vendredi, 24 février 2006

Carmilla - Sheridan Le Fanu - 1871

Carmilla, c'est le nom d'une belle jeune femme qui arrive un jour, de façon un peu énigmatique, dans le château de la jeune Laura quelque part en Syrtie,une province d’Autriche. Carmilla est hébergée dans le château et très rapidement, Laura tombe sous le charme de sa belle et mystérieuse invitée. Dans ce lieu isolé, Laura a peu de visite, et l'arrivée de Carmilla marque pour elle le début d'une amitié exaltée et très sensuelle. Malheureusement, Carmilla s'avère être un vampire qui profite de la naïveté de Laura pour la séduire et, la nuit venue, se repaître de son sang…

Carmilla, composée par Sheridan le Fanu, est l’une des premières œuvres littéraires traitant de vampirisme - après Le Vampire de Polidori et Varney d’une plume anonyme, puisqu’elle parait en 1871, c’est à dire 26 ans avant le Dracula de Bram Stoker. Lorsque Sheridan Le Fanu écrit Carmilla, il est déjà un auteur confirmé. Écrivain fort engagé et gérant du prestigieux Dublin University Magazine, il s’est essayé à tout les genres : romans, articles et essais, théâtre, poésie, nouvelles. Son plus grand succès a été Oncle Silas (1864), considéré comme un chef-d’œuvre tardif du roman gothique.

Sheridan Le Fanu tout comme son illustre successeur, est irlandais protestant ; il ont, tous deux, fréquenté les couloirs du Trinity Collège de Dublin, ainsi que les salons mondains de la bonne société. C’est d’ailleurs à ce moment que Bram Stoker, qu’un beau soi, Carmilla lui fut lu, par Mrs Wilde elle même. Ce texte influencera Stoker au point que celui-ci fera apparaître sa tombe, par l’entremise du tombeau colossal d’une comtesse vampire, dans le premier chapitre de sa première version de Dracula. Son éditeur, n’appréciant guère cette référence à une œuvre aussi sulfureuse, lui fera supprimer ce passage (passage qui sera ultérieurement réutilisé dans la courte nouvelle de Stoker, L’Invité de Dracula). Bram Stoker dans ses mémoires reconnaît d’ailleurs avoir lu ce roman et s’en être inspiré pour son Dracula, certains pensent que le titre même fait écho à « Mircalla », l’une des identités dont Carmilla fait usage au cours de sa longue jeunesse.

Carmilla s’inscrit dans la grande tradition du roman gothique né un siècle plus tôt en Angleterre. Il en possède la plupart des caractéristiques : naïveté de l’héroïne, forme du journal intime, cadre médiéval sombre et mélancolique avec ses rines et spectres, références aux anciens romans légendaires médiévaux (un peu comme dans Dracula de Stoker). Le Fanu semble s’être fort inspré par un ouvrage écrit par le bénédictin Dom Augustin Calmet (auteur de la fameuse Dissertation sur les Apparitions des Esprits, les Vampires, les Revenants… - 1751) qui est traduit en anglais dès 1850. Le Fanu y pêche bon nombre d’anecdotes (la commission officielle autrichienne, l’histoire du bûcheron, ainsi que les ouvrages traitant des vampires cités à la fin de Carmilla et qui figurent aussi dans le livre de Calmet…).

Mais Carmilla, lors de sa sortie fit également beaucoup de scandale, c’est en effet l’un des premiers romans à suggérer, voire à décrire une relation homosexuelle féminine avec la trouble relation entre Carmilla, la brune voluptueuse, et Laura, la blonde effarouchée. Le récit est en effet plutôt sensuel, même si tout n’est que suggéré.

A remarquer aussi que dans Carmilla, pour la première fois,quelqu’un établit les règles toujours de vigueur aujourd’hui sur comment tuer un vampire (p.ex. pieux dans le cœur, décapitation, puis incinération du corps, etc.).

Carmilla était un œuvre fort originale pour son époque, et d’ailleurs tel un vampire, n’a pas pris la moindre ride par le temps qui a passé. Je conseille donc fortement la lecture de ce livre, qui est d’ailleurs incontournable pour les fans du genre.


Voir également:
- Carmilla - Sheridan Le Fanu (1871), extrait

Commentaires

... ... je pense bien avoir lu ça dans ma jeunesse ... :o)

Écrit par : goldo | samedi, 25 février 2006

un must Ah... Carmilla, vampire saphique chère à mon coeur... Ce court roman est en effet une référence du genre. Et puis, contrairement à son successeur, Le Fanu avait conservé le caractère féminin du vampire de la mythologie. Carmilla eut ensuite de dignes héritières : Sylvana, Myriam, Claudia, Sabella etc...

Écrit par : Laurence | lundi, 27 février 2006

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