| concours

mercredi, 04 janvier 2012

Les Tribulations d’un Chinois en Chine - Jules Verne - 1879

jules verne, litterature francaise, les tribulations d'un chinois en chine, chine romans d aventuresKin-Fo est un jeune chinois richissime. Tout lui sourit dans la vie : les affaires qui engendrent tant qu’il n’a guère besoin de travailler, et les amours sous les traits de la belle Lé-Ou qu’il s’apprête à épouser. Pourtant Kin-Fo n’est pas heureux. Il s’ennuie et tout l’indiffère.
Un jour, soudain, l’une des banques qui hébergeait les fortunes de Kin-Fo fait faillite, et voilà l’homme ruiné du jour au lendemain. Ne voulant pas imposer une vie de misère à sa future épouse, il décide de mettre un terme à ses jours après avoir souscrit une assurance-vie au bénéfice de sa fiancée. Ainsi aussi, espère-t-il, connaître au moins une fois dans sa vie une émotion, celle de sa propre disparition. Mais le suicide manque de piment à ses yeux. Il fait alors jurer à Wang, son ami et philosophe au passé trouble, de le tuer dans les deux mois. Wang accepte avec réticence, et disparaît laissant Kin-Fo seul dans l’attente de sa mort.
Quelques jours plus tard un revirement financier rend Kin-Fo à nouveau richissime. Il décide de profiter de cette aubaine pour profiter de la vie et épouser la belle Lé-Ou. Mais sa vie est sous contrat, il doit d’abord retrouver Wang pour tout annuler. C’est alors quer Kin-Fo comprend la valeur de la vie et s’ensuit une cavale de deux mois à travers la Chine toute entière pour mettre la main sur son futur assassin avant que celui-ci ne remplisse la promesse faite.

Il faut avoir connu le malheur, la peur et les soucis pour pouvoir connaître et apprécier le bonheur, tel peut se résumer facilement l’idée de base du roman Les Tribulations d’un Chinois en Chine de Jules Verne, paru du 2 juillet au 7 août dans Le Temps  avant d’être publié en volume dès le 11 août, et qui s’avère être un véritable petit joyau des Voyages Extraordinaires. Evidemment Jules Verne n’a jamais mis les pieds en Chine et pourtant le récit marche à merveille, plein de rebondissements et haletant d’un bout à l’autre. Certaines considérations prêtent à énervement, mais en général c’est réussi.

Le roman a été très librement adapté en 1965 par Philippe de Broca avec l’acteur Jean-Paul Belmondo dans le rôle principal.


Les Tribulations d’un Chinois en Chine est un récit très divertissant emmenant son lecteur dans une Chine imaginée du XIXème siècle.

A découvrir !

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.comABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com


Extrait : premier chapitre

Où la personnalité et la nationalité des personnages se dégagent peu à peu.

« Il faut pourtant convenir que la vie a du bon ! s’écria un des convives, accoudé sur le bras de son siège à dossier de marbre, en grignotant une racine de nénuphar au sucre.


- Et du mauvais aussi ! répondit, entre deux quintes de toux, un autre, que le piquant d’un délicat aileron de requin avait failli étrangler !

- Soyons philosophes ! dit alors un personnage plus âgé, dont le nez supportait une énorme paire de lunettes à larges verres, montées sur tiges de bois. Aujourd’hui, on risque de s’étrangler, et demain tout passe comme passent les suaves gorgées de ce nectar ! C’est la vie, après tout ! »

Et cela dit, cet épicurien, d’humeur accommodante, avala un verre d’un excellent vin tiède, dont la légère vapeur s’échappait lentement d’une théière de métal.


« Quant à moi, reprit un quatrième convive, l’existence me paraît très acceptable, du moment qu’on ne fait rien et qu’on a le moyen de ne rien faire !


- Erreur ! riposta le cinquième. Le bonheur est dans l’étude et le travail. Acquérir la plus grande somme possible de connaissances, c’est chercher à se rendre heureux !…


- Et à apprendre que, tout compte fait, on ne sait rien !


- N’est-ce pas le commencement de la sagesse ?


- Et quelle en est la fin ?


- La sagesse n’a pas de fin ! répondit philosophiquement l’homme aux lunettes. Avoir le sens commun serait la satisfaction suprême ! »


Ce fut alors que le premier convive s’adressa directement à l’amphitryon, qui occupait le haut bout de la table, c’est-à-dire la plus mauvaise place, ainsi que l’exigeaient les lois de la politesse. Indifférent et distrait, celui-ci écoutait sans rien dire toute cette dissertation inter pocula.


« Voyons ! Que pense notre hôte de ces divagations après boire ? Trouve-t-il aujourd’hui l’existence bonne ou mauvaise ? Est-il pour ou contre ? »


L’amphitryon croquait nonchalamment quelques pépins de pastèques ; il se contenta, pour toute réponse, d’avancer dédaigneusement les lèvres, en homme qui semble ne prendre intérêt à rien.


« Peuh ! » fit-il.


C’est, par excellence, le mot des indifférents. Il dit tout et ne dit rien. Il est de toutes les langues, et doit figurer dans tous les dictionnaires du globe. C’est une « moue » articulée.


Les cinq convives que traitait cet ennuyé le pressèrent alors d’arguments, chacun en faveur de sa thèse. On voulait avoir son opinion. Il se défendit d’abord de répondre, et finit par affirmer que la vie n’avait ni bon ni mauvais. À son sens, c’était une « invention » assez insignifiante, peu réjouissante en somme !


« Voilà bien notre ami !

- Peut-il parler ainsi, lorsque jamais un pli de rose n’a encore troublé son repos !

- Et quand il est jeune !


- Jeune et bien portant !


- Bien portant et riche !


- Très riche !


- Plus que très riche !


- Trop riche peut-être ! »


Ces interpellations s’étaient croisées comme les pétards d’un feu d’artifice, sans même amener un sourire sur l’impassible physionomie de l’amphitryon. Il s’était contenté de hausser légèrement les épaules, en homme qui n’a jamais voulu feuilleter, fût-ce une heure, le livre de sa propre vie, qui n’en a pas même coupé les premières pages !


Et, cependant, cet indifférent comptait trente et un ans au plus, il se portait à merveille, il possédait une grande fortune, son esprit n’était pas sans culture, son intelligence s’élevait au-dessus de la moyenne, il avait enfin tout ce qui manque à tant d’autres pour être un des heureux de ce monde ! Pourquoi ne l’était-il pas ?


Pourquoi ?


La voix grave du philosophe se fit alors entendre, et, parlant comme un coryphée du chœur antique :


« Ami, dit-il, si tu n’es pas heureux ici-bas, c’est que jusqu’ici ton bonheur n’a été que négatif. C’est qu’il en est du bonheur comme de la santé. Pour en bien jouir, il faut en avoir été privé quelquefois. Or, tu n’as jamais été malade… Je veux dire : tu n’as jamais été malheureux ! C’est là ce qui manque à ta vie. Qui peut apprécier le bonheur, si le malheur ne l’a jamais touché, ne fût-ce qu’un instant ! »


Et, sur cette observation empreinte de sagesse, le philosophe, levant son verre plein d’un champagne puisé aux meilleures marques :


« Je souhaite un peu d’ombre au soleil de notre hôte, dit-il, et quelques douleurs à sa vie ! »


Après quoi, il vida son verre tout d’un trait.


L’amphitryon fit un geste d’acquiescement, et retomba dans son apathie habituelle.


Où se tenait cette conversation ? Était-ce dans une salle à manger européenne, à Paris, à Londres, à Vienne, à Pétersbourg ? Ces six convives devisaient-ils dans le salon d’un restaurant de l’ancien ou du nouveau monde ? Quels étaient ces gens qui traitaient ces questions, au milieu d’un repas, sans avoir bu plus que de raison ?


En tout cas, ce n’étaient pas des Français, puisqu’ils ne parlaient pas politique !


Les six convives étaient attablés dans un salon de moyenne grandeur, luxueusement décoré. À travers le lacis des vitres bleues ou orangées se glissaient, à cette heure, les derniers rayons du soleil. Extérieurement à la baie des fenêtres, la brise du soir balançait des guirlandes de fleurs naturelles ou artificielles, et quelques lanternes multicolores mêlaient leurs pâles lueurs aux lumières mourantes du jour. Au-dessus, la crête des baies s’enjolivait d’arabesques découpées, enrichies de sculptures variées, représentant des beautés célestes et terrestres, animaux ou végétaux d’une faune et d’une flore fantaisistes.


Sur les murs du salon, tendus de tapis de soie, miroitaient de larges glaces à double biseau. Au plafond, une « punka » agitant ses ailes de percale peinte, rendait supportable la température ambiante.


La table, c’était un vaste quadrilatère en laque noire. Pas de nappe à sa surface, qui reflétait les nombreuses pièces d’argenterie et de porcelaine comme eût fait une tranche du plus pur cristal. Pas de serviettes, mais de simples carrés de papier, ornés de devises, dont chaque invité avait près de lui une provision suffisante. Autour de la table se dressaient des sièges à dossiers de marbre, bien préférables sous cette latitude aux revers capitonnés de l’ameublement moderne.


Quant au service, il était fait par des jeunes filles, fort avenantes, dont les cheveux noirs s’entremêlaient de lis et de chrysanthèmes, et qui portaient des bracelets d’or ou de jade, coquettement contournés à leurs bras. Souriantes et enjouées, elles servaient ou desservaient d’une main, tandis que, de l’autre, elles agitaient gracieusement un large éventail, qui ravivait les courants d’air déplacés par la punka du plafond.


Le repas n’avait rien laissé à désirer. Qu’imaginer de plus délicat que cette cuisine à la fois propre et savante ? Le Bignon de l’endroit, sachant qu’il s’adressait à des connaisseurs, s’était surpassé dans la confection des cent cinquante plats dont se composait le menu du dîner.


Au début et comme entrée de jeu, figuraient des gâteaux sucrés, du caviar, des sauterelles frites, des fruits secs et des huîtres de Ning-Po. Puis se succédèrent, à courts intervalles, des œufs pochés de cane, de pigeon et de vanneau, des nids d’hirondelle aux œufs brouillés, des fricassées de « ging-seng », des ouïes d’esturgeon en compote, des nerfs de baleine sauce au sucre, des têtards d’eau douce, des jaunes de crabe en ragoût, des gésiers de moineau et des yeux de mouton piqués d’une pointe d’ail, des ravioles au lait de noyaux d’abricots, des matelotes d’olothuries, des pousses de bambou au jus, des salades sucrées de jeunes radicelles, etc. Ananas de Singapore, pralines d’arachides, amandes salées, mangues savoureuses, fruits du « long-yen » à chair blanche, et du « li-chi » à pulpe pâle, châtaignes d’eau, oranges de Canton confites, formaient le dernier service d’un repas qui durait depuis trois heures, repas largement arrosé de bière, de champagne, de vin de Chao-Chigne, et dont l’inévitable riz, poussé entre les lèvres des convives à l’aide de petits bâtonnets, allait couronner au dessert la savante ordonnance.


