mardi, 26 septembre 2006

Les derniers jours de Pompéi (The Last Days of Pompeii) - Edward George Earle Bulwer-Lytton - 1834

Pompeii-Comic

L’an 79 après Jésus-Christ. Pompéi est une cité florissante, très cosmopolite et animée dans laquelle aiment se retrouver tous les riches bourgeois de l’Empire romain. Ses habitants mènent la grande vie, entre festins, jeux en tout genre, plaisirs charnels. Glaucus est un jeune et riche Athénien qui fait la rencontre de la belle Ione, la pupille d'Arbacès, un prêtre égyptien perfide et corrompu. L’amour entre les deux est imminent, mais Arbacès s'oppose à leur mariage. Lui aussi est amoureux de Ione et il va tout faire pour empêcher un très probable mariage en passant de la calomnie jusqu’au meurtre. Il tue d'abord le frère de la jeune fille, un ancien prêtre d’Isis aujourd’hui converti au christianisme et accuse Glaucus du meurtre qui sera envoyé aux bêtes. Alors que toutes ces intrigues vont bon train dans l’insouciante Pompéi, au-dessus de la ville le Vésuve annonce par quelques sourds grondements la catastrophe finale qui va engloutir sa ville et ses habitants.

Au XVIIIe siècle, des fouilles archéologiques mettent à jour les ruines d’Herculanum et de Pompéi, deux riches cités romaines qui avaient été rayées de la carte par l’éruption du Vésuve en 79 après Jésus-Christ. Edward Bulwer-Lytton (1803- 1873), romancier et homme d’état britannique, s’inspire de cette tragédie lors d’un voyage dans la région de Naples pour faire revivre les fastes de l’empire romain dans ce somptueux roman historique qui sera publié en 1834. Edward Bulwer-Lytton sera impressionné par ces paysages, ces ruines ensoleillées et ces corps figés à jamais dans leur carapace de boue volcanique. L’écriture de Les derniers jours de Pompéi lui a été influencée par l’une de ses connaissances, l'écrivain Walter Scott. Les récentes découvertes archéologiques quant à elles, lui ont été révélés par son compatriote William Gell. Les derniers jours de Pompéi est très rapidement devenu un grand succès en librairie et, au fil des années, un immense classique de la littérature et l’une des œuvres les plus célèbres sur l’antiquité et les débuts du christianisme. Ce roman constitue également l’un des premiers essais de l’histoire de la littérature qui tente de faire revivre l’antiquité de façon plus quotidienne que héroïque, un roman archéologique en quelque sorte. Ce vaste roman historique souffre hélas aujourd’hui de son contenu trop convenu : un héros jeune et beau qui aime une héroïne jeune et belle, une amante jalouse et un traître perfide qui cherchent à tout prix d’empêcher cet amour. Tout cela dans une ville corrompue qui sera balayée par cette terrible éruption volcanique, comme pour faire place à une nouvelle ère, celle de la chrétienté. Glaucus, l’Athénien représente la culture grecque qui a été remplacée et plagiée par la culture romaine. Arbacès est le représentant d’une culture encore plus ancienne : l’égyptienne. Alors que Olinthus représente la chrétienté naissante et présenté plutôt comme un personnage positif, même s’il est critiqué également. Edward Bulwer-Lytton utilise ce contraste des personnages pour mieux accentuer la décadence de cette Rome antique. La psychologie des personnages est aussi très typique et ne présente guère d’originalité, voire de profondeur.

Le roman a été adapté de très nombreuses fois au grand écran.

Un grand classique de la littérature, mais sans plus.

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EXTRAIT : (Livre III chapitre 1)

Le forum des Pompéiens. – Ébauche du premier mécanisme au moyen duquel la nouvelle ère du monde fut préparée

