mardi, 23 mai 2006

Le juge et son bourreau (Der Richter und sein Henker) - Friedrich Dürrenmatt - 1950

Istanboul, il y a quarante ans. Deux personnes, toutes deux originaires de Suisse, se rencontrent lors d'un séminaire international de police. L'un d'eux, Hans Bärlach est un jeune policier ambitieux qui croit que tout crime peut être résolu sur base d'une enquête méthodique. L'autre par contre, Gastmann, prétend que de nombreux crimes ne pourront jamais être résolus rien que par le fait qu'un mobile peut être absent, et il lui propose un pari des plus diaboliques: Gastmann commettra crime sur crime et Bärlach devra essayer de l'arrêter. Sur un ton de plaisanterie le policier accepte, mais à son horreur il ne se rendra compte que trop tard du sérieux de son compagnon.
Quelques dizaines d'années plus tard, Hans Bärlach est commissaire à la section criminelle de Berne, et s'approche de la retraite. Mais une nuit Ulrich Schmied, l'un des meilleurs employés de Bärlach, se fait assassiner sur une route déserte du Jura. Ayant des problèmes de santé, Bärlach confie l'enquête au jeune policier Tschanz qui était professionellement en concurrence avec le défunt Schmied. L'enquête fera découvrir que dans la région où a été découvert le corps sans vie de Schmied habite un lobbyiste très riche, chez lequel Schmied menait secrètement enquête. Ce riche lobbyiste s'avérera être Gastmann. Le commissaire Bärlach croit dur comme fer que son ancien ennemi se cache derrière tout cela, et il sait très bien que jamais il ne saura récolter suffisamment de preuves contre ce dangeraux criminel. Ainsi il va mettre au point un plan qui fera de lui le juge de tous les crimes de Gastmann et de son jeune collègue (biensûr tout à fait à son insue) le bourreau qui mettra fin à ses actes.

C'est d'un premier abord un vrai polar: un meurtre a eu lieu et une enquête est menée. Mais dans ce cas-ci la méthode d'enquête ne pourra pas porter ses fruits. Dürrenmatt critique ainsi le genre des romans policiers, car le manque de mobile ou tout simplement le hasard feront souvent capoter les enquêtes dans la vraie vie. Tout crime ne se base pas toujours sur une logique et les criminels en sont également souvent dépourvus. Et ce n'est pas un hasard non plus, que le personnage principal choisi par Dürrenmatt ressemble étrangement à un autre policier qui a fait la gloire du polar: le commissaire Maigret inventé par Georges Simenon. Mais il s'agît ici aussi d'un portrtait d'un personnage, un solitaire désillusionné, qui face au cours des choses n'a plus la force de s'opposer par une méthode mais par tout son être, quitte à abandonner toute éthique en se disant que la fin justifie bien les moyens. Donc pas de héros ici, plus personne pour représenter le bien, car Bärlach lui-même a passé la frontière poussé par le cynisme et son impuissance. Le tout est décrit dans un style alerte, souvent satirique et même grotesque, ajoutant une note d'un certain humour noir à l'oeuvre. Le lecteur sera plusieurs fois mené en bateau et ne comprendra que vers la fin l'étendue du plan du policier.

Un très bon "polar" qui défie les lois du genre et un grand classique de la part d'un des plus importants auteurs suisses du XXe siècle.

Le juge et son bourreau a été publié pour la première sous forme de feuilleton dans le journal allemand Der Schweizerische Beobachter entre le 15 décembre 1950 et le 31 mars 1951. Le personnage du commissaire Bärlach sera réutilisé et approfondi par Dürrenmatt dans le roman Le Soupçon (Der Verdacht, 1951). Alors que le thème de l'inefficacité de la méthode d'enquête sera retravaillé dans La Promesse (Das Versprechen, 1957).

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

Voir également:
- Le Soupçon (Der Verdacht) - Friederich Dürrenmatt (1951), présentation
- La visite de la vieille dame (Der Besuch der alten Dame) - Friedrich Dürrenmatt (1956), présentation
-
La promesse (Das Versprechen) - Friedrich Dürrenmatt (1958), présentation

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.