Le moment vint enfin où les jeunes servantes apportèrent, non pas de ces bols à la mode européenne, qui contiennent un liquide parfumé, mais des serviettes imbibées d’eau chaude, que chacun des convives se passa sur la figure avec la plus extrême satisfaction.


Ce n’était toutefois qu’un entr’acte dans le repas, une heure de far niente, dont la musique allait remplir les instants.


En effet, une troupe de chanteuses et d’instrumentistes entra dans le salon. Les chanteuses étaient jeunes, jolies, de tenue modeste et décente. Mais quelle musique et quelle méthode ! Des miaulements, des gloussements, sans mesure et sans tonalité, s’élevant en notes aiguës jusqu’aux dernières limites de perception du sens auditif ! Quant aux instruments, violons dont les cordes s’enchevêtraient dans les fils de l’archet, guitares recouvertes de peaux de serpent, clarinettes criardes, harmonicas ressemblant à de petits pianos portatifs, ils étaient dignes des chants et des chanteuses, qu’ils accompagnaient à grand fracas.


Le chef de ce charivarique orchestre avait remis en entrant le programme de son répertoire. Sur un geste de l’amphitryon, qui lui laissait carte blanche, ses musiciens jouèrent le Bouquet des dix Fleurs, morceau très à la mode alors, dont raffolait le beau monde.


Puis, la troupe chantante et exécutante, bien payée d’avance, se retira, non sans emporter force bravos dont elle alla faire encore une importante récolte dans les salons voisins.


Les six convives quittèrent alors leur siège, mais uniquement pour passer d’une table à une autre, - ce qu’ils firent non sans grandes cérémonies et compliments de toutes sortes.


Sur cette seconde table, chacun trouva une petite tasse à couvercle, agrémentée du portrait de Bôdhidharama, le célèbre moine bouddhiste, debout sur son radeau légendaire. Chacun reçut aussi une pincée de thé, qu’il mit à infuser, sans sucre, dans l’eau bouillante que contenait sa tasse, et qu’il but presque aussitôt.


Quel thé ! Il n’était pas à craindre que la maison Gibb-Gibb & Co., qui l’avait fourni, l’eût falsifié par le mélange malhonnête de feuilles étrangères, ni qu’il eût déjà subi une première infusion et ne fût plus bon qu’à balayer les tapis, ni qu’un préparateur indélicat l’eût teint en jaune avec la curcumine ou en vert avec le bleu de Prusse ! C’était le thé impérial dans toute sa pureté. C’étaient ces feuilles précieuses semblables à la fleur elle-même, ces feuilles de la première récolte du mois de mars, qui se fait rarement, car l’arbre en meurt, ces feuilles, enfin, que de jeunes enfants, aux mains soigneusement gantées, ont seuls le droit de cueillir !


Un Européen n’aurait pas eu assez d’interjections laudatives pour célébrer cette boisson, que les six convives humaient à petites gorgées, sans s’extasier autrement, — en connaisseurs qui en avaient l’habitude.


C’est que ceux-ci, il faut le dire, n’en étaient plus à apprécier les délicatesses de cet excellent breuvage. Gens de la bonne société, richement vêtus de la « han-chaol » , légère chemisette, du « ma-coual », courte tunique, de la « haol », longue robe se boutonnant sur le côté ; ayant aux pieds babouches jaunes et chaussettes piquées, aux jambes pantalons de soie que serrait à la taille une écharpe à glands, sur la poitrine le plastron de soie finement brodé, l’éventail à la ceinture, ces aimables personnages étaient nés au pays même où l’arbre à thé donne une fois l’an sa moisson de feuilles odorantes. Ce repas, dans lequel figuraient des nids d’hirondelle, des holothuries, des nerfs de baleine, des ailerons de requin, ils l’avaient savouré comme il le méritait pour la délicatesse de ses préparations ; mais son menu, qui eût étonné un étranger, n’était pas pour les surprendre.


En tout cas, ce à quoi ne s’attendaient ni les uns ni les autres, ce fut la communication que leur fit l’amphitryon, au moment où ils allaient enfin quitter la table. Pourquoi celui-ci les avait traités, ce jour-là, ils l’apprirent alors.


Les tasses étaient encore pleines. Au moment de vider la sienne pour la dernière fois, l’indifférent, s’accoudant sur la table, les yeux perdus dans le vague, s’exprima en ces termes :


« Mes amis, écoutez-moi sans rire. Le sort en est jeté. Je vais introduire dans mon existence un élément nouveau, qui en dissipera peut-être la monotonie ! Sera-ce un bien, sera-ce un mal ? l’avenir me l’apprendra. Ce dîner, auquel je vous ai conviés, est mon dîner d’adieu à la vie de garçon. Dans quinze jours, je serai marié, et…


- Et tu seras le plus heureux des hommes ! s’écria l’optimiste. Regarde ! Les pronostics sont pour toi ! »


En effet, tandis que les lampes crépitaient en jetant de pâles lueurs, les pies jacassaient sur les arabesques des fenêtres, et les petites feuilles de thé flottaient perpendiculairement dans les tasses. Autant d’heureux présages qui ne pouvaient tromper !


Aussi, tous de féliciter leur hôte, qui reçut ces compliments avec la plus parfaite froideur. Mais, comme il ne nomma pas la personne, destinée au rôle « d’élément nouveau », dont il avait fait choix, aucun n’eut l’indiscrétion de l’interroger à ce sujet.


Cependant, le philosophe n’avait pas mêlé sa voix au concert général des félicitations. Les bras croisés, les yeux à demi clos, un sourire ironique sur les lèvres, il ne semblait pas plus approuver les complimenteurs que le complimenté.


Celui-ci se leva alors, lui mit la main sur l’épaule, et, d’une voix qui semblait moins calme que d’habitude :


« Suis-je donc trop vieux pour me marier ? lui demanda-t-il.


- Non.


- Trop jeune ?


- Pas davantage.


- Tu trouves que j’ai tort ?


- Peut-être !


- Celle que j’ai choisie, et que tu connais, a tout ce qu’il faut pour me rendre heureux.


- Je le sais.


- Eh bien ?…


- C’est toi qui n’as pas tout ce qu’il faut pour l’être ! S’ennuyer seul dans la vie, c’est mauvais ! S’ennuyer à deux, c’est pire !


- Je ne serai donc jamais heureux ?…


- Non, tant que tu n’auras pas connu le malheur !


- Le malheur ne peut m’atteindre !


- Tant pis, car alors tu es incurable !


- Ah ! ces philosophes ! s’écria le plus jeune des convives. Il ne faut pas les écouter. Ce sont des machines à théories ! Ils en fabriquent de toute sorte ! Pure camelote, qui ne vaut rien à l’user ! Marie-toi, marie-toi, ami ! J’en ferais autant, si je n’avais fait vœu de ne jamais rien faire ! Marie-toi, et, comme disent nos poètes, puissent les deux phénix t’apparaître toujours tendrement unis ! Mes amis, je bois au bonheur de notre hôte !

- Et moi, répondit le philosophe, je bois à la prochaine intervention de quelque divinité protectrice, qui, pour le rendre heureux, le fasse passer par l’épreuve du malheur ! »

Sur ce toast assez bizarre, les convives se levèrent, rapprochèrent leurs poings comme eussent fait des boxeurs au moment de la lutte ; puis, après les avoir successivement baissés et remontés en inclinant la tête, ils prirent congé les uns des autres.


À la description du salon dans lequel ce repas a été donné, au menu exotique qui le composait, à l’habillement des convives, à leur manière de s’exprimer, peut-être aussi à la singularité de leurs théories, le lecteur a deviné qu’il s’agissait de Chinois, non de ces « Célestials » qui semblent avoir été décollés d’un paravent ou être en rupture de potiche, mais de ces modernes habitants du Céleste Empire, déjà « européennisés » par leurs études, leurs voyages, leurs fréquentes communications avec les civilisés de l’Occident.


En effet, c’était dans le salon d’un des bateaux-fleurs de la rivière des Perles, à Canton, que le riche Kin-Fo, accompagné de l’inséparable Wang, le philosophe, venait de traiter quatre des meilleurs amis de sa jeunesse, Pao-Shen, un mandarin de quatrième classe à bouton bleu, Yin-Pang, riche négociant en soieries de la rue des Pharmaciens, Tim le viveur endurci et Houal le lettré.


Et cela se passait le vingt-septième jour de la quatrième lune, pendant la première de ces cinq veilles, qui se partagent si poétiquement les heures de la nuit chinoise.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.comABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com

 

Présente édition : Le Livre de Poche, 1 mars 1976, 340 pages

Voir également :
Voyage au centre de la Terre - Jules Verne (1864), présentation et extrait
Les forceurs de blocus - Jules Verne (1865), présentation
Les enfants du Capitaine Grant - Jules Verne (1868), présentation
Vingt mille lieues sous les mers - Jules Verne (1869), présentation
- Une ville flottante - Jules Verne (1871), présentation et extrait
Le Tour du monde en Quatre-vingts jours - Jules Verne (1872), présentation et extrait
L'île mystérieuse - Jules Verne (1874), présentation
Les Indes noires - Jules Verne (1877), présentation
Les 500 millions de la Bégum - Jules Verne (1879), présentation et extrait
Kéraban-le-Têtu - Jules Verne (1883), présentation et extrait
Robur le Conquérant - Jules Verne (1885), présentation
Le Château des Carpathes - Jules Verne (1889), présentation
- L'île à hélice - Jules Verne (1895), présentation et extrait
Le village aérien - Jules Verne (1901), présentation et extrait
Maître du monde - Jules Verne (1904), présentation et extrait

 

mardi, 03 janvier 2012

SAS, tome 190 : Ciudad Juarez - Gérard de Villiers - 2011

romans erotiques,sas,gerard de villiers,malko linge,litterature francaise,farcs,ciudad juarez,thrillers,romans d espionnage,mexiqueLe 4x4 aux glaces fumées surgit brutalement et pila à la hauteur de la voiture de Malko.

Les portières s'ouvrirent, crachant deux hommes, le visage dissimulé derrière des masques de "Halloween" avec de grandes bouches rigolardes aux lèvres rouge fluo.

En revanche, leurs riot-guns n'étaient pas des accessoires de carnaval.


A peine à terre, ils ouvrirent le feu sur Malko.


La ville de Ciudad Juarez au Mexique est certainement l’un des endroits les plus dangereux au monde. Un trafic intense de cocaïne y passe tous les ans pour traverser la frontière avec les Etats-Unis , deux cartels maffieux y livrent une lutte à mort pour s’emparer du marché, la police locale est totalement corrompue et la fédérale ne sait s’y prendre… bref à lieu à éviter !
Mais si on y arrive à transiter des drogues, pourquoi pas autre chose. Ainsi la DEA, l’agence américaine qui lutte contre le trafic de drogue, apprend que le cartel de Juarez, mandaté par les FARCS colombiens, eux-mêmes mandatés par le Hezbollah, a accepté de faire passer clandestinement la frontière à cinq Libanais qui veulent venger la mort de Bin Laden e, commettant plusieurs attentats suicides sur le sol américain. La CIA est immédiatement prévenue. Mais comment intervenir dans cette ville qui ne connaît plus aucune loi ?
Un seul homme saura venir à bout de tout cela : Malko Linge.
Mais même pour ce surhomme des services secrets découvrir et neutraliser cinq Libanais dans une ville pleine de sicarios qui cherchent à lui faire la peau, n’est pas qi facile. Surtout que les Farcs font venir de colombien l’un des plus grands tueurs que l’Amérique latine n’ait jamais connu.

