mardi, 04 avril 2006
Le village aérien - Jules Verne - 1901

Le sujet du Village aérien de Jules Verne, d’abord désigné sous le nom de La Grande Forêt, est une vague illustration de l’évolution darwinienne. Jules Verne semble considérer les Wagdis comme un chaînon manquant entre l’homme et le singe dans une vision plus poétique des thèes de Darwin sur l'évolutionisme. Le village aérien est un roman classique de Jules Verne et de ses Voyages extraordinaires, un peu moins connu que d’autres et d’ailleurs pas toujours très réussi. Jules Verne utilise ici ses vieilles recettes avec bien peu d’originalité. Les personnages sont très classiques, et se mêlent à tous les autres développés par Jules Verne. L’intrigue n’est que peu passionnante. Les deux héros n’interviennent finalement jamais dans l’histoire principale, ils ne sont que les spectateurs d’événements finalement bien peu intéressants. Notons également la présence exagérée de jugements peu amènes de caractère racial envers les peuples africains.
Extrait : tiré du chapitre VIII intitulé: Le docteur Johausen
"Pourquoi la cage était-elle vide ?… Pourquoi ses deux hôtes l’avaient-ils quittée ?… Combien de mois, de semaines, de jours fut-elle occupée ?… Était-ce volontairement qu’ils étaient partis ?… Nulle probabilité à cet égard… Est-ce donc qu’ils avaient été enlevés ?… Par qui ?… Par des indigènes ?… Mais la forêt de l’Oubanghi passait pour être inhabitée… Devait-on admettre qu’ils avaient fui devant une attaque de fauves ?… Enfin le docteur Johausen et l’indigène vivaient-ils encore ?…
Ces diverses questions furent rapidement posées entre les deux amis. Il est vrai, à chaque hypothèse ils ne pouvaient faire de réponses plausibles et se perdaient dans les ténèbres de ce mystère.
« Consultons le carnet…, proposa John Cort.
– Nous en sommes réduits là, dit Max Huber. Peut-être, à défaut de renseignements explicites, rien que par des dates, sera-t-il possible d’établir… »
John Cort ouvrit le carnet, dont quelques pages adhéraient par humidité.
« Je ne crois pas que ce carnet nous apprenne grand’chose…, observa-t-il.
– Pourquoi ?…
– Parce que toutes les pages en sont blanches… à l’exception de la première…
– Et cette première page, John ?…
– Quelques bribes de phrases, quelques dates aussi, qui, sans doute, devaient servir plus tard au docteur Johausen à rédiger son journal. »
Et John Cort, assez difficilement d’ailleurs, parvint à déchiffrerles lignes suivantes écrites au crayon en allemand et qu’il traduisait à mesure :
29 juillet 1896. – Arrivé avec l’escorte à la lisière de la forêt d’Oubanghi… Campé sur rive droite d’une rivière… Construit notre radeau.
3 août. – Radeau achevé… Renvoyé l’escorte à Nghila… Fait disparaître toute trace de campement… Embarqué avec mon serviteur.
9 août. – Descendu le cours d’eau pendant sept jours, sans obstacles… Arrêt à une clairière… Nombreux singes aux environs… Endroit qui paraît convenable.
10 août. – Débarqué le matériel… Place choisie pour remonter la cabane-cage sous les premiers arbres de la rive droite, à l’extrémité de la clairière… Singes nombreux, chimpanzés, gorilles.
13 août. – Installation complète… Pris possession de la cabane… Environs absolument déserts… Nulle trace d’êtres humains, indigènes ou autres… Gibier aquatique très abondant… Cours d’eau poissonneux… Bien abrités dans la cabane pendant une bourrasque.
25 août. – Vingt-sept jours écoulés… Existence organisée régulièrement…
Quelques hippopotames à la surface de la rivière, mais aucune agression de leur part… Élans et antilopes abattus… Grands singes venus la nuit dernière à proximité de la cabane… De quelle espèce sont-ils ? cela n’a pu être encore reconnu… Ils n’ont pas fait de démonstrations hostiles, tantôt courant sur le sol, tantôt juchés dans les arbres… Cru entrevoir un feu à quelque cent pas sous la futaie… Fait curieux à vérifier : il semble bien que ces singes parlent, qu’ils échangent entre eux quelques phrases… Un petit a dit : « Ngora !… Ngora !… Ngora !… » mot que les indigènes emploient pour désigner la mère.
« Oui… oui… ngora… ngora… mère… ngora… ngora !… »
A ce mot relevé par le docteur Johausen et répété par le jeune garçon, comment John Cort ne se serait-il pas souvenu que, la nuit précédente, il avait frappé son oreille ? Croyant à une illusion, à une erreur, il n’avait rien dit à ses compagnons de cet incident. Mais, après l’observation du docteur, il jugea devoir les mettre au courant. Et comme Max Huber s’écriait :
« Décidément, est-ce que le professeur Garner aurait eu raison ?… Des singes qui parlent…
– Tout ce que je puis dire, mon cher Max, c’est que j’ai, moi aussi, entendu ce mot de « ngora ! », affirma John Cort.
Et il raconta en quelles circonstances ce mot avait été prononcé d’une voix plaintive pendant la nuit du 14 au 15, tandis qu’il était de garde."
Voir également:
- Voyage au centre de la Terre - Jules Verne (1864), présentation et extrait
- Les forceurs de blocus - Jules Verne (1865), présentation
- Les enfants du Capitaine Grant - Jules Verne (1868), présentation
- Vingt mille lieues sous les mers - Jules Verne (1869), présentation
- Une ville flottante - Jules Verne (1871), présentation et extrait
- Le Tour du monde en Quatre-vingts jours - Jules Verne (1872), présentation et extrait
- L'île mystérieuse - Jules Verne (1874),présentation
- Les Indes noires - Jules Verne (1877), présentation
- Les Tribulations d'un Chinois en Chine - Jules Verne (1879), présentation et extrait
- Les 500 millions de la Bégum - Jules Verne (1879), présentation et extrait
- Kéraban-le-Têtu - Jules Verne (1883), présentation et extrait
- Robur le Conquérant - Jules Verne (1885), présentation
- Le Château des Carpathes - Jules Verne (1889), présentation
- L'île à hélice - Jules Verne (1895), présentation et extrait
- Maître du monde - Jules Verne (1904), présentation et extrait
18:28 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Verne, Jules | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : le village aerien, jules verne, les voyages extraordinaires, romans d aventures, litterature francaise |
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