lundi, 02 janvier 2006

Les vies encloses - Georges Rodenbach - 1896

Recueil de poésie de Georges Rodenbach, flamand de langue française, à l'esthétique symboliste. L'auteur de Bruges-La-Morte (1892) marie les notes brumeuses que lui inspirent les paysages de sa contrée natale, les Flandres, le pays des beffrois qui se reflètent dans les canaux au milieu des cygnes voguant dans une lumière incertaine. Cette oeuvre, tel les autres recueils poétiques de Rodenbach, est fortement symboliste, dû à sa dimension mystérieuse, le recours à l'allusion voilée et à la musicalité du vers.

 

Extrait:

 

Dans les ciels de Toussaint la pluie est humble et lente!
Maladive beauté de ces ciels où des fils
Ont capturé notre âme en leurs réseaux subtils,
Echeveau qu'on croit frêle et qui nous violente!
Quel remède à l'ennui des longs jours pluvieux?
Et comment éclaircir, lorsqu'on y est en proie,
Le mystère de leur tristesse qui larmoie?
Sont-ce les pleurs du ciel - en deuil de quelle peine?
Car la pluie a vraiment une tristesse humaine!
Pluie éparse. Elle nous atteint! C'est comme afin
De nous lier à sa peine contagieuse.
Elle s'étend dans l'atmosphère spongieuse
Et, grise, elle renaît d'elle-même sans fin.
Pluie étrange. Est-ce un filet où l'âme se mouille
Et se débat? Est-ce de la poussière d'eau?
Où l'effilochement fil à fil d'un rideau?
Est-ce le chanvre impalpable d'une quenouille?
Où bien le ciel a-t-il lui-même des douleurs
Et pleut-il simplement les jours que le ciel pleure?
Alors tout s'élucide: attraction des pleurs!
La pluie apporte en nous les tristesses de l'heure;
Insinuante, jusqu'en nous elle descend;
Elle cherche nos pleurs et va les accroissant,
O pluie alimentant le réservoir des larmes!
Inexorable pluie! Apporteuse d'alarmes!
Nous n'en souffrons si fort que pour prévoir un peu
Qu'après la pluie et les heures sombres enfuies,
Même lorsque le ciel sera de nouveau bleu,
Il nous faudra plus tard pleurer toutes ces pluies.

Commentaires

J'espère pour toi... Que tu découvriras un jour aussi la poésie de Charles Van Lerberghe (encore un Gantois francophone - qui a fait ses études au célèbre collègue de Jésuites Ste Barbe, comme Verhaeren, Maeterlinck (et sa descendance)... Et quelques autres (Max Elskamp aussi je pense).

Surtout "La chanson d'Eve" (c'est une vraie splendeur...)

Écrit par : Pivoine | mercredi, 04 janvier 2006

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