Numéro 190 de cette vaste série de littérature de gare qu’est SAS ce tome-ci a l’originalité de nous faire découvrir la ville la plus meurtrière au monde qu’est Ciudad Juarez. On pouvait s’attendre à une intrigue quelque peu différente de celle des autres numéros, cette ville mexicaine n’étant guère réputée pour ses affaires d’espionnage ou de terrorisme, mais rien n’y fait, Gérard de Villiers réussit à y insérer cinq terroristes en transit pour se faire exploser aux Etats-Unis.
Comme c’est le cas pour la plupart des aventures de Malko Linge, le lecteur découvre cette ville dangereuse comme s’il y était. C’est bien documenté, très réaliste, même si l’on aurait pu s’attendre à plus encore. Plus de violence, plus de sexe… il s’agît de Ciudad Juarez tout de même ! h élas que ce soit pour l’auteur,  tout comme pour son héros, la forme n’y est pas vraiment. On sent tout ce beau monde quelque peu fatigué.

 Bref, SAS, tome 190 : Ciudad Juarez de Gérard de Villiers n’est certainement pas le volume le plus palpitant de la série. Tout y est tout de même  pour plaire aux amateurs des aventures de ce célèbre agent secret.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.comABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com


Présente édition : éditions Gérard de Villiers, 1 juin 2011, 306 pages

 Voir également :
SAS, tome 83 : Coup d'état au Yémen - Gérard de Villiers (1985), présentation
SAS, tome 84 : Le plan Nasser - Gérard de Villiers (1986), présentation
SAS, tome 85 : Embrouilles à Panama – Gérard de Villiers (1987), présentation
SAS, tome 107 : Alerte Plutonium - Gérard de Villiers (1992), présentation
SAS, tome 176 : Le printemps de Tbilissi - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 177 : Pirates ! - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 178 : La Bataille des S-300 [1] - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 179 : La Bataille des S-300 [2] - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 180 : Le piège de Bangkok - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 181 : La Liste Hariri - Gérard de Villiers (2010), présentation

SAS, tome 182 : La filière suisse - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tomes 183 et 184 : Renegade - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 185 : Féroce Guinée - Gérard de Villiers (2010), présentation
- SAS, tome 186 : Le Maître des Hirondelles - Gérard de Villiers (2011), présentation
- SAS, tome 187 : Bienvenue à Nouakchott - Gérard de Villiers (2011), présentation
- SAS, tome 188 : Rouge Dragon [1] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 1 , version BD : Pacte avec le Diable (2006), présentation et extraits
- SAS, tome 2, version BD : Le sabre de Bin-Laden (2006), présentation et extrait

lundi, 02 janvier 2012

1Q84 : Livre 1 ; Avril-Juin - Haruki Murakami – 2009

haruki murakami, litterature japonaise, 1984, 1Q84, fantastiqueTokyo, avril 1984. Aomamé, 29 ans, mène une vie très solitaire. Elle donne des cours d’arts martiauxdans un centre sportif et de temps à autre elle exerce la profession de tueuse à gages, remplissant des contrats engagés par une riche vieille dame qui cherche à éliminer des hommes qui se sont rendus responsables de graves violences conjugales sans jamais en porter de quelconques suites judiciaires. Et Aomamé est plutôt douée dans ce métier. Mais un jour alors qu’elle partexécuter un contrat, une drôle d’impression l’assaille, un peu comme si, peu avant son meurtre, le monde l’environnant aurait subtilement changé. Rien de bien spectaculaire, juste des détails… et pourtant Aomamé sent bien quelque chose cloche.
Pendant ce temps Tengo, un jeune homme solitaire de 29 ans également, enseigne les maths et s'essaie au roman à ses heures perdues. D’ailleurs il œuvre de temps à autre en tant que nègre pour une maison d’édition.
Chargé de sélectionner des manuscrits en vue du prix des Nouveaux Auteurs, il tombe sous le charme de "La Chrysalide de l'air", roman fantastique écrit par une jeune fille de 17 ans.
Son éditeur, séduit par l'histoire mais nettement moins par sa mise en forme, charge Tengo de ré-écrire le manuscrit.
Le jeune homme rencontre alors Fukaéri, l'auteure dudit roman qui provoque en lui un curieux trouble. Cette fille est simplement étrange, elle ne semble pas avoir écrit ce roman, ni même en étre capable, et pourtant, cette histoire fantastique, elle semble l’avoir réellement vécue.
Aomamé et Tengo, que rien ne semble relier alors que leurs destins vont vite s’avérer être inextricablement liés, voient peu à peu en cet avril 1984 tout leur monde basculer vers quelque chose d’autre, vers l’an 1Q84, un lieu et temps inconnu à la fois dangereux et envoûtant…

Le roman en trois volumes 1Q84 du japonais Haruki Murakami a été, dès sa sortie au Japon en 2009, un véritable phénomène de librairie, battant coup sur coup tous les records de vente tout en rencontrant un véritable succès critique. A l’origine deux volumes étaient parus en 2009, le troisième en 2010, et c’est en 2011 que paraissent en français les deux premiers dans l’attente du dernier pour 2012.

Pourquoi 1Q84 : référence au 1984 de George Orwell ? Certainement un peu. En japonais la lettre Q se prononce "kyu", comme le chiffre 9... Et ce sont ces deux mondes 1984 et 1Q84 qui vont vivre en parallèle, le deuxième semblable au premier avec pourtant un décalage subtil.
Le lecteur est vite entraîné dans cette histoire étrange, aux allures de fantastique sans pour autant entrer dans le genre, à la suite de personnages très attachants. Ce premier tome ne divulgue encore que bien peu de choses sur l’intrigue, mais qu’importe, tout y est pour se retrouver irrésistiblement attiré par sa suite.


1Q84
de Haruki Murakaami est un roman passionnant, envoûtant même, qui n’annonce que le meilleur pour ce qui risque d’être une trilogie du meilleur niveau.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  -  PRICEMINISTER.com


Extrait : les premières pages

La radio du taxi diffusait une émission de musique classique en stéréo. C'était la Sinfonietta de Janacek. Etait-ce un morceau approprié quand on est coincé dans des embouteillages ? Ce serait trop dire. D'ailleurs, le chauffeur lui-même ne semblait pas y prêter une oreille attentive. L'homme, d'un âge moyen, se contentait de contempler l'alignement sans fin des voitures devant lui, la bouche serrée, tel un vieux marin aguerri, debout à la proue de son bateau, appliqué à déchiffrer quelque sinistre pressentiment dans la jonction des courants marins. Aomamé, profondément enfoncée dans le siège arrière du véhicule, écoutait, les yeux mi-clos.


Combien y aurait-il d'auditeurs, à l'écoute des premières mesures de la Sinfonietta de Janacek, qui reconnaîtraient immédiatement ce morceau ? Disons : entre "très peu" et "presque aucun". Mais Aomamé, elle, pour une raison ou une autre, en était capable.


Janacek avait composé cette courte symphonie en 1926. Le thème principal avait été conçu à l'origine pour une fanfare à l'occasion d'une rencontre sportive. Aomamé imaginait la Tchécoslovaquie de 1926. Après la Première Guerre mondiale, le pays s'était enfin libéré de la très longue domination des Habsbourg, les gens buvaient de la bière Pilsner dans les cafés, ils fabriquaient des mitrailleuses efficaces et raffinées, ils goûtaient la paix passagère qui visitait l'Europe centrale. Franz Kafka, encore méconnu, avait disparu deux ans auparavant. Bientôt apparaîtrait Hitler, qui ne ferait qu'une bouchée de ce joli petit pays. Mais, en ce temps-là, tout le monde ignorait que des événements aussi terribles allaient advenir. Ce que l'Histoire enseigne de plus important aux hommes pourrait se formuler ainsi : "A l'époque, personne ne savait ce qui allait arriver."


En écoutant cette musique, Aomamé imaginait les vents qui balayaient sans obstacle les plaines de Bohême et laissait ses pensées vagabonder sur l'Histoire.


1926, c'était la mort de l'empereur Taishô, le commencement d'une ère nouvelle, l'ère Shôwa. Au Japon aussi, ce serait le début d'une époque sombre et terrible. Le modernisme et la démocratie avaient joué leur bref intermède. Celui-ci achevé, le fascisme imposerait sa loi.


L'histoire, comme le sport, était ce qui intéressait le plus Aomamé. Elle ne se lassait pas de lire de nombreux ouvrages historiques, alors qu'elle n'était guère portée sur les romans. En matière d'histoire, elle aimait avant tout que tous les événements soient bien reliés à une chronologie et à un lieu précis. Elle n'avait aucune difficulté à se souvenir des dates. Même quand elle ne l'avait pas apprise par coeur, la chronologie se dessinait automatiquement, du moment qu'elle avait saisi la cohésion d'ensemble des divers événements. Au collège et au lycée, Aomamé avait toujours les meilleures notes de la classe aux contrôles d'histoire, et elle trouvait étrange qu'un élève ait du mal à retenir la succession des dates, alors que c'était si facile d'y parvenir.


Aomamé était son vrai nom. Son grand-père paternel était originaire de la préfecture de Fukushima et là-bas, dans des petites villes ou villages des montagnes, un certain nombre de personnes portaient réellement ce nom d'"Aomamé" - haricots de soja verts. Elle-même ne s'était jamais rendue dans cette région. Avant sa naissance, son père avait rompu avec sa famille. Il en allait de même avec sa lignée maternelle. Par conséquent, Aomamé n'avait jamais rencontré un seul de ses grands-parents. Elle n'avait pour ainsi dire pas voyagé, mais, en de rares occasions, elle avait consulté l'annuaire téléphonique de son hôtel pour chercher si des gens portaient ce patronyme. Jamais elle n'en avait trouvé nulle part, dans aucune ville, grande ou petite. Elle avait chaque fois l'impression d'être une naufragée solitaire jetée dans un immense océan.


Donner son nom était pénible. Dès qu'elle l'avait prononcé, son interlocuteur prenait un air surpris ou la considérait d'un oeil embarrassé. Mademoiselle Aomamé ? Oui, c'est bien ça. Et mon nom s'écrit A-o-m-a-m-é, comme les haricots de soja, bleu-vert, oui. Quand elle avait travaillé dans une entreprise et qu'elle avait dû avoir des cartes de visite, les tracasseries avaient été d'autant plus nombreuses. L'autre regardait longuement, d'un oeil méfiant, la carte qu'elle lui tendait. Comme si elle lui avait fait lire une lettre maléfique à brûle-pourpoint. Lorsqu'elle se présentait au téléphone, il y avait même des rires étouffés. Dans la salle d'attente de la mairie ou de l'hôpital, dès que son nom était appelé, les gens levaient le nez pour la regarder. Quelle tête pouvait bien avoir quelqu'un affublé d'un nom pareil ?