"La matinée n’était pas encore avancée, et le forum se trouvait déjà rempli de gens affairés et oisifs. De même que de nos jours à Paris, dans les villes d’Italie, à cette époque, les habitants vivaient presque constamment hors de chez eux. Les édifices publics, le forum, les portiques, les bains, les temples eux-mêmes, pouvaient être considérés comme leurs véritables demeures ; il ne faut pas s’étonner qu’ils décorassent si magnifiquement ces places favorites de réunion, pour lesquelles ils ressentaient une sorte d’affection domestique, non moins qu’un orgueil public. Le forum de Pompéi était en particulier singulièrement animé à cette heure ! Le long de son large pavé, composé de grandes dalles de marbre, plusieurs groupes assemblés conversaient ensemble avec cette habitude énergique qui approprie un geste à chaque mot, et qui est encore un des signes caractéristiques des peuples du Midi. Là, par un des côtés de la colonnade, on voyait assis dans sept boutiques les changeurs de monnaie, avec leurs trésors étalés devant eux, tandis que les marchands et les marins, dans des costumes variés, entouraient leurs échoppes. De l’autre côté, des hommes en longues toges montaient rapidement les degrés d’un magnifique édifice, où les magistrats administraient la justice ; il y avait là des avocats actifs, bavards, diseurs de bons mots, faiseurs de pointes, comme on en voit à Westminster. Au centre de l’espace, des piédestaux supportaient diverses statues, dont la plus remarquable était celle de Cicéron, d’un aspect imposant. Autour de la cour s’élevait une colonnade régulière et symétrique d’architecture dorique, où plusieurs personnes, appelées dans ce lieu par leurs affaires, prenaient le léger repas qui forme le déjeuner d’un Italien, en parlant avec animation du tremblement de terre de la nuit précédente, et en trempant des morceaux de pain dans leur vin mêlé d’eau.

On apercevait aussi dans l’espace ouvert diverses espèces de marchands exerçant leur commerce : l’un présentait des rubans à une belle dame de la campagne ; l’autre vantait à un robuste fermier l’excellence de ses chaussures ; un troisième, une espèce de restaurateur en plein vent, tel qu’il s’en trouve encore dans les villes d’Italie, fournissait à plus d’une bouche affamée des mets sortis tout chauds de son petit fourneau ambulant ; à quelques pas, comme pour caractériser le mélange d’intelligence et de confusion de ces temps, un maître d’école expliquait à ses disciples embarrassés les éléments de la grammaire latine. Une galerie placée au-dessus du portique, à laquelle on montait par un escalier de bois, était aussi remplie d’une certaine foule ; mais, comme la principale affaire du lieu se traitait là, les groupes, en cet endroit, avaient un air plus tranquille et plus sérieux.

De temps à autre, la foule d’en bas s’ouvrait pour laisser passer respectueusement quelque sénateur qui se rendait au temple de Jupiter (situé sur l’un des côtés du forum, et lieu de réunion des sénateurs). Ce haut personnage saluait avec une orgueilleuse condescendance ceux de ses amis ou de ses clients qu’il distinguait dans les groupes. Au milieu des habits pleins d’élégance des personnes du premier rang, on remarquait les rudes vêtements des paysans voisins qui allaient aux greniers publics. Près du temple, on avait devant soi l’arc de triomphe, et la longue rue qui s’étendait au-delà toute remplie d’habitants : de l’une des niches de l’arc jaillissait une fontaine dont les eaux étincelaient aux rayons du soleil ; s’élevant au-dessus de la corniche, la statue équestre en bronze de Caligula contrastait fortement avec le pur azur d’un ciel d’été. Derrière les boutiques des changeurs de monnaie se trouvait l’édifice qu’on appelle maintenant le Panthéon ; une multitude de pauvres Pompéiens traversaient, leurs paniers sous le bras, le petit vestibule qui conduisait à l’intérieur, pour se rendre à la plate-forme placée entre les deux colonnes : c’était là que se vendaient les viandes soustraites par les prêtres aux sacrifices.

Des ouvriers travaillaient aux colonnes de l’un des édifices publics appropriés aux affaires de la cité ; on entendait le bruit que faisaient éclater par moments les rumeurs de la foule. Les colonnes sont restées jusqu’à ce jour sans avoir été terminées. En résumé, rien ne pouvait surpasser en variété les costumes, les rangs, les manières, les occupations de cette multitude ; rien ne pouvait surpasser le désordre, la gaieté, l’animation, le flux et le reflux de la vie qui régnait à l’entour. Vous aviez sous les yeux les mille indices d’une civilisation bouillante et fiévreuse, où le plaisir et le commerce, l’oisiveté et le travail, l’avarice et l’ambition, confondaient dans un même golfe leurs flots bigarrés, impétueux, mais dont le cours ne manquait pas d’harmonie.

