur. Après la récitation d’un verset coranique, il lit quelque chose qui ressemble à une sentence, remet la feuille de papier dans une poche intérieure de son gilet et, au bout d’une brève méditation, il invite la foule à s’armer de pierres. C’est le signal. Dans une ruée indescriptible, les gens se jettent sur les monceaux de cailloux que l’on avait intentionnellement disposés sur la place quelques heures plus tôt. Aussitôt, un déluge de projectiles s’abat sur la suppliciée qui, bâillonnée, vibre sous la furie des impacts sans un cri. Mohsen ramasse trois pierres et les lance sur la cible. Les deux premières faillissent à cause de la frénésie alentour mais, à la troisième tentative, il atteint la victime en pleine tête et voit, avec une insondable jubilation, une tache rouge éclore à l’endroit où il l’a touchée. Au bout d’une minute, ensanglantée et brisée, la suppliciée s’écroule et ne bouge plus. Sa raideur galvanise davantage les lapideurs qui, les yeux révulsés et la bouche salivante, redoublent de férocité comme s’ils cherchaient à la ressusciter pour prolonger son supplice. Dans leur hystérie collective, persuadés d’exorciser leurs démons à travers ceux du succube, d’aucuns ne se rendent pas compte que le corps criblé de partout ne répond plus aux agressions, que la femme immolée gît sans vie, à moitié ensevelie, tel un sac d’horreur jeté aux vautours."

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Voir également:
- L'attentat - Yasmina Khadra (2005), présentation

Commentaires

les hirondelles de kaboul j'ai bien lu le livre de yasmina khadra, que je trouve d'une force phénoménale. un livre qui raconte une hisoire d'amour dans un monde ou l'absurdité cotoie la logique. mais il est clair que l'auteur traspose le drame et les souffrances de ses pairs et de sa patrie pour lui donner une dimension universelle. bravo

Écrit par : yacine | vendredi, 29 décembre 2006

Il y a une petite faute dans votre texte! Ce n'est pas Atiq Shawquat mais Atiq Shaukat!!

Écrit par : nad | lundi, 26 mars 2007

Génial Tout est dans le titre : GENIAL. Ce livre donne réellement envie de découvrir ce pays qui malheureusement ne peut plus être visité librement.

Écrit par : jerome | lundi, 14 janvier 2008

Ce livre retire de l'oubli un paysque nous ne voulons pas voir. Il montre le coté humain de ces corps corps sans âmes qui hantent cette necropole.

Écrit par : mazilda | lundi, 23 juin 2008

J'ai plutot aimé ce roman (notamment les descriptions de Kaboul sous le régime des taliban) mais l'intrigue elle-même reste légère, le roman n'est pas spécialement passionnant, bien moins que Les cerfs-volants de Kaboul (Hosseini) qui m'a paru bien plus abouti.

Écrit par : Nico | mardi, 30 novembre 2010

J'ai beaucoup aimé

Écrit par : manureva | mercredi, 15 juin 2011

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