Parfois, les gens se trompaient et l'appelaient "Edamamé" - haricots de soja encore verts - ou même "Soramamé" - fèves. Chaque fois, elle rectifiait. "Non, ce n'est pas Edamamé (ou Soramamé). Bien sûr, ces noms se ressemblent..." Et la personne de s'excuser avec un petit rire. "Voyez-vous, c'est un nom tellement rare..." En trente ans, combien de fois lui avait-il fallu entendre la même chose ? Combien de plaisanteries stupides ?


Si je n'étais pas née avec un nom pareil, peut-être ma vie aurait-elle pris un tour différent. Si je m'étais appelée "Satô" ou "Tanaka" ou encore "Suzuki", un patronyme bien banal, j'aurais peut-être eu une existence plus tranquille et regardé les autres d'un oeil plus tolérant. Possible.


Aomamé, les yeux clos, écoutait la musique avec attention. Elle se laissait envahir par les belles vibrations produites par l'unisson des bois. Brusquement, quelque chose la frappa. La qualité de la musique était trop bonne pour une radio de taxi. Même à faible volume, le son était profond et les harmoniques clairement restitués. Elle ouvrit les yeux, se redressa et examina la stéréo encastrée dans le tableau de bord. L'appareil était tout noir, élégant et brillant. Elle ne pouvait voir le nom du fabricant mais comprenait bien que c'était un modèle de prix, avec ses multiples réglages et son affichage numérique vert en façade. Sans doute un appareil de première qualité. Pour un taxi ordinaire appartenant à une compagnie, une aussi belle installation stéréo, c'était étonnant.


Aomamé examina l'intérieur de la voiture plus attentivement. Elle n'y avait pas vraiment prêté attention en montant, car elle était absorbée dans ses pensées, mais avec un examen plus minutieux elle voyait bien que ce n'était pas un taxi ordinaire. La qualité de l'équipement intérieur était remarquable, le confort des sièges parfait. Et surtout, le calme régnait dans l'habitacle. La voiture semblait être équipée d'un dispositif antibruit, et le vacarme extérieur ne pénétrait pratiquement pas à l'intérieur. Comme dans un studio insonorisé. Peut-être s'agissait-il d'un taxi indépendant ? Il existait parmi eux des chauffeurs qui dépensaient sans compter afin d'améliorer leur véhicule. Elle chercha de l'oeil la plaque d'enregistrement, en vain. Il n'avait cependant pas l'air d'être un clandestin, sans permis. Il y avait bien un compteur qui calculait précisément le prix de la course. Il indiquait alors 2 150 yens. Mais on ne voyait nulle part de plaque portant le nom du chauffeur.


"C'est une belle voiture ! Très silencieuse, dit Aomamé dans le dos du chauffeur. Qu'est-ce que c'est, comme marque ?


- Une Toyota Crown Royal Saloon, répondit l'homme d'un ton laconique.


- On entend bien la musique.


- C'est une voiture silencieuse. C'est pour cette raison que je l'ai choisie. Et pour ce qui est de l'insonorisation, les Toyota sont parmi les meilleures au monde."


Aomamé approuva et se renfonça dans son siège. La façon de parler du chauffeur l'intriguait. Comme s'il laissait entendre que des paroles importantes n'avaient pas été dites. Par exemple, qu'il n'avait rien à critiquer sur l'isolation sonore des Toyota, certes, mais qu'il y avait un problème à propos de quelque chose. Voilà, par exemple. Et puis, une fois qu'il avait fini de parler, subsistait un petit bloc de silence lourd de sens. Dans l'espace étroit de la voiture se découpait nettement comme un nuage miniature imaginaire. Qui provoquait chez Aomamé une certaine inquiétude.


"Vraiment silencieuse, reprit-elle comme pour chasser ce petit nuage. En plus, votre installation stéréo est de première qualité.


- Quand je l'ai achetée, j'ai jugé que c'était indispensable, répondit le chauffeur sur le ton d'un officier d'état-major retraité qui veut expliquer une opération militaire du passé. Je passe énormément de temps dans ma voiture, je voulais entendre des sons aussi bons que possible, et en outre..."


Aomamé attendit la suite. Il n'y eut pas de suite. Elle ferma de nouveau les yeux et se concentra sur la musique. Aomamé ne savait pas quelle sorte d'homme était Janacek. En tout état de cause, il n'avait vraisemblablement pas imaginé que des hommes de 1984 auraient écouté sa musique dans une voiture parfaitement silencieuse, une Toyota Crown Royal Saloon, coincée dans de terribles embouteillages sur une autoroute urbaine de Tokyo.


Mais pourquoi, se demandait Aomamé, perplexe, ai-je su immédiatement qu'il s'agissait de la Sinfonietta de Janacek ? Et aussi pourquoi est-ce que je savais que ce morceau avait été écrit en 1926 ?


Elle n'était pas spécialement fan de musique classique. N'avait pas non plus de souvenirs personnels sur Janacek. Pourtant, à l'instant où elle avait entendu une simple mesure du morceau, ces diverses données s'étaient inscrites comme un flash dans sa tête. Comme une nuée d'oiseaux qui auraient fait irruption dans une chambre par une fenêtre ouverte. En outre, cette musique laissait à Aomamé une curieuse impression de "tordu". Non pas de douloureux ou de déplaisant. Elle ressentait seulement que tous les constituants de son corps s'étaient comme retournés et tordus. Aomamé n'en comprenait pas la raison. Serait-ce cette Sinfonietta qui provoque en moi cette sensation incompréhensible ?


"Janacek", prononça Aomamé presque sans s'en rendre compte. Puis elle pensa qu'elle aurait mieux fait de s'abstenir.


"Pardon ?


- Janácek. L'homme qui a composé cette musique.


- Je ne savais pas.


- Un compositeur tchèque.


- Ah..., fit l'homme d'un ton admiratif.


- Vous êtes indépendant ? demanda Aomamé, pour changer de sujet.


- Oui", répondit le chauffeur. Puis il laissa un silence. "Je travaille en indépendant. C'est ma deuxième voiture.


- Les sièges sont très confortables.


- Je vous remercie. Au fait, madame, dit le chauffeur en tournant légèrement la tête vers Aomamé. Est-ce que vous êtes pressée ?


- On m'attend à Shibuya. C'est pourquoi je vous ai demandé de prendre la voie express.


- A quelle heure est votre rendez-vous ?


- A quatre heures et demie.


- Il est quatre heures moins le quart. Je pense que vous n'y serez pas.


- Les embouteillages vont continuer ?


- Il doit y avoir un gros accident plus loin. Ce ne sont pas des bouchons ordinaires. Ça n'avance presque pas depuis un bon moment."


Pourquoi ce chauffeur n'écoute-t-il pas les informations sur le trafic à la radio ? se demanda Aomamé, étonnée. Voie express totalement bloquée en raison d'embouteillages monstres. D'habitude, les chauffeurs de taxi recherchent les fréquences réservées à ces bulletins.


"Vous comprenez ce qui se passe sans même écouter la radio ?


- Ça ne sert à rien, les infos trafic, dit le chauffeur, d'une voix atone. Ces trucs, c'est à moitié faux. La régie du réseau routier ne diffuse que ce qui lui convient. Ici et maintenant, avec mes yeux, avec ma tête, je comprends qu'il se passe vraiment quelque chose.


- Et donc, selon vous, ces embouteillages ne vont pas se dissiper facilement ?


- Sûrement pas, confirma tranquillement le chauffeur en hochant la tête. Je vous le garantis. Une fois qu'elle est bouchée comme ça, la voie express, c'est l'enfer. Votre rendez-vous, c'est pour une affaire importante ?"


Aomamé réfléchit.


"Oui. Très. Je dois rencontrer un client.


- C'est ennuyeux. Je suis désolé mais vous n'y serez sûrement pas à temps."


Sur ces mots, le chauffeur secoua légèrement la tête à plusieurs reprises, comme s'il voulait soulager une courbature. Les rides de sa nuque bougeaient à la manière d'un animal préhistorique. A cette vue, Aomamé se souvint brusquement de l'objet pointu et aiguisé placé au fond de son sac en bandoulière. Ses paumes étaient moites de sueur.


"Bon, qu'est-ce que vous me proposez ?


- Rien. On ne peut rien faire avant la prochaine sortie. La voie express, ce n'est pas une route ordinaire, on ne peut pas descendre le plus près possible d'une gare pour prendre le train.


- La prochaine sortie ?


- C'est Ikejiri, mais si ça se trouve, on n'y arrivera pas avant le coucher du soleil."


Pas avant le coucher du soleil ? Aomamé s'imagina enfermée dans ce taxi jusqu'au crépuscule. La musique de Janacek continuait. Les cordes qui jouaient en sourdine ressortaient à présent au premier plan, comme pour atténuer l'émotion croissante d'Aomamé. La sensation de distorsion qu'elle avait éprouvée depuis un moment avait sensiblement disparu. Qu'est-ce que ç'avait donc été ?


Aomamé avait arrêté ce taxi non loin de Kinuta, et la voiture roulait depuis Yôga sur la voie express n° 3. Au début, le flot des voitures s'écoulait tranquillement. Mais, un peu avant Sangenjaya, les embouteillages avaient brusquement commencé. Ensuite, la circulation avait été presque bloquée. Dans le sens Tokyo banlieue, on circulait normalement. Mais le sens inverse était affreusement embouteillé. D'ordinaire, à un peu plus de trois heures de l'après-midi, il n'y avait pas de bouchons sur la voie express n° 3 dans ce sens. C'est pourquoi Aomamé avait indiqué au chauffeur de l'emprunter.


"Je ne vous compterai pas le temps passé sur la voie express, dit le chauffeur en regardant dans le rétroviseur. Ne vous faites pas de souci pour ça. Mais, dites-moi, c'est embêtant si vous êtes en retard à votre rendez-vous ?


- Bien sûr, ce serait ennuyeux ! Mais on dirait qu'il n'y a rien à faire, non ?"


Le chauffeur regarda de nouveau brièvement Aomamé dans le rétro. Il portait des lunettes de soleil légèrement teintées. A cause de la lumière, Aomamé ne pouvait voir son expression.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  -  PRICEMINISTER.com

 


Présente édition : traduit du japonais par Hélène Morita, éditions Belfond, 25 août 2011, 533 pages

Voir également :
- Après le tremblement de terre (Kami no kodomo-tachi wa mina odoru) - Haruki Murakami (2000), présentation

 

2012 - Nouvelle année

2012

Une nouvelle année s'annonce avec sa rentrée littéraire hivernale. Et donc je souhaite à mon tour et à tous mes meilleurs voeux.

Ce blog entre maintenant dans sa huitième année, il avait débuté en 2005, et sera cette année très largement alimenté, ce qui était bien moins le cas ces derniers mois.

Beaucoup de lectures m'attendent, et je les espère toutes passionnantes.

