mardi, 10 janvier 2006

Lettre d'une inconnue (Brief einer Unbekannten) - Stefan Zweig - 1927

Un écrivain à succès reçoit un jour une lettre bien mystérieuse. Pas de destinataire, aucune indication de sa provence. Il ouvre l'enveloppe et commence à lire et découvre qu'il s'agît d'une lettre dont il ne se souvient pas. Il s'agît d'une révélation d'un secret. Celui d'un amour fou d'une femme qui a aimé l'écrivain depuis ses treize ans, l'a aimé toujours en silence. Elle l'a connu alors qu'elle n'était encore qu'adolescente, et n'a immédiatement vécu que par lui, qui ne s'est jamais rendu compte d'elle. Bien plus tard, devenue une femme séduisante, elle rencontrera l'écrivain, mais deviendra pour lui q'une de ses aventures de passage. D'ailleurs elle n'osera jamais lui déclarer son amour. Mais elle tombera enceinte. Lui, ne sera jamais au courant. Elle idôlatrera son enfant, telle l'image de son amour. Ils se rencontreront des années plus tard, lui ne se souviendra toujours pas d'elle. Elle l'aimera avant tous les autres, lui ne se souviendra jamais d'elle. Mais le garçon venant de succomber à une pneumonie, elle décide de le suivre dans la mort, ayant perdu tout ce qui lui était cher et n'ayant plus l'espoir de jamais se faire aimer de cet écrivain. Cependant avant d'en finir elle se doit d'écrire à son éternel aimé, pour enfin lui avouer ce qu'il n'a jamais su voir.

Lettre d’une inconnue est la révélation d’un secret : l’amour fou qu’une jeune fille de treize ans a voué jadis à un écrivain de vingt-cinq ans, sans jamais le lui dévoiler, et que la femme adulte continue d’entretenir. C’est surtout l'histoire d’une jeune fille, puis d’une mère, qui choisira la voie d’un destin tragique, plutôt que celle d’un amour consensuel. La lecture de ce texte est un enchantement éclatant entre mélancolie et sérénité lorsque l’amour et la mort, après s’être taquinés, se côtoient dans une fusion fatale. Une oeuvre déchirante et passionnante de l'un des plus importants écrivains de la première moitié du XXe siècle.

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Extrait:

"Et cependant, à vrai dire, je passais mes journées à t'attendre et à te guetter. Il y avait à notre porte une petite lunette de cuivre jaune par le trou rond de laquelle on pouvait voir ce qui se passait de l'autre côté, devant chez toi. Cette lunette - non, ne souris pas, mon bien aimé ; aujourd'hui encore je n'ai pas honte de ces heures là ! - cette lunette était pour moi l'œil avec lequel j'explorais l'univers ; là, pendant des mois et des années, dans le vestibule glacial, craignant la méfiance de ma mère, j'étais assise un livre à la main, passant des après-midi entiers à guetter, tendue comme une corde de violon, et vibrante comme elle quand ta présence la touchait. J'étais toujours occupée de toi, toujours en attente et en mouvement; mais tu pouvais aussi peu t'en rendre compte que de la tension du ressort de la montre que tu portes dans ta poche, et qui compte et mesure patiemment dans l'ombre tes heures et accompagne tes pas d'un battement de cœur imperceptible, alors que ton hâtif regard l'effleure à peine une seule fois parmi des millions de tic-tac toujours en éveil. Je savais tout de toi, je connaissais chacune de tes habitudes, chacune de tes cravates, chacun de tes costumes, je repérai et je distinguai bientôt chacun de tes visiteurs, et je les répartis en deux catégories : ceux qui m'étaient sympathiques et ceux qui m'étaient antipathiques; de ma treizième à ma seizième année , il ne s'est pas écoulé une heure que je n'aie vécue pour toi. Ah ! quelles folies n'ai-je pas commises alors ! Je baisais le bouton, de la porte que ta main avait touché, je dérobais furtivement le mégot de cigarette que tu avais jeté avant d'entrer, et il était sacré pour moi parce que tes lèvres l'avaient effleuré. Cent fois le soir, sous n'importe quel prétexte, je descendais dans la rue, pour voir dans laquelle de tes chambres il y avait de la lumière et ainsi sentir d'une manière plus concrète ta présence, ton invisible présence. Et, pendant les semaines où tu étais en voyage - mon cœur s'arrêtait toujours de crainte, quand je voyais le brave Johann descendre ton sac de voyage jaune - pendant ces semaines là ma vie était morte, sans objet. J'allais et venais, de mauvaise humeur, avec ennui et méchanceté, et il fallait toujours veiller pour que ma mère ne remarquât pas mon désespoir à mes yeux rougis de larmes."

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Voir également:
- La peur (Angst) - Stefan Zweig (1920), présentation
- Amok, ou le Fou de Malaisie (Der Amokläufer) - Stefan Zweig (1922), présentation
-
Confusion des sentiments (Verwirrung der Gefühle) - Stefan Zweig (1926), présentation
- Le joueur d'échecs (Schachnovelle) - Stefan Zweig (1942), présentation et extrait

Commentaires

Histoire poignante où beaucoup de jeunes filles j'en suis sure se reconnaissent à certains passages, j'en fais parti également. Qui n'a pas rêvé de vivre un tel amour, qui n'a pas rêvé recevoir un tel amour ? J'ai adoré ce livre !

Écrit par : Cycy | jeudi, 30 avril 2009

je suis émue... Waw j'ai jusqu'à maintenant lu toujours autant de livre, de toute sorte, de tous genre mais jamais une histoire aussi belle et triste à la fois ! Je suis très émue et je ne regrette pas d'avoir lu cette oeuvre aussi bouleversante, c'est remarquablement excellent. Il n'y a franchement rien à dire c'est l'une des plus belles lettre que j'ai jamais lu.
C'est trop réelle cette histoire, j'ai beaucoup aimée !
Moi aussi j'ai une histoire et je vais bientot la publié, j'espère qu'elle vous plaira meme si c'est très triste...

Écrit par : yasmine | dimanche, 16 août 2009

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