Devant les degrés du temple de Jupiter, un homme d’environ cinquante ans se tenait les bras croisés, en fronçant les sourcils d’un air méprisant. Son costume était des plus simples, moins pourtant en raison de l’étoffe qui les composait, qu’à cause de l’absence des ornements dont les Pompéiens de toutes classes avaient l’habitude d’user, soit par ostentation, soit parce qu’ils offraient en général les formes que l’on considérait comme les plus efficaces pour résister aux attaques de la magie et à l’influence du mauvais œil ! Son front était élevé et chauve ; le peu de cheveux qui lui restaient derrière la tête étaient cachés par une sorte de capuchon qui faisait partie de son manteau, et qui pouvait se baisser et se relever à volonté. En ce moment, sa tête recouverte à moitié était ainsi défendue contre les ardeurs du soleil. La couleur de ses vêtements était brune, couleur peu estimée des Pompéiens ; il semblait avoir évité avec soin tout mélange de pourpre et d’écarlate. Sa ceinture contenait un pli pour renfermer un encrier attaché par un crochet, ainsi qu’un style et des tablettes d’une certaine grandeur. Ce qu’il y avait de plus remarquable, c’était l’absence de toute bourse, quoique la bourse formât une partie indispensable de la ceinture, même lorsque la bourse avait le malheur d’être vide.

Il n’était pas ordinaire aux gais et égoïstes habitants de Pompéi de s’occuper à observer le maintien ou les actions de leurs voisins ; mais la bouche et les yeux de cet homme manifestaient une expression si amère et si dédaigneuse, pendant que la procession religieuse montait des degrés du temple, qu’il ne pouvait manquer d’attirer l’attention de beaucoup de personnes.

« Quel est donc ce cynique ? demanda un marchand à un joaillier son confrère.

– C’est Olynthus, répondit le joaillier. Il passe pour un Nazaréen. »

Le marchand frissonna.

« Secte terrible ! reprit-il d’une voix basse et tremblante. On dit que, lorsqu’ils s’assemblent la nuit, ils commencent toujours leurs cérémonies par le meurtre d’un enfant nouveau-né ; ils professent la communauté des biens ! Que deviendraient les marchands, les joailliers, si de pareilles idées prenaient consistance ?

– Cela est bien vrai, dit le joaillier, d’autant qu’ils ne portent pas de bijoux ; ils poussent des imprécations lorsqu’ils voient un serpent, et tous nos ornements à Pompéi ont la forme du serpent.

– Faites-moi le plaisir de remarquer, ajouta un troisième interlocuteur, qui était fabricant de bronzes, comme ce Nazaréen secoue la tête avec pitié en voyant passer la procession. Il murmure quelque chose contre le temple, cela est sûr. Savez-vous, Célénus, que cet homme, passant devant ma boutique l’autre jour, et me voyant occupé à travailler une statue de Minerve, me dit, avec un froncement de sourcil, que si elle avait été de marbre, il l’aurait brisée, mais que le bronze était trop dur pour lui ? « Briser une déesse ! m’écriai-je. – Une déesse ! répondit l’athée : c’est un démon, un malin esprit. » Il passa alors son chemin en maudissant les dieux. Cela peut-il se tolérer ? Qu’y a-t-il de surprenant à ce que la terre se soit soulevée la nuit dernière, désireuse sans doute de rejeter l’athée de son sein ? Que dis-je ? un athée… pis que cela : un homme qui méprise les beaux-arts. Malheur à nous autres fabricants de bronze, si de tels compagnons venaient à donner des lois à la société !

– Ce sont là les mendiants qui ont brûlé Rome sous Néron, murmura le joaillier.