12:26 Écrit par Marc dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : 2012 | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | |

vendredi, 16 décembre 2011

Rani, tome 1 : Bâtarde – Jean Van Hamme, Didier Alcante et Francis Vallès - 2009

Jean Van Hamme, Didier Alcante, Francis Valles, bd, bandes dessinées, litterature belge, litterature francaise, rani, batarde1743. Alors que la France est sous le règne de Louis XV, l’Europe connaît une paix bien éphémère alors que se préparent les guerres de succession d’Autriche, dont les conséquences se répercuteront bien au-delà du vieux continent.
Dans le Massif central, le vieux Marquis Charles de Valcourt sent sa mort prochaine, et prépare ainsi sa succession entre son fils Philippe et sa fille Jolanne, née hors mariage d’une mère gouvernante. Les relations entre le père et le fils sont au plus mal, au point que le marquis souhaite déshériter Philippe au profit de sa demi-sœur. Mais le jeune homme, aveuglé d’ambitions, ne l’entend guère ainsi. Ainsi prépare-t-il un complot pour se débarrasser à la fois du père mourant et de Jolanne pour s’emparer de l’entièreté du magot.
Jolanne de Valcourt est une jeune femme, belle, ardente et fougueuse, placée au couvent par sa famille dans l’attente de son mariage. Lorsqu’elle revient en famille le piège de Philippe s’abat sur elle. Elle sera accusée de trahison et de meurtre. Sa vie bascule à jamais et elle est encore loin de s’imaginer les aventures qui l’attendent tout en la menant jusqu’au bout du monde.

Histoire, passions, aventures, complots, vengeances… tels sont les ingrédients de cette série en bande dessinée, débutée en 2009 et dont le nombre prévu de volumes est de 8. Le scénariste belge Jean Van Hamme, aidé par Didier Alcante, s’associe de nouveau au dessinateur Jean Vallès (les deux avaient collaborés précédemment à la série Les Maîtres de l’Orge (1992-2001)) pour nous fournir ce premier tome de ce qui une grande fresque historique, pleine d’aventures et de rebondissements, une histoire qui pour sûr passionnera les lecteurs pendant un on bout de temps.
Tout paraît bien prometteur, or, si les qualités d’écriture de Jean Van Hamme sont bien connues, celui-ci faute ici par un certain manque d’originalité. Tout semble être du déjà-vu, et tout développement est prévisible. Heureusement que la qualité de la narration, ainsi que la beauté des dessins, donnent l’envie au lecteur d’aller au-delà de ce premier tome.

Rani, tome 1 : Bâtarde de Van Hamme et Vallès représente une entrée en matière plutôt décevante pour cette série. Pourtant tout est là pour espérer du meilleur dans les tomes suivants.

A voir !

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  -  PRICEMINISTER.com

 

Extrait : planche prise au hasard

Jean Van Hamme, Didier Alcante, Francis Valles, bd, bandes dessinées, litterature belge, litterature francaise, rani, batarde

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  -  PRICEMINISTER.com

Présente édition : les éditions du Lombard, 13 novembre 2009, 48 pages

mardi, 22 novembre 2011

L’Homme qui voulait vivre sa vie (The Big Picture) - Douglas Kennedy - 1997

douglas kennedy, l'homme qui voulait vivre sa vie, roman policier, litterature americaineQue veut dire « avoir réussi dans la vie» ? La société a pour habitude d’émettre un certain nombre de critères pour y répondre, et il est clair que Ben Bradford, la trentaine, avocat de compétence en passe de devenir associé de l’un des plus grands cabinets de Wall Street, correspond parfaitement à ces critères. Il a un gros salaire, une belle maison en banlieue, une femme et deux enfants. Bref, la vie rêvée.
Pourtant Ben déteste sa vie. Avocat de talent il avait pourtant préféré devenir photographe. Les affaires, même s’il y excelle, ce n’est pas son truc. Et à force de se détester, lui et sa vie, sa vie de couple en pâtit. Son épouse lui montre de plus en plus de froideur, ce qu’il attribue faussement à une dépression post-natale. Et lorsqu’il soupçonne une liaison extraconjugale à sa femme, il perd les nerfs. Très vite il découvre même l’identité de l’amant qui n’est autre que leur voisin et dont la profession est justement d’être photographe pour les grands reportages. Ben Bradford n’en peut plus, sa jalousie est à son comble, et dans un coup de sang, il va voir son voisin et le tuer.
Un problème de plus dans une vie déjà ratée et un mariage en échec : un meurtre. Mais alors une drôle d’idée s’impose à lui. S’il prenait la place du mort et vivrait sa vie. Personne ne reconnaîtrai ce photographe aventurier un peu solitaire et peut-être que Ben Bradford pourra ainsi enfin vivre la vie qu’il désirait.


L’auteur américain Douglas Kennedy sait comment nous décrire des tranches de vie à première vue banale qui basculent dans tout autre chose tout en y dévoilant tous les défauts qu’elles cachent. Dans L’Homme qui voulait vivre sa vie, publié à l’originale en 1997 l’auteur nous décrit bien comment la dite réussite de Ben Bradford est fausse et trompeuse. Le lecteur se réjouira de suivre au pas narrateur qui s’évadera en laissant sa vie derrière lui pour en embrasser une bien plus mouvementée, aventureuse et passionnante. Ecrit à la première personne le lecteur s’identifiera immédiatement au narrateur, Ben Bradford, en comprenant bien ses motivations et désirs. De plus, un certain suspense accompagne le tout (le meurtre, la fuite, …), sans toutefois que le roman ne tombe dans le genre du policier.


L'Homme qui voulait vivre sa vie de Douglas Kennedy est un beu roman, passionnant et très divertissant sur la condition d'un homme d'aujourd'hui.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  -  PRICEMINISTER.com

Présente édition : traduit de l’anglais par Bernard Cohen, éditions Belfond, 21 octobre 2010, 358 pages

 Voir également :
- Cul-de-sac (The Dead Heart) - Douglas Kenendy (1994), présentation
- La femme du Ve (The Woman in the Fifth) - Douglas Kennedy (2007), présentation et extrait

jeudi, 17 novembre 2011

Le Livre des Morts (Library of The Dead) - Glenn Cooper - 2009

glenn cooper, litterature americaine, thrillers, le livre des morts, fantastique, romans policiersNew York, 2009. Six personnes trouvent la mort. Elles n’ont aucun point commun entre elles, ni, semble-t-il, leurs meurtriers. Pourtant elles ont toutes reçu quelques jours auparavant une carte postale illustrant une pierre tombale et annonçant la date de leur mort.
La police se lance dans l’enquête. Si rien ne semble relier ces crimes, elles doivent pourtant être l’œuvre d’une même personne, ou du moins se faire dans un dessein commun. Et hormis la police, la presse s’empare également de l’affaire titrant ses unes avec les crimes du mystérieux « Tueur de l’Apocalypse ». En quelques jours la panique est semée dans toute la ville.
Will Piper, un ancien profiler d’élite dont la carrière a brutalement été interrompue à la suite d’un drame personnel, cherche en vain des indices et va tout mettre en œuvre pour faire arrêter ces meurtres. Mais très vite il est mené dans l’un des secrets les mieux gardés du pays, dans la Zone 51, où se trouve un étrange manuscrit écrit par des moines de l’île britannique de Wight plusieurs siècles plutôt, Le Livre des Morts dans lequel toutes ces victimes seraient inscrites il y a des siècles de cela.

Le thriller Le Livre des Morts de l’auteur américain Glenn Cooper a tout pour plaire : un beau mélange des genres entre polar, fantastique et roman historique, une idée bien originale, des personnages attachants, une écriture belle et efficace… et pourtant le roman ne m’a convaincu qu’à moitié. Par moment trop léger, on s’en lasse assez vite, surtout que le suspense ne tient pas vraiment. On connaît ou devine assez rapidement les tenants et aboutissants de l’intrigue, la quatrième de couverture nous en dit déjà bien assez, et le développement qui en est fait par l’auteur ne passionne pas vraiment. Il reste néanmoins que Le Livre des Morts de Glenn Cooper reste un thriller très divertissant, original et souvent bien intéressant, mais pas plus que cela.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  -  PRICEMINISTER.com

Présente edition : traduit de l’américain par Carine Chichereau, éditions Le Cherche Midi, 25 mars 2010, 419 pages

mardi, 01 novembre 2011

Blade, tome 200 : L’arche de bronze - Jeffrey Lord - 2011

blade,jeffrey lord,litterature francaise,richard blade,science-fiction,l arche de bronze, l'arche de bronze, patrick eris, nemo sandmanLa Horde, venue d’une autre dimension, est en train d’envahir la Terre, détruisant tout sur son passage. Les autorités tentent de s’organiser, mais la conclusion évidente tombe rapidement : rien ne peut sauver le monde.
Pour l’équipe de Richard Blade et de ses dimensionautes, la cause de cette invasion est claire : la Horde telle mue par une main divine cherche à détruire cette dimension afin de mettre un terme à ces nombreux voyages entre les différents univers qui mettent en péril tout l’équilibre. Pourtant Lord Leighton avait pris des précautions, mais tel n’a pas été le cas d’autres équipes concurrentes.
Pour Richard Blade il ne reste plus qu’une seule solution, celle de partir dans le passé afin de réécrire ce présent...

Déjà le numéro 200 de la série de Blade, L'arche de bronze publiée aux éditions Vauvenargues, relatant les aventures du voyageur interdimensionnel Richard Blade, le voyageur de l'infini. 200 tomes c’est énorme, et pourtant cette série subsiste. Le succès est certes moindre qu’il y a un certain nombre d’années, et pourtant... déjà é00 numéros.
Dans ce tome-ci , tout est mis en place pour nous refaire découvrir les aventures de Richard Blade depuis ses débuts, de nombreux explicatifs sont donnés, et l’intrigue semble aller vers l’effacement d’un certain passé, peut-être histoire pour les auteurs de repartir à zéro. D’ailleurs le titre de ce tome, rappelle fortement celui du premier numéro : La hache de bronze. Donc retour à zéro?
Et concernant ces auteurs, ce tome-ci aurait été écrit par Patrick Eris et Némo Sandman.
Point de vue lecture ce tome ne manque guère d’intérêt, et pourtant on a du mal à s’accrocher à une intrigue par moments maladroite et souvent mal ficelée. De nombreux passages pourtant intéressants sont bâclés, d’autres sont plats. Dommage.
Ce tome est augmenté d’un dossier fort intéressant relatant en détail les origines de la série.

Série culte ! tome culte ! ce numéro 200 intéressera tous les amateurs de la série, et cela malgré certains défauts du texte en soi.

Présente édition : éditions Vauvenargues, 6 juillet 2011, 320 pages

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  - PRICEMINISTER.com

Voir également :
- Blade, tome 1 : La hache de bronze (The Bronze Axe) - Jeffrey Lord (1969), présentation
- Blade, tome 185 : 864 âmes... plus une - Jeffrey Lord (2009), présentation
- Blade, tome 186 : Le saboteur d'Harmonie - Jeffrey Lord (2009), présentation

Poèmes pour des moines immolés

poesie,poemes,moines immoles,tibet,moines immolés

Deuil

Parce que vivre vous causait une détresse plus vive que la mort
Vous voilà devenus des squelettes rougeoyants
La bouche de feu a remué
Les mains de feu se sont tendues
La poitrine du feu s’est exhibée
Le chapelet de feu s’est éparpillé à terre, perle à perle
Les petites volutes de fumée écarquillent les yeux
Et regardent les toits du monastère
Regardent les portes de chaque cellule monastique
En cet instant
Une tempête souffle sur ce coin de la prairie
Et elle souffle sur les autres coins de la prairie
Un troupeau noir et agressif approche doucement
Il suit la direction du vent.
(Ecrit spontanément un soir d’octobre 2011)


Une torche a encore brûlé

Quelle année, quel mois sommes-nous déjà ?
Le sol sous les pieds est toujours aussi gelé
Cette froidure a enflammé les brasiers
En direction des ténèbres
En direction du froid
Ça s’est enflammé
On les a enflammés
Au cœur des volutes de fumée bleue
La chair et les os
Endurant la torture aiguë
Ont fait quelques pas furtifs, poussifs
Ces vies prises dans la toile d’araignée
Ont alors trembloté sous une scène menottée
Les flammes
Incendiant les recoins des os
Ont touché terre
L’ultime atome de fumée
S’est absorbé entre ciel et terre dans ce coin perdu.

Source : http://www.courrierinternational.com

20:30 Écrit par Marc dans Anonyme | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : poesie, poemes, moines immoles, tibet, moines immolés | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | |

samedi, 29 octobre 2011

L’incendie d’Halloween - Jeanne Desaubry - 2011

l'incendie d'halloween, Jeanne Desaubry, halloween, romans policiers, romans jeunesse, litterature francaiseAlors que la nuit d’Halloween s’approche, le petit Arthur n’a qu’une idée en tête : se faire élire au consil municipal des enfants. Il a toutes les chances de son côté, surtout que des concurrents valables, il n’y en a pas tant. Et pourtant la victoire lui échappe...
Mais Arthur est têtu. on ne lui retirera pas de la tête que c’est lui qui aurait dû être élu. Il y a certainement eu tricherie, cela ne peut pas être autrement. Mais comment cela aurait-il pu se faire ? Et surtout qui aurait intérêt à truquer ce genre d’élections ?
Arthur est bien décidé à tirer cette affaire au clair. Aidé de ses deux éternels amis Fatou et Indy il va mener l’enquête. Mais il est encore de s’imaginer ce qui l’attend, qu’elle l’amènera à un immense incendie dans lequel il se conduira en héros et qu’il sera kidnappé et ligoté dans une cave moisie.
Décidément cette nuit d’Halloween réservera bien des surprises à Arthur.

Auteur française de polars pour adultes Jeanne Desaubry se lance ici avec L’incendie d’Halloween dans le roman jeunesse, sorte de roman policier mêlant aventures à de la politique-fiction, le tout dans le contexte d’Halloween. C’est, je pense, également une première pour les éditions Krakoen qui visent ainsi un public plus jeune, et cela avec un dossier pédagogique à l’appui, téléchargeable sur leur site internet ou alors téléchargeable ici.
Le roman convainc dès les premières pages, j’ai vite été happé par le style de l'auteur, son écriture et le vocabulaire utilisé, ainsi que par l’intrigue aux multiples rebondissements. Évidemment il s’agît d’un roman jeunesse, indiqué pour les 9 ans et plus, groupe d’âge pour lequel il me paraît parfaitement adapté, d’autant que les plus âgés y trouveront également un certain plaisir.

Un roman à découvrir !

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  -  PRICEMINISTER.com

Présente édition : éditions Krakoen, 28 février 2011, 182 pages

vendredi, 28 octobre 2011

Les Sanguinaires, tome 6 : L’antre des écorcheurs - Sean McFarrel - 2009

l antre des ecorcheurs,jean-luc bizien,les sanguinaires,litterature francaise,romans d aventures,romans historiques,sean mcfarrel,thrillersRemontant les routes vers le Nord, le jeune Thibault, l’ancien écuyer ayant usurpé l’identité de son maître et chevalier mort, accompagné des voleurs Taureau, La Pie et Ninon, loue ses services pour escorter une caravane de marchands.
Mais à l’approche de Peyrebeille le convoi se fait attaquer par des bandits. Les dégâts sont lourds et les rescapés doivent se réfugier dans une drôle d’auberge : bien comfortable et douillette, on leur y réchauffe leurs corps et âmes... pour mieux endormir leur vigilance et les entraîner au plus profond des ténèbres, là où personne ne sort jamais plus vivant. Ce piège se refermera inévitablement sur Thibault et ses compagnons... mais sauront-ils échapper à l’horreur qui les attend ?

Dans ce sixième tome de la série Les Sanguinaires, L’antre des écorcheurs, les aventures de cette joyeuse et si attachante bande de troubadours continuent de plus belle dans ce Moyen-âge si violent et terrible. La plume de Sean McFarrel, pseudonyme de l’écrivain français Jean-Luc Bizien, est toujours aussi efficace, mais ce tome-ci ressemble un peu trop au précédent. En effet le fil de l’histoire est quasiment le même et que peu de choses n’évoluent de façon significative au niveau des personnages.
Efficace et bien divertissant L’antre des écorcheurs de Sean McFarrel a tout pour plaire, et cela surtout aux amateurs de la série.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.comABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com


Voir également :
La Muraille - Jean-Luc Bizien (2001), présentation
Les Sanguinaires, tome 1 : Le masque de la bête - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
Les Sanguinaires, tome 2 : Le souffle de la bête - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
Les Sanguinaires, tome 3 : Le muraille des damnés - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
Les Sanguinaires, tome 4 : Le labyrinthe des damnés - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 5 : A l'invitation du Dragon - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation

mercredi, 26 octobre 2011

Désordre du Temple - Antoine Blocier - 2011

antoine blocier, litterature francaise, romans policiers, tmepliers, temple, desordre au templeLes templiers ont vu leur ordre dissous il y a près de 7 siècles. Pourtant ils continuent à faire rêver es esprits d’aujourd’hui. C’est certes vrai pour le Temple, mais surtout pour son légendaire trésor dont personne ne sait rien mais dont tout le monde imagine contenir des richesses insoupçonnables.
Et de nos jours, la chasse se relance. Un semblant d’ordre  redevient actif, un novice est retrouvé décapité, un archiviste de la Bibliothèque nationale pendu, un promeneur poignardé, un DJ assommé, un patron de bar gay torturé… et toujours la présence de cette enveloppe énigmatique sur le lieu des agressions... Le meurtrier punirait-il les victimes en vertu des neuf pénalités qu’il est possible d’infliger aux Templiers pris en faute ?

L’écrivain français Antoine Blocier, auteur de Camping sauvage  (2010), paru aux mêmes éditions Krakoen et dont j’avais à l’époque pensé le plus grand bien, revient ici à la charge avec un polar à l’intrigue nous faisant redécouvrir les mystères du Temple et de ses Templiers. Cela pourrait être dans la lignée des thrillers ésotériques bien à la mode depuis quelque temps, mais si le sujet fait penser à ce genre de romans au sérieux parfois bien pathétique, le ton et l’humour utilisés ici se décalent clairement pour en faire un texte original et déjanté, toujours divertissant et fort étonnant.

A découvrir !

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  -  PRICEMINISTER.com

Présente édition : éditions Krakoen, 15 septembre 2011, 218 pages

Voir également :
- Camping sauvage - Antoine Blocier (2010), présentation

mardi, 25 octobre 2011

“Le Secret de la Licorne” - sa première parution dans Le Soir en 1942

les aventures de tintin, tintin, le secret de la licorne, adaptation cinéma, 1942, bande dessinée, bd, herge

1942, la Belgique est occupée par l’envahisseur allemand. Hergé décide alors de faire voyager son personnage de Tintin pour la première fois, et cela bien loin des horreurs du quotidien.
Un premier strip mesurant à peine 5 cm de haut paraît ainsi dans le journal Le Soir, donnant un nouvel essor au personnage de Tintin et un succès qui ne se démentira jamais. Cet onzième album des aventures de Tintin sera en effet publié en courts strips à la Une du Soir, et cela entre le 11 juin 1942 et le 14 janvier 1943.

Pour plus d’infos : Voir l’article : La Licorne est née dans le Soir volé

les aventures de tintin, tintin, le secret de la licorne, adaptation cinéma, 1942, bande dessinée, bd, herge

Et difficile en cette période de ne pas résister à l'adaptation cinéma de ce même album par Steven Spielberg et Peter Jackson, film qui vient à peine de sortir au cinéma en Belgique :



vendredi, 21 octobre 2011

Une ville flottante - Jules Verne - 1871

jules verne, les voyages extraordinaires, le great eastern, litterature francaise, une ville flottanteUne ville flottante de Jules Verne, paru en 1871, nous conte la traversée mouvementée et riche en péripéties de l’Atlantique, reliant Liverpool à New York, sur un immense paquebot, le Great Eastern, un navire si immense que l’auteur le compare à une véritable ville. Le narrateur, émerveillé par la technologie en oeuvre va découvrir peu à peu une société éphémère et être impliqué dans une sombre intrigue de vengeance. Son voyage s’arrêtera au bord des chutes du Niagara au dénouement de l’intrigue.

Jules Verne s’inspira pour ce roman d’un voyage qu’il effectua lui-même avant de faire paraître ce texte dans le Journal des Débats du 9 août au 6 septembre 1870 sous forme de feuilleton, avant qu’un volume ne paraisse une année par après.

Pour Jules Verne l’intérêt du roman réside évidemment dans son admiration de la technologie de l’époque rêvant à un meilleur encore en lieu et forme d’un navire gigantesque. Le texte fortement descriptif se voit ajouté d’une intrigue passionnelle avec guère d’intérêt et ne semblant servir que de prétexte. Une fin, où l’on découvre le narrateur parcourir les Etats-Unis vers les chutes du Niagara est même carrément inutile. Mais bien sûr il faut replacer ce texte dans le contexte de son époque, un temps où les reportages télé n’existaient pas et que Jules Verne propose à vrai dire plus ce qui semble être un documentaire fantasmé qu’un roman accrochant son lecteur.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com



Extrait : Premier chapitre

I


Le 18 mars 1867, j’arrivais à Liverpool. Le Great Eastern devait partir quelques jours après pour New York, et je venais prendre passage à son bord. Voyage d’amateur, rien de plus. Une traversée de l’Atlantique sur ce gigantesque bateau me tentait. Par occasion, je comptais visiter le North-Amérique, mais accessoirement. Le Great Eastern d’abord. Le pays célébré par Cooper ensuite. En effet, ce steamship est un chef-d’œuvre de construction navale. C’est plus qu’un vaisseau, c’est une ville flottante, un morceau de comté, détaché du sol anglais, qui, après avoir traversé la mer, va se souder au continent américain. Je me figurais cette masse énorme emportée sur les flots, sa lutte contre les vents qu’elle défie, son audace devant la mer impuissante, son indifférence à la lame, sa stabilité au milieu de cet élément qui secoue comme des chaloupes les Warriors et les Solférinos. Mais mon imagination s’était arrêtée en deçà. Toutes ces choses, je les vis pendant cette traversée, et bien d’autres encore qui ne sont plus du Domaine maritime. Si le Great Eastern n’est pas seulement une machine nautique, si c’est un microcosme et s’il emporte un monde avec lui, un observateur ne s’étonnera pas d’y rencontrer, comme sur un plus grand théâtre, tous les instincts, tous les ridicules, toutes les passions des hommes.


En quittant la gare, je me rendis à l’hôtel Adelphi. Le départ du Great Eastern était annoncé pour le 20 mars. Désirant suivre les derniers préparatifs, je fis demander au capitaine Anderson, commandant du steamship, la permission de m’installer immédiatement à bord. Il m’y autorisa fort obligeamment.


Le lendemain, je descendis vers les bassins qui forment une double lisière de docks sur les rives de la Mersey. Les ponts tournants me permirent d’atteindre le quai de New-Prince, sorte de radeau mobile qui suit les mouvements de la marée. C’est une place d’embarquement pour les nombreux boats qui font le service de Birkenhead, annexe de Liverpool, située sur la rive gauche de la Mersey.


Cette Mersey, comme la Tamise, n’est qu’une insignifiante rivière, indigne du nom de fleuve, bien qu’elle se jette à la mer. C’est une vaste dépression du sol, remplie d’eau, un véritable trou que sa profondeur rend propre à recevoir des navires du plus fort tonnage. Tel le Great Eastern, auquel la plupart des autres ports du monde sont rigoureusement interdits. Grâce à cette disposition naturelle, ces ruisseaux de la Tamise et de la Mersey ont vu se fonder presque à leur embouchure, deux immenses villes de commerce, Londres et Liverpool; de même et à peu près pour des considérations identiques, Glasgow sur la rivière Clyde.


À la cale de New-Prince chauffait un tender, petit bateau à vapeur, affecté au service du Great Eastern. Je m’installai sur le pont, déjà encombré d’ouvriers et de manœuvres qui se rendaient à bord du steamship. Quand sept heures du matin sonnèrent à la tour Victoria, le tender largua ses amarres et suivit à grande vitesse le flot montant de la Mersey.


À peine avait-il débordé que j’aperçus sur la cale un jeune homme de grande taille, ayant cette physionomie aristocratique qui distingue l’officier anglais. Je crus reconnaître en lui un de mes amis, capitaine à l’armée des Indes, que je n’avais pas vu depuis plusieurs années. Mais je devais me tromper, car le capitaine Mac Elwin ne pouvait avoir quitté Bombay. Je l’aurais su. D’ailleurs Mac Elwin était un garçon gai, insouciant, un joyeux camarade, et celui-ci, s’il offrait à mes yeux les traits de mon ami, semblait triste et comme accablé d’une secrète douleur. Quoi qu’il en soit, je n’eus pas le temps de l’observer avec plus d’attention, car le tender s’éloignait rapidement, et l’impression fondée sur cette ressemblance s’effaça bientôt dans mon esprit.


Le Great Eastern était mouillé à peu près à trois milles en amont, à la hauteur des premières maisons de Liverpool. Du quai de New-Prince, on ne pouvait l’apercevoir. Ce fut au premier tournant de la rivière que j’entrevis sa masse imposante. On eût dit une sorte d’îlot à demi estompé dans les brumes. Il se présentait par l’avant, ayant évité au flot; mais bientôt le tender prit du tour et le steamship se montra dans toute sa longueur. Il me parut ce qu’il était énorme ! Trois ou quatre « charbonniers », accostés à ses flancs, lui versaient par ses sabords percés au-dessus de la ligne de flottaison leur chargement de houille. Près du Great Eastern, ces trois-mâts ressemblaient à des barques. Leurs cheminées n’atteignaient même pas la première ligne des hublots évidés dans sa coque; leurs barres de perroquet ne dépassaient pas ses pavois. Le géant aurait pu hisser ces navires sur son portemanteau en guise de chaloupes à vapeur.


Cependant le tender s’approchait; il passa sous l’étrave droite du Great Eastern, dont les chaînes se tendaient violemment sous la poussée du flot; puis, le rangeant à bâbord, il stoppa au bas du vaste escalier qui serpentait sur ses flancs. Dans cette position, le pont du tender affleurait seulement la ligne de flottaison du steamship, cette ligne qu’il devait atteindre en pleine charge, et qui émergeait encore de deux mètres.


Cependant les ouvriers débarquaient en hâte et gravissaient ces nombreux étages de marches qui se terminaient à la coupée du navire. Moi, la tête renversée, le corps rejeté en arrière, comme un touriste qui regarde un édifice élevé, je contemplais les roues du Great Eastern.


Vues de côté, ces roues paraissaient maigres, émaciées, bien que la longueur de leurs pales fût de quatre mètres; mais, de face, elles avaient un aspect monumental. Leur élégante armature, la disposition du solide moyeu, point d’appui de tout le système, les étrésillons entrecroisés, destinés à maintenir l’écartement de la triple jante, cette auréole de rayons rouges, ce mécanisme à demi perdu dans l’ombre des larges tambours qui coiffaient l’appareil, tout cet ensemble frappait l’esprit et évoquait l’idée de quelque puissance farouche et mystérieuse.


Avec quelle énergie ces pales de bois, si vigoureusement boulonnées, devaient battre les eaux que le flux brisait en ce moment contre elles ! Quels bouillonnements des nappes liquides, quand ce puissant engin les frappait coup sur coup ! Quels tonnerres engouffrés dans cette caverne des tambours, lorsque le Great Eastern marchait à toute vapeur sous la poussée de ces roues, mesurant cinquante-trois pieds de diamètre et cent soixante-six pieds de circonférence, pesant quatre-vingt-dix tonneaux et donnant onze tours à la minute !


Le tender avait débarqué ses passagers. Je mis le pied sur les marches de fer cannelées, et, quelques instants après, je franchissais la coupée du steamship.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com

Voir également :
Voyage au centre de la Terre - Jules Verne (1864), présentation et extrait
Les forceurs de blocus - Jules Verne (1865), présentation
Les enfants du Capitaine Grant - Jules Verne (1868), présentation
Vingt mille lieues sous les mers - Jules Verne (1869), présentation
Le Tour du monde en Quatre-vingts jours - Jules Verne (1872), présentation et extrait
L'île mystérieuse - Jules Verne (1874), présentation
Les Indes noires - Jules Verne (1877), présentation
- Les Tribulations d'un Chinois en Chine - Jules Verne (1879), présentation et extrait
Les 500 millions de la Bégum - Jules Verne (1879), présentation et extrait
Kéraban-le-Têtu - Jules Verne (1883), présentation et extrait
Robur le Conquérant - Jules Verne (1885), présentation
Le Château des Carpathes - Jules Verne (1889), présentation
- L'île à hélice - Jules Verne (1895), présentation et extrait
Le village aérien - Jules Verne (1901), présentation et extrait
Maître du monde - Jules Verne (1904), présentation et extrait

 

mardi, 27 septembre 2011

Baignade accompagnée - Serge Brussolo - 1999

baignade accompagnee, serge brussolo, thrillers, key west, floride, requins, litterature francaise, romans policiersAprès avoir enquêté sur le meurtre de sa sœur dans Les enfants du crépuscule, Peegy Meetchum se remet lentement à une vie normale et bien plus saine. Elle vit désormais à Key West au large de la Floride en compagnie de son jeune amant Brandon. Elle gagne sa vie en accompagnant les touristes dans des plongées sous-marines pour leur montrer une fausse épave sur laquelle elle leur conte des histoires incroyables. De plus elle gère une réserve naturelle de requins, utilisée pour la recherche scientifique. Ce second job lui vaut d’ailleurs d’être la cible de Larker Boyett, fondateur du "Club des dévorés vifs", qui rassemble une bande d’infirmes ayant été mutilés par un requin. Leur projet est d’obliger Peegy à leur livrer un de ses pensionnaires pour l'occire férocement pour assouvir leur vengeance.
Mais si Key West est célèbre pour ses touristes et ses requins, cette petite île aux allures paradisiaques l’est tout autant pour ses trafics de drogue. Et pour Peggy tout sa vie semble basculer à nouveau lorsqu’elle met la main lors de l’une de ses plongées sur un échantillon d’une drogue synthétique nouvelle aux effets des plus surprenants. Il s’agît d’une drogue foudroyante, jadis développée par l’armée américaine pour créer des super-soldats… du moins c’est ce qui se raconte. Et dès lors, alors que Brandon se lance dans un trip foudroyant, d’étranges tueurs apparaissent dans la ville prêts à tout pour récupérer la drogue. Et comme si ce n’était pas suffisant, le « Club des dévorés vifs » décide de s’emmêler afin d’arriver à leur fin…

Court et incisif ce thriller, Baignade accompagnée, de Serge Brussolo va en épater plus d’un en plongeant le lecteur dans ce qui ressemble à un trip hallucinant au rythme effrené dans une intrigue mêlant chasse aux requins et trafics de drogue. D’autant plus que malgré l’accumulation d’invraisemblances le récit garde une force terrible, ce qui prouve d’ailleurs le talent incroyable de l’auteur au style inimitable qu’est Serge Brussolo.

Il est à noter que le personnage de Peggy Meetchum apparaît dans trois romans de Serge Brussolo, des aventures qui se suivent tout en étant parfaitement indépendantes et qui sont : Les enfants du crépuscule (1997), Baignade accompagnée (1999) et Iceberg Ltd. (2000).

Trip hallucinant dans l’enfer de Key West, Baignade accompagnée de Serge Brussolo est un roman à découvrir de toute urgence !

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  -  PRICEMINISTER.com

Présente édition : éditions Le de Poche, 1 décembre 2000, 222 pages

Voir également :
Trajets et itinéraires de l’oubli – Serge Brussolo (1981), présentation et extrait
Bunker - Serge Brussolo (1985), présentation
Les emmurés - Serge Brussolo (1990), présentation
Boulevard des banquises - Serge Brussolo (1990), présentation
- Le livre du grand secret - Serge Brussolo (1999), présentation
La Princesse noire - Serge Brussolo (2004), présentation
-
 La mélancolie des sirènes par trente mètres de fond - Serge Brussolo (2004), présentation
La maison des murmures - Serge Brussolo (2005), présentation
Dortoir interdit - Serge Brussolo (2009), présentation et extrait

lundi, 19 septembre 2011

Contre-jour (Against The Day) - Thomas Pynchon - 2008

Thomas Pynchon, litterature americaine, romans d aventures, romans historiquesExposition universelle de Chicago de 1893. Le dirigeable Le Désagrément, orné d’une banderole aux couleurs de l’Amérique, prend son envol avec à son bord cinq jeunes hommes appartenant au célèbre club aéronautique des Casse-cou, une communauté volante, qui, pour se défaire de tous liens politiques s’est installé à bord d’aéronefs de tous genres en ne recevant d’ordre que de ceux qui les paient.
Et une fois le Désagrément parti, c’est le début d’une multitude d’aventures pour ces cinq jeunes héros qui vont découvrir le monde terrestre duquel leurs nombreuses aventures les ont tenus éloignés. Inventions miraculeuses, turpitudes capitalistes, complots, meurtres, espions salariés, nouvelle passion pour la vitesse, jolies femmes du bout du monde, tentations, argent… et cela à travers les continents et les temps jusqu’au début de la Première Guerre mondiale, qui va provoquer un brutal retour sur Terre pour ces idéalistes aériens.

Roman vertigineux de près de 1500 pages à l’écriture dense, Contre-jour de l’écrivain américain Thomas Pynchon, émerveille par son foisonnement d’histoires et impressionne à tout moment par ses incroyables qualités,

Le tout tourne autour d’un équipage et d’une famille, les Traverse, dont le destin politique coïncide avec la jonction des XIXème et XXème siècles, et qui résume à lui seul les contradictions d’un monde qui s’écroule avec la Première Guerre mondiale. Car c’est bien de cela qu’il s’agît : d’un roman de fin de monde, l’aboutissement et l’échec d’une période, celle des sciences et de l’expansion à outrance qui n’aura su produire qu’un immense carnage dans lequel s’engouffre l’humanité.
Et pour nous faire vivre tout cela, Thomas Pynchon, dans son roman, va superposer les styles, les genres et les situations. Humour, western, tragique et fantastique cohabitent le plus sérieusement du monde dans ce fourre-tout de références parfois obscures, parfois limpides, mais dont l’extrême cohérence fait de cette accumulation d’histoires un tableau général d’une saisissante beauté. Très politique et très engagé, Contre-Jour fonctionne par emboîtement : le récit d’une personne développé pendant des pages, puis d’une personne qui en rencontre une autre, développée à son tour, qui en rencontre encore une autre… et ainsi de suite. Bien sûr le fil central de la narration se complexifie, se perd, en laissant certainement de temps à autre quelques lecteurs à l’arrière, mais malgré tout, le roman fonctionne et passionne.

Contre-jour de Thomas Pynchon est plus qu’un roman mais un véritable monument littéraire. Dense, profond et aussi joyeux et divertissant ce texte ne cesse d’émerveiller. L’abord est certes difficile, le texte d’une longueur qui en découragera plus d’un, mais malgré tout, c’est certainement l’un des grands romans de ces dernières années.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  - PRICEMINISTER.com

Présente édition : traduit de l’anglais (américain) par Claro, éditions Le Seuil / Point, 19 novembre 2009, 1467 pages

samedi, 17 septembre 2011

Gunnm, tome 6 - Yukito Kishiro - 1990-1995

gunnm,manga,yukito kishiro,bande dessinee,science-fictionGally est recrutée par l’unité Tuned de Zalem. Ceux-ci ont récupéré son corps après sa destruction, l’ont réparée et l’ont “augmenté”. Gally est désormais chargée d’exécuter différentes missions au nom de Zalem, notamment détruire la résistance qui s’organise contre la cité utopique par un dénommé Den.
Ainsi, dans la décharge, elle embarque dans un train qui transporte des marchandises des fermes dans la campagne vers la décharge, pour de là approvisionner Zalem. Mais le train sur lequel il se situe est attaqué par une brigade du Barjack, l'organisation dirigée par Den et dont le but est de détruire Zalem.
Gally réussit à sauver un dénommé Fogia Four, mercenaire engagé pour protéger le train et se réfugient dans une ville abandonnée. Là les survivants font face à une nouvelle attaque d’une escouade du Barjack. Fogia est laissé pour mort, et Gally capturé.
Et c’est là qu’elle apprend qu’Ido est toujours en vie. Pour elle plus qu’un seul but : retrouver son mentor...

Ce tome 6 de la série
Gunnm de Yukito Kishiro est certainement le meilleur des neuf volumes, en réussissant de façon impressionnante à donner un tout nouvel élan à l’histoire, en développant encore plus le personnage de Gally, nous faisant découvrir plus de l’univers de l’histoire et en offrant de très belles scènes d’action qui resteront encore pour longtemps dans la mémoire du lecteur. Zalem joue maintenant un rôle plus important, plus actif, et cela pour l’intérêt de tous. Les dessins sont comme toujours sublimes, très dynamiques et leur mise en scène et les décors utilisés sont magnifiques.

Ce sixième tome de
Gunnm est un nouvel élan pour cette série qui va encore beaucoup surprendre.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com

Extrait : quelques planches au hasard

gunnm,manga,yukito kishiro,bande dessinee,science-fiction

gunnm,manga,yukito kishiro,bande dessinee,science-fiction

gunnm,manga,yukito kishiro,bande dessinee,science-fiction

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com

Présente édition : traduit de l'anglais par Yvan Jacquet, éditions Glénat, 12 juin 1996, 219 pages

Voir également :
- Gunnm, tome 1 - Yukito Kishiro (1990-1995), présentation et extraits

- Gunnm, tome 2 - Yukito Kishiro (1990-1995), présentation et extraits

- Gunnm, tome 3 - Yukito Kishiro (1990-1995), présentation et extraits

- Gunnm, tome 4 - Yukito Kishiro (1990-1995), présentation et extraits
- Gunnm, tome 5 - Yukito Kishiro (1990-1995), présentation et extraits

dimanche, 11 septembre 2011

Dans le jardin d’Iden (In the Garden of Iden) - Kage Baker - 1997

Kage Baker, litterature americaine, science-fiction, dans le jardin d iden, mendoza, romans historiquesXXIVe siècle. Le voyage dans le temps a été inventé et est contrôlé et largement utilisé par une compagnie toute-puissante, la Dr. Zeus, Inc. Son but : ramener des objets rares ou disparus du passé afin de conserver un patrimoine culturel et naturel disparu, et par delà accumuler des trésors inestimables. Mais difficile pour la Dr. Zeus, Inc., d’envoyer des agents dans le passé. Comment un homme du XXIVe siècle peut-il s’infiltrer de façon crédible à une toute autre époque. Ainsi la compagnie recrute des agents à leur époque en leur offraznt en échange l’immortalité.
La jeune Mendoza est ainsi recrutée au XVIe siècle en Espagne dans les donjons de l’inquisition après avoir été vendue par ses parents à une famille d’hérétiques. Très vite elle montre des capacités hors du commun et sa première mission l’envoie en Angleterre, en 1554, période agitée qui voit Marie Tudor accéder au trône. Mendoza doit sauver une variété de houx (disparue cent ans plus tard) dans le jardin d'un certain William Iden. En compagnie d'autres agents "infiltrés", elle fait preuve d'une passion exclusive pour son travail. Malgré sa misanthropie notoire, elle s'attache pourtant à un mortel, un jeune hérétique idéaliste et fougueux. La période, hélas, ne se prête pas à une telle relation et Mendoza est tenue de taire sa véritable identité...



Paru en 1997, Dans le jardin d’Iden est le premier tome d’une série, La Compagnie, mettant en scène la voyageuse dans le temps Mendoza dans sa première aventure. Habile mélange entre science-fiction et réalisme historique le roman convainc dès les premières pages, après un prologue fort, intéressant et très réussi pour introduire le contexte des voyages temporels de la Dr. Zeus, Inc. avant de découvrir le personnage fort attachant de Mendoza que l’on pourra suivre au fil de très nombreuses aventures (pas encore toutes traduites en français).
C’est passionnant, jubilatoire, à tout moment prenant, et cela malgré certains passages un peu longs. Les amateurs de science-fiction risquent toutefois de rester quelque peu sur leur faim. L’écriture est belle et bien prenante.




Dans le jardin d’Iden est un beau mélange entre science-fiction et roman historique offrant un grand plaisir lecture.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  - PRICEMINISTER.com



Présente édition : traduit de l’américain par Jacques Collin, éditions Pocket, 8 avril 2004, 413 pages

mercredi, 07 septembre 2011

La prison ruinée - Brigitte Brami - 2011

brigitte brami, prison, romans de societe, litterature francaise, la prison ruineeBrigitte Brami a passé cinq mois en prison à Fleury-Merogis, le plus grand centre pénitencier européen dans la banlieue sud de Paris. Avant, elle était une jeune femme comme toute autre qui se rendait de temps à autre chez un psychiatre pour aller mieux. Pas de casier judiciaire, pas de passé délinquant, sauf peut-être un comportement trop empressant envers son thérapeute qui lui vaudra une condamnation à la prison ferme. Mais qu’importe son incarcération la changera du tout au tout. Elle connaîtra la séquestration, la cavale, les agressions multiples , les humiliations... et après : une vie à reconstruire.
La prison ruinée de Brigitte Brami est un récit sobre et magnifique, personnel et tellement universel sur le destin d’une femme et de son expérience d’incarcération. Loin des clichés du genre elle nous raconte la vie dans une société qui se crée derrière les barreaux avec ses règles, ses complicités, sa solidarité, ses amours... bref, un autre monde, pourtant si proche avec ses valeurs bien autres et d’autant plus réelles. Un monde duquel on ne ressort pas forcément indemne non plus lorsque ses valeurs se retrouvent à nouveau corrompues par la société du dehors.
Ce récit frappe et émeut tout en bouleversant toutes les idées préconçues sur le sujet. Et malgré ses quarante pages à peine, un livre presque aussitôt ouvert aussitôt lu, il marquera les esprits pendant encore bien longtemps.

Un récit à découvrir !

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  - PRICEMINISTER.com

Présente édition : éditions Indigène, 24 février 2011, 40 pages

dimanche, 04 septembre 2011

FlashForward - Robert J. Sawyer - 1999

Flashforward, science-fiction, litterature canadienne, robert j sawyerUne expérience de physique nucléaire au CERN à Genève qui tourne mal et c’est toute l’humanité qui, l’espace de quelques minutes, perd conscience. Durant ce bref laps de temps elle se voit projetée vingt ans dans l’avenir. Et lorsque chacun s’éveille de nouveau, plus rien n’est comme avant : ce black-out, ou plutôt Flashforward tel qu’il sera nommé, a causé de nombreux morts suite à des crashs d’avions et d’autres accidents. Et bien sûr tous n’ont plus qu’une idée en tête : celle de savoir si leur vision est véridique.  

Ecrit en 1999 et se déroulant en 2009 le roman FlashForward de l’auteur canadien Robert James Sawyer étonne par son idée originale et son traitement à la fois fantastique et plus philosophique. Pourtant sorti à l’origine de façon assez inaperçue ce roman va connaître un véritable succès lors du lancement en 2009 d’une adaptation en série télévisée. Et les bonnes idées ne manquent pas. On apprécie les brèves des nouvelles qui paraissent régulièrement pour mieux nous faire comprendre ce qui se passe dans le monde d’après l’événement. Aussi les multiples personnages fort attachants et leur expériences toutes semblables mais différentes et qui exposent ainsi toutes une autre approche sur les réflexions qu’on nous présente sur l’avenir, la destinée et le libre arbitre. Puis le mélange des genres, entre science-fiction plutôt hard, fantastique, policier, romance, chaque genre en fonction de la vision de chacun des personnages, et un style efficace et entraînant qui porte le lecteur jusqu’à la dernière page vers une fin qui réussit encore à surprendre en relier un peu contre toute attente certaines visions du futur pour leur redonner un sens.

Bref un roman de science-fiction qui surprend, qui détend, qui passionne et qui fait quelque peu réfléchir. Que demander de plus.

Pour commander ce livre :

AMAZON.frFNAC.comABEBOOKS.frPRICEMINISTER.com

Présente édition : traduit de l’anglais (canadien) par Thierry Arsan, édition Milady, 14 mai 2010, 380 pages