Pendant ces remarques provoquées par la physionomie et par la foi du Nazaréen, Olynthus commença à s’apercevoir de l’effet qu’il produisait. Il tourna les yeux autour de lui, et observa les figures attentives de la foule grossissante, où chacun se parlait à l’oreille en le regardant. Il jeta, de son côté, sur la foule un regard de défiance d’abord, et puis de compassion. Enveloppé ensuite dans son manteau, il passa, en murmurant assez haut pour être entendu :

« Aveugles idolâtres ! la convulsion de la dernière nuit n’a-t-elle donc pas été pour vous un avertissement ? Hélas ! en quel état vous trouvera le dernier jour du monde ! »

La foule, qui entendit ces paroles solennelles, leur donna diverses interprétations, selon le degré de crainte et d’ignorance de chacun. Tout le monde s’accorda du moins à leur reconnaître le caractère d’une épouvantable imprécation. Ils regardaient le chrétien comme l’ennemi de l’humanité. Les épithètes qu’ils lui décochaient, et parmi lesquelles celle d’athée était la plus commune et la mieux reçue, peuvent servir à nous apprendre, maintenant que la foi d’Olynthus, qui est la nôtre, a triomphé, que nous aurions tort de nous livrer, à l’égard de ceux qui ne pensent pas aujourd’hui comme nous, aux injures dont on accablait les doctrines de notre religion.

Olynthus, en traversant la foule et en gagnant une des issues les moins fréquentées du forum, reconnut aisément une figure pâle et sérieuse, dont les yeux étaient fixés sur lui.

Couvert d’un pallium qui voilait en partie ses habits sacrés, le jeune Apaecidès contemplait le disciple de cette nouvelle et mystérieuse croyance, à laquelle il avait été déjà à moitié converti.

« Est-ce aussi un imposteur, se dit-il, cet homme si simple dans sa vie, dans son costume, dans son maintien ? cache-t-il sous le masque de l’austérité la concupiscence la plus effrénée ? Le voile de Vesta recouvre-t-il les vices d’une prostituée ? »

Olynthus, accoutumé à voir des personnes de toutes classes, et qui réunissait à l’enthousiasme de sa foi une profonde connaissance des hommes, devina peut-être, à l’air d’Apaecidès, ce qui se passait dans le cœur du jeune prêtre. Il prévint son examen ; et, l’abordant avec un regard ferme, un front serein, une franchise pleine de candeur :

« Que la paix soit avec toi ! dit-il en le saluant.

– La paix ! reprit le prêtre d’une voix si profondément triste qu’elle alla droit au cœur du Nazaréen.

– Ce souhait, continua Olynthus, ne renferme que de bonnes choses : sans la vertu il n’y a pas de paix ; la paix est semblable à l’arc-en-ciel, qui repose sur la terre, mais dont la voûte est dans les cieux. Le ciel le baigne de teintes de lumière ; il se forme au milieu de la pluie et des nuages ; il est la réflexion de l’éternel Soleil, l’assurance du calme, le gage d’alliance entre l’homme et Dieu. Telle est la paix, ô jeune homme ; c’est le sourire de l’âme, une émanation des sphères de l’éternelle lumière. Que la paix soit avec toi !

– Hélas ! répondit Apaecidès, et il s’interrompit en remarquant les regards des oisifs curieux, qui se demandaient ce qu’il pouvait y avoir de commun entre un Nazaréen reconnu et un prêtre d’Isis ; il ajouta pourtant à voix basse : « Nous ne pouvons converser ici ; je veux te suivre sur les bords de la rivière ; il y a, tu sais, un chemin qui à cette heure est solitaire et désert. »

Olynthus s’inclina en marque d’assentiment. Il traversa les rues d’un pas rapide, mais avec un œil observateur. Çà et là il échangea un regard d’intelligence, un léger signe avec quelques passants dont la toilette indiquait généralement qu’ils appartenaient aux derniers rangs de la société : car le christianisme fut en cela le type de beaucoup d’autres révolutions moins considérables ; la bonne graine était dans le cœur des petits. C’était dans les cabanes de la pauvreté et du travail que ce vaste fleuve, qui devait baigner les cités et les palais de la terre, prit sa source méprisée alors."

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Commentaires

Pompéi Je crois que celui-ci va me plaire...
Une question : comment trouvez-vous le temps de lire autant ??? C'est mon rêve !

Écrit par : Brigitte | mercredi, 27 septembre 2006

ns on l'étudie en latin cette année il est pas si mal je trouve.

Écrit par : vainilla | jeudi, 02 décembre 2010

Intéressant de voir cela dans un tel cours.

Écrit par : Marc | jeudi, 02 décembre